En mode écriture : Bluewriter

« S’il te plait, dessine-moi un auteur : Bluewriter »

Affiche de Bluewritter
Affiche de Bluewritter

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Écrire … qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça fait ? Comment ça vient ? Pourquoi ? Quand ? Où ? ….

Sur iPaginablog, nous avons invité les auteurs d’iPagination à nous dévoiler un peu de leur intimité de plume.

Cette semaine, c’est Bluewriter qui nous invite dans sa maison bleue intergalactique, pour une rencontre avec Woody Allen.

 

Une rue, un taxi, une maison bleue le long de la voie ferrée et lactée. Plus qu’un décor c’est la maison de Bluewriter où je me suis senti emporté le temps d’un soir. N’est-ce pas beau ?

Si, si vraiment très joli mais imaginaire à souhait, des premières lueurs du jour au dernier rayon du soleil, juste avant le crépuscule. C’est vraiment un lieu unique ! Je suis en retard, c’est un endroit secret, difficile à dénicher puisqu’il n’est repris sur aucune carte ! C’était l’un de ces merveilleux jours du printemps galactique, un dimanche et on sentait que l’étrange n’était pas loin. Je me souviens que ce soir- là j’avais envie de quelque chose qui puisse embrouiller mes yeux, alors j’ai sonné et juste après je me souviens avoir entendu la chanson des Platters : «Smoke Gets In Your Eyes» et je me suis retrouvé dans un long couloir bleu, plein de lumière. Était-ce la conjonction de cette musique avec cette lumière bleue, là, de ce vent parfumé et de la certitude de m’égarer sans le vouloir. Toujours est-il que, pendant un court instant, tout m’a semblé différent mais s’est mis en place à la perfection. Et je me suis senti heureux, presque indestructible. J’étais entré dans l’imagination de Bluewriter, poussant une porte de verre et découvrant le bonhomme auteur.

Woody Allen

WOODY ALLEN VOIE LACTEE

WOODY ALLEN : Désolé d’arriver en retard mais la voie lactée est si vaste et la voie de chemin de fer si sinueuse que je me suis quelque peu égaré ! J’aurais dû partir nettement plus tôt !.. C’est fou, avant de venir, j’ai lu votre texte « In unum Deum of the Bullshit » Oui, c’est fou…je ne comprends pas ? Après ça, comment vous continuez à être heureux !

BLUEWRITER : Tout simplement que je déteste la mièvrerie, la tiédeur. Je ne peux pas écrire une pièce, une nouvelle avec des mots sans verve, des mots qui ne disent rien qui parlent du vide.

WOODY ALLEN : Mais qu’est-ce qui, finalement, vous motive à écrire des textes où on sent que la réalité ne vous convient décidément pas et pourquoi cherchez-vous à biaiser en permanence avec elle ?

BLUEWRITER : J’adore détourner la réalité mais pas pour en faire de la science-fiction mais la décaler légèrement, pour semer le trouble chez le lecteur. Je veux exploiter à fond l’art de donner vie à ce qui n’existe pas, de persuader les autres d’accepter un monde qui n’est pas vraiment là.

WOODY ALLEN : Si je comprends bien toutes vos histoires, tous les tableaux qui se trouvent dans cette galerie sont imaginaires.

BLUEWRITER : En fait ce n’est pas tout à fait ça ! Je dirais plutôt que c’est la galerie qui est imaginaire. Nous sommes dedans mais nous n’y sommes pas vraiment, vous et moi ! Et c’est ça qui est curieux !

WOODY ALLEN : Nous savons que les histoires, les tableaux, les lieux ne sont pas vrais même quand ils nous disent ou qu’ils contiennent des vérités plus importantes que celles que nous pouvons trouver ailleurs. C’est intéressant !  Moi, je perçois ça aussi ! J’aime substituer au réel avec lequel je suis mal à l’aise une série de reflets que je peux contrôler ! C’est excitant, non ?

BLUEWRITER : Oui ! Absolument ! J’adore inventer des personnages, comme Pamela Taylor ou Artus Grainbô ! Ce sont en fait des prisonniers de la vie ordinaire qui peuvent s’échapper vivants d’un univers hostile en niant la médiocrité du réel ! Mes personnages, ont toujours une envie folle de survivre en créant un certain enchantement dans le désenchantement ambiant !

WOODY ALLEN : Mais au fait, vous écrivez depuis combien de temps pour avoir réussi à créer véritablement un univers qui n’est pas pour me déplaire ?

BLUEWRITER : Quand j’avais 9 ou 10 ans, je passais mon temps à adapter les romans photos des revues périodiques de ma mère en pièce de théâtre, comme par exemple « Le capitaine Fracasse ». Je tapais les dialogues sur ma petite Remington à ruban noir et rouge,  puis je montais ça avec des copains et copines sous formes de spectacles pour tous les enfants du quartier ! Plus tard à l’école j’écrivais des textes en faisant parler des voitures, des arbres, des objets ménagers. Puis, un jour, j’ai voulu adapter la bible en la parodiant et ça a donné « le mécréant d’Eden City » que je suis toujours en train d’amplifier avec des rebondissements à la James Bond ! J’espère pouvoir un jour le terminer !!!

WOODY ALLEN : Mais j’ai remarqué en lisant le scénario de « CANDY BOWLING HOLLYWOOD » que vos héros disposent d’une culture qui donnent de la prestance dans les conversations et ça ça me plaît beaucoup !… On sent chez vous un sérieux besoin de vous documenter bien avant d’écrire !

BLUEWRITER : Ah ! Ça oui ! On a beau écrire de la fiction, pour moi, il faut qu’elle colle techniquement, historiquement et logiquement à une réalité pour que mon récit soit parfaitement crédible, même s’il s’agit d’une parodie !

WOODY ALLEN : En fait, une histoire, c’est un peu comme un iceberg : le texte que les lecteurs découvrent n’est somme toute que le dixième du travail qui est visible et le reste est invisible et repose dans les limbes profondes de votre cerveau, de votre bureau, de vos carnets de notes ! Et je crois que vous aimer brandir vos références sans jamais les citer ! Vous vous êtes nourri des œuvres d’autrui, de l’actualité, de l’histoire !

BLUEWRITER : Oui, et je vais même jusqu’à me rendre sur le lieu où se déroule l’action de mon histoire. Pour moi un lieu culte c’est le Café Marly juste en face des pyramides du Louvre à Paris ! … un peu comme vous qui vous êtes imprégné de New York !

WOODY ALLEN : En lisant vos textes, je sens que vous aimez faire rire même dans des situations tragiques !

BLUEWRITER : En fait s’il y a du comique dans certaines de mes histoires, c’est parce que mes personnages ont toujours des difficultés à trouver leur place dans la société moderne. Mais ils finissent par devenir de véritables caméléons car ils y a quelque chose qui les sauve de l’oubli : leur imagination !

WOODY ALLEN : En venant chez vous, et après de fameux détours, j’ai remarqué un immense chêne azuré et je me suis dit que décidément ce n’était pas dieu qui avait créé cette bizarrerie ! A moins que Dieu ne soit passé au numérique et qu’il parvenu à changer la couleur même de la nature !…. De-là je me suis aussi posé la question, et je vous la pose : « Est-ce que vous écrivez tous vos textes à l’ordinateur !

 lieu d'écriture 2 Bluewriter

BLUEWRITER : Le premier jet toujours ! Puis  je colle les feuilles dactylographiées dans un grand cahier pour corriger, amplifier certaines parties ! J’ai besoin de barrer, d’entourer, de placer des indications en couleurs ! J’aime cette idée de chantier ! À l’ordinateur, c’est curieux je ne parviens pas à avoir une vue d’ensemble de mon texte lorsqu’il fait plusieurs dizaines de pages.

 CAHIER CHANTIER ECRITURE

WOODY ALLEN : Finalement, je constate en vous lisant que vous êtes en train de construire un éventail de textes extraordinairement varié. Vous passez de la comédie loufoque à la limite du drame social, des évocations poético-musicale, du policier et au travers de votre imaginaire vous dresser une certaine peinture des moments de notre humanité. Il vous arrive même de pasticher de grands auteurs comme Kafka ou Alfred Hitchcock ! Comme je voudrais avoir écrit votre scénario inspiré par Norman Bates, le héro de Psychose !…. J’y ai perçu ce décalage de l’horreur qui frôlait l’humour tout en conservant l’esprit hitchcockien ! C’est étonnant, de plus en plus, je constate ainsi que l’homme est une créature prédestinée à exister dans son époque, même si ce n’est pas là qu’on rigole le plus !

BLUEWRITER : Vous savez, Woody, même mes textes disparaîtront quand l’univers se désintégrera, ce qui n’est pas si terrible à la réflexion !

WOODY ALLEN : Décidément, vous êtes modeste, Blue ! Et je me dis que je viens de rencontrer un homme merveilleux avec qui je compte bien travailler sur un scénario !

BLUEWRITER : Malheureusement, Woody, je ne suis qu’imaginaire et virtuel !

WOODY ALLEN : Évidemment, vu comme ça… oui, …il est imaginaire, que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir !….

BLUEWRITER : Désolé de vous décevoir, Woody ! Ne soyez pas désespéré, ne vous mettez pas dans tous vos états! Ce qui compte c’est l’imaginaire ! Moi je n’existe que par ce que j’imagine et non pas par ce que je suis !

WOODY ALLEN : Vous avez raison, Blue ! J’ai toujours fait une overdose de moi-même ! Vous savez, Blue, tout compte fait je suis un monstre ! Je suis l’être le plus ignoble de l’histoire ! Moi je n’ai pas de maison bleue au bord de la voie lactée !

BLUEWRITER : Allons Woody, n’exagérez pas ! Il y a tout de même de plus ignobles que vous ! Pensez à Hitler, Goering, Himmler ! Figurez-vous que j’ai bien envie d’écrire une histoire dans laquelle vous seriez, disons….

WOODY ALLEN : Oui, bon allons… disons que je suis le quatrième !!!!

BLUEWRITER : Voilà, oui j’ai trouvé ! « Le quatrième Homme »

WOODY ALLEN : …oui ce serait l’histoire d’un type qui achèterait tous les disques de Wagner et qui louerait une tronçonneuse. Mais là, je m’arrête car je ne pourrais pas écouter trop de Wagner !

BLUEWRITER : Ah ! Oui, je comprends Woody, vous risqueriez d’avoir envie d’envahir la Pologne !

WOODY ALLEN : C’est tout à fait ça ! Ah ! Blue, vous êtes un véritable visionnaire !  Merci pour cet entretien, j’ai passé un bon moment ! La dernière fois que j’ai été si heureux c’est quand j’ai pénétré la Statue de la Liberté !…

BLUEWRITER : … Vraiment ! … Un sujet en or, Wagner, la tronçonneuse, le corps de la Statue de la liberté ! Merci Woody ! Voilà une rencontre que je n’oublierai jamais ! Vous voyez, ici, dans la maison au bord de la voie lactée, c’est l’endroit de tous les possibles ! En écriture, tout peut arriver ! J’aime quand les héros sont héroïques, les amours sans mensonges et les tragédies super édifiantes !  Ce que je trouve de bien dans l’écriture c’est qu’elle véhicule des camions entiers de fantasmes sur les angoisses, les joies, les espérances des hommes.

WOODY ALLEN ! Optimiste en plus ! Vous savez, avant de partir et de m’aventurer de nouveau sur la voie lactée de ce chemin de fer tordu, Je vous dirai une seule chose, Blue : Que voulez-vous encore croire depuis que Nietzsche a proclamé la mort de Dieu.

BLUEWRITER : Il n’est peut-être pas encore mort !

Et là Woody hésite puis ouvre de nouveau la porte de verre qui donne accès au monde bleu en suçant son pouce, se retourne lentement et avec des yeux de chien battu marmonne dans ses dents : « Dieu, mais il est en cavale, ou alors, bien tranquille, il fait la sieste tandis que des OVNI menacent. Tout fout le camp. Tout est déjà ailleurs !… » Woody est triste, Mais tous les écrivains le sont, sinon, il ferait autre chose !

 bluewriter woody allen Bis

8 réflexions au sujet de « En mode écriture : Bluewriter »

  1. Quand je lis ce portrait-dialogue, je reconnais les thèmes que mes yeux ont parcourus à travers leurs lectures intéressantes et leur plaisir à admirer les créations d’un certain BlueWriter qui n’existe, bien sûr, que par ce qu’il imagine. Woody l’a bien compris d’ailleurs! Merci à toi pour ce portait captivant! Malayalam/Domi

    1. L’imagination c’est aussi l’art de faire croire sur une toile informatique que se projettent les passions comme les fantasmes, des pans de vie réelle et des réalités virtuelles. Merci d’avoir partagé ce dialogue virtuel!

  2. Ohhhhhh vraiment superbe, génial, original, créatif, esthétique, humoristique, travaillé tout en finesse…

    On le savait Blue, mais vraiment quel talent ! MILLE BRAVOS

    Tout plein de petits détails qui m’ont enchantée

    Nous avons bien de la chance !

    Merci de n’être pas imaginaire bien que doué d’une imagination débordante !

  3. Le monde est fou, fou, fou, voyez-vous ?
    Je ne comprends pas…
    quoi donc ?
    la folie serait donc visible ?
    De quelle couleur est-elle ?
    Euh… bleue ce me semble ?
    Joli !
    J’ai adoré ces dialogues de l’imaginaire ?
    J’en reveux !!!

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