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Je suis parce que nous sommes, de Yor Pfeiffer

Je suis parce que nous sommes, de Yor Pfeiffer

Itinéraire d’un enfant surdoué accompagné de témoignages d’auteurs.

L’histoire de Yor Pfeiffer est celle d’une différence invisible, « cadeau tragique » offert à la naissance. Il se révèle être un enfant surdoué, de ceux que l’on qualifierait aujourd’hui de « haut potentiel intellectuel » ou de « zèbre ». Cette intelligence différente apportera avec elle son lot de richesses et de souffrances, souvent causes ou conséquences d’un besoin farouche d’unité et de lien. Je suis parce que nous sommes est un livre témoignage, l’histoire passionnante d’une trajectoire humaine faite de cimes et d’abîmes. Il aidera le lecteur à mieux comprendre les zèbres et à reconnaître des caractéristiques communes à beaucoup d’entre eux.

En seconde partie du livre, les mots Je suis parce que nous sommes résonneront sous la plume d’auteurs de tous horizons (Hamidou ANNE, Catherine BIRRER, Isabelle BOULANGER, FRÉDOU, Florence GAVELLE, Jo GÜSTIN, Aude JOSSELIN, Élisabeth LARBRE,
Sortilège MAGYQUE, Jean-Luc MERCIER, Luigi RIGNANESE, Marie-Noëlle RINNE, Milie ELIAS), qui nous emmèneront dans un voyage sensible et émouvant, au cœur des liens qui nous unissent.

Pour acheter le livre papier, cliquez ici ou rendez-vous dans votre librairie.

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En savoir plus sur Yor Pfeiffer :

Yor Pfeiffer nait en France en 1962, neuvième d’une famille de dix. C’est un enfant surdoué qui a vécu son enfance comme une période paradisiaque au milieu de ses frères et sœurs.

Devenu adulte et professeur de philosophie dans une école pour jeunes en difficulté, Yor se battra coûte que coûte pour faire exister d’autres paradis mais, sur son chemin, il devra traverser l’enfer. Rêves et liens brisés, combats contre la justice et luttes à répétition contre la mort qui lui enlèvera une à une les personnes les plus importantes d’une vie.

Puis il crée un groupe de musiciens et se produit avec eux en France et à l’étranger. C’est alors qu’une ville de banlieue parisienne où plus de 120 origines ethniques sont représentées lui propose de réunir ses habitants à l’occasion d’un grand événement pour que toutes les différences soient mises à l’honneur.

C’est une philosophie africaine développée dans la tribu où Nelson Mandela a grandi qui inspire naturellement l’artiste : l’Ubuntu. Yor écrit « Je suis parce que nous sommes », un hymne à la vie appris par des centaines d’habitants, en vue de se réunir pour le chanter.

Découvrez le site de Yor Pfeiffer en cliquant ici.

Un projet altruiste, qui promeut la francophonie et le vivre ensemble

Tous les droits d’auteurs du livre sont reversés à l’association de loi 1901 Matins du Monde, qui développe, produit et promeut des projets culturels et artistiques en faveur de la francophonie et du vivre-ensemble, en France et à l’international.

iPagina’Son invite un magicien original…

Tout d’abord, permettez-moi de souhaiter la bienvenue à  une nouvelle lectrice à haute voix du groupe iPagina’Son. Sortilège.

Elle se présente à vous ici :

 

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Ce magicien a la capacité de faire changer les rapports entre les êtres, de gommer les différences, d’entretenir le partage. Tout change quand il n’est plus là…et le manque s’installe.

Ce tour de magie finalement ce n’est rien…et pourtant il fait toute la différence. D’ailleurs il est très facile à apprendre et à la portée de tous.  Essayons voulez-vous ?

Voici un texte d’Olivia, au message puissant chargé de tendresse et de sensibilité. Il a été remarqué et sélectionné par Amaranthe.

Sortilège a eu envie de le lire pour notre plus grand bonheur.

LE MAGICIEN

– Olivia –

Près de chez moi habite un magicien. Un vrai. Non pas qu’il ait des vêtements brillants ni des yeux troublants, non, il ressemble à Monsieur tout-le-monde. D’ailleurs, personne ne le remarque vraiment, personne ne fait attention à lui. Lui, pourtant, fait attention à tout ce qui l’entoure.

Les chiens du quartier ont tout de suite compris qu’il était leur ami. Les petits enfants aussi. Les plus grands se moquent de lui derrière son dos, il est tellement différent, il doit être anormal. Il est bien trop doux pour être honnête, disent les parents, il faut t’en méfier.

Je ne l’ai jamais entendu hausser la voix ni se mettre en colère. Quelques larmes coulent parfois sur ses joues. Ses vêtements sont d’un autre temps. Je ne saurais lui donner un âge, car il était là bien avant moi. Je me suis habituée à lui.

J’aime le suivre dans la rue quand je promène mon chien. C’est comme ça que j’ai vu qu’il était magicien. Il n’a pas d’habitudes, il erre au gré du vent. Quand il s’arrête, c’est pour cueillir une pâquerette ou un coquelicot.

Les petits commerçants le tolèrent, même s’il n’achète jamais grand’chose. C’est qu’il a le don de changer une atmosphère tristounette en paisible joie. On parlerait même de sérénité. Et la joie, c’est bon pour le commerce.

Il n’a pas d’amis, pourtant, quand il s’assied sur un banc, il ne reste jamais longtemps seul. Un petit vieux, une petite vieille s’assoient à côté de lui, l’un lisant sa gazette, l’autre sortant son tricot. Ils sont tristes et s’ennuient, ce petit tour dehors leur fait passer le temps.

Il n’est pas très bavard, mais il aime écouter. Ce n’est pas monnaie courante et on apprécie. Je ne sais pas ce qu’on peut bien lui raconter, mais jamais il n’a eu l’air étonné. Il a même l’air de tout comprendre. Les vieux ont tellement de choses à partager…

Quand il est au parc, ce sont les toutes jeunes mamans qui le côtoient. Leur bébé est leur seul passe-temps et elles profitent de ces quelques semaines de repos avant de reprendre le boulot. La vie d’une jeune maman n’est pas de tout repos ni sans problème : cela se lit sur leur visage. Un petit tracas de santé, peut-être, une angoisse concernant le comportement de bébé. Cela leur fait du bien de vider leur cœur, il écoute tellement bien.

Quand il ne reste plus personne, il se lève et s’en retourne chez lui, comme il était venu, dans l’indifférence totale.

Un jour, il ne sortit pas de sa maison. Le lendemain, non plus. Les petits commerçants, les petits vieux, les jeunes mamans étaient tristes. Ils s’étaient habitués à cet inconnu qui ne leur demandait rien, mais qui leur faisait tant de bien. Ils se dirent qu’il lui était peut-être arrivé quelque chose et qu’il fallait dorénavant se passer de sa présence.

Le magicien était pourtant fidèle, il sortit à nouveau et le quartier retrouva son petit air paisible et joyeux.

Je ne saurai jamais rien de lui, si ce n’est le nom indiqué sur sa sonnette : SOURIRE.

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iPagina’Son vous balade en caddie dans Paris…

affiche de Bluewriter
affiche de Bluewriter

l’équipe d’iPagina’Son se dévoile ici…

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? »

Cette phrase, issue des « Harmonies Poétiques d’Alphonse de Lamartine est illustrée parfaitement dans ce poème contemporain en alexandrins de Maninred.

Donner vie à un caddie, il fallait oser…

Pourtant le choix d’un objet familier, presque anodin, permet d’aborder de façon poétique et enfantine, une problématique de société en laissant une grande part au rêve. On se laisse bringuebaler dans une épopée rimbaldienne du XXIème siècle, pour terminer sur une touche d’espoir vers une nouvelle vie possible.

Patryck Froissart s’est laissé séduire par ce conte moderne et réaliste et l’a sélectionné dans ses préférences de conseiller d’iPagination.  Myriam (Maboulunette) a choisi de le mettre en voix pour les ipagin’autditeurs…

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CADDIE

– Maninred –

Couché négligemment sur le bord d’un fossé,

Inspirant le mépris d’un monde caboteur,

Un vieux caddie  rouillé de ses roues défaussé,

Dans sa longue agonie pleurait sur son malheur.

 

Il avait fait l’orgueil de gens en uniforme,

En rangées accouplé avec ses congénères,

Dans un supermarché, sur un parking énorme,

Au service voué de la gent ménagère.

 

« – Sherpa infatigable, asservie estafette,

Propulsé par l’essor d’étranges frénésies,

J’assistais le client au fil de ses emplettes,

Assumant le transport de ses denrées choisies.

 

Le temps m’a paru long, j’ai fait des kilomètres,

Des allers et retours  du parking aux rayons.

Plusieurs milliers de fois se relayaient mes maitres,

Sans qu’un seul s’apitoie sur mon sort de grifton.

 

J’ai su leurs mains moites, calleuses ou inquiètes,

Qui serraient la rondeur de ma barre d’appui,

Me poussant sans égards vers là où tout s’achète,

Me chargeant goulument, au gré de leurs lubies.

 

Un jour un vieux monsieur a détourné ma route,

Il était différent, son train plus débonnaire,

Me confia son barda, un chiot nommé Helmut,

Quelques plantes en pot et un Cubitainer.

 

Je l’ai vraiment aimé, ce vieux poète hirsute,

Empenaillé de bure et d’un ciré vert pomme,

Il blasphémait souvent, s’inventait des disputes,

Poursuivi qu’il était, par des méchants fantômes.

 

Il m’a trainé partout, j’ai découvert Paris,

Les berges de la Seine et des gens étonnants,

Lorsque Helmut aboyait mon cocher attendri,

Le berçait maladroit, dans ses bras apaisants.

 

Les rebords de trottoirs me blessaient les chevilles,

Mon amble chevrotait sur les chaussées pavées,

Mais que j’étais heureux découvrant la Bastille

Et le bruit et la vie et les cieux délavés !

 

Si j’en ai vu des gens, empressés et honnêtes,

Evitant le regard de mon guide et son chien !

Parfois une mémé posait une piécette

Dans un panier d’osier, collecteur de butin.

 

Ses amis singuliers se retrouvaient le soir,

Sous un pont ténébreux, coffre-fort de leurs rêves,

Près d’un feu rassembleur brasillant les espoirs,

Rudoyés par le vin qui circulait sans trêve.

 

Des diatribes fusaient contre la terre entière,

Jurons de désamour pour chalands isolés,

Puis l’alcool estompait la haine rancunière,

Qui défaisait leur coeur de clochards esseulés.

 

Alors, lui, devisait sur l’énigme muette

Des étoiles perchées à l’abri du vacarme,

Cherchait dans le sommeil la clé d’une cachette

D’un monde décevant, pour y poser ses larmes.

 

Parfois, de ses doigts gourds, aux ongles encrassés,

Il caressait distrait l’acier qui me compose,

Me disait à l’oreille un rondeau du passé,

Qui parlait de passion, de filles et de roses.

 

A chaque nouveau jour pointait la renaissance

De lueurs inouïes, de gens, de cris, d’odeurs,

Et je me surprenais à aimer ces errances,

Dans un Paris vivant, ouvert aux baroudeurs.

 

Mais sont venus ces jours de paresse immobile :

L’homme s’émaciait, les plantes se séchaient.

Même Helmut d ‘habitude si vif et si servile,

S’étiolant de dépit, sans répit gémissait.

 

Un camion rouge enfer est venu m’enlever

Mon maitre et puis son chien sous un strident chambard.

Ils m’ont abandonné, sans même relever,

L’émoi qui me minait, sous l’oeil du gyrophare.

 

Pupille abandonné, j’ai souffert le martyre,

Des fripons avinés ont pillé mon fourbi,

D’autres m’ont malmené dans leurs sombres délires,

Me délaissant plus tard tel un glauque zombi.

 

Un larron plus teigneux s’en est pris à mes roues,

Figeant mon apparence et me clouant au sol.

Un autre m’a poussé dans cet horrible trou,

Entre un four cabossé et un vieux parasol.

 

Ici j’atteins ma fin de vie de colporteur,

Dans un profond sommeil orphelin d’illusions,

Attendant l’arrivée d’un vénal ferrailleur,

Qui me ramènera aux fourneaux de fusion.

 

Et je serai bateau, voiture ou bien charpente,

Ou cheval de manège ou câble d’ascenseur,

Sans doute oublieras-tu l’odyssée fascinante,

Du caddie vagabond qui encageait un coeur. »

 

(…c’était mon Caddie de Noël…)

Coup de coeur musical à Lolo Robas, un homme d’accent.

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Lolo Robas ou La vie des hauts cantons d’Oc.

Cet auteur compositeur traine ses guêtres dans le sud de la France, de snacks en bistrots et c’est accompagné de sa fidèle guitare qu’il charme de sa voix chaude et gaie, grâce à ses « chansons d’ici et d’ailleurs »

«J’écris et compose textes et musiques a-t-il déclaré. Les arrangements sont mis en boîte tout spécialement pour moi par William Chades, l’un de mes copains. Mes thèmes de prédilection ? L’amour et la liberté, bien sûr !».

Si vous visitez la région de Mons-la-Trivalle, vous pourrez le rencontrer au détour d’une fête de la musique.

Moi je l’ai entendu la première fois et aimé en l’entendant sur le tremplin France Bleu National, au cours duquel il rencontra et l’emporta contre une certaine… Agathe.

Voici « J’m’en balance » issu de son album « Identité « 

Ipagina’Son part avec vous à la recherche du plaisir…

affiche de Bluewriter
affiche de Bluewriter

L’équipe d’iPagina’Son se dévoile ici…

 

Quand la fusion entre le peintre et la toile devient charnelle, l’aventure amoureuse se compare à l’acte d’amour. L’attente délicieuse de la caresse du pinceau sur la toile est amenée avec une grande sensualité dans ce texte de Renaissance.

  » Les toiles comme des femmes se sentent désirées et se donnent de chaque parcelle de leur être  » 

L’attente du plaisir avant la pulsion créatrice…

Voici pour notre et votre plus grand plaisir , la lecture de ‘PRELIMINAIRES » par Firenz’, sélectionné par Véronique Brésil.

 

PRELIMINAIRES

Par Renaissance

 

Blanche ! Elle est tellement blanche…

Assis devant elle, je la regarde, que dis-je, je la contemple ! Mon regard la pénètre comme un scalpel jusqu’à deviner son intérieur, sa majuscule intimité. Mes yeux, oui, mes yeux vont de droite à gauche, de haut en bas, cherchent, trouvent, cherchent à nouveau…Ce long examen de son corps, de sa surface de peau est une caresse préliminaire, un prélude à l’extase, un avant gout du plaisir final.

Je me demande souvent si cette attente ne lui est pas douloureuse, un peu pénible! Chacune de ses fibres semble m’inviter à plus d’initiative. Elle est apprêtée, enduite avec amour afin que chacun de mes contacts, de mes effleurements soit doux, facile et fluide. Je sens bien qu’elle n’a pas envie qu’un de mes gestes soit contrarié par une quelconque anfractuosité ou par une excroissance rebelle. Elle est tendue à souhait, ni trop ni pas assez, comme cet arc paré pour la libération de sa force. Tendue et en même temps lascive ce qui fait de son état, à mes yeux, une provocation indicible.

De cette intimité mutuelle nait progressivement, lentement, une merveille, un fruit spirituel, un cadeau infini : l’inspiration. Je sais maintenant comment je vais m’y prendre pour la rendre belle, pour la rendre heureuse et pour lui offrir la jouissance. J’ai compris, j’ai vu le carrefour de nos désirs respectifs. Sa peau m’a conquis.

Dans un ultime instant d’attente devenue insupportable, je me lève, m’éloigne un peu et je me sens envahi de cette énergie étrange qui va cependant guider mes mains, mon corps dans ce doux combat amoureux.

Je me pare à mon tour sans la quitter des yeux, je me sens au bord de la pulsion, je me retiens de me jeter sur elle sans plus de détours…

Une forme de sagesse m’envahit cependant.

Mes toiles blanches le savent. Elles connaissent maintenant mes rituels…Elles aiment ces préliminaires.

 

http://www.ipagination.com/textes-a-lire/selections/veronique-bresil/preliminaires-par-renaissance

En mode écriture : Astrov

« S’il te plait, dessine-moi un auteur : Astrov »

Affiche de Bluewritter
Affiche de Bluewritter

iPagination et iPaginablog, deux sites en connexion étroite, puisque animés par les mêmes équipes, dans un même esprit et pour une même passion de l’écriture.

Écrire … qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça fait ? Comment ça vient ? Pourquoi ? Quand ? Où ? ….

Sur iPaginablog, nous avons invité les auteurs d’iPagination à nous dévoiler un peu de leur intimité de plume.

Cette semaine, c’est Astrov qui nous invite à le suivre entre scène de théâtre et scène de ménage … 

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Six personnages engueulent l’auteur

(En hommage à Luigi Pirandello)

De Astrov (Edouard Huckendubler)

« Engueulent ». Oui, le mot est juste. Je me suis fait engueuler par mes personnages. Et chez moi, en plus ! Voilà comment :

L’écriture me vient à tout moment : un sujet me fait signe. Dès que j’ai mon clavier sous la main, j’y vais. Atmosphère, musique, environnement, cela n’a pas beaucoup d’importance. Les mots se proposent et le bonheur s’invite.

Or, depuis quelques temps, c’est l’écriture théâtrale qui me tenait. Six pièces depuis 2006, dont deux jouées en Compagnie Amateur. Cela fait donc pas mal de personnages créés par mes neurones. Et j’écris aussi des poésies (dont des sonnets).

C’est cela qui a tout déclenché :

Hier soir, pas très tard, après mon sobre dîner, on sonne à ma porte. Je vais ouvrir, sourire aux lèvres. Qui vois-je, serrés en un groupe compact et sévère ?

Six de mes personnages. Je les ai reconnus dans l’instant : un ou une représentant(e) pour chacune de mes pièces.  Principalement des femmes, et plutôt teigneuses (ben oui, je les ai créées ainsi). Je leur offre bon accueil :

– « Eh bé, la surprise ! Bonsoir, que me vaut … »

Sans répondre, le groupe est entré, direction le salon où chacun/chacune s’est assis dans fauteuils ou chaises. Ona, une Louve assez agressive, s’est lovée sur le canapé. Il restait une chaise, je l’ai prise.

Le silence se faisant un peu lourd, j’ai plaisanté : « Je vous ai faits plus bavards, non ? ». L’une d’elles (les hommes semblaient un peu discrets) a commencé :

– « Justement ! Tu nous as créés, donné existence, sentiments, parole. Tu te bats pour que nos mots (les tiens), nos dialogues, tes didascalies, soient lus, que nous soyons joués sur scène.  C’est bien. ».

Une autre a enchaîné : « Alors pourquoi nous fais-tu ça, depuis un moment ? »

– « Mais, ça, quoi ça ? » J’étais un peu perdu…

– « Ton infidélité. »

Infidélité ? Je ne pigeais pas bien. J’ai eu droit à une explication :

– « Depuis quand n’as-tu pas écrit pour le théâtre ? Depuis quand n’as-tu pas sculpté des personnages qui auraient pu venir avec nous ? Tu le sais, nous sommes une sorte de Famille.».

– « Eh ben, oui, depuis un  moment, j’écris aussi des poésies ! »

Ona a pris ma réponse, comme un os, à la volée. « Exact. C’est ce qu’on te reproche. Des poésies… Des sonnets… Il n’y a pas de personnages, là-dedans, pas de dialogues, pas de jeux de scène. Les mots, seuls. Pas de spectateur, mais des lecteurs qui comprennent ce qu’ils veulent, alors que nous, ce sont nos âmes que nous exprimons avec tes mots. Tu nous abandonnes ! »

Et tout le groupe, tel le chœur antique, a psalmodié : « Tu nous abandonnes, tu nous trahis ! ».

J’ai eu la révélation, le flash, la compréhension.

– « Vous… Vous êtes en train de me faire une scène de jalousie parce que j’écris quelques poésies ? »

– « Il y a de quoi, non ? Nous avions confiance en toi, et puis, te voilà à poétiser, à rimer…  D’ailleurs tu n’as écrit aucune pièce en vers. On aimerait bien parler en alexandrins… »

Je songeais (modestement) à Pirandello, qui avait lancé des personnages cherchant un auteur. Et là, ce soir, des personnages venaient faire une scène de jalousie à leur auteur. Pour quelques escapades poétiques extra-théâtrales !  Je n’avais trompé personne, c’était juste une attirance poéti…  Et puis zut !

Tout soudain j’ai senti  la rogne venir en moi.  Des disputes amoureuses, j’avais vécu ça.  Mais des reproches sur mes goûts en écriture, et venant de mes propres créations, non, mais, on va où ? Je me suis levé, en respirant à fond.

– « Non, mais, on va où ? Alors vous allez m’écouter. Je ne suis pas infidèle. »

Ona, vive et en alerte, a fait mine de protester. D’un geste, je l’ai renvoyée sur le canapé. Qui c’est le boss ?!

– « Pas infidèle. Toutes et tous, qui vivez dans mes pièces, je vous aime. Compris ? Je vous aime.  Vous existez, vous serez sur scène, en tapuscrit, en recueil. Oui, je me battrai pour vous. Et mes poèmes ne retirent rien à l’amour que je vous porte. Ce sont des expressions, des émotions que je souhaite faire ressentir aux lecteurs et lectrices. Pour les atteindre au cœur, au corps, afin de les emmener ici, là, en rêve, en découvertes, en sourires et soupirs ».

Les personnages étaient attentifs. La tension s’est bien relâchée. J’ai continué :

– « Et vous ! Mais vous en faites autant, auprès des spectateurs ou des lecteurs ! Car c’est vous qui leur portez mots et émotions. Vous êtes indispensables. Vous m’êtes indispensables. Je n’abandonnerai jamais le théâtre. Je suis sur une nouvelle pièce. Dès qu’elle sera au point, vous serez avertis. J’ai un peu de mal avec l’intrigue, mais rien de grave ! ».

Elles et ils se sont levés, souriants, et m’ont entouré. Leurs mains ont effleuré mon visage. Ils m’ont dit : « Merci ! Nous voilà rassurés. Bonne chance avec l’intrigue. Nous sommes toujours près de toi. A très bientôt ! ». Et ils sont partis tranquillement. J’ai remarqué qu’ils passaient à travers la porte sans l’ouvrir.

Je suis allé me coucher, tôt. Car le lendemain, j’avais un poème  et une pièce à sculpter.

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Avoir toujours un oeil sur ses personnages …

Mes six pièces auxquelles je fais allusion sont lisibles sur  ipagination  (pseudo Astrov) pour certaines,  et sur le site de théâtre  leproscenium.com  sous mon nom  Edouard HUCKENDUBLER.

Ona est un des personnages de ‘’La hiérarchie des Louves’’.

 

 

 

En mode écriture : Christophe Dessaux

« S’il te plait, dessine-moi un auteur : Christophe Dessaux »

Affiche de Bluewritter
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Écrire … qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça fait ? Comment ça vient ? Pourquoi ? Quand ? Où ? ….

Sur iPaginablog, nous avons invité les auteurs d’iPagination à nous dévoiler un peu de leur intimité de plume.

Cette semaine, c’est Christophe Dessaux qui se met à table … 

calligrammeLa vie est un calligramme

J’écris…

En mode diurne, le ventre plein.

En mode nocturne dans ma cellule de moine.

En mode insomniaque au chaud dans mon lit.

En mode hypnotique au volant de ma voiture.

En mode liquide sous la douche.

En mode fainéant dans les restaurants.

En mode inconscient, façon surréaliste.

.

En mode manuscrit comme en mode azerty.

En mode cahier comme en mode clavier.

En mode araignée qui fait vibrer sa toile.

.

En mode monomaniaque, mais pas graphopathe.

En mode à petits pas, entre deux jours de boulot.

.

En mode solitaire, mais pas désespéré.

En mode détaché, mais pas misanthrope.

En mode éparpillé, mais pas sans cohérence.

En mode réfléchi, mais pas désincarné.

En mode amoureux, mais de moins en moins.

En mode très habillée, mais pas élitiste.

En mode humoristique, mais pas ironique.

En mode léger, mais pas superficiel.

En mode fragmentaire, mais pas éclaté.

En mode actuel, mais pas à la mode.

En mode exubérant, mais jamais futile.

En modulations absurdes, mais jamais grotesques.

En mode au long cours, mais je me cogne toujours.

En mode respectueux, mais faut pas me chercher.

.

En mode poétique, ça c’est mon noyau.

En mode poétique, mais pas seulement.

.

En mode sérieux et je m’en excuse.

En mode dilettante et je m’en veux.

En mode éclectique et je vais en crever.

En mode inattendu, c’est une constante.

.

« En mode majeur », regrette l’enfant que je fus.

« En mode mineur », affirme mon prétentieux.

En mode contraint, vous en avez la preuve.

En mode ludique, « la vie est un calligramme ».

En mode miroir, moi qui lis si peu.

.

En mode j’y pense et puis j’oublie.

.

 

D’ailleurs… en notant j’y pense et puis j’oublie, un texte me revient à la mémoire. Un texte écrit il y a presque dix ans, à une époque où j’allais pas bien fort. 
Ce texte se trouve quelque part à la frontière poétique entre un comment écrire et un pourquoi écrire. Comme je me suis beaucoup éloigné du rapport à l’écriture que j’y décris, je l’ai laissé au fond de mes tiroirs USB, mais je le crois de circonstance ici. Certains d’entre vous s’y retrouveront peut-être, et même si ce n’est pas le cas, j’espère que vous verrez du beau dans ce type d’écrit que j’appelais à l’époque de l’omicron noir, un matériau assez sombre 🙂

.

Je ne parle pas à n’importe qui, mais…


(En hommage à Léo Ferré)

Je hurle aux quatre vents qui, tous, me frappent froid.

J’aboie aux chiens de mer qui m’enragent.

Je beugle aux entrailles de ma jeunesse qui se tire.

Je susurre à l’oreille des âmes bâtées, mes semblables.

Je confie aux sourds les vomissures de mes lèvres écoeurées.

Je martèle mollement mille et mille maximes usagées.

Je roucoule noir à mes conquêtes affadies par mes caresses nauséeuses.

Je solfie quelque rengaine poussiéreuse sortie de ma mémoire décomposée.

Je déclame des vers qui s’échappent tout droit d’un cadavre de poème.

J’affirme que, que, et que, au bout de quatre.

Je dévoile l’indécence du rire des étoiles.

Je rugis l’air des libertaires du murmure.

Je nomme « caduc » l’alignement mégalithique des mots sur une ligne : la vie est un calligramme !

J’imprime la morsure des mots dans la tête des lourdauds.

J’explique à qui veut l’entendre la quadrature du cercle d’Amour et de Raison.

Je détache les mots de leurs cons de textes et j’en fais des phares, verges de ma toute-puissance.

 

Je dégoise, je dégoise, je dégoise, ça n’en finit plus, c’est une hémorragie, une saignée purgative. Mon encre coule, précieux liquide, je la donne à qui veut la prendre, mais c’est une transfusion sans guide.

écrivain à sa table
La feuille froissée fleurit bien au jardin de l’écrivain…