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Jacques A. Bertrand, un écrivain léger et féroce.

Un article proposé par MarieM, dont vous pouvez consulter la page ici

Jacques A. Bertrand, un écrivain léger et férocement humoristique.

Parce qu’à dix ans, après avoir subi une opération chirurgicale qu’il a voulu raconter sur papier, Jacques A. Bertrand s’est rendu compte qu’“il est plus intéressant et plus gratifiant de raconter la vie que de la vivre”, il a décidé de devenir écrivain.

Pour notre plus grand bonheur.

Il publie en 1983, son premier roman “Tristesse de la balance et autres signes”.

Depuis, plusieurs de ses livres ont été salués par quelques prix littéraires comme le prix de Flore pour le “Pas du loup” (1995) ou celui de 30 millions d’amis pour “Les sales bêtes” – Un régal –

Un des prix les plus emblématiques qu’il ait reçu est le Prix Georges Brassens. Ce prix a récompensé “La liberté de ton, l’impertinence, l’amour du verbe” de son livre “J’aime pas les autres” publié en 2007. Il faut y ajouter l’humour, bien entendu…

Dans ce roman, Jacques A. Bertrand cultive ce qu’il appelle “La Loi de la Légèreté Universelle”: Et c’est avec un humour féroce qu’il dénonce les maux de la société et les “Autres” qui sont des empêcheurs de tourner en rond…

«Comment je me suis fâché avec tout le monde, je ne sais plus très bien. Longtemps, j’ai cru aimer les autres. Peut-être que je croyais les aimer parce que je voulais qu’ils m’aiment. Vous voulez toujours que les autres vous aiment. Enfin, vous croyez.
C’est des gens bizarres, les autres. Vous pensez qu’ils sont comme vous. Et pas du tout. Ils sont comme les autres.
J’aime pas les autres. »

Il va continuer son exploration sarcastique et en même temps jubilatoire des « Autres » dans deux autres romans :“Les autres, c’est rien que des sales types, et “Les autres, c’est toujours rien que des sales types”. Il nous dresse des portraits bien sentis du “Touriste”, du “Parisien”, du Voisin, du Végétarien…. puis de l’ Ecrivain, du Pipole, du Candidat…

Interview de J. A.Bertrand  :

 

 

 

Et puis il y a le dernier né. “Comment j’ai mangé mon estomac” (2014)

On aborde ce roman avec une pointe d’inquiétude, le récit d’un cancer de l’estomac, quand même !

Et puis, non, au bout de quelques pages on sait qu’on peut se laisser aller, faire confiance… malgré l’horreur évoquée, on va passer un beau moment.

Imaginiez-vous pouvoir lire le récit d’une lutte contre cette maladie, la chimiothérapie, le séjour à l’hôpital, l’opération avec des éclats de rire ? Eh bien Jacques A. Bertrand rend cela possible.

« L’intérêt de la fiction, c’est de parler de la réalité (…) et de la transformer, de la rendre plus légère qu’elle ne l’est en réalité »

A la question qu’on lui pose : « Vous êtes vous demandé ce que vous n’avez pas réussi à avaler dans la vie ? »

Il répond : “La Bêtise, sans doute , sur quoi Renan se penchait pour avoir une idée de l’infini… »

Extrait :

« Certainement, je n’ai pas assez vomi. J’ai insuffisamment protesté. J’ai gardé trop de choses sur l’estomac. Par naïveté, j’ai trop longtemps cru sur parole les histoires qu’on me servait. On me certifiait que j’étais tenu de tendre à la sainteté. Je n’ai rien contre les saints. Il y en eut de très bien, des pittoresques aussi, des amusants parfois. Des bornés, également. Des allumeurs de bûchers. Mais je n’ai rien contre la sainteté. Seulement les doctrines et les dogmes par lesquels on voulait m’y conduire – définis des siècles ou des millénaires après d’hypothétiques événements censés les avoir inspirés – ont fini par m’apparaître peu fondés, ou tout simplement ineptes. De plus, leurs thuriféraires semblaient incapables de rester fidèles à leurs propres préceptes. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Et cetera.

Il souligne là, avec cet humour qui le caractérise le fameux « fais comme j’te dis, fais pas c’que j’fais, dont nous avons tous vérifié les vertus pédagogiques à nos cœurs défendants ! Comment ne pas en prendre de la graine ?

Naturellement, il m’arrive d’être de mauvaise foi. C’est un exercice intéressant. Voire – si on le pratique avec un minimum de légèreté – un procédé humoristique efficient. Il en est de même de la mauvaise humeur. D’excellents comédiens, écrivains, politiciens ont fondé de belles carrières sur la mauvaise humeur.

J’ai souvent ruminé, certains petits matins venimeux, après avoir feuilleté les journaux, de me mettre à écrire « Le livre de la haine ». Il faut croire que je ne suis pas assez méchant. Plus ruminant qu’enragé

Combien est-ce savoureux de lire, sous la plume de cet homme intelligent et pudique, qu’il peut être parfois de mauvaise foi, voire ressentir de la haine… Car, bien sûr, tout un chacun ressent cela, également… C’est comme si alors, il nous en donnait l’autorisation… du coup on se sent plus légers, moins seuls en tout cas..

Avec ça d’une politesse exquise, d’une courtoisie sans faille.

J’ai avalé pendant des années des tartes aux salsifis. Pourquoi aurais-je embarrassé cette charmante hôtesse en lui avouant que je détestais les salsifis ? Ceux qui adorent les salsifis peuvent-ils vraiment comprendre que d’autres ne les aiment pas ?

J’ai toujours eu horreur des salsifis.

……

Les couleuvres, j’ai accepté avec complaisance d’en avaler quelques-unes. Il faut dire qu’elles étaient magnifiques. Noir, or, argent. Élégantes en diable. Avec cette façon de se mouvoir d’un point à un autre en ignorant superbement la ligne droite de la géométrie euclidienne.

Les ai-je vraiment digérées ?

Probablement pas, mais j’ai eu tellement de plaisir à les avaler. Je ne voudrais pas que l’on croie que je me cherche des excuses. Et je ne voudrais contrarier la digestion de personne. Je ne fais que me soulager d’un peu de mauvaise bile. Façon de thérapie. Mais je crois au libre arbitre.

C’est bien moi qui ai dévoré mon estomac. Dans toute vie, il y a toujours un moment où l’on peut choisir.

Ouvrez des écoles, vous pourrez fermer les prisons, conseillait le bon Victor Hugo. Aujourd’hui, il semblerait que pas mal de jeunes gens à qui les écoles sont ouvertes leur préfèrent la prison.

Et, notez encore, ce n’est pas que je sois un inconditionnel de l’école.

Qui a dit que la culture consiste à désapprendre ce qu’on nous a appris ? J’excelle dans cet exercice postscolaire. Déjà, je ne sais presque plus rien.

Mais je demeure résolument optimiste, n’en doutez pas. »

Voilà ce qui caractérise peut-être le mieux cet auteur: l’Optimisme et il en distille tout au long de ses pages… L’on en ressort tout ragaillardi.

 

Tous les livres de Jacques A. Bertrand sont de ceux qu’on ne peut pas lâcher, qui vous emportent au bout de la nuit…

ça se lit comme on déguste un carré de chocolat avec un petit café… Un mélange de gourmandise, de douceur et d’une pointe d’amertume…

 

On voudrait en tout cas qu’ils durent pour ne pas quitter trop vite cet auteur, son humour, sa sensibilité et sa grande tendresse pour les autres…

 

Liens

Article paru dans le nouvel observateur :

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20140107.OBS1633/jacques-a-bertrand-la-litterature-a-l-estomac.html

Interview au sujet de son livre : Comment j’ai mangé mon estomac

 

Pour la beauté du monde: Missak et Mélinée Manouchian.

Soixante-dix ans après l’Affiche rouge, Missak Manouchian, poète, amoureux, combattant, sous le regard de Mélinée.

Il y a quelques mois l’anniversaire de l’affiche rouge avait attiré mon attention et j’avais lu avec émotion les articles qui évoquaient ce drame de la dernière guerre mondiale. L’arrestation et l’assassinat du groupe Manouchian par les nazis après une campagne de diabolisation concrétisée par la célèbre affiche rouge.
Dernièrement, j’ai retrouvé dans les réserves d’une grande bibliothèque publique le livre émouvant que Mélinée Manouchian écrivit pour évoquer les souvenirs des années de vie, d’amour et de combat partagés avec Manouche comme elle appelait son mari Missak Manouchian. Ce livre est actuellement épuisé, il porte le simple titre ‘Manouchian’ . Parce que les combattants sont avant tout des hommes, vous découvrirez ici l’amour de Missak et Mélinée. Et parce que Missak était aussi poète, quelques perles de son écriture.

10-manouchian Missak      Tableau affiche de Missak

Peintre: Fabien Pouzerat

Missak et Mélinée étaient tous  deux arméniens, tous deux orphelins de la première guerre mondiale à la suite des massacres de 1915 qui laissèrent la majorité des enfants arméniens orphelins. Tous deux étaient issus d’un milieu social identique, tous deux partageaient une même expérience de la société et de ses injustices. Tous deux avaient été élevés dans des orphelinats et tous deux se retrouvèrent en 1925 pour lui et en 1926 pour elle, à Marseille lorsque la France accueillit une partie des orphelins du génocide arménien.

Ceux-là étaient deux êtres dont le sort avait été le même dans la vie. Ayant bu jusqu’à la lie le sel et l’âpreté d’être orphelins et toutes les privations qui ont été les leurs, notera Missak à propos de leur enfance brisée.

Dans Miroir et moi, il écrira ces quelques vers qui évoquent’ ce sel et  cette ’âpreté bue jusqu’à la lie’ :
Comme un forçat supplicié, comme un esclave qu’on brime
J’ai grandi nu sous le fouet de la gêne et de l’insulte,
Me battant contre la mort, vivre étant le seul problème…
Quel guetteur têtu je fus des lueurs et des mirages !

Ils ne se rencontrèrent qu’en 1934 à Paris où un et l’autre fréquentaient activement le comité de secours pour l’Arménie soviétique. C’est en 1935 que Missak fit à Mélinée une déclaration d’amour très originale. « Veux-tu voir la photo de la jeune fille que j’aime ? » lui dit-il. Et elle répondit : « Pourquoi pas ? ». Alors, Missak fouille ses poches et en sort un objet qu’il place devant le visage de Mélinée. « Je crois que tu fais erreur, c’est un miroir et non une photo que tu tiens là »dit-elle. « Non, non, regarde bien, ce que tu vois est bien le portrait de la jeune-fille que j’aime » raconte Mélinée.

09-melinee Tableau affiche de Mélinée, Peintre: Fabien Pouzerat

Tout deux sont déjà très investis dans la vie militante. Mélinée n’est pas préparée aux choses du cœur comme elle l’écrit dans son livre. Les souffrances qu’elle a vécues et côtoyées l’invitent plutôt à consacrer son énergie à soulager ceux qui souffrent et elle craint que l’amour n’entame sa force intérieure. Missak éprouve au contraire le besoin intense d’aimer et sait en convaincre sa belle ! Pour lui, partager leur amour est aussi important que boire l’eau de la source. Loin de les enfermer il leur permettrait un perpétuel mouvement de leur être vers le monde et réciproquement, plaide t ’il. Partager l’amour éprouvé devrait leur assurer de mieux vivre le quotidien et d’être plus fort pour assumer un combat au long terme. Ils ne savent pas encore à quel point cet amour leur fournira de force.

Et Missak, le poète, écrivit un petit conte biographique: Le jeune-homme était entré très tôt dans le combat de la vie. Son enfance, il l’avait passée dans le sein libre de la nature. Ses yeux étaient habitués à des larges horizons. Il était familier des montagnes et avait savouré le mystère de leur grandeur. Des animaux et des oiseaux, des arbres et des fleurs, des plantes et de la terre, il avait appris le secret de l’amour. Son imagination était puissante. En lui, s’était accomplie la gésine d’un idéal humain le plus haut. Et, pour lui et ceux qui le connaissaient, cet auto-panégyrique correspondait à la réalité.

Passionné de poésie, Missak souhaitait perfectionner son écriture et était en contact avec de nombreux poètes arméniens, son écriture poétique lui était cruciale et il se définissait comme poète. Son investissement de militant le priva de temps pour écrire et il s’en plaignait : Je n’ai pas de temps pour réaliser mes désirs ; je tourne en rond dans les platitudes de la vie quotidienne. Je voudrais écrire et je n’en ai pas le temps. Je n’ai que le temps de faire des réunions et encore des réunions.                                                                                         Pour cet homme à l’immense appétit d’apprendre, dans tous les domaines de la culture, cinéma, opéra, littérature, théâtre, politique, les réunions beaucoup trop longues à son goût furent une préoccupation majeure, elles dévoraient son temps précieux. Dans son journal, il ajoute : Dans la vie, il faut boire à toutes les sources pour reconnaître la meilleure.    Mais pour cela, dans cette époque troublée, le temps manque pour les désirs personnels.

J’ai retrouvé quelques uns de ces vers marqués par sa conscience de la souffrance sociale et par la grande sensibilité qui nourrira son besoin d’amour, d’action et de lutte.             Quand j’erre dans les rues d’une grande ville
Ah, toutes les misères tous les manques,
Lamentation et révolte, de l’une à l’autre,
Mes yeux les rassemblent, mon âme les accueillent

Et ces vers, évoquant les périodes sombres à venir où il identifiait dès 1934 la montée du nazisme comme le fléau vraisemblable sur la scène européenne. Il dira d’ailleurs : Notre génération va avoir à combattre le nazisme. Cela risque d’être terrible, mais nous en sortirons vainqueur.

Que les flambeaux de la conscience éclairent nos esprits !
Que le sommeil et la lassitude ne voilent point nos âmes !
A tout moment l’ennemi change de couleur et de forme
Et nous jette sans arrêt dans sa gueule inassouvie.

L’activité militante de Manouchian le positionna d’emblée comme combattant quand la guerre fut déclarée, il affirmait à ses amis : chaque citoyen doit avoir à cœur de combattre le nazisme ennemi des peuples. Et c’est ce qu’il fit jusqu’au bout du combat.

De l’amour de Missak pour elle, Mélinée nous dit : Il m’aimait comme on aime l’instant à vivre dans son extrême richesse ;comme une sculpture qu’on caresse, comme un poème qu’on lit à haute voix, il avait pour moi un amour à la limite de la déraison, total et entier.
De son amour pour Missak, Mélinée  écrit : J’avais pour lui une admiration telle que jamais, dans ma vie ; je n’en eus de semblable pour qui que ce fût. Je l’aimais comme on aime l’avenir dans lequel on se projette avec toute sa joie. Je l’aimais avec tout l’idéal qu’on porte en soi avec toute la ferveur de l’esprit. Il était comme le cristal, comme le diamant taillé.

Nov_20131116_07_14_01 missak Manouchian

Missak faisait activement partie de la ‘Main dOeuvre Immigrée’ et du Parti Communiste, il n’eut aucune difficulté à prendre contact avec les cadres de la MOI, de L’Union Populaire Franco-arménienne et du Parti communiste Français pour entrer en résistance. Reconnu pour ses capacités intellectuelles, ses capacités d’organisation, son courage, son sang-froid et ses convictions politiques, il passa rapidement de tâches organisatrices à la responsabilité des Francs Tireurs et Partisans immigrés de la région parisienne. Après sa première action Missak dira à Mélinée : « Il n’est pas de cause et de sentiment qui naissent d’un seul coup. C’est toujours le résultat d’une plus ou moins longue histoire. La première image qui m’est venue à l’esprit (au moment de l’action) fut celle de mon père, mort pendant la première guerre mondiale, et de ma mère, morte de faim peu après. J’ai réellement eu l’impression qu’ils sortaient du tombeau. Ils me disaient que je devais agir : tu ne fais pas de mal, tu ne fais que tuer des tueurs. » La seconde guerre mondiale raviva chez les arméniens immigrés les méfaits qu’ils avaient subis durant la première, ce qui se passait en Europe ces années là ressemblaient étrangement à ce qu’ils avaient connus vingt-cinq ans plus tôt et avec un champ d’action plus vaste, il s’agissait bien d’un nouveau génocide. Au côté de Missak et de Mélinée beaucoup de combattants étaient décidés à se battre au nom de la liberté, de la dignité des peuples et de celle de la vie. Nous connaissons le coût de l’issue du combat pour beaucoup d’entre eux.

images l'affiche rouge

Il ya 70 ans, l’affiche rouge placardée sur les murs de Paris. Vingt et trois étrangers… parce qu’à prononcer leurs noms sont difficiles. Vingt et trois ‘terroristes’ qui avaient mis leur vie entre-parenthèses pour lutter contre l’horreur nazie, lutter pour retrouver la liberté. De toute leur conviction, de toute leur force et quelque soit le prix à payer. Et Missak parmi eux.   Vingt et trois à donner leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Unis sur une affiche comme dans la mort.

Et laissant Mélinée et tant d’autres ‘petits orphelins bien-aimés’.

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Photo de Léo Ferré
                     

                                                                                                                    


« Les strophes pour se souvenir », le magnifique poème de Louis Aragon, les ont immortalisés. Ainsi ont-elles immortalisé Missak Manouchian et sa bien-aimée Mélinée.
Pour ses Strophes, Louis Aragon s’est largement inspiré de la lettre bouleversante que Missak envoya à Mélinée quelques heures avant d’être fusillé au mont Valérien le 21 février 1944.

Et celle à qui Missak demanda d’être heureuse, de se marier et de faire un enfant,  nous dit : Il a perdu la vie, c’est à dire ce qu’il appréciait le plus au monde: le soleil, la nature, la beauté ressentis au plus profond de sa chair.  J’ai perdu le bonheur, c’est à dire ce que je désirais le plus au monde. Je puis dire d’une certaine façon, qu’il m’a laissée dans le malheur. Son dernier voeu était que je me marie, que j’aie un enfant, que je sois heureuse, mais le mien était qu’il vive et qu’il me rende heureuse, lui. La vie présente parfois d’étranges quiproquos.

Elle ne se remariera jamais, ni n’aura cet enfant qu’il lui souhaitait d’avoir avec cet autre homme qu’elle aimerait. Elle est décédée en 1990 et est enterrée au cimetière d’Ivry dans la tombe de celui qu’elle aimait.

Pour peu que le coeur ne se fende. (Villon)

Gabo s’est éteint, mais Gabriel Garcia Marquez demeure.

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« Ce qui importe, ce n’est pas la vie qu’on a vécue, mais celle dont on se souvient, et de comment on s’en souvient pour la raconter. » Ainsi parlait Gabriel Garcia Marquez dit Gabo. Ces quelques mots illustrent bien son écriture et sa façon de semer, dans ses écrits, des fragments de son histoire personnelle… qu’il se plaisait à exagérer selon son biographe Gérald Martin.

Un mois après sa disparition survenue le 17 avril dernier, la tristesse est toujours aussi vive. Sa mort avait été annoncée il y a une quinzaine d’années alors qu’il souffrait d’un cancer lymphatique. Il avait combattu et vaincu la maladie, on le croyait immortel…

« Les gens que l’on aime devraient mourir avec toutes leurs affaires », écrivait-il dans « L’amour au temps du choléra ». Il n’en est rien… fort heureusement, il nous laisse une œuvre remarquable à l’écriture poétique, mélancolique, pétillante et vibrante d’humanité qui a comblé d’aise la terre entière et lui a valu le prix Nobel de Littérature.

Emilio Lezama, journaliste et écrivain, confie que sa mort a quelque chose de dévastateur pour les latinos américains que son œuvre seule, ne peut expliquer. En effet, Gabriel Garcia Marquez était plus qu’un chroniqueur et écrivain. Il était l’homme qui a su témoigner du quotidien des sud-américains avec réalisme et magie et donner ainsi une généalogie aux latinos. Il a su narrer à la perfection la vie de ses compatriotes et tous se retrouvent avec beaucoup d’émotion dans les situations et les personnages qui peuplent ses romans, contes et nouvelles. Une sud-américaine aurait dit à Emilio Lezama à propos de Cent ans de solitude : « Nous avons grandi dans un village comme celui de Macondo, mais il aurait pu être ce village. Nous avons vécu cent années de solitude ! »

Gabo racontait… il n’inventait pas ou si peu… C’est donc dans son histoire personnelle qu’il faut chercher la source de son génie.

Gabriel José de la Concordia Garcia Marquez est né le 6 mars 1927 à Aracataca en Colombie, d’un père télégraphiste, désinvolte, schizophrène, souffrant de crises d’angoisse et d’une mère issue de la petite bourgeoisie. Ses parents lui serviront de modèle dans L’Amour au temps du choléra. Petit, son éducation est confiée à ses grands parents maternels. Son grand-père et confident le nourrit des aventures héroïques qu’il a vécues lors de la guerre des mille jours et sa grand-mère lui conte des histoires effrayantes de revenants qui le hanteront toute sa vie puisque, plus tard, il possèdera une dizaine de maisons…toutes, petites, pour éviter les fantômes. Nourri d’héroïsme et de fantasmagorie, on ne s’étonnera pas de retrouver dans ses romans, l’ambiance et les lieux qui l’ont vu grandir et qu’il quittera à la mort du patriarche.

Il fait alors des études de droit à Bogota et s’immerge dans la lecture des classiques latins et hispaniques qui le fascinent au point de négliger ses études. Il s’essaie à l’écriture et publie une première nouvelle qui est un conte, La Troisième Résignation. Mais l’université ferme à la suite de l’assassinat d’un leader politique. Gabriel rejoint donc sa nombreuse famille – il a dix frères et sœurs – à Cartagena et devient journaliste à El Espectador. Il retranscrit des interviews, écrit des textes d’opinion, des chroniques tout en poursuivant sa découverte des auteurs comme Faulkner, Hemingway, Woolf, Kafka pour ne citer qu’eux. Il ne voyage pas que par littérature interposée. Son journal l’envoie en tant que correspondant à l’étranger. On le retrouve en Suisse, en Italie, en Espagne et en France. Il parcourt la terre à une époque où voyager n’est pas aisé et très onéreux, surtout pour un journaliste sans le sou comme il l’était. Mais le journal qui l’emploie, disparaît. Il se retrouve démuni au sein du quartier latin.

Puis vient le temps de son engagement politique : voyages en Allemagne de l’Est, en Union soviétique, en Hongrie, financement de groupuscules armés au Venezuela, relations avec les grands de ce monde, François Mitterrand, le roi d’Espagne, Clinton…Et Fidel Castro. Une longue amitié le lie au leader cubain qu’aucune critique n’entachera. Sympathisant des mouvements révolutionnaires, il finance la campagne électorale du M.A.S (mouvement vers le socialisme) au Venezuela, il crée la fondation Habeas pour la défense des droits de l’homme et des prisonniers politiques.

Bien qu’ayant été espionné par les services secrets mexicains et américains, il s’établit au Mexique où il écrit des scénarii et les nouvelles de Les funérailles de la Grande Mémé. La publication de Cent ans de solitude lui apporte la célébrité. La suite est à l’image de l’homme…qui doute « Je n’ai jamais relu aucun de mes livres par crainte de me repentir de les avoir écrits », mais qui poursuit sa vie avec passion et une humanité que traduisent ses écrits et ses engagements politiques.

Exposer plus avant l’homme n’est pas pertinent. On en dirait toujours trop ou pas assez. Parcourir son œuvre est encore le plus sûr chemin de mieux connaître et comprendre l’auteur aux multiples facettes.

Cependant, il est difficile de conclure sans faire référence à la lettre qu’il a écrite à ses amis. Il y parle beaucoup de Dieu et invite ses lecteurs à aimer, aimer la vie, aimer les siens et le leur dire. Ces mots laissent apparaître un Gabriel Garcia Marquez qui semble avoir quitté le monde des luttes et des combats pour se tourner vers un autre monde intérieur et spirituel, un monde d’amour et de pardon proche de l’Hooponopono  dont il reprend une sorte de mantra : «  Maintiens ceux que tu aimes auprès de toi, dis leur à l’oreille combien tu as besoin d’eux, aime-les et traite-les bien, prends le temps de leur dire « je suis désolé », « pardonne-moi », « s’il vous plaît », « merci » et tous les mots d’amour que tu connais.

(…) Prouve à tes amis et êtres chers combien ils comptent et sont importants pour toi. Il y a tellement de choses que j’ai pu apprendre de vous autres… Mais en fait, elles ne serviront pas à grand chose, car lorsque l’on devra me ranger dans cette petite valise, malheureusement, je serai mort. » (…)

Unknown

Et bien non Gabo, tu n’es pas mort et toutes ces choses que tu as apprises, tu nous les as transmises, à nous d’en prendre soin et de les partager… Alors merci à toi pour le superbe héritage que tu nous as laissé.

Pour aller plus loin, dans l’univers de Gabriel Garcia Marquez…

…voici quelques titres de ses ouvrages

Des contes, nouvelles et récits
 :

  • Récit d’un naufragé
  • Les funérailles de la grande Mémé
  • L’incroyable et triste histoire de la candide Erendida et de sa grand-mère diabolique
  • La Mala Hora
  • Pas de lettres pour le colonel
  • Des yeux de chien bleu
  • Douze contes vagabonds
  • Journal d’un enlèvement
  • Six contes vagabonds

 Des romans
 :

  • Cent ans de solitude
  • L’automne du patriarche
  • Chronique d’une mort annoncée
  • Une odeur de goyave
  • Des feuilles dans la bourrasque
  • L’amour au temps du choléra
  • L’aventure de Miguel Littin
  • Le général dans son labyrinthe
  • De l’amour et autres démons
  • Vivre pour le raconter

… et une invitation  à lire ou relire  les pages de notre ami et auteur iPaginatif Don Gilberto, qui le premier, a rendu hommage à Gabo.

http://www.ipagination.com/textes-a-lire/afficher/entre-mxico-y-colombia-par-don-gilberto#.U1aMw8bWEQc

http://www.ipagination.com/textes-a-lire/afficher/de-cheo-a-gabo-par-don-gilberto#.U1aOIcbWEQc

 

Photos : portrait de Jose Lara http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Gabriel_Garcia_Marquez.jpg/ signature,http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Gabriel_Garcia_Marquez_signature.svg

Poésie francophone en fédération Wallonie – Bruxelles de Belgique 2

Balade en poésie contemporaine francophone en fédération Wallonie-Bruxelles de Belgique…  (carte)                                                              

                                                                                    BelgieGemeenschappenkaart

Prologue : La Belgique, pays longtemps soumis aux aléas de l’histoire des pays européens qui en convoitent le territoire, a obtenu son indépendance en 1831.
Depuis 1993, elle est divisée en trois communautés linguistiques : au Nord, la communauté flamande (en vert) et Bruxelles (hachurée en vert et rouge), au Sud, la communauté wallonne dite française (en rouge) et Bruxelles (hachurée en vert et rouge), à l’Est, bordant la frontière allemande, la communauté germanophone (en bleu).
Chaque communauté a sa langue officielle ! Le néerlandais au Nord et à Bruxelles, Le français au Sud et à Bruxelles, l’allemand à l’Est…La Belgique s’honore donc de 3 langues nationales.
La balade que je vous propose se déroulera, sur le sol wallon et à Bruxelles, en pays de francophonie.
J’ai choisi de partager avec vous quelques textes de poètes belges francophones contemporains et me suis attachée à respecter une parité qui n’est malheureusement pas encore de mise dans les anthologies et les recueils publiés.

(Première partie ici)

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Serge Delaive
Le lien sous son nom mène à la page qui lui est dédiée par la maison de la poésie.
Auteur prolifique de recueils de poésie et de romans, l’écriture de Serge Delaive est marquée par la sincérité, par le scepticisme aussi. Sans cesse il fait lien entre vie (voyages, famille, souvenirs, amis…) et imaginaire/écriture.
Homme sans compromission pour qui l’écrivain doit avant tout s’occuper d’écrire…  Serge Delaive est également passionné de photographies qu’il  associe à des textes ici.
D’autres textes de Serge Delaive , ici

Grain par grain, chaque seconde remplit
la seconde précédente,
s’augmentant d’elle-même
comme si chaque chose était symétrique.
Dans les moments qui suivent
Bien d’autres jours s’étendent
Sous ces jours soulevés.

Il me fallait à tout prix maîtriser un
chuintement,
Le temps.
J’avais dompté les miroirs
Mon image se perdait à mis parcours
Et j’y voyais le présage
D’un commencement …..
In poètes d’aujourd’hui, L.Wouters et Yves Namur
Extrait de Légendaire.

Sous mes yeux
Un jour viendra
où nous n’aurons ni dieu ni maître
chacun parmi nous
un jour lointain par défaut
quand toutes les tentatives auront échoués
ce jour là,
nous nous souviendrons que la solution
nous la tenions de puis longtemps
et que certains la maintenaient vive
dans l’attente de ce jour
qui forcément viendra
in Une langue étrangère, L’Arbre à paroles

867849-resume-signature-d-39-encre-de-plumes-et-de-l-39-ancienne-encrier                                                                                                                           Encrier  

Françoise Lison-Leroy                                                                                                                Sous son nom, la page qui lui est dédiée à la maison des poètes et de la langue française, d’autres textes d’elle aussi !
‘Une manière économe et précise de nommer les choses, une musique singulière, une vibration discrète’ (extrait d’une critique de Jean Laurizier)…
Françoise Lison-Leroy a une bibliographie très riche ! Rencontrer son écriture c’est être assuré de rencontre féconde… Vous trouverez son site ici !

C’est depuis que nous avons pris
la mer, et la haute tension de nos mains.
Depuis le sable sur la peau,
le sel au revers des lèvres, l’horizon défié.
Et cette marge au cahier du possible.
Un lieu très blanc : là nous nous sommes
Sentis beaux.
Prendre n’est rien. Mais se garder.
……………….

L’espace d’une ville et nos lieux
insoumis. L’asphalte, les pavés. Les quais aux
ponts mobile. L’acier du fleuve.
La rive glane et chahute.
Des bistrots nous hébergent, leurs noms
sont d’Abbayes et de pays croisés. Les bières
s’époumonent.
Nous habitons les parcs, les
églises, la rue. Et cette arche du pont
au ventre grillagé. Le verrou s’est perdu,
Un cadenas à deux crans nous a livré sa clé.
………………

Demain,
mes cheveux qui grisaillent,
des enfants en partance, la mort de quelques uns.
Tu seras là à chaque deuil.
A chaque plaie d’exil ou d’évidence. Tu me diras.
La nuit appelée mer, les éclats souterrains.
L’ample éveil d’une aube cicatrice.
Mon fief des eaux polaires, mon éclusier,
Ma frontière. S’il existe un envers, nous pourrons le nommer.
…………………..

Tutoie nous.
Même si nous sommes deux,
égarés et meurtris de n’être jamais un.
On toise les enclos où tout gronde
et ravaude, où la tendresse n’a pas lieu.
S’épellent taches et morsures,
Entresols éventés que le crachat malmène.
Nous sommes en pays d’étuves
et de mots. Au pays comme au monde. Pétris.
Apprivoisés.                                                                                                                                           In : Pays Géomètres , L’âge d’homme.

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Luc Baba
Créateur liégeois aux multiples facettes , Luc Baba est homme de théâtre : metteur en scène, acteur et auteur. Ecrivain fécond, il a publié plusieurs romans. Il est également chanteur, auteur de chansons et de slam ! Son oeuvre poétique, il la dédiait à l’oralité : le premier recueil dont il a accepté la publication date de 2012 !
Vous trouvez sous son nom la page qui lui est dédiée par la maison de la poésie de Namur et sous ‘premier recueil’, une vision critique de son écriture poétique. Son blog avec de nombreux extraits de son oeuvre, ici.

Je ne pars pas

Je ne pars pas
Je vais prendre un café sur la terre
Je vais tailler des arbres
De mes portes
Et des lames
Dans l’acier
Trempé des larmes mortes
Je vais jeter un froid
Dans la mare aux pavés
Je vais
Au vent mauvais
Prendre un verre de vent, voir
Où je me suis sauvé un soir
Pour mourir d’être vrai
Je vais dégargouiller
Les diables à Notre-Dame
Et chanter Amsterdam
Dans les rues de Lomé

Puis gommer mon prénom
Dans le cœur de ma femme
Je vais mettre à sécher
Les p’tites secondes à fleurs
Qu’on mange avant qu’elle pleure
Et que tout soit gâché

Je ne pars pas
Je fais le tour du monde
In :La nouvelle poésie française de Belgique, Yves Namur, Le taillis Pré

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Anne Penders
Anne Penders construit une œuvre plurielle et originale autour de l’image, du son et des mots ! Grande voyageuse ses projets interpellent la mouvance, la mémoire, la maison entre ancrage et errance. Elle a publié une dizaine d’ouvrages, réalisé des courtes vidéos et des créations sonores.
Elle vit pour le moment à Bruxelles.
Sous son nom, le lien vers sa page à la maison de la poésie de Namur. ici. D’autres textes, ici.

 L’envers / est-ce « voir à travers » ?
Echographie d’un temps et de l’espace qui l’a vu naître ?
Scanner pervers qui déloge les cailloux
-lieux encrassés des entrailles, encombrements vicieux qui manifestent à leur guise ce qu’on a laissé traîner et qui soudain fait mal.
Le grain à moudre que l’on n’a pas moulu / sur lequel le train déraille.

L’envers / fétu de paille – qui prend subitement le poids d’une poutre.
Un roseau que plus rien ne ploierait, la sève figée en attente de dégel.
L’envers compte des lignes tracées quand l’enfant dort.
L’enfant d’or.
Une unité de mesure.
Un rythme (circadien).
………….
L’envers / révèle autant qu’il (se) cache
La puissance a ses leurres, ses fautes / où la fable s’engouffre.
Cela arrive. « Et ce n’est pas grave » dis-tu.
Toi mon bonheur, ma peau, ma peur.
Non, ce n’est pas grave.
L’envers / ouvert.
En béance, en balance, en confiance.
Encore. En corps à corps avec le vide.                                                                                                   Textes extraits de Le lundi d’après, Esperluète. in : La nouvelle poésie française de Belgique de Yves Namur.

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En guise de conclusion, ces quelques vers d’un grand poète belge…

….au fond de la chambre                                                                                                                            S’ouvrent sous les doigts                                                                                                                       les recueils du rêve….                                                                                                                              Fernand Verhesen  in ‘à juste prise’ Le Cormier

Les photos ont été prises à la Maison de la poésie de Namur. Elles sont libres de droits.

 

Poésie francophone en fédération Wallonie – Bruxelles de Belgique 1

Balade en poésie contemporaine Francophone en fédération Wallonie-Bruxelles de Belgique…    (carte)

                                                                            BelgieGemeenschappenkaart

Prologue : La Belgique, pays longtemps soumis aux aléas de l’histoire des pays européens qui en convoitent le territoire, a obtenu son indépendance en 1831.
Depuis 1993, elle est divisée en trois communautés linguistiques : au Nord, la communauté flamande (en vert) et Bruxelles (hachurée en vert et rouge), au Sud, la communauté wallonne (en rouge) et Bruxelles (hachurée en vert et rouge), à l’Est, bordant la frontière allemande, la communauté germanophone (en bleu).
Chaque communauté a sa langue officielle ! Le néerlandais au Nord et à Bruxelles, Le français au Sud et à Bruxelles, l’allemand à l’Est…La Belgique s’honore donc de 3 langues nationales.
La balade que je vous propose se déroulera, sur le sol wallon et à Bruxelles, en pays de francophonie.
J’ai choisi de partager avec vous quelques textes de poètes belges francophones contemporains et me suis attachée à respecter une parité qui n’est malheureusement pas encore de mise dans les anthologies et les recueils publiés.

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Départ de Namur, petite ville baignée par la Meuse où je me suis rendue à la Maison de la poésie et de la langue française, dirigée par Eric Brogniet, poète et membre de l’ Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.                                                     Imaginez une grande maison ancienne, dans une rue étroite et piétonnière de la vieille ville mosane. Au rez-de-chaussée: salons, bar, tables et chaises, lieu convivial et chaleureux, murs couverts d’affiches évoquant poètes et festivals de poésie. Salle Henri Michaux, aussi, où se déroulent les spectacles proposés.                                                          Vous accédez au premier étage par une magnifique cage d’escaliers en bois et vous découvrez deux pièces hautes de plafond aux murs tapissés d’œuvres de poésie, belges, bien sûr, mais s’ouvrant largement aux autres poètes francophones, une vaste porte-fenêtre donnant accès à une terrasse où il fait bon lire au soleil, quand le temps le permet.Le moment que j’y ai passé fut agréable et fructueux, mille merci à ceux qui m’y attendaient.

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J’en ramenai une belle moisson de poètes, la seule difficulté (de taille !) étant de faire le choix de ceux que je souhaitais vous présenter. Choix essentiellement subjectif…mais guidé sagement par le travail de deux anthologies : celle de Liliane Wouters et de Yves Namur: « Poètes d’aujourd’hui ». Et celle de Yves Namur : «Nouvelle poésie française de Belgique». Les deux auteurs étant également poètes reconnus.                                                Ce seront donc des poètes contemporains que vous découvrirez sur cette page ! Sur les quelques 150 poètes repris dans les deux anthologies, je n’en présente que 8, humble contribution de la voix de poètes francophones belges à la semaine de la francophonie. La proposition était vaste et d’une richesse intense.                                                                          Je remercie ici chacun des poètes que j’ai lu dans les 2 anthologies, j’en connaissais un certain nombre, j’en ai découvert beaucoup, ils m’ont tous ouvert le cœur sur les possibles de l’écriture poétique contemporaine qui s’écrit essentiellement en prose, où l’émotion circule à bas bruit mais où les mots continuent à parler à nos terres profondes.
N’hésitez pas à suivre les liens proposés qui amènent une mine d’informations sur les auteurs, leurs écrits et leurs publications…

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Karel Logist
Sous son nom, la page qui lui est dédiée par la maison de la poésie.
C’est un honneur pour moi de vous proposer quelques extraits des textes de ce grand poète qu’est Karel Logist…Reconnu dans toute la francophonie, honoré de multiples prix, sa poésie en prose, si légère et si dense, si pudique et si juste, donne avec générosité un supplément d’âme à ses nombreux lecteurs ! Karel met aussi ses connaissances de la poésie et des poètes au service du partage dans le cadre d’ateliers d’écriture et de lecture poétiques et dans le cadre de nombreuses lectures publiques.Si vous souhaitez découvrir plusieurs autres textes de Karel Logist cliquez ici ! Une présentation de son travail d’écriture ici.

J’écris des poèmes nains.
Mes poèmes mélangent
sous le manteau de l’ange
le miel et le venin.
J’écris des poèmes faits main.
Mes poèmes étranges
troubles parfois dérangent
l’ordre d’hier avec demain.
J’écris des poèmes pleins
poèmes en forme d’orange
et votre bouche qui les mange
c’est encore moi qui la peins.
In : Le séismographe. (Autres textes dans) Dés d’enfance. Espace Nord.

 

Quelque part un oiseau porte mon nom
j’ignore combien il peut couvrir d’espaces
jusqu’aux terres du sud
qu’il cherche à rallier quand les hivers l’entourent.

Migre-t’il
et si c’était moi qu’il tente de rejoindre ?

Et si parfois déviés de nos itinéraires,
nous glissons dans les mêmes courants,
son ombre sur la mer
mes pas sur le chemin
nous servent de boussole.

Je connaîtrais son cœur si je savais le mien.

In :Poètes d’aujourd’hui, Liliane Wouters et Yves Namur. Extraits de Alexandre Kostas Palamas, Karel Logist

867849-resume-signature-d-39-encre-de-plumes-et-de-l-39-ancienne-encrier                                                                                                                           Encrier

MimyKinet                                                                                                                                           Sous son nom, le lien vers sa page à la maison de la poésie de Namur.                                Un coup de cœur en découvrant celle qui a écrit : « La poésie est source et sang et forêt. Elle est en nous et nous contient. »
Une voix pure et discrète, exigeante aussi qui nous dit : « Ne fais pas d’ombre avec les mots, ils en contiennent assez. »
Ses œuvres complètes ont été publiées sous le titre Poésies, à l’Arbre à Paroles.
Vous trouverez plusieurs de ses textes sous le lien de la maison du livre de la Province de Luxembourg  ici  (p13 à 18 )

 

La vie ne nous pardonne pas
De l’avoir mise au monde.                                                                                                              Extrait de ‘Mots murés’

Berceuse à voix tue.

La solitude n’a rien de terrifiant
puisqu’elle est née bien après nous
que nous l’avons bordée
lorsqu’elle était malade
comme un oiseau
dont nous avions disloqué l’aile
dans la dévastation des nôtres.

In Œuvre complète, A voix tue.

 

Parle mon ombre
Parle-lui des oiseaux qui respirent sa bouche

Parle lui…

Car il court comme s’il ne devait jamais
revenir
de la vie.

Extrait du Discours du muet.

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Pascal Feyaerts
Sous son nom, la page qui lui est dédiée sur le site de la maison de la poésie. D’autres textes aussi.
Des mots choisis, des textes ciselés comme bijoux, un rythme qui respire la justesse, une simplicité apparente… Pascal Feyaerts, vit dans le Hainaut, fait partie du cercle de la Rotonde, touche à la peinture, écrit poésies et nouvelles, est actif dans plusieurs revues. Il a aussi finalisé un projet musico-poétique en compagnie d’une violoniste…Vous trouverez le lien vers son blog ici !

Poète

Si l’on vous dit que demain est un autre calembour, çà vous fait rire…Si l’on vous demande vos papiers, vous prétendez ne pas vous connaître…Avez-vous également conscience qu’à l’heure où il vous faudrait dîner, vous ne vous nourrissez que de poèmes ? Qui êtes-vous et pourquoi vos miroirs ont-ils des mots si amers ?

J’ai appris

J’ai appris à rire avec les blés, à lire tout ce qu’un arbre avait écrit sur mon sort et quand on m’appelle c’est d’une voix de cigale que je réponds. Je me promène comme on aime à se perdre, égaré multiple savourant sa folie au gré de ses dérives. J’habite la seule épine qui ne m’ait pas piqué et je taille toujours ma plume sur le fil du rasoir : le Temps ne m’a prêté asile que l’espace d’un mouchoir.

Songe

Refuser à nourrir son rêve revient à répudier la sève qui nous maintient. Si on n’y prend garde, il est aisé de le perdre à trop courir les mauvais sommeils comme fantasmer des portes si justement entrebâillées qu’on ne sait y entrer que seul ou accompagné de ses doutes. Et lorsqu’on le retrouve, non sans l’avoir longuement cherché il sent la rouille et l’usure des chemins ou bien on a vieilli de trop prier son retour.

Les abîmes

Les abîmes ne s’épousent pas entre eux de peur d’enfanter de nouveaux vertiges. Ils sont seuls, toujours à chuter en eux-mêmes et n’opposant à leur chute que ce que le néant peut compter d’obstacle. Seule leur absence leur appartient et ils n’ont qu’elle à aimer.

In : La nouvelle poésie française de Belgique. Yves Namur.

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Marie-Clotilde Roose,
Une écriture sensible et fine qui résonne au cœur et s’inscrit dans la mémoire pour y rayonner ! Marie-Clotilde Roose anime aussi des rencontres littéraires pour Le cercle littéraire de la Rotonde dans le Tournaisis. Vous trouverez d’autres textes de Marie-Clotilde Roose en suivant le lien lié à son nom…

…..

Ne rien dire si le silence est
plus sonore

que cette fine bruine des
pensées

où se mêlent l’or et la
boue

ton regard veut les pépites
à travers le doute

il faut y croire
hisser la vie

mais sans casser
l’épaule du destin

……..

Ecrire recouvre sa splendeur

ce verbe né du désir
écartèle nos voies
tendues

les rassemble
comme tiges de jonc
en nasse de pêcheur

pêcheur alors je suis
à l’affût des poissons
fuyant vifs éclairs
……
Extraits de ‘Tourments’ Le Taillis Pré, 2006
  in: La nouvelle poésie française de Belgique. Yves Namur

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Pour se quitter en poésie, ces quelques mots d’ Eric Brogniet:                                                       ‘Vivre ne s’imagine que par analogie’. in Terres signalées

Les photographies ont été prises à la Maison de la poésie. Elles sont libres de droits.

(Deuxième partie à suivre prochainement … )