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Ipagina’Son lit la dentellière des mots…

affiche de Bluewriter
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Votre lectrice du jour : Agathe

 

L’amour ciselé de phrases subtiles, égrenées au fil d’un voyage découverte, se décline en une infinie tendresse dans la  poésie d’Ela la Douce.

Légers, innovants, entrelacés , intimes comme l’archet sur son violon, les mots se font caresses, vont, viennent puis virevoltent sous la plume, pour enfin tisser une magnifique trame d’amour.

Comme moi vibrez en lisant et en écoutant ce chant sensuel aux accords alambiqués, rythmé à chaque vers par une passion vivace.

L’écriture tout en dentelle d’Ela été sélectionnée par Roselyne Cros en juillet 2015. Elle est lue aujourd’hui pour vous par Agathe.

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http://www.point-de-vue-incorrect.org

S’IL M’ETAIT DONNE

– Ela –

S’il m’était donné de décrire

et de t’écrire sans m’écrier

ce que m’insuffle l’encrier

en clapotis de plume à bruire,

je ferais du vent mon pupitre

et ma voix la proue d’un chapitre.

—-

Tempérée, lovée tout au creux

de ses tempes aux flots argentés,

où tes mots en roulis fiévreux

déferlent bruinés, clairs semés

leur envie d’engloutir le vide,

j’en extrairais l’atome fluide.

Pour qu’elles te touchent de leurs mains,

mes lettres flueraient un grésil

à l’adret de vagues carmins

fondant la chaleur volubile

où je pourrais, à part venir,

abriter mon tout, m’y blottir.

Je m’épancherais malhabile

à retranscrire sur ton corps nu,

lac de peau que mon encre file

et sinue de veines ténues

à la croisée des tiennes en feu

berceau d’oscillations d’un bleu.

Alors, peut-être serais-je aussi

cette larme perlée, sans souci,

à ton épaule tendre et lisse

s’offrant à elle tel un calice,

cette feuille à l’éveil du vent

tournoyant caressée d’encore

soulevée aux brumes du temps

de nos murmures en cor d’accords.

Et parce qu’il m’est donné d’écrire

sans détours, en allants sourires

du fil des jours aux files des ans

aux alentours près d’un toujours

je serai là où tu m’as tant.

Vitraux de Songes, de Francis E. Sicard Lundquist

Poésie - Vitraux de songesRésumé :

Comme si l’œil se glissait dans un kaléidoscope de mots, ce recueil, composé de deux parties, plonge le lecteur dans un univers de sables mouvants qui enlisent les sens. L’expression poétique est stricte. C’est celle du sonnet classique obéissant aux rigides lois de la composition. Chaque souffle est mesuré, chaque syllabe pesée, chaque image choisie. Et pourtant, sous cette maille d’acier, se révèle instantanément la puissance esthétique d’un art poétique dont la souplesse ne laisse aucune place à l’illusion littéraire. Bien loin d’être un accessoire, le titre lui-même s’impose non seulement comme une dimension indispensable à la rigidité de la structure mais encore comme une expansion de la densité créative.

Étrangement classique, ce recueil tisse, page après page, une toile infinie de miroirs dans un labyrinthe d’idées dont le luxe et la richesse éblouissent l’esprit et envoûtent l’âme. Sans aucun doute « Vitraux de songes » ouvre-t-il un nouveau courant poétique contemporain.

 

A propos de Francis E. Sicard Lundquist :

Né à Prades en 1952, Francis Étienne Sicard Lundquist se passionne dès l’adolescence pour la littérature, en particulier pour Marivaux et Marcel Proust. Des études en Lettres Classiques le conduisent à Lyon où il complète sa formation d’enseignant. Il n’exercera ce métier que brièvement puisqu’il rejoint Berlin en 1977 pour y résider pendant plusieurs années. Il y écrit son premier texte en prose, Le Voyage Bleu, qu’il ne publiera cependant qu’en 1986 aux Nouvelles Éditions Debresse.

Après plusieurs séjours à Antibes et à Nice, il quitte Berlin pour se mettre au service d’une famille aristocratique allemande avec laquelle il voyage en Europe, en Asie et aux États-Unis. Il en rapporte une importante correspondance, caractéristique de son goût pour l’épistolaire.

En 1983, il s’installe à Londres d’où il publie trois recueils de poèmes : Écritoire Vécu aux Éditions Saint-Germain-des-Prés, Ariane aux Nouvelles Éditions Debresse, et Car je suis l’oiseau magnifiquement guindé aux Éditions du Méridien. Il rencontre des artistes et travaille à la refonte d’un monumental projet d’écriture, Nuage de bois sec. Devenu proche d’un éminent exégète d’Oscar Wilde, il se consacre alors à l’étude de l’esthétisme.

Il rejoint le Languedoc en 1998. Il publie quelques textes dans la presse et répond à des appels à écriture, notamment à ceux de France Musique (Contes du jour et de la nuit de Véronique Sauger). En 2011, il crée un blog d’écriture consacré au sonnet de forme classique : Lettres de soie rouge. Proche de l’image, il publie aussi sur la toile ses photographies accompagnées de textes brefs.

Lauréat du concours Charles Trenet en 2011 dans la catégorie Poésie de forme classique, il entre en 2013 dans l’anthologie mondiale et plurilingue du sonnet avec Le Phénix renaissant de ses cendres, ouvrage édité par Richard Vallance chez Friesen Press (USA).

II élargit aujourd’hui son champ d’écriture à la nouvelle et se lance un défi : la rédaction d’une partie de ses mémoires.

 

Quelques extraits :

 

Mille fois il s’endort comme un bout de cristal

Repoussant le silence aux portes du mensonge

Et mille fois le temps se gorge de ce songe

Comme un soupir forgé de bouches en métal.

 

De riches velours noirs froissés sur un étal

Boivent le ciel sucré d’une goutte d’éponge

Que le parfum du musc sous chaque mot prolonge

D’une perle de lèvre au cœur d’un récital.

 

L’or presque craquelé d’une longue bougie

Fond sur de la dentelle à la maille rougie

D’une épine de sang suspendue au rosier.

 

Le parc emmitouflé dans un tulle de brume

Dorlote le soleil d’une douceur de plume

En berçant un ruisseau sous un jupon d’osier

 

.(Impressions sans couleur)

*****

 

En touchant de son doigt le cœur d’une hirondelle

Le vent espiègle et fou trouble de son élan

Les barques de pêcheur friandes d’éperlan

Assises sur l’étang comme un pan de ridelle.

 

Sur la berge endormie une vieille haridelle

Somnole dans le soir près d’un beau chambellan

Dont les yeux de velours puent aussi le merlan

Car l’amour a le don de tirer la ficelle.

 

Des moulins invaincus tendent toujours leur main

Triomphant d’un héros au pouvoir surhumain

Et tournent en silence au cœur de la légende.

 

Puis des ombres de lance au redoutable effet

Longent un cimetière où la mort vilipende

Les hommes ignorants qui brûlent un défet.

 

(Charade d’oiseleur)

*****

ou

Le petit coup de spleen d’iPagina’Son…

affiche de Bluewriter
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Le spleen…

Ce mal de vivre qui  hante une âme à fleur de peau et dévoile son vague à l’âme malgré le bleu de l’été,. Voici une ode au spleen qui nous permet de mieux apprécier la lumière…

Ce beau et ténébreux sonnet a été écrit par Lilas  et sélectionné par Amaranthe. Il est lu par Myriam.

 

SPLEEN 

– Lilas –

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Ô, jour tranquille et bleu…Le soleil est ardent

L’été répand ses ors et ses riches arômes

Sur la terre endormie où les rêves des hommes

Flottent encor’ dans l’air de ce matin brillant

Mon âme reste là, perdue, esprit errant

Lourd comme un ciel d’hiver, l’ennui frange mes paumes

Et l’abîme sans fond abrite des fantômes

Aux sinistres grelots promettant le tourment

Et les temps ne sont plus à la valse brûlante

Mais au mal d’exister dans un monde qui hante

A l’infini mon être affligé mais sans foi

L’angoisse du tombeau, mélancolie extrême

Déshabille mon front oint d’un triste saint-chrême

Un bel ange est passé, glaçant mon coeur d’effroi.

http://www.ipagination.com/textes-a-lire/afficher/tourments-par-lilas#.VQ29FWaipJM

source de l’image :

http://media-cache-ec0.pinimg.com/736x/d9/df/bc/d9dfbc7ca914bf00181d928a58d11e15.jpg

Louise Labé, femme moderne, poétesse passionnée.

Marcher à reculons dans l’histoire jusqu’à rencontrer une poétesse redécouverte au 19ème siècle et qui depuis ne cesse de susciter intérêt et admiration pour une écriture d’une liberté et d’une modernité qui n’avait pas d’équivalent chez une femme jusqu’à ce qu’elle, la belle Cordière, prenne la plume et publie grâce à un privilège royal en…1555!…
En guise d’exemple, voici un extrait de la ‘Préface dédicatoire’ de l’œuvre de Louise Labé adressée à ‘Mademoiselle Clémence de Bourges Lionnaise’. Vous trouverez le texte complet dans sa version en français moderne ici. On comprend d’emblée pourquoi la belle Louise est considérée comme la première auteure d’un discours féministe !

Étant le temps venu, Mademoiselle, que les sévères lois des hommes n’empêchent plus les femmes de s’appliquer aux sciences et disciplines, il me semble que celles qui [en] ont la commodité, doivent employer cette honnête liberté, que notre sexe a autrefois tant désirée, à icelles apprendre, et montrer aux hommes le tort qu’ils nous faisaient en nous privant du bien et de l’honneur qui nous en pouvaient venir : et si quelqu’une parvient en tel degré, que de pouvoir mettre ses conceptions par écrit, le faire soigneusement et non dédaigner la gloire, et s’en parer plutôt que de chaînes, anneaux, et somptueux habits, lesquels ne pouvons vraiment estimer nôtres, que par usage…..
De Lyon, ce 24 juillet 1555.
Votre humble amie, Louise Labé

Dans une société qui tenait la majorité des femmes loin du savoir, y compris celui de l’écriture, un tel texte, écrit par l’une d’entre elles, montrant à l’évidence le désir d’un partage égalitaire des connaissances et de la créativité intellectuelle entre les sexes tient du miracle, même en pleine Renaissance !

louise1Portrait de Louyse Labé

Ce portrait de Louyse Labé, souriante, jeune, belle et gracieuse est un portrait du XIXe siècle de Henri-Joseph Trébuchet d’après une oeuvre du graveur Pierre Woeiriot réalisée vers 1571. L’original est précieusement conservé à la Bibliothèque Nationale de France.

Née à Lyon en 1526, Louyse est fille puis épouse de riches cordiers. Lyon est en ce temps la capitale intellectuelle du royaume et le milieu social auquel la future poétesse appartient encourage l’éducation des filles aux belles lettres, marque d’un statut social élevé. Elle connaîtra le latin, l’italien, l’espagnol, pratiquera la musique et l’équitation qu’elle adore. Elle appartiendra au cercle de la grande poésie lyonnaise, notamment en compagnie de Maurice Scève et de Pernette du Guillet. Son inspiration sera influencée par la poésie de Pétrarque et par un courant néo-platonicien très présent dans leur cénacle.

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Son œuvre connue (dont vous pouvez voir la page titre de la première publication ci-dessus) se résume à un très mince volume contenant une introduction de textes en prose contenant le Débat d’amour et de folie et trois élégies, suivie de vingt-quatre sonnets en décasyllabes exprimant les feux de la passion amoureuse et ses tourments.
C’est ce très mince volume qui traversera les siècles pour ravir nos yeux et nos oreilles encore aujourd’hui et qui suscitera recherches et polémiques sur l’œuvre et son auteure dans les cercles universitaires jusqu’à nos jours. Louyse y aborde des thèmes qui irriguent toujours les cœurs et la créativité de ceux et de  celles qui la lisent, la chantent, mettent son œuvre en spectacle, continuent à la faire vivre et à l’aimer près de cinq siècles après sa disparition en avril 1566!

Le plus connu de ses sonnets est le sonnet XVIII dont vous trouverez la version complète sous le lien. En voici les deux premiers quatrains que vous connaissez sans doute… Loin de toute hypocrisie de langage, la poétesse y honore le désir, les plaisirs que procurent les jeux de l’amour et les sentiments qui les accompagnent…

xviii Txte de Louise LabéFac simile du texte Baise

Baise m’encor, rebaise moy et baise :
Donne m’en un de tes plus savoureus,
Donne m’en un de tes plus amoureus :
Je t’en rendray quatre plus chaus que braise.

Las, te pleins tu ? ça que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereus.
Ainsi meslans nos baisers tant heureus
Jouissons nous l’un de I’autre à notre aise.

Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous la version du sonnet mis en musique et chanté par une jeune américaine Nataly Dawn, qui a appris le poème dans le cadre de son cursus. Nataly nous montre avec beaucoup de sensibilité à quel point la poésie de Louise Labé continue à vivre à travers le monde !

 

 

Cet autre sonnet, le sonnet VIII (version complète sous le lien ) est lui aussi resté très célèbre. Il met en évidence, avec adresse et belle écriture, les réactions extrêmes du corps et de l’esprit sous l’emprise de la passion amoureuse éprouvée par la belle Cordière.

Je vis, je meurs : je me brule et me noye.
J’ay chaut estreme en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ay grans ennuis entremeslez de joye :

Tout à un coup je ris et je larmoye,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure :
Mon bien s’en va, et à jamais il dure :
Tout en un coup je seiche et je verdoye.

En voici la version complète récitée par Cécile Bélluard

Celle qui écrit le risque encouru par qui se laisse emporter par la passion dans l’Elégie III du Débat de Folie et d’Amour, allant jusqu’à blamer l’Amour d’être la cause des imperfections humaines

Onques ne fut mon oeil marri de voir
Chez mon voisin mieus que chez moy pleuvoir.
Onq ne mis noise ou discord entre amis
A faire gain jamais ne me soumis.
Mentir, tromper, et abuser autrui,
Tant n’a desplu, que mesdire de lui.
Mais si en moy rien y ha d’imparfait,
Qu’on blame Amour : c’est lui seul qui l’a fait.

mettait aussi en lumière dans le sonnet VII son souhait de plus d’unité interne entre les élans du corps et ceux de l’âme et son attente de plus de sérénité dans le lien amoureux …

On voit mourir toute chose animee,
Lors que du corps l’ame sutile part :
Je suis le corps, toy la meilleure part :
Ou es tu donq, ô ame bien aymee ?

Ne me laissez par si long tems pamee,
Pour me sauver apres viendrois trop tard.
Las, ne mets point ton corps en ce hazart :
Rens lui sa part et moitié estimee.

L’université Lumière Lyon 2 lui rend hommage nommant ‘Louise Labé’  son centre pour l’égalité des chances dont la mission est de s’assurer de l’égalité des hommes et des femmes et de continuer les recherches sur les genres… Celle qui a inauguré une parole féministe, revendiquant le droit à la liberté de pensée, de parole, d’écriture et d’éducation pour elle-même et les femmes, ses sœurs, celle dont le recueil de textes en prose et les sonnets ardents ont été épargnés par l’oubli, préside ainsi à la réalisation de ses vœux.

Toute l’œuvre de Louyse Labé se trouve sous le lien menant à un site très intéressant (dont la version des sonnets en français moderne) réalisé par des étudiants de l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres lors d’un stage à l’Académie de Lyon.

Sous ce lien, un calendrier replaçant la vie de Louyse Labé dans le contexte et l’histoire de son siècle…

Mes pas dans les siens : Guillaume Apollinaire à Stavelot.

 

L'Abbaye de Stavelot, à l'avant les fouilles de l'ancienne église.
L’Abbaye de Stavelot, à l’avant les fouilles de l’ancienne église.

Prologue.

Le 31 août 1880, à Rome, une sage femme déclare un nouveau-né à l’état civil. Le nom de Guglielmo, Alberto Dulcini lui est donné provisoirement, la mère souhaitant garder l’anonymat.
Le 02 novembre 1880, Angelica de Kostrowitzki, reconnait cet enfant comme étant son fils. Elle l’appelle Guglielmo, Alberto, Wladimiro, Alessandro, Apollinare de Kostrowitzki, né de père inconnu…

« Un jour
Un jour je m’attendais moi-même
Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
Pour que je sache enfin celui-là que je suis.»
« Cortège» G.A.

« Départ de Monaco, pas d’argent, halte en Belgique, pas d’argent. Départ à la cloche de bois par un temps de gel, la nuit, avec malle sur le dos, valise à la main à travers 7 kilomètres de forêt, odeur de champignons de Stavelot à Roanne-Coô, heureusement pas de rencontre. Deux heures dans le froid devant la gare de Roanne-Coô et départ pour Paris…»

C’est un tout jeune-homme de 19 ans qui vécut ce départ à la cloche de bois en octobre 1899 et qui le relate dans une lettre à son ami James Onimus datant de 1902. C’est tout ce qu’il dira concernant le sujet qui pourtant contenait son lot de cruelle réalité et de rebondissements judiciaires, comme en témoignent des articles de journaux et des documents d’enquête de l’époque, même si l’affaire se termina par un non-lieu.

Trois mois plus tôt, l’amant de leur mère, les faisant passer pour ses neveux, les déposait, lui et son frère Albert, à la pension Constant, dans la petite ville de Stavelot actuellement en Ardennes belges. Les deux garçons devaient y passer l’été pendant que leur fantasque mère et son amant tentaient (vainement d’ailleurs) de se refaire une santé financière à Spa, jolie et riche ville d’eaux offrant les plaisirs d’un casino, à quelques kilomètres de Stavelot.

En octobre, les deux garçons reçoivent de leur mère, rentrée à Paris sans eux, une lettre contenant l’argent pour leur retour en train vers la France, mais pas un sou pour payer les 600 francs facturés pour leur pension : elle ne sera jamais payée.

Les premiers vents d’automne se plaignaient
Et Croniamantal, très triste et très honteux,
Perdit à jamais l’envie de revoir sa jolie
Mariette pour ne garder d’elle que le souvenir
Guillaume Apollinaire

Guillaume quittera Stavelot comme il le raconte à James Onimus, sans saluer personne et sans en prévenir sa belle de l’époque, la honte et la tristesse au cœur, dans la nuit du 4 au 5 octobre 1899 après trois mois de séjour dans la cité.

 

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C’est dans «Le poète assassiné» qu’il situe la conception de son double mythique Croniamantal dans cette région de forêts et de landes. Les brumes des Ardennes confirmeront les thèmes d’inspiration qu’il affectionne : l’amour bien sûr, il y rencontre Maria Dubois, mais aussi la nature, les gens simples, le parler régional, les contes et légendes, les chansons et les danses, l’histoire et ses vestiges.

Je voudrais être dans les Fagnes…
Je serais heureux dans la bruyère et les airelles
Et plus heureux que Saint Remacle en sa châsse.
Guillaume Apollinaire

Stavelot, expérience de liberté sans regard maternel, servira de support à la recherche identitaire de Guillaume. La poésie, son destin, s’y affirmera de plus belle et c’est aussi dans ces années là qu’il choisira son identité de poète : Guillaume Apollinaire, constitué par deux de ses prénoms. Apollon, dieu du soleil et de la poésie! Il sait désormais ce qu’il veut de sa vie.

Maria Dubois lui inspirera plusieurs poèmes, dont certains gardés par la belle seront brûlés par sa sœur Irma qui en avait hérités à la mort de Mareï en 1919. Il en reste heureusement de jolies traces dans l’œuvre de Guillaume, notamment dans les poèmes Marie, Mareï, Mareye et Mariette.
Avec elle Guillaume découvrira les premières joies et les premières morsures de l’amour.

Mareye était très douce et étourdie
Moi, je l’aimais d’Amour m’aimait-elle qui sait ?
Je revois parfois à la lueur tremblante
Des lointains souvenirs cet Amour trépassé…
Dans « Le guetteur mélancolique », Mareye, Guillaume Apollinaire.

 

Stavelot, terre de légendes et de folklore, de moines et d’elfes. Antique capitale ardennaise fondée en 648 par Saint Remacle, en même temps que l’Abbaye. Stavelot, pétrie par la légende de son saint domestiquant le loup qui deviendra son emblème. Stavelot qui ne pouvait que plaire à Guillaume dans sa jeune liberté, lui qui avait un intérêt passionné pour la découverte des fantaisies et des richesses du passé, ses superstitions, ses maléfices et ses légendes. Bientôt à forces de balades et de questions, il en vint à connaître le patrimoine de Stavelot et de ses environs mieux que beaucoup de stavelotains.

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Ce sont évanouis les gnomes et les démons
Quand jadis en l’étable est venu Saint Remacle
Et les moines ont fait ce si triste miracle
La mort des enchanteurs et des gnomes des monts…
Dans ‘Le guetteur mélancolique’, Guillaume Apollinaire

Il n’y a plus de doute maintenant pour les connaisseurs de l’œuvre d’Apollinaire de l’importance qu’a eu son séjour à Stavelot sur la construction de son identité d’homme et de poète. Ses rencontres avec les paysans, simples, rudes de mœurs, riches de cœur, truculents, lui feront grande impression. On en retrouvera beaucoup de témoignages dans l’œuvre à venir. De ce qui s’inscrit dans le cœur de cet homme jeune à la mémoire fidèle jaillira la fécondité ! Celui qui deviendra l’ami de Picasso, de Cocteau, du douanier Rousseau, de Marie Laurencin et de tant d’autres, est prêt, à l’aube du siècle nouveau, à nourrir de son énergie sa vision du beau et du vrai.

Oh, l’automne l’automne a fait mourir l’été
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises
Dans ‘Alcools’ Guillaume Apollinaire

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Les stavelotains conscients de l’importance qu’a eue la présence de Guillaume sur le rayonnement de leur cité lui consacre dès 1935 un mémorial et un monument symbolique. En 1954 Armand Huysmans et Camille Deleclos seront les fondateurs d’un musée Apollinaire unique au monde, ce musée se trouve actuellement dans l’Abbaye magnifiquement rénovée. L’association internationale des amis de Guillaume Apollinaire a été fondée à la même époque. Elle est toujours active aujourd’hui. Elle organise un colloque biennal sur l’œuvre d’Apollinaire. Un de ces colloques a lieu cette année, en septembre 2014. Des spécialistes venus du monde entier y évoqueront le théâtre de l’auteur. Dans les rues de Stavelot, plusieurs vitrines rappellent des vers d’Apollinaire, une balade lui est dédiée qui invite le promeneur à découvrir les parcours de Guillaume. La pension Constant existe toujours sous le nom d’hôtel ‘Ô mal-aimé’. La maison où vécut Marie Dubois est toujours visible elle aussi, à l’ombre de l’église Saint Sébastien.
Stavelot rend hommage à celui qui a écrit :

Hommes de l’avenir souvenez-vous de moi
Je vivais à l’époque où finissaient les rois

Dans ‘Alcools’ Guillaume Apollinaire.

 

Ecoutez la voix de Guillaume lire ‘Sous le pont Mirabeau’ …

 

Lire également :

Apollinaire à Stavelot. Article très documenté écrit par Camille Deleclos, cofondateur du musée Apollinaire et de l’association des amis d’Apollinaire, en 1980 dans Que Vlo-Ve ? du 25/07/1980.

La poésie à perte de vue, Passion Apollinaire de Laurence Campa et Michel Décaudin aux éditions Textuel.

Site à visiter : Association internationale des Amis de Guillaume Apollinaire,