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Les baïnes invisibles, de Treplev

Les baïnes invisibles, de Treplev

Ce premier roman du prometteur Treplev est une histoire unique et universelle à la fois. De la difficulté d’assumer ses différences à la peur du regard des autres, des lâchetés quotidiennes aux « j’aurais dû »… Tant de pièges qui jalonnent le quotidien de nos vies amoureuses.

C’est aussi une histoire de génération, de certitudes qu’on piétine et de peurs qui n’existent que dans nos têtes. Bref, une histoire d’amour d’aujourd’hui. Pimentée et drôle, bruyante et désordonnée. Vivante, tout simplement.

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Extrait du livre :

 

« Marie, c’était une île.

Il y a des femmes qui sont des chemins, qui vous emmènent ailleurs. On les emprunte à un tournant de nos vies et on les quitte quelques embranchements plus tard, pour prendre un autre cap ou faire demi-tour. Le plus souvent, j’ai eu la chance de parcourir des routes de montagne, sinueuses, excitantes, dangereuses parfois mais qui m’ont entraîné vers des sommets, qui m’ont tiré vers le haut. Les sorties de route venaient toujours de ma façon de conduire, intentionnelle ou non. Les lignes droites me font flipper. La routine est une mort par défaut qui vous nécrose et vous paralyse lentement. Le poison du « aujourd’hui » se répétant à l’infini, un supplice. Plante-moi des aiguilles à tricoter chauffées à blanc dans les globes oculaires plutôt que de m’obliger à vivre avec des morceaux d’asphalte si prévisibles, si lisses, si froids, si chiants.

D’autres femmes sont des feux d’artifice. Elles éblouissent tous ceux qui les approchent. On recherche leur présence, la vie paraît plus lumineuse, plus gaie en leur compagnie. Un spectacle merveilleux, mais éphémère. Une pause magique dont on sort ébloui, mais répétitive, dont on se lasse très vite et qui déçoit dès qu’on découvre l’envers du décor, les artificiers, les câbles, toute la machinerie. Un feu d’artifice, c’est beau de loin. De près, ça pue le soufre et explose les tympans.

Et il y a les îles.

Les îles, ce sont ces êtres qui vous donnent l’impression d’être arrivé à destination, que votre voyage est fini. On s’arrête là, on pose ses valises. Vous êtes sur un territoire qui se suffit à lui-même, un abri après des années de mers déchaînées, un Ithaque.

Personne n’est une île en soi. Cela se fait à deux. Celle qui va être une île pour moi sera une route, un feu d’artifice pour d’autres. Une île, ça naît d’une adoption commune. Une île, ça s’apprivoise.

On peut avoir plusieurs îles dans sa vie. J’en avais connu d’autres avant elle. Une île, ça s’entretient. Sinon, l’abri paradisiaque a vite fait de se transformer en un enfer tropical dont il est difficile de s’échapper. La plage de sable blanc et le lagon turquoise se métamorphosent en une falaise escarpée sur laquelle viennent se fracasser vos sentiments.

Marie, c’était une île. Version paradisiaque.

Physiquement, moralement, je me détendais en sa présence. Mon corps, mes soucis de taf, mes muscles, mes angoisses, le plus petit et insoupçonné de mes nerfs se mettaient en congé. Plus de tension, je vivais dans un autre rythme. Celui du bonheur je crois. En tout cas une forme de bonheur.

Alors pourquoi je n’arrivais pas à formuler simplement ça ?

Sur la table, mon téléphone muet se mit de nouveau à frétiller.

Texto d’un de mes amis.

Alors, il paraît que tu te tapes une petite jeune avec un cul d’enfer ? Voilà pourquoi on te voit moins. Cachottier. Profite. Quand t’en auras marre, fais signe.

Élégant, n’est-ce pas ? Ce pote a toujours eu cette faculté à sonner vulgaire, même sans le vouloir. Une cloche fêlée. Dissonante. En tout cas, le « sms arabe » était en marche. Je n’aimais pas le raccourci qu’il faisait. Dans son schéma, j’avais la chance d’avoir harponné le fantasme de tout trentenaire célibataire : belle et jeune. Le combo idéal. On s’imagine pouvoir leur faire sexuellement plein de trucs sans qu’elle ne se mette à penser, dans l’instant, couple, bague, présentation aux parents, robe blanche, bouquet jeté en l’air et tout le tintouin. Dans sa tête, j’avais touché le gros lot, cinq numéros et le complémentaire. Il n’envisageait pas un seul instant que je puisse m’attacher à une fille comme ça. Je le comprenais, vu mon passé et le nombre de fois où j’avais été le premier à réduire mes conquêtes à un assemblage de chair, à des pourvoyeuses de plaisir, de râles et d’ego.

J’ai bien eu envie de lui décocher une réponse cinglante, seulement mes doigts immobiles ont patienté vainement devant un écran vide. Je ne savais pas quoi lui répondre, comment le contredire.

Pourquoi, bordel, pourquoi ?

Le souvenir d’une de mes premières escapades diurnes avec Marie m’est revenu en tête.

Nous nous étions rendus à deux pas de chez moi, dans un café en bord de Garonne. Le printemps pointait le bout de son nez, les joggeurs étaient de sortie sur la promenade aménagée le long des quais. On avait passé une bonne heure en terrasse à vanner les faux runners, ceux qui ne couraient pas pour le sport, mais en pénitence. Ils n’aspiraient qu’à une chose : perdre, avant les premiers week-ends plage, les kilos accumulés tout au long des mois d’hiver, à grands coups de bouffes gargantuesques, de raclettes surdimensionnées et de poignées de noix de cajou gobées après un « allez, une dernière, on a le temps avant l’été », un verre de rosé pour faire passer le tout. Au premier rayon de soleil, panique. Antilopes affolées par l’odeur du lion proche, ils se mettaient à galoper frénétiquement, dans tous les sens. Très drôle de les voir enchaîner des foulées démesurées, rougeauds et repentants, regrettant, lui, le kebab inutile de quatre heures du matin pour éponger son alcoolémie juste avant d’aller se coucher ; elle, l’ajout de chantilly sur un dessert déjà confit de sucre et de crème pour atténuer le fait que son crush de la veille n’avait pas répondu à son message.

Un épisode de méchanceté gratuite, bon enfant. On les dévisageait un par un, imageant leurs péchés et inventant leurs chemins de croix à voix haute. Divertissement garanti. Après une énième quinte de rires, Marie était partie « se refaire une beauté », les femmes ayant une conception très « urinaire » de leur beauté. En revenant des toilettes, elle avait fait pivoter ma chaise, s’était plantée face à moi, debout, et m’avait roulé une galoche d’adolescent. Retour en quatrième B, madame Ronsard en prof principale. Trop de langue, trop vite, trop de salive, trop démonstratif, trop long, trop tout.

Elle s’était rassise, sans un mot, et avait fixé le fleuve droit devant, un orage dans le regard.

— Qu’est-ce qui se passe ? avais-je tenté, surpris par le changement radical d’atmosphère.

— Rien.

Un de ces « Rien » féminin, tellement chargé qu’il fallait y aller doucement pour le décortiquer. Sinon, ça pouvait vous exploser à la gueule. Mais ce n’était pas mon premier rodéo.

— Je t’ai raconté que j’ai été trois fois médaille d’or en confidence ? Bon, aux derniers mondiaux, j’ai eu peur, en finale, face à un Coréen aveugle. Mais j’ai conservé mon titre. Je suis le Teddy Riner, catégorie « raconter un secret ». Tu ne te sens sans doute pas à la hauteur de mon talent.

Un frémissement des lèvres, un éclat dans les iris.

— T’es con. C’est rien, je te dis. Un petit débile qui m’a draguée quand je suis revenue des toilettes.

— Il t’a touchée ?

— T’inquiète pas, Captain America, il a juste fait usage de consonnes et de voyelles. Je lui ai dit que j’étais avec quelqu’un en te désignant. Il m’a demandé si ça ne me dérangeait pas de « faire la pute » avec un « vieux vicieux qui pourrait être mon père ». Pas le temps de lui foutre une baffe qu’il s’était déjà évaporé.

Je ressentais physiquement l’empreinte de l’insulte sur ma joue. Fer rouge.

Elle a ajouté :

— Moi, je ne vois pas un état civil quand je te regarde. Je ressens juste le bien que tu me fais. Le reste, je m’en fous.

Elle m’a entraîné chez moi. On n’a pas dépassé le couloir de l’entrée. Dès la porte claquée, je l’ai plaquée contre le mur. On a haleté à en oublier cette anecdote.

Jusqu’à aujourd’hui.

Il était là le problème. »

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La more dans l’âme, de Patryck Froissart

La more dans l’âme, de Patryck Froissart

Un jeune professeur est affecté au cœur du royaume des Mores.

Naïf, velléitaire, pusillanime, volontiers soumis, manipulé par un narrateur scandaleusement amoral, il tombe amoureux de toutes les femmes qu’il rencontre et dont il accepte immédiatement l’emprise.

Ainsi se saisissent de lui Dragana, Slave de Marseille, Albina, fausse Portugaise, la fière Atlante Damya, Tamchicht, jeune répudiée du village où il enseigne, la puissante Kahina de la médina proche, l’Espagnole Esperanza qui hante les bars de la ville, la Boraine Angèle Coquebin, ex-maîtresse de son père, qui mène de louches activités auxquelles elle a décidé de l’associer, et Tsaâzzoult, une montagnarde supposément candide qui a résolu de l’épouser et de le soustraire aux tentations immorales auxquelles le soumettent les précédentes.

Ce récit initiatique, érotico-sentimental, fortement empreint d’humour et de dérision, constitue un roman facétieux sur fond de questions existentielles qu’il appartient aux lecteurs de découvrir.

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A propos de l’auteur

Patryck Froissart, originaire du Borinage, à la frontière franco-belge, a enseigné dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur de l’Education Nationale puis proviseur, et de diriger à ce titre divers établissements à La Réunion et à Maurice. 

Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix. 

Professeur de Lettres, rédacteur de chroniques pour le magazine La Cause Littéraire, Patryck Froissart est engagé dans diverses actions en faveur de la Francophonie. 

Membre de la SGDL (Société des Gens De Lettres), sociétaire de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France), de la SAPF (Société des Auteurs et Poètes de la Francophonie), de l’ADELF (Association des Ecrivains de Langue Française), Patryck Froissart est également membre du jury du Prix Jean Fanchette, que préside JMG Le Clézio. 

Extrait de « La more dans l’âme

« Sur ces entrefaites, il fut annoncé qu’aurait lieu sur la place du souk une séance gratuite de cinéma de plein air, organisée pour sa promotion par une marque d’huile.

Considérant la connivence qui marquait de plus en plus leur coexistence, Jean Juba osa prier Tsaâzzoult de l’y accompagner.

Malgré l’aménité croissante que lui témoignait la nymphe, il craignait encore la rebuffade. Ce ne fut pas le cas. Avec un grand sourire, elle agréa. Il en fut radieux.

Epaules jointes, ils entrecroisèrent leurs éclatements de rire aux pitreries de Laurel et Hardy.

Après le film, alors que les spectateurs se dispersaient, la voyant détendue et la sentant amicale, Jean se risqua à évoquer, sans grand espoir, la possibilité d’une promenade sur la piste menant à Tafeswa.

Il fut sur le coup stupéfait qu’elle acceptât sans une seconde d’hésitation, et il en perdit toute audace.

Ils marchèrent alors, sans but ni hâte, dépassés par des groupes de campagnards regagnant leurs douars à pied ou à dos d’âne, qui leur adressaient de courtois saluts.

Puis les lieux se désertifièrent, et la voie s’offrit, libre et nue, toute à eux.

Ils avançaient lents et légers, muets et brûlant du désir de dire, sachant qu’il leur était loisible à tout instant d’outrepasser la ligne interdite. Ils se tenaient là par le bout du cœur, sans vouloir se demander où la piste les menait.

L’armée britannique envahissait cependant l’Irlande du Nord, officiellement pour rétablir la paix entre les protestants et les catholiques qui, comme tous ceux qui veulent convaincre les autres que leur religion est la seule qui vaille, se fusillaient les uns les autres, pas seulement du regard.

— Viens ! murmura-t-elle soudain dans un souffle qui embauma la brise et sidéra Juba, quittant la rectiligne et nue latérite pour un sentier tortueux et étroit qui s’ouvrait à gauche dans une végétation touffue.

Le soleil d’été, parvenant à son dernier radian, avait adouci ses rayons. Leurs pas levaient de dérisoires bouffées de fine poussière. L’exiguïté de la sente contraignait leurs hanches à se frôler, leurs mains à s’effleurer.

Aimanté au flanc de la campagnarde d’où il lui semblait que jaillissaient des essaims d’atomes crochus, Jean allait aérien, le nuage aux pieds.

Ils longèrent un vague cimetière, parsemé sans ordre apparent de tumulus funéraires et de quelques rares pierres tombales en béton entre lesquelles poussaient épars des coquelicots au large calice et des bouquets puissamment odorifères de thym sauvage.

De petits vergers d’oliviers s’intercalaient entre les champs de blé où, sur la terre pelée par l’été, ne subsistaient plus que de maigres bouquets ébouriffés de tiges de chaume.

Le chemin, s’étrécissant encore, descendit bientôt en pente douce.

Ils débouchèrent dans une clairière en synclinal que cachait à tout regard une oseraie au-delà de quoi se pressaient des oliviers au tronc énorme et aux immenses branches torses.

Au centre de ce havre vert se dressait, ombragée par la large ramée d’un haut figuier, l’antique margelle d’un puits sur le bord de laquelle Tsaâzzoult l’invita à s’asseoir.

— Les oliviers de mon oncle, dit-elle en désignant d’un geste circulaire les arbres vénérables qui les enclosaient.

— Ils sont grands, ne sut-il que balbutier.

— Ils sont très vieux, précisa l’angélique.

Ils ne se dirent rien de plus.

Certains instants de bonheur sont tellement arachnéens qu’un unique mot maladroit peut y provoquer une irrémédiable déchirure.

Dans les lointains alentours, des ânes brayaient à tour de rôle. Des rumeurs sourdes arrivaient par bribes du douar le plus proche. Des tourterelles roucoulaient leurs amours exclusives. Un ranidé solitaire appelait à la copulation une partenaire hypothétique en émettant à intervalles réguliers la litanie toujours identique de ses coassements optimistes.

Jean se tourna à demi, lentement, prudemment, vers sa compagne, dont le profil pur et paisible, rubescent sous les rayons de l’astre déclinant, lui parut illustrer la couverture du livre d’une autre vie.

Elle ne bougea pas, mais esquissa sous la caresse de son regard un sourire éthéré qui fit davantage encore rayonner la grâce unique des contours de sa figure.

Jean, bien que transi d’émoi, en lui-même brûlait.

Cette bouche framboisée espérait à n’en pas douter la tendre morsure de ses dents, ce torse palpitant aspirait secrètement à la caresse fébrile de ses mains qu’il eût souhaité téméraires, la proximité voulue en ces lieux solitaires de ce giron virginal appelait à l’audacieuse conjonction.

Qu’oserait-il dans l’oseraie ?

Il ébaucha le mouvement qui lui eût permis de passer son bras droit autour des épaules de la pucelle, mais, pleutre, y renonça, le cœur tonnant, et se maintint coi, tout en déplorant l’acte manqué.

Tous deux se contentèrent alors d’inspirer romantiquement le temps qui s’éternisait.

Un bruissement soudain dans les proches broussailles tira Jean de l’inertie. Son brusque sursaut n’émut pas l’oréade qui chuchota tranquillement :

— Serpent ! Matkhafch[1] !

Sa sérénité rassura l’orant qui reprit la religieuse contemplation de sa madone.

La survenue du serpent dans ce pourpris édénique, pensa-t-il, n’était peut-être pas un hasard dénué de sens. On pouvait bibliquement y entrevoir un possible déterminisme, un signe, une invite, un divin stimulus.

Miracle ! Comme si elle l’avait entendu, Tsaâzzoult lui tendit la paume.

Le benêt !

Il est allé jusqu’à la source et il n’a rien bu[2] !

Au lieu de s’empresser d’y mordre à pleines dents, il y posa la sienne et, sans souhaiter plus, remercia le ciel avec un soupir pire que ceux qui s’élèvent des gondoles glissant sur l’eau de rose de la lagune aux bluettes, sous les mornes ponts vénitiens.

La jointure fut éphémère.

D’ailleurs arrivèrent diffus les appels du muezzin.

La demoiselle reprit la main, se leva, s’ébroua, et souffla au soupirant :

— Il faut aller !

A peine eurent-ils fait dix pas que le destin, donnant une seconde chance au pusillanime, profita de la présence opportune d’un nid de poule en la tortillère pour faire en sorte que Tsaâzzoult s’y tordît méchamment la cheville.

Elle cria sous la fulgurance de la douleur et par réflexe afin de ne point choir elle s’accrocha de sa main chaude à celle de Jean qui la retint et s’écria doucement :

— Tu t’es fait mal, Tsaâzzoult ?

— Chouïa, ça va ! murmura-t-elle sans relâcher cette fois l’étreinte de sa menotte, moite.

L’incident ne produisit pas l’effet qu’il eût dû. On eût souhaité qu’elle chût, sous la violence de la torsion, dans les bras de l’empoté, qui, lui-même emporté, se fût étalé dans l’herbe en entraînant l’accidentée, qui, elle-même, sous le coup du vertige, eût atterri de tout son corps sur celui de Jean, qui, lui-même…

Vain vœu !

L’union cette fois maintenue de leurs phalanges au moins leur fit-elle prendre conscience de l’importance de la distance qu’ils avaient parcourue l’un vers l’autre à mesure qu’ils s’étaient éloignés de la maison.

Ils rebroussèrent la piste de latérite.

Le petit démon dans l’âme à Jean s’opiniâtra encore, tant têtu était-il, à vouloir diriger l’action sur la voie du stupre, à essayer de l’engager dans le sens de la turpitude, à être l’instigateur de la débauche, à se comporter, si on ose dire, comme une sorte de tourne-au-vice.

Il lui fit miroiter le caractère, propice à toutes les audaces, de la solitude des lieux, de la pénombre qui s’installait, de la facilité avec laquelle elle lui accordait sa main.

Oh ! la belle occasion d’être là le larron de ce que la vestale semblait considérer comme son bien le plus précieux !

En l’occurrence, insistait le lutin, le larcin serait de l’ordre de la peccadille, attendu que la victime semblait disposée à lui céder sur le champ d’oliviers ce qu’il ne pourrait peut-être plus jamais obtenir que par la force, dans un accès de violence qui serait diablement plus risqué. Pourquoi laisser passer cette chance ?

Aut nunc, aut nunquam !

Elle résisterait peut-être un peu, protesterait, pour la forme, lui opposerait sans profonde conviction les convenances, son éducation, sa morale, lui objecterait en mollissant la haïa, murmurerait haram en se pâmant, et puis lui ferait don d’elle avec ses sabots, dondaine…

Accipe quam primum : brevis est occasio lucri[3] ! ponctua le petit malin.

Faisant un petit pas dans le sens indiqué, Jean demanda doucement :

— Ça va, ma chérie ? Tu veux qu’on se repose un peu sous ces oliviers-là ?

— Oui, habibi, ça va, merci, non, il faut aller, maintenant ! susurra-t-elle en pressant fortement sa main.

Bouleversé, l’imbécile n’alla pas plus loin.

Le vocatif « habibi », en réponse à l’apostrophe « ma chérie » qu’il avait impulsivement osée, l’avait exalté.

Il ne s’attendait pas à la subite advenue de cette émouvante connivence.

Il ne voulait rien entreprendre de plus qui eût risqué, craignait-il, de rompre la cordiale harmonie qui en ces instants les unissait et les rendait suffisamment heureux.

On aviserait à la maison…

Ils poursuivirent donc d’un pas égal, en communion avec la totale eurythmie des lieux.

Ils cheminaient, sans un mot, ceints d’un halo d’éclatante félicité dont leurs mains entrelacées constituaient le centre ardent. »

[1] N’aie pas peur !

[2] Expression more.

[3] Il faut battre le fer tant qu’il est chaud (traduction libre).

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Coup de coeur musical à l’année nouvelle…

L’année 2015 a été difficile pour notre pays. Elle l’a été pour plusieurs d’entre nous à titre personnel. Nous avons mille raisons de perdre espoir et de faire triste mine, mais c’est sans compter sur la nature humaine et sa capacité à espérer.

Alors chaque année, la tradition veut que l’on souhaite les meilleures choses pour l’année à venir à nos amis et à nos proches.

Je vous les souhaite de tout coeur, mais aujourd’hui mon attention est tournée vers le monde auquel je prodigue des voeux de Tolérance, de Respect et d’Amour.

Je vous offre ces trois vidéos, comme les trois voeux magiques d’un conte :

Des enfants pour l’ESPOIR…

( la chorale des enfantastiques)

 

Bourvil pour le RIRE, le BONHEUR et la SIMPLICITE…

 

Une chanson des îles pour la DANSE, la MUSIQUE, le PARTAGE et la FRANCOPHONIE…

SOYEZ ET RENDEZ HEUREUX !!!

iPagina’Son ou la lecture d’une correspondance…

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Votre lectrice du jour : Sortilège

Une partie de l’article publié aujourd’hui n’est pas de moi, mais de Malayalam, conseiller sur ipagination. Pourquoi être redondant, alors que chaque mot, chaque phrase, résument parfaitement l’émotion et l’intensité de la correspondance  entre Marie-Magdeine à son retour des camps de concentration et son époux médecin.

Mamagly75, détentrice de cette correspondance d’une force incroyable, a choisi de la publier sur iPagination.  Un partage formidable…

Voici l’article accompagnant un des coups de coeur de Malayalam d’Octobre 2015, lue avec toute l’émotion retenue qui caractérise Sortilège.

**********

 » Partager l’écriture d’une auteure qui a rejoint le paradis des écrivains en laissant derrière elle l’ensemble de ses textes et de sa correspondance avec son cher époux, c’est ce que nous propose Mamagly 75 depuis quelques semaines.

J’ai découvert avec émotion cette écriture qui garde fraîcheur, modernité et grande authenticité. De l’ensemble des textes postés, j’ai choisi de mettre en évidence ce poème au contenu terrible d’intensité dans la douleur liée à l’expérience impossible à effacer de la déportation.

Ces quelques mots de Mamagly pour vous permettre de comprendre de quel vécu ce texte fort, magnifique de justesse, est né.

Quelques semaines avant la libération, Benjamine (non de résistante) a 20 ans et fut arrêtée sur le pont Neuf à Paris! Déportée avec d’autres, tels des animaux…Benjamine arriva à Ravensbruck… puis quelques mois plus tard partit sur Koenigsberg sur Oder…. Libérée par les Russes de Joukov en 1945, elle revint sur Paris, s’en suit une longue correspondance avec son amour… »

 

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PAROLES D’UNE FOLLE – 1947

Le silence a parfois cette odeur

de mort qui règne dans les pièces

désolées où seule l’ombre d’un jadis 

erre éperdument.

La tristesse est son amie chère

et ne le quitte jamais, ils se posent

tous deux sur les épaules fatiguées

de celle qui attend un fantôme,

le fantôme de ses défuntes années.

La joie s’est retirée comme l’eau

de la mer s’en va sur la plage

ensoleillée et comme les nuages

arrivent sur la lumière pour la cacher.

Il ne reste qu’un creux, un vide

béant ou se cache le silence.

La femme assise n’est pas vivante. Enfuie

dans son passé, elle n’existe plus

à l’intant présent.

Tout est vide et béant avec

cette odeur de morgue.

Pour briser ce silence, il faudrait

tuer la femme, et pour oter l’odeur

rendre la lumière.

J‘ai voulu tuer la femme

afin que renaisse la vie

J‘ai vu la femme se lever

à mon approche, apeurée et s’avançant

toujours vers la mort que je tenais

dans la main – Alors bravement

pour en finir plus vite,

en fermant les yeux, je me suis

ruée sur Elle le couteau levé.

Le couteau est entré, brisant

la vitre de son coeur, j’ai senti

les éclats tomber sur mes pieds

rompant tout le silence.

J‘ai hurlé de joie, le silence était

tué, et j’ai osé enfin ouvrir les yeux.

C’est alors que j’ai vu

la lance plantée dans la glace

et mon image en face…

Je m’étais tuée…

Alors la nuit a tout envahi.

Il n’y aurait plus d’ombre ni de

silence, plus de femme non plus…

Tout est mort… à quoi bon attendre,

à quoi attendre que la mort à

son tour ensevelisse la mort….

 De Benjamine à Mali, moi, Marie-Magdeleine !

©All rights reserved Magmaly, 1947 Paroles d’une Folle « je M’étais Tuée »

*Let 385-386

Ipagina’Son tourne une page de l’enfance.

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Votre lectrice du jour : Sortilège

 

L’adulte est-il façonné par son éducation, par son enfance rythmée au fil des conseils et des interdictions de ses parents ?

La vie étant faite de renoncements successifs,  l’enfance fait place à l’adolescence  et ses nouveaux désirs, puis à l’âge adulte avec ses illusions,  ses désillusions, son besoin de protéger sa progéniture de tout son amour, pour lui donner les meilleures armes dans la vie.

Vça fait peur ? Oui un peu…mais ce comportement est tellement humain, c’est le cercle de la VIE.

Sortilège tourne pour vous « Tiens-toi droit », une page de vie écrite  par Djak  pour l’atelier d’écriture : Histoire d’enfance » et sélectionnée par Amaranthe.

 

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TIENS-TOI DROIT

Djak – 

 

Tiens toi droit, finis ton assiette, ne te salis pas, ne t’éloigne pas.

C’est de l’amour. C’est une sorte de répulsion profonde, envie indocile, vengeance, colère inconnue et inextinguible.

– Et pourtant, on t’aime. Je sais pas ce que t’as dans le corps… sont devenues les protestations émotives plus récentes.

C’est si long, si délicat, de faire un homme. Entre intention et anxiété, ignorance et fierté, manipulation mentales et fatigues, soucis quotidiens, argent, travail. Tous les garçons de sa classe sont-ils des voyous? La ruelle derrière la maison est-elle si dangereuse? Il est rare qu’il pose des questions.

– Raisonneur!

Il croit en l’adulte tout-puissant, nourricier, commandeur, pouvoir et force absolus. Il croit en un seul dieu … créateur du ciel et de la terre … d’où lui viennent ces prières jamais apprises par cœur et toujours sues, ce caractère solitaire à toutes épreuves. Conventions entre famille et société, ou est la place, en négation? Reste le souvenir de repas savoureux, de rires éclatants, de gaîtés simples. Tout enfant n’est-il qu’une proie, héros apparent, surhomme d’argile, adulé, comme il est beau, comme il est grand pour son âge, il ressemble à son papa, domestiqué, contraint, comment garder une zone libre, une façon de dire non ou simplement si je veux.

Tout parent n’est-il que castrateur, briseur d’élan, dur donneur d’ordres, sadique ou adjudant.

La joie, la spontanéité est perdue à jamais, enfouie sous l’inexpérience, l’envie d’indépendance, la fondation d’une nouvelle famille, deux jeunes adultes consentants amoureux, éblouis l’un par l’autre, les cœurs chavirés, prince et princesse sur des destriers puissants, au métro-auto-boulot de chaque jour, tremblants hésitants devant ce petit bout, caché pendant neuf mois, qui devient un dépendant, de vrai indépendant, sale, bruyant, mystérieux qui empêche les nuits douces, le repos, l’amour même, la langueur des câlins, l’alchimie mystérieuse de la contrainte et de la douceur de l’humain.

Colères, agressions, violences, défiances sont-ils déjà sortis? sont-ils restés cachés? L’enfant n’est pourtant que colère, bien au-delà de l’injustice, bien plus loin que des souvenirs. Pleurs inexplicables, cet écœurement, cette lourdeur, cette solitude…

– Qu’est-ce tu veux faire plus tard? Tandis qu’il débute le printemps de la vie, frais et rose, il croise la maturité estivale des parents, être juché sur des épaules, voir au dessus de la foule, blotti sur le sein asséché que maman n’autorise jamais, une douceur de poitrine jamais permise, se disputent-ils? Il entend leurs cris qui s’élèvent, des halètements, des chuchotis, les regards sont sévères, si impérieux, retourne te coucher, que fais-tu là? lorsqu’il entrouvre la porte, curieux, petit d’homme tourmenté. Ils le portent, du parc à la poussette, de la maison à la remorque à vélo, ils le questionnent, incertains.

Un jour le silence s’installe dans le cœur, couvrant tout, colères, désirs, plaisirs, plus de soleil, si mais de tristesse, l’enfant meurt.

*********

Jean Cocteau : (« Mange ta soupe .Tiens-toi droit. Mange lentement. Ne mange pas si vite .Bois en mangeant. Coupe ta viande en petits morceaux. Tu ne fais que tordre et avaler. Ne joue pas avec ton couteau. Ce n’est pas comme ça qu’on tient sa fourchette. On ne chante pas à table. Vide ton assiette. Ne te balance pas sur ta chaise. Finis ton pain. Pousse ton pain. Mâche. Ne parle pas la bouche pleine. Ne mets pas tes coudes sur la table. Ramasse ta serviette. Ne fais pas de bruit en mangeant. Tu sortiras de table quand on aura fini. Essuie ta bouche avant de m’embrasser. Cette petite liste réveille une foule de souvenirs, ceux de l’enfance)

source  de l’image  : / http://enbas.net/index.php?id=genevieve-heller-tiens-toi-droit