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Okpè – récit de libération de la femme, de Hélène Aballo

Okpè – récit de libération de la femme, de Hélène Aballo

Résumé :

Okpè, petite Béninoise curieuse et pleine d’insouciance, va vivre une succession d’épreuves terribles qui laisseront de grandes blessures difficiles à oublier. Pas à pas et contre le cours des malheurs, la fillette va développer une détermination farouche et s’affranchir de tous les codes, souvent archaïques, des coutumes locales.Une vie à apprendre, à lutter, à combattre jusqu’à écrire ce témoignage sensible et puissant relatant un parcours hors du commun.

Ce premier roman d’Hélène Aballo est une ode à l’émancipation des femmes, puisant sa force dans un vécu âpre et sans concessions qu’il vous appartient de découvrir.

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A propos de l’auteur :

Hélène Aballo est née au Bénin, en Afrique de l’Ouest, en 1948. Quatrième d’une famille de huit enfants, Okpè (qui signifie Grâce dans son dialecte) va subir de nombreuses épreuves. Coupée brutalement de sa famille à cinq ans à peine, bagages sur la tête, elle a arpenté les chemins du commerce pour apprendre à gagner sa vie et veiller sur une vieille dame qu’elle a considérée longtemps comme son seul point d’attache.

Sa ténacité et sa résilience pour braver l’adversité et se jouer du destin en surprendront plus d’un. Une aventure faite d’incroyables circonstances qui vont l’amener jusque sur les bancs d’une école dont elle ne soupçonnait pas l’existence et où l’on déconseillait fortement d’y inscrire les filles. Cette porte de sortie s’est inscrite dans une succession d’étapes qui lui permettront de s’émanciper tout au long de sa vie.

Pour l’auteur, « Okpè » vise à apporter un témoignage, contribuer à cette évolution tant souhaitée et indispensable de la situation faite aux femmes dans nos sociétés. Ce tout premier contact avec l’écriture a été le fruit de deux ans de travail appliqué qui mérite une réelle découverte.

Début du livre :

« Nous sommes en Afrique de l’Ouest dans les années 1950. Le Bénin, ancien Dahomey, était installé dans son statut de colonie française après que la France a répondu à l’appel d’Angers du républicain de gauche Léon Gambetta, et a décidé d’entreprendre, comme les Anglais et les Portugais, la colonisation de l’Afrique : « Pour reprendre véritablement le rang qui lui appartient dans le monde, la France se doit de ne pas accepter le repliement sur elle-même. C’est par l’expansion, par le rayonnement dans la vie de dehors, par la place qu’elles prennent dans la vie générale de l’humanité que les nations persistent et qu’elles durent. »

Il y eut la Première Guerre mondiale puis la Seconde auxquelles les Africains ont participé. L’année 1948 marque la véritable sortie de cette dernière. L’URSS et les USA entraient en guerre froide et Marcel Cerdan devenait champion du monde des poids moyens. Cela se passait à New York. 1948, c’est aussi l’année de ma naissance. Et neuf ans auparavant, Aimé Césaire, écrivain noir, poète et homme politique français, publiait son chef-d’œuvre, Cahier d’un retour au pays natal.

J’entrais dans ma cinquième année quand Marilyne Monroe, contribuant à l’âge d’or d’Hollywood, tenait son principal rôle dans Les hommes préfèrent les blondes. Et si, à cette période, des pays industrialisés se concentraient sur l’égalité institutionnelle homme/ femme, dans d’autres pays, au rang desquels on pouvait compter le Bénin – malgré ses fameuses amazones à qui il faut rendre hommage –, la première préoccupation des femmes était tout simplement de posséder un statut d’être humain pourvu d’une personnalité individuelle.

Mon destin s’inscrivait dans ce monde où tout restait encore à écrire pour nous, femmes africaines. »

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Le pérégrin de Brabanterre, de Patrick van Wessem

Le pérégrin de Brabanterre, de Patrick van Wessem

Résumé :

Être là. Tel un enfant devant le maigre don qui s’y disposerait après un long temps d’accordage en tendant les mains vers sa mère avant que de pouvoir d’elle l’accepter puis seulement le recueillir dans ses paumes et dans son chant. Être là. Devant cela qui tarde à venir dans nos errances inquiètes, dans cet amas de sombre que nous traînons derrière nous, cheveux peignés au vent dans des sens trop indémêlables. Être là. Tel un enfant exténué ou las qui négligerait ses histoires anciennes qui usent et qui fatiguent. Être là. Tel un enfant qui ne chercherait aucun sens aux couleurs de son chant. Car tout chant vit de l’enfance et des saisons et des musiques qui, à elles seules, font sens, ici et maintenant. Et raison d’être, dans l’indivis et pour finir dans la seule permanence d’aimer. 

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A propos de l’auteur :

Patrick van WESSEM, né en 1949, a grandi dans un domaine de rêve qui l’a vu naître, certes, mais qui ne lui avait été que prêté. Son père en était alors le régisseur. Flanqué de cinq sœurs et de cinq frères – toujours treize à table – l’auteur ne s’est jamais éloigné des superstitions, des questions, des énigmes et des mystères de l’enfance. Aujourd’hui, toujours attentif à ses étonnements premiers, il nous en parle dans ce récit qui emprunte à la poésie, mais qui est rédigé cependant comme un chant, en prose rythmée, belle, ample et mélodieuse. 

Extrait du recueil : 

L’auteur a choisi délibérément d’utiliser l’orthographe rectifiée de 1991 tout au long du manuscrit. C’est ainsi que certains accents par exemple disparaissent.

***** 

Celle qui se souciait trop, à ton goût, 

de multiplier chez vous les présences, 

celle qui rêvait que l’on mansarde, un jour pas trop lointain, 

les greniers du domaine, sans oublier les granges vides, 

que l’on y fasse dormir, entre les chiens-assis, dessous les combles, 

tous les enfants des colonies, 

non des comptoirs, non des empires, 

celle qui osait espérer qu’un jour un Roi 

ordonne d’installer des lits supplémentaires 

dans les couloirs du château du domaine, 

pour qu’on y loge enfin 

tous les enfants des domaines autochtones 

qui n’ont pas d’autre toit que les nuages gris, 

ou seulement ceux des propriétés avoisinantes, 

qui n’ont pas de château… 

Celle-là donc, elle s’était levée tôt, ce jour-là. 

La tasse de café sur la table était déjà tout attiédie 

quand ses enfants minimes, avec, depuis la veille, 

toute l’aube déjà au fond des yeux, 

s’apprêtaient à partir, 

bien avant que le coq d’une ferme voisine ne chante le début du jour. 

Quelques chevreuils, la veille, avaient été entraperçus par quelques éclaireurs en herbe, 

dans le fond du verger caché des hautes tiges. 

On se lèverait tôt, avaient décidé les enfants 

et l’on suivrait des chevreuils, 

les traces des sabots dans la neige… Dans la neige ! 

On ne trainerait pas, craignant la bourrasque annoncée pour le début du jour 

et craignant que quelqu’un puisse aussi les déloger, 

un braconnier, un maraudeur, un dénicheur toujours possible. 

Dans la descente, on glisserait sans mot – c’était bien convenu – 

musique au cœur, en luge courte ou en traineau plus long, 

plus confortable, mais plus pesant et plus bruyant, 

moins maniable dans les courbes, donc plus risqué. 

On glisserait alors calmement cadré dans tout le paysage, 

pour les mieux voir. 

— Pour l’aube chuchotée, disait la mère, 

n’occultez ni portes ni fenêtres. 

Laissez ouvert le réduit à chaussures. 

Laissez, laissez le vent souffler jusques au seuil du corridor de la maison. 

Et qu’importe si, devant tant d’impatience, 

les petits chaussent les grosses pointures, 

puisqu’ils sont déjà, tous, dans l’urgence de l’aube, 

ses tout premiers convives. 

Elle disait, la mère, aux ainés qui, pour la circonstance, 

s’étaient vu saboter leur escapade blanche, 

elle disait aux ainés sans chaussures, 

les mains portées aux hanches, 

tête penchée et de fatigue, un peu déclinée vers le sol, 

elle disait… 

— Laissons-les, nos petits. Laissez-les faire, 

laissez-les seuls, entre eux, pour la surprise. 

Laissez-les seuls dans leur plus bel étonnement, 

dans leur plus soudaine surprise ! 

Et d’ajouter, pensive… 

— Les voilà qui s’en vont, éblouis tout autant qu’affamés de manne blanche, 

assoiffés de lumière, 

tisser leurs mots laiteux sur leur plain champ de laine, 

tout au bout de la nuit. 

Oui, les voilà partis chanter déjà tout l’or de l’aube 

comme vous, vous allez 

chaque matin au lait, en chantant, 

chaque matin au pain, en dansant. 

Et d’ajouter encore 

dans un songe éveillé… 

— Aux petits, laissez murir en eux ce qui très tôt promet. 

Que la belle saison s’installe dans leur cœur. 

Laissez fleurir en eux cela qui se répète avec espoir 

et recommence. 

Puis elle ne parlait plus. 

Et peut-être qu’elle espérait avoir de ses ainés, 

dans l’amas de ses lessives du jour à venir, un peu d’aide. 

Elle savait bien qu’elle devrait encore leur répéter 

d’assurer par ailleurs ce qui doit être fait 

des routines ordinaires 

et chacun pour la part qui lui revient 

sans tenter de se prévaloir de passe-droit particulier. 

Elle aurait à prêcher encore… Elle le savait. 

À redire à chacun sa besogne, sa part 

des choses gaies et sa part des choses fastidieuses 

à remplir pour le bien de chacun et de tous, 

pour la pérennité de la maison et pour la renommée de la famille. 

Ce n’est pas très sorcier à comprendre, 

disait-elle souvent à qui voulait l’entendre. 

Peut-être qu’elle pensait, sans s’en plaindre, 

combien le jour est sourd et lent 

quand les ainés comprennent si peu 

et sont si réticents, là où elle se voit résoudre à dire et redire 

cela qu’ils veulent si peu entendre, 

dans la courbure de l’aurore. Peut-être. 

Dans la cuisine, 

devant la table où quelques bols trainaient encore, 

elle ne disait plus grand-chose. 

C’est sûr, ce qu’elle avait à dire, elle l’avait dit et répété ! 

— Pour nos petits, insista-t-elle, 

laissez faire ce qui se fait et se défait, 

à la cadence et dans l’harmonie de chacun. 

Dans son songe, elle pensait aux plus jeunes 

éloignés dans la neige et nus dans l’aube. 

Elle savait mieux que quiconque et plus que de raison 

que la mémoire de la lumière est la lumière de la mémoire 

et qu’il faut abandonner aux petits 

cette première joie de l’aube entrevue, 

comme un doux souvenir, pour plus tard. 

* 

Elle avait cru longtemps 

qu’il lui fallait allonger le temps de tes culottes courtes 

pour prolonger le temps de ton enfance, 

te protéger du monde des grands. 

Et toi qui avais si soif de croitre rapidement ! 

Elle craignait seulement les enfances inachevées, 

les enfances écourtées ou celles qui s’éloignent à jamais, 

trop tôt, on ne sait trop vers où, ni comment, ni pourquoi, 

dans l’effusion des jours, 

vers des saules sans épaules, qui sait, 

lorsque tes chiens négociaient çà et là un gros os à ronger, 

un seul, devant la maison forestière, 

là où des petits-gris marchandaient encore. 

 

Elle cultivait ses assignations. 

Elle en avait toujours douze à la « onzaine », 

ne se lassait jamais de rabâcher aux grands, 

ses prescriptions, son « ménagier », ses dix commandements. 

Pas besoin de tablette, 

elle l’avait bien en tête, son petit catéchisme. 

Un. Chaque jour, ce qui doit être fait tu feras. 

Deux. Les voies les plus sures toujours emprunteras. 

Trois. Aux chemins non balisés toujours renonceras. 

Quatre. Au chant des oiseaux de l’aube te guideras. 

Cinq. Aux amis confirmés seulement te fieras. 

Six. Odeur des plombs, feux et cris des chasseurs sans clémence t’interdiras. 

Sept. Tendre parole à quelque maraudeur ou dénicheur te défendras. 

Huit. Aux larmes des vieux loups jamais n’acquiesceras. 

Neuf. Sabotage de la neige, ou salage s’il échoit, pour retrouver chemin dessous tes pas, toujours tu attendras. 

Dix. Si vos chiens vous sont restés fidèles après les traques, le ciel toujours tu béniras. 

Et la mère d’ajouter dans tous ses rabâchages, sans pouvoir trop s’en empêcher… 

Onze. Les perdreaux fous de l’année jamais de front ne fixeras, car jamais rien tu n’y pourras. 

Douze. Légumage et fruitage toujours respecteras et bénédicité avant chaque repas toujours en cœur réciteras. 

 

Te verrais-je sourire ? Tu dois comprendre. 

Toutes ces règles sont commandements 

qu’il incombe à chacun de suivre follement ! 

Imagine un instant une tribu n’honorant ni l’obéissance 

ni les autres vertus, naturelles et infuses, et les vertus morales ! 

Y as-tu seulement pensé ? 

* 

Reprenons notre route. Ne contournons pas le château. 

Ne prenons pas le chemin le plus court. 

Prenons le temps. Parler te fait du bien. 

Passons sans hâte la petite serre, à main droite, 

aux vitres cassées, 

qui n’offre plus aucune graine et ne permet aucun semis. 

Rejoignons, plus au sud, la ferme. 

Évitons le porche et tous ses courants d’air. 

Passons les quelques escaliers de pierres grises 

que nous emprunterons à l’aise. 

Vois dessous la corne du toit ! Le vent souffle à nouveau 

dans le porche, ses tas de neige 

jusqu’à cela qui n’est plus que remise à chaussures, 

à côté de la buanderie, sur le seuil de la maison du père 

où règne le silence avant tous les encombrements futurs, 

les carnages et la débâcle des lessives du jour. 

Derrière la maison, le vent s’énerve et pousse sa poudre blanche dans la volière 

enveloppée de brume. 

Les perruches y dorment d’un œil. 

On y a cru, au ciel, un moment ! 

Mais le ciel est trop gris. Et de là-haut, 

on ne voit jamais rien venir. 

Et rien ne transparait vraiment de l’aube. 

Allons-nous attendre longtemps ? 

 

Et toi tu trembles déjà de perdre ton temps, 

craignant que le jour entier soit maussade ! 

Tu ne sais toujours pas ? 

Tu ne sais pas ! Tu n’as rien remarqué, ce matin, en chemin ! 

La route est blanche sous tes pieds et la neige, non encore sabotée, 

porte l’empreinte de tes pas. 

En usant tes chaussures sur les pierriers, tu écris. 

Dans la respiration du vent, tu écris. 

Tu écris sur tes routes diurnes. 

Dans la poudre du vent, tu écris. 

Tu fais tes gammes en marchant et en songeant. 

Sous l’écorce de tes nuits, tu écris. 

Sur cette peau blême voilée de neige, tu écris. 

Et jusqu’au dernier blanc de l’hiver, tu écris. 

Avant que de te reposer sur la plaine cinglée de froid, 

oui, tu écris. Tu écris ton livre de vie sans le savoir, 

jusque sur ton linceul qui cèlera l’ombre même de ton corps. 

***** 

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Le baiser de la cigogne, de Hélène Laly

Le baiser de la cigogne, de Hélène Laly

Lorsque Sunny Herling arrive à Blue Morning Glories, un manoir isolé en dehors de la ville, elle n’imagine pas un instant être plongée au cœur d’une lutte sans merci.

C’est en compagnie des jumeaux Erno et Anja, des chiens Zafar et Indra, des Lilydoll, délicates fleurs-filles et des Toggle, fleurs-mères aux pouvoirs extraordinaires, de Klok, l’intendant baroudeur, de l’inquiétante Purple et surtout d’Idriss Gallander, le maître des lieux, que vont éclater des forces prodigieuses qui ouvriront les portes d’un monde fantastique auquel elle ne pourra plus échapper.

Duel de toutes les libertés face aux desseins maléfiques : l’heure a sonné.

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A propos d’Hélène Laly

Titulaire d’une maîtrise de Lettres Modernes, Hélène LALY écrit depuis l’enfance.  

Parallèlement à son parcours professionnel, elle prend part à des ateliers d’écriture et anime un cours de théâtre pour enfants.  

Elle est lauréate de plusieurs concours de nouvelles, de haïkus et de poésie (Thiberville, Viry-Chatillon, Palaiseau, Ville de Castres/L’encrier renversé, Les éditions oléronaises, Cnous-Crous, Kukaï de Lyon…)  

Nombre de ses poèmes ont été mis en musique par le compositeur Rémi Guillard, et ont donné lieu à la création de mélodies pour soprano et piano et d’une cantate, La Caryatide, pour soprano, récitant et orchestre. 

Dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine 2014, elle a écrit pour La Compagnie le Vieil or de la dernière syllabe une série de lettres imaginaires, Huit lettres du soldat Paul à ses proches. 

En 2014, les éditions Lacour éditent son recueil de nouvelles fantastiques, Si Einstein était une fille 

Le baiser de la cigogne est son premier roman. 

 Extrait du livre :

Ne cherche pas à me voir, petite. Je suis entouré d’un anneau d’invisibilité comme tous les esprits. La lumière se dévie pour ne pas me croiser. Tu ne me vois pas, mais je suis là. Ne sois plus triste en pensant à moi. Je ne t’ai jamais quittée et je t’accompagnerai jusqu’au jour où tu me rejoindras. 

— Grand-père ! Grand-père ! cria Sunny. 

De ses yeux coulèrent des larmes qui, sous l’effet de la vitesse et du froid, se firent cristaux. Elle sentit que Yaël les rassemblait et les emportait. Elle se retourna pour fouiller l’indiscernable. Mais l’équipage avait déjà franchi la barrière des brumes sèches. Au loin un panache volcanique dressa ses nuées ardentes puis s’évanouit brusquement. Sunny reconnut la constellation du Lion. Je n’y crois pas ! Les pensées de Töğ tonitruaient dans le casque comme une houle démontée. Mademoiselle Herling, mademoiselle Herling, regardez donc sur votre droite ! Un postiche ! La catin porte un pos-ti-che ! Je n’en reviens pas ! Effectivement, Bérénice venait d’être surprise dans sa toilette et, aux cris de son ennemie, tentait d’ajuster sa perruque argentée qui fléchissait dangereusement. Ce n’est pas aujourd’hui que tu me montreras tes fesses, poupée Barbie ! hurla Töğ quasi hystérique. La réponse de Bérénice se perdit en gouttes de brume. 

La vallée bleue fut très vite atteinte puis dépassée. Elles entrèrent alors dans une zone inconnue de Sunny. Elle en eut le souffle coupé. Jusque-là s’étaient succédé des dunes sableuses balayées par un fort vent d’est que dominaient les neuf collines d’épicéas dressées en sentinelles aux aguets. Au-delà de la frontière marquée par le sillon rouge, l’attelage pénétra dans un autre monde. Tout y était uniformément blanc. 

— Non, ce n’est pas de la neige, fit Töğ, mais de la craie micacée. 

— Vous lisez dans mes pensées ! s’écria Sunny, légèrement outrée. 

La fleur-mère eut ce petit rire saccadé dont elle usait régulièrement. 

— Maître Gallander a raison… vous êtes vraiment susceptible, jeune fille ! Et je vous rassure. Effectivement, je lis dans vos pensées, mais seulement quand vous portez le casque. Une fois enlevé, vous pourrez me critiquer autant que vous voudrez ! 

— Je n’ai aucune raison de le faire… je me suis habituée à vos manières. 

— Hum ! Voilà une excellente nouvelle. Que diriez-vous d’un survol du territoire pour fêter ça ? 

Les Toggle piquèrent au sud-ouest. D’une stupéfiante beauté, le plateau s’étirait à perte de vue comme une somptueuse draperie de taffetas changeant dont les plis et les replis dessinaient des gorges miroitantes sous la lune. On aurait dit un immense cœur virginal palpitant au rythme des étoiles. 

— Peut-on s’arrêter ? demanda Sunny. 

— J’allais vous le proposer. 

Elles se posèrent sur un méplat rehaussé. Les Toggle défripèrent leurs pétales, étirèrent leur tige engourdie par la course et déboutonnèrent leur capuchon. Sur leur plastron, la salive se mit à couler comme du petit lait. Puis elles déplièrent leur cornet acoustique, firent cercle autour de la fleur qui ne s’en laisse pas conter, et commencèrent à jacasser dans un silence fiévreux, secouées de temps en temps d’un rire incoercible. Sunny s’était éloignée, s’enfonçant légèrement dans les strates fragiles. Elle remarqua que les empreintes de ses pas se refermaient au fur et à mesure qu’elle progressait. Rien ne resterait de son passage. Peut-être que cet endroit apparemment si désertique est traversé par des milliers d’êtres vivants ? songea-t-elle. Peut-être sommes-nous observées ? Elle était soulagée d’avoir quitté son casque. Ses pensées pouvaient se donner libre cours sans être capturées par Töğ qui n’aurait pas manqué d’en rire, évidemment. Peut-être existe-t-il un monde parallèle que je ne soupçonne même pas ? Tout en réfléchissant à cette éventualité, elle continua d’avancer. Quand elle se retourna, les Toggle n’étaient plus qu’une tache sombre dans l’immensité laiteuse. Elle remarqua sur la gauche une protubérance, une sorte de mamelon aux courbes féminines. Peut-être verrai-je plus loin si je l’atteins ? Elle constata que tout n’était fait que de peut-être dans cet univers étrange. Elle se déplaçait avec une certaine difficulté, s’enfonçant parfois jusqu’au genou dans cette soie plus molle que du coton, avec la bizarre impression de nager plutôt que de cheminer. Elle parvint enfin au sommet du monticule et fut prise d’un haut-le-cœur. À quelques mètres à peine, un abîme s’ouvrait en déclinaisons vertigineuses. Ni la lune, ni les étoiles n’en éclairaient les pentes, accentuant l’hostilité des lieux. Indécise, Sunny regrettait finalement de ne pas avoir pris son casque qui lui aurait permis d’appeler Töğ. Continuer ? Retourner en arrière ? Elle n’imaginait pas s’enfoncer seule dans le gouffre quand soudain le ciel s’illumina d’un scintillant triangle isocèle. Vega, Altaïr et Deneb, les trois constellations qui l’animaient, saluèrent Sunny d’une pétillante révérence. Leur scintillation projetée vers le précipice l’éclaira comme en plein jour. Incroyable ! La craie blanche avait fait place à une roche rose qui flamboyait sous le feu des trois corps célestes. Conséquence de l’érosion probablement, elle s’était façonnée, polie, arrondie, construisant tout un peuple pétrifié de cônes, colonnes, champignons, cheminées, posés là, comme prisonniers d’un charme. Le triangle se dérouta en balayant de son faisceau les chapeaux des cheminées. Impossible ! se dit Sunny. J’ai trop d’imagination. Je vais attendre la rotation du faisceau. Dans cet univers hors de tout – pas un bruit, pas un animal, pas un élément de sa vie habituelle auquel se raccrocher –, Sunny eut l’impression d’épier le retour de la source lumineuse pendant un temps infini. Ses sens étaient en alerte, ses muscles contractés, ses yeux larmoyants à force de crispation. Quand le pinceau irradiant eut achevé sa circonvolution et revint se poser sur les chapeaux face à elle, elle poussa un cri strident. Chacun était marqué de plusieurs signes. Elle distingua très nettement « Љ » répété en écho, puis repéra « Ж ». Elle attendit plusieurs spires. Combien ? Dix ? Trente ? Cinquante ? Elle ne les compta pas, mais quand elle repartit en sens inverse pour rejoindre les Toggle, elle n’avait plus aucun doute. Tous les symboles de la formule que lui avait confiée Idriss Gallander se trouvaient réunis au fond du gouffre. Elle en était certaine. Elle l’avait apprise par cœur pour éviter de conserver le papier sur elle. Il ne manquait que trois éléments : 

« Щ », « Σ », « → ». 

— Je me demandais ce que vous faisiez, lui dit Töğ quand elle eut enfin rejoint le groupe. Mais… regardez-moi ! Par toutes les fleurs de la planète, auriez-vous croisé Baal-zebûb, le prince des démons ? Vous êtes plus blême que cette craie ! 

— S’il vous plaît, répondez à ma question. Avez-vous en tête la formule que maître Idriss m’a remise ? 

— Je vous avouerai que non. Vos recherches ne commençant que demain, et avec elles la réquisition des Toggle, je ne m’en suis pas encore préoccupée. Pourquoi cette demande ? 

Sunny lui raconta sa découverte du gouffre, et son absolue certitude que la formule s’y trouvait inscrite en ordre dispersé. Son émotion était si forte, elle avait tellement de mal à la contrôler, qu’elle tremblait. 

— Accompagnez-moi jusqu’à là-bas. Avec l’aide des Toggle, nous n’en aurons que pour une minute en survolant l’endroit. Je voudrais vous montrer que je n’ai pas rêvé. 

— C’est impossible, répondit Töğ. Dans moins d’une heure, le soleil va se lever. Il est indispensable que nous soyons rentrées avant le réveil de Purple. Et elle est debout de bonne heure, cette sorcière. Je ne veux pas courir le risque qu’elle nous voie. Allons ! Ne soyez pas déçue. Je vous promets que nous reviendrons. Nous sonderons l’endroit que vous m’indiquez. Mais il faut agir avec prudence. Vous avez l’âme innocente, mademoiselle Herling… et ce n’est pas une moquerie, au contraire. Il faudra que vous preniez vite conscience que ce n’est pas le cas de tous les hôtes de Blue Morning Glories. Mais dépêchons-nous. L’horizon commence à blanchir. 

Le voyage de retour se fit beaucoup plus rapidement. Les Toggle obéissaient aux ordres directionnels de Töğ qui avait choisi manifestement de prendre des raccourcis. Elles ne croisèrent ni Bérénice ni les nuages frileux. Quand elles atteignirent les toitures de Blue Morning Glories, il faisait presque jour. Atterrissage derrière les chênes rouges, ordonna Töğ. Puis se rapprochant de Sunny, elle précisa : 

— Je ne prends pas le risque d’arriver à proximité de la serre. Regardez à l’est. L’aube est déjà là. Faites attention en rentrant dans la maison. Si vous croisez Purple, prévoyez une bonne raison de vous trouver debout à cette heure-là. C’est tout à fait votre droit, mais cette fine mouche n’ignore pas que ce n’est aucunement dans vos habitudes. 

— Et vous ? 

— Nous ? Ne vous inquiétez pas. Nous avons des ressources illimitées, y compris celle de nous glisser par les conduits de cheminée ! 

Elle rit. 

— Pressez-vous… et n’oubliez pas. Je vous ai fait une promesse. Or je tiens toujours mes promesses. 

Quand elle passa devant la chambre de Purple, il sembla à Sunny que la porte se refermait doucement. Illusion ? « 

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Voyages , un recueil de nouvelles pour l’ailleurs

Voyages – Recueil de nouvelles pour s’évader

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Auteurs de l’ouvrage : Suzanne BERTEL-DESPREIN – Sandrine BRANCOTTE – Denis DELEPIERRE – Alain GRANDET – Renée-Lise JONIN – Éric LYSØE – Georges MALAMOUD – Jean-Luc MERCIER – Lena SIWEL

Extraits courts :

Ne pas regarder en arrière.

Oublier les frasques d’une vie absurde.

Devenir un autre, aux antipodes de celui qu’il était dans sa vie d’avant.

(Suzanne Bertel-Desprein – Le pont)

La chaleur, la mer, l’effervescence permanente des villes espagnoles qui ne dorment jamais, les gens qui sourient sans même vous connaître. Tout était agréable sous le soleil d’Espagne.

(Sandrine Brancotte – Cartes à rêver)

– Luis, nous avons un problème, lui dit-il d’une voix de spécialiste affûté. Tu vois une lumière que je ne vois pas. J’entends un bruit que tu n’entends pas. Les deux vibrent suivant un rythme étrange mais sont parfaitement synchronisés. Pourtant, nous sommes dans le rien et tout cela est impossible.

(Georges Malamoud – Une nouvelle de rien)

Il lui suffisait de croiser le regard d’un homme.

Mais pas de n’importe quel homme.

Un homme qui, par-delà les vies, un jour, lui avait été destiné, et qu’elle avait aimé.

(Lena Siwel – Autour des vies de Nakshidil)

Swann a l’esprit aquarelle. Il peint son quotidien par touches subtiles, s’évade au pays des mélodies. Porté par les chants des vents, il ne goûte que l’essence du temps, flâne longuement pour retourner chez lui ; seul, puisqu’il n’y a jamais eu de main pour tenir sa main.

(Jean-Luc Mercier – Razafihamoiarahilalao)

Les premiers jours, j’ai réellement cru que nous serions seuls. Je m’enivrais de l’air chaud qui nous fouettait le visage et de la lumière opale qui décolorait nos peaux et nos vêtements, nous donnant l’aspect de croissants humains dorés à point.

(Denis Delepierre – Dans leurs contrées)

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« L’héritière de l’avant » de Denis Delepierre

roman jeunesse L'héritière de l'Avant Résumé :

« A la suite d’un cataclysme, le monde est dominé par la nature, incarnée par le cruel dieu Déreth. De nombreux dangers planent sans distinction sur les ouvriers et citadins, les deux communautés survivantes. Entre disparitions et sombres secrets, Léa, une jeune Ouvrière de douze ans, va braver ses peurs et tous les interdits de sa société, lorsque disparaît à son tour Becky, sa meilleure amie.

Ce premier roman de Denis Delepierre, passionnera les jeunes lecteurs et les sensibilisera à de nombreux thèmes bien actuels tel que l’environnement, le harcèlement scolaire, l’égalité des chances, le prosélytisme…

A propos de Denis Delepierre :

Denis DelepierreNé en 1984 à Mons, en Belgique, Denis Delepierre a rapidement découvert son désir de construire et de mettre en scène des histoires. Durant une bonne partie de son enfance, il s’est vu dans la peau d’un auteur de BD et a illustré une dizaine de récits avant de se tourner, au début de son adolescence, vers l’écriture.

Avec le temps, ce violon d’Ingres est devenu une passion. Aujourd’hui, il multiplie les projets en s’essayant à différents genres, du délire introspectif au roman d’horreur, en passant par le polar, le fantasy et le fantastique.

L’héritière de l’Avant est son premier roman.

Extrait :

— Becky et moi, on est allés au deuxième étage.

Elle écarquilla les yeux de surprise, mais n’eut pas le temps de répondre. Le garçon se lança dans une série d’explications confuses et larmoyantes de cette journée fatale. Voici quatre jours, Becky était arrivée à l’École avec un visage très soucieux. Ses yeux étaient rouges d’avoir pleuré et elle semblait de très méchante humeur. Bravant sa timidité, Jo s’était approché d’elle pour lui demander ce qui n’allait pas… et cette fois, elle ne l’avait pas envoyé balader.

— Elle avait vraiment besoin de parler. Et toi, t’étais pas encore arrivée, c’était trop tôt le matin. Elle m’a dit qu’elle s’était disputée avec sa mère, qu’elles s’étaient lancé des trucs à la figure. Elle voulait plus retourner chez elle. Elle a pas arrêté de parler, c’était fou. Avant ça, elle m’avait jamais sorti plus de trois mots.

— Et quoi, tu dis qu’après, elle a voulu aller au deuxième étage ?

— C’était l’heure de la classe. Elle a dit : « Ah non, pas moyen de me taper les cours aujourd’hui, je veux me changer les idées ! » Paraît qu’elle y était déjà montée avec toi, au deuxième, et qu’elle avait trouvé ça marrant. Elle m’a demandé si je voulais y aller avec elle cette fois-ci.

Léa n’eut pas besoin d’investiguer davantage pour comprendre la motivation de Jo. Il n’aurait pas loupé l’occasion d’accompagner Becky, pour enfin avoir une chance de démolir son image de peureux impotent. Elle imaginait bien une forte tête comme son amie traîner derrière elle un garçon de ce genre, entretenant ses illusions dans le simple but de disposer d’un compagnon de route, un bouche-trou qui lui servirait le temps de l’expédition. Une pensée amère contre Becky, qui avait profité de l’affection de Jo pour l’embarquer là-dedans. T’es pas croyable. Qu’est-ce que ça peut bien t’apporter de toujours faire ce qui est interdit ?

— Takkar vous est tombé dessus, ou quoi ?

— On l’a entendu marcher dans les couloirs. On venait à peine d’arriver. Becky voulait rester plus longtemps que la dernière fois, parce qu’elle avait pas eu le temps de tout voir. Moi, j’avais la trouille de Takkar, je voulais qu’on parte. À un moment, elle m’a planté là et elle est entrée dans une vieille classe toute noire. J’ai pas osé l’accompagner. Et après, je l’ai entendue crier.

Léa se raidit.

— C’était Takkar ?

— Non, il est arrivé après, par un autre côté. Quand je l’ai vu se pointer, je… j’ai pas pu rester là, je suis parti en courant. J’ai crié à Becky de me suivre. Je pensais qu’il allait me courir après, mais non. Je suis arrivé en bas tout seul. Et depuis, j’ai plus vu Becky. Takkar, je l’ai recroisé plusieurs fois, mais il m’a rien dit. Personne m’a rien dit, d’ailleurs, aucun prof m’a engueulé. Mais Takkar sait que j’étais là-bas. Il pourrait le raconter. Et Becky… elle est plus là.

Léa se tut un moment, dépassée par ce récit.

— Tu dis que tu l’as entendue crier. C’était quoi comme cri ?

— Je sais pas… comme si elle avait glissé, tu vois. Comme si elle perdait l’équilibre. Elle était surprise. Tout de suite après, Takkar est arrivé.

— Il t’a dit quelque chose ?

— Non, j’ai… j’ai foutu le camp tout de suite.

Il baissa la tête, hésitant avant d’ajouter :

— Il y a eu un autre bruit aussi. Au moment où elle a crié. Un bruit bizarre… Comme si quelqu’un avalait plein d’air, avec beaucoup de force. J’ai pas compris. Je crois que… je crois que c’était le mur. C’est le mur qui l’a mangée !

Léa s’abstint d’éclater de rire, son rêve ayant tari toute surprise possible. Elle aurait volontiers pensé que l’inquiétant Takkar était derrière la disparition de son amie, mais Jo se montra catégorique : l’homme avait débarqué d’une autre direction. Il ne se trouvait pas dans la pièce quand Becky y était entrée et avait crié. La disparition avait donc été provoquée par autre chose.

— Qu’est-ce que tu crois que c’était ?

— Le mur, je t’ai dit. Le deuxième étage est hanté. Les murs sont vivants, ils peuvent manger les gens. Je crois que c’était ça.

— C’est n’importe quoi, Jo. Becky n’a pas été mangée. Elle est toujours en vie et… enfermée quelque part.

— Peut-être, ouais. Mais qu’est-ce qu’on peut y faire ?

Face à cette question, la jeune fille n’eut besoin que de quelques secondes de réflexion. Beaucoup de choses lui passèrent par la tête : son enfance dans le cratère, ses problèmes à l’École, l’épaule que Becky lui avait prodiguée. Elle songea à sa propre personne, insignifiante dans l’univers impitoyable qui entourait Ouvriers et Citadins. À la logique de ce monde, sans pitié pour les plus faibles. Aux nuits horribles qu’elle passerait si ce rêve continuait à la hanter, et au sentiment de culpabilité qu’elle éprouverait en abandonnant son amie à son triste sort, quel qu’il fût. Alors elle répondit à Jo :

— On va retourner au deuxième étage et essayer de savoir ce qui lui est arrivé.

Le visage du gros garçon blêmit au point qu’elle faillit voir les os de son crâne à travers sa peau.

— Je retourne pas là-bas ! décréta-t-il dans un souffle. Pas question !

— Il faudra bien, pourtant. Tu dois me montrer la pièce où Becky est allée.

— T’es complètement folle ! Et Takkar ?

— Je m’en fous, de Takkar. Je dois retrouver Becky.

— Je viens pas, Léa !

— Alors t’es un trouillard ?

— Oui, je suis un trouillard ! Je retourne pas là-bas !

— Becky avait raison de pas t’aimer. Quand on voit ce que t’es prêt à faire pour elle…

Elle espérait que la provocation le pousserait à l’accompagner, mais il n’en fut rien. Pourtant, il devait impérativement venir. Elle avait besoin de lui pour retrouver la fameuse classe. Et puis, sous ses dehors bravaches, elle crevait de trouille autant que lui, et refusait d’aller là-bas toute seule. Elle devait tout faire pour cacher sa peur, sans quoi il n’accepterait jamais de la suivre. Il affirma pour la troisième fois que rien ne le ferait retourner au deuxième étage, et la bouscula pour s’en aller. Alors, en dernier recours, elle lui lança :

— Tu veux que je te dénonce ?

Il s’arrêta, abasourdi.

— Tu ferais pas ça ?

— Ben non, je le ferai pas, sauf si tu viens pas. Dis-moi encore une fois non et je fonce chez Chanessian pour tout lui balancer. Takkar s’en fout de t’avoir vu là-bas, mais le dirlo, ça va le rendre dingue. Il demandera à Takkar, qui lui confirmera que t’y étais.

— S… si tu fais ça, je te dénonce aussi ! Toi aussi, t’y es déjà allée !

— Tu peux toujours essayer. Moi, Takkar m’a pas vue.

Elle soutint son regard avec toute sa détermination, et Jo échoua à la dominer. Vaincu, il baissa la tête, trop naïf pour se figurer la faiblesse de la parole d’une Ouvrière contre celle d’un Citadin. Ravie de l’avoir amadoué, Léa mit au point les détails :

— Faut qu’on y aille cette nuit, mais faudra que ce soit bien tard. On se rejoint dans la cour d’ici quatre heures. Et t’as intérêt à être là.

Il ne put qu’acquiescer, avec sur le visage l’expression d’un condamné à mort vivant ses dernières heures. Attendrie par son accablement, elle ajouta d’une voix plus douce :

— On va faire ça pour Becky. Elle a besoin de nous. C’est à ça que ça sert, les amis.

— Je suis pas son ami, moi…

— Ça je le sais. Je te donne l’occasion de le devenir. Saute dessus.

Quelques instants plus tard, ils se séparèrent. Léa ne fut pas surprise, en détournant les yeux de Jo qui s’éloignait, de retrouver Wym à ses côtés.

— Tu vas enfin voir la zone interdite, lui dit-elle.

Mais il ne sourit pas : la situation le préoccupait autant qu’elle.

— Ça sera dangereux, fit-il. C’est assez flippant, son histoire. Tu y crois ?

— Oui, j’y crois.

— Alors où elle est, Becky, d’après toi ?

— J’en sais rien. J’espère juste qu’elle va bien, et qu’on la retrouvera.

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