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Ipagina’Son lit les confidences d’une boîte à lettres…

 

affiche de Bluewriter
affiche de Bluewriter

 

Un texte attendrissant, bourré d’humour et de mises en images…

Une originalité qui oscille entre tristesse, fatalisme et optimisme…

Une révérence tirée avec panache…

Il n’en fallait pas plus pour être plébiscité par de nombreux ipaginauteurs et faire l’objet de la sélection de Malayalam.

Voici le clin d’oeil tendre et émouvant d’une boite à lettres, dotée de sentiments humains, pleine de coeur et d’esprit

Cet avis de retraite confié par une boîte à lettres pas ordinaire, a été posté par Jeanne Gibé

Il est lu par la voix magique de Sortilège.

boite à lettres

JE BOÎTE A L’ÊTRE

– Jeanne Gibé –

Bientôt je tirerai ma révérence au Quai Rimbaud, laissant ma place à une ingénue au châssis dernier cri et à la couleur pimpante qu’on trouve chez le roi enchanteur du guide de la maison. 

Le temps en averse présente déjà ses condoléances sur ma carcasse d’acier cabossé. Je suis perdue, triste et esseulée dans cette obscurité d’outre tombe, de la chronique d’une mort annoncée. J’ai soixante deux ans de bons et loyaux services de valise à courrier. Mes charnières grincent, mes ferrures se déhanchent, je boîte à l’être, je ne tiens plus debout. Tout va à vau-l’eau, c’est la déroute, changement d’ère, ainsi va la vie! Dernier avis de passage pour les lettres et les colis. Le facteur va t’il sonner une dernière fois pour signifier l’heure du trépas?

Même si mon corps est déglingué, j’ai encore beaucoup d’esprit et ma mémoire n’a pas fléchi. Je ne suis pas timbrée, mais plutôt affranchie et je me pâme en pensant au bon vieux temps où Madame avait vingt ans et de nombreux amants poètes très galants.

Comme un murmure du vent glissant sur mon ossature lézardée, usée et fatiguée, j’entends encore tous ces mots fous qui font la roue, ces mots d’amour tout en velours, ces mots coquins tout en satin, ces mots de soie tout en déshabillez moi. Ces billets doux saveur de miel sont ma lumière dans le noir, la flamme qui me réchauffe quand j’ai froid. Cette quintessence épistolaire est un élixir de jouissance, d’amour et de frisson.J’y ai lu des prodiges et de plus grands mystères que l’été en décembre ou que la neige en mai. 

Me voilà sur un petit nuage, avant de partir au recyclage. Désormais, je peux reposer en paix, j’ai suffisamment roulé ma bosse et ouvert mon clapet, mon sacerdoce de la poste est accompli.

Mais un dernier message pour ma belle qui repose depuis hier dans une boîte éternelle, rue Paul Verlaine. Dans le ciel, une colombe voyageuse m’a demandé un ultime souhait. Je lui ai répondu, s’il te plaît prends soin de Ma Dame là haut, je sais combien elle a su aimer, malgré les douleurs et les tourments de la vie.

J’ai enfin trouvé la clé de l’univers; écrire d’aimer.

Atelier Vincent et Thierry : Et si votre boîte à lettres pouvait parler ?

source de l’image : http://www.delcampe.net

Quand IpaginaSon s’amuse avec les mots…

affiche de Bluewriter
affiche de Bluewriter

iPaginaSon et son équipe se dévoilent ici

  Quand les mots sont détournés et les sens uniques, quand on se met à douter de la réalité du monde qui nous entoure, cela donne ce texte hilarant à la fin duquel on pourrait se poser la question suivante :  » Et si c’était vrai  » ?   Néo a sélectionné « LUI, C’EST QUELQU’UN«  , de Mathieu Jaegert,

Christian Carpentier ne boude pas son plaisir à le lire…

LUI, C’EST QUELQU’UN

– Mathieu Jaegert –

 

Je voulais être quelqu’un. Cette idée fixe s’était incrustée durablement dans ma tête un matin, après avoir croisé mon voisin. J’entends déjà certaines voix s’élever en affirmant que chacun d’entre nous est unique. Oui, mais je venais de comprendre qu’être un peu plus unique que les autres présentait d’indéniables avantages. J’avais donc eu affaire à Brice, l’étudiant occupant un appartement au deuxième étage, juste au-dessus de chez moi. Notez bien qu’il aurait pu habiter juste en-dessous, cela n’aurait rien changé à l’histoire, je pense que c’est important de le préciser. Je ne sais pas pour qui il s’était pris, mais il s’était permis de me prendre pour quelqu’un d’autre. Autant vous dire que je l’avais mal pris. Pas lui, mais le fait qu’on me prenne pour un autre alors que j’avais mis tant d’années à savoir qui j’étais, et à me sentir bien comme cela. Lui, je l’avais pris avec des pincettes car il était schizophrène. Enfin c’est Jean-Luc qui l’affirmait, et je lui faisais confiance. Un comble, non ? Le type qui en plus de se prendre lui-même pour d’autres, prenait les autres pour ce qu’ils n’étaient pas. Bref, je ne m’étais pas attardé mais ma décision avait coulé de source. Il fallait que je devienne quelqu’un coûte que coûte ! En étant connu, ce genre de mésaventure ne devrait plus arriver.

Je m’étais tourné vers Jean-Luc, justement, mon voisin d’en face. Bien sûr, « me tourner » était une expression puisque je n’avais eu qu’à lever la tête. Et d’ailleurs, dans cette affaire, qu’il vive juste en face de chez moi n’avait pas plus d’importance que pour Brice, vous l’aurez compris. Lui, ce n’était pas n’importe qui ! J’avais donc tout fait pour me glisser dans sa peau. Côtoyer un illustre personnage devait m’empêcher de rester un illustre inconnu. C’était sans compter sur sa réaction ! Un sacré caractère ce Jean-Luc. Une fois saisi que je voulais me mettre à sa place, il m’avait remis à la mienne, avant même que je n’aie eu le loisir d’esquisser le moindre mouvement. Comme s’il ne me remettait pas ! Comme quoi, la place devait être enviable ! Je n’avais pas insisté mais j’étais revenu à la charge quelques jours après de manière beaucoup plus subtile. J’avais fini par me sentir un peu lui, tout en ne notant pas de changement quant à mon statut. Aucune éclaboussure de célébrité ne parvenait jusqu’à moi. J’étais un peu perdu. J’étais lui et moi à la fois. Je souhaitais me démarquer, mais c’était précisément en cherchant à être singulier que j’étais devenu pluriel. Je ne savais plus qui j’étais et où j’habitais. Oui d’accord, il m’aurait suffi de relire le début de ce texte pour me situer, mais quand-même, avouez que c’était troublant. Je ne savais plus à quel Saint me vouer. Il y avait de quoi en perdre son latin. Heureusement, je n’avais jamais fait de latin, c’était sans doute ce qui m’avait sauvé !

Une idée m’avait alors traversé l’esprit. Et si je changeais de nom ? En me renommant, je deviendrai par la force des choses renommé…