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Le livre des couleurs d’Auba Auerbach

Article proposé et réalisé par Pierre-Alexis

Le livre des couleurs d’Auba Auerbach
16,7 millions de couleur dans un seul livre.

Cette encyclopédie des nuances ne comporte pourtant ni titre, ni chapitre, ni texte.

Elle a néanmoins un nom : RGB Colorspace Atlas.

D’apparence presque virtuelle, cette œuvre, inspirée de l’univers numérique, explore la palette des couleurs imprimables en suivant les évolutions du code RGB*.

Cette composition originale nous offre un ensemble de dégradés d’une qualité unique sur chacune de ses 3632 pages.

L’artiste américaine Auba Auerbach est connue pour ses travaux novateurs, à la limite de la physique, aux frontières d’une nouvelle conception de l’art. Conciliant dans ses créations représentation surfacique et harmonie volumique, l’artiste réussit à créer une relation entre figuration et abstraction, lisibilité et conceptualisation, souplesse et rigidité.

Présenté lors de l’exposition : « livre – sculpture », ce cube d’environ 20 cm de côtés n’est pas la seule œuvre de l’artiste. Dans un autre domaine, le Wood book et le Marble Book nous font pénétrer le cœur de la matière. Chaque page représente les couches successives de la matière, et donne à l’ensemble une impression d’authenticité captivante.

Ces livres sans texte réinventent le concept de narration, non pas en nous plongeant dans le récit d’autrui, mais en stimulant notre imagination en fonction de la perception que nous avons de ces œuvres.

*RGB : de quoi s’agit-il ?

La lumière blanche peut être décomposée en trois couleurs primaires : le rouge, le vert et le bleu (en anglais Red, Green, Blue qui donne RGB). En mélangeant ces couleurs et en variant leur intensité on peut obtenir n’importe quelle teinte. C’est sur ce principe que sont composés les pixels.

Le code couleur RGB (ou RVB en français) se présente sous la forme de trois chiffres compris de 0 à 255 qui traduisent  la proportion de chaque couleur primaire. Cette référence est très répandue dans le milieu numérique pour sa simplicité et ses performances.

La tour de Babel – en livres – de Jakob Gautel

Nous vous avions déjà proposé de découvrir la tour de Babel réalisée par l’artiste argentine Marta Minujin, un projet unique qui s’était tenu en 2011, à l’occasion de la célébration de Buenos Aires en capitale mondiale du livre.

L’occasion cette fois de vous faire découvrir un projet qui semble similaire de prime abord, mais dont l’approche artistique diffère, autant que la construction de l’édifice. Autre différence notable,  la tour de Babel de Jakob Gautel, réalisée avec plus de 15 000 livres, a été exposée en de nombreux endroits entre 2006 et 2012. Ce projet a donc pour sa part voyagé, et a à chaque fois été enrichi de nouveaux ouvrages. Tout d’abord en 2006 au centre d’art contemporain La Maréchalerie, puis à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles ;  en 2007 au ZKM, Zentrum für Kunst und Medientechnologie, Karlsruhe, Allemagne ; en 2008 au siège d’ARTE, Strasbourg ; en 2009 à la Maison de l’Architecture de Poitiers, mais aussi au Palais des Beaux-Arts à Lille en août 2012…qui nous a permis via la Bibliothèque des Sciences et de l’Atiquité de Lille 3 sur son blog  Insula , de recueillir de nombreuses informations.

Tour de Babel en livre de Jakob Gautel
La tour de Babel de Jakob Gautel, réalisée avec plus de 15 000 livres.

Comme à Lille, un appel était lancé à la population : amenez vos anciens livres pour la construire !

« En lignes superposées, les tranches des livres, selon l’épaisseur des volumes, paraissent comme des couches de temps plus ou moins importantes. Éditions anciennes, impressions récentes, couleurs variées des papiers, parfois jaunis, formats divers, couverture colorée d’un livre pour enfants s’opposant à celle plus austère d’un essai théorique, ouvrages en tout genre et de toutes origines, autant de différences qui vont composer des strates de nos souvenirs de lecteurs, les titres s’associant les uns les autres pour composer de nouvelles histoires en une métaphore de la bibliothèque universelle. », nous rapporte Insula.

Pour construire sa Tour de Babel, haute de 4 à  6 mètres, fonction du lieu d’exposition, l’artiste franco-allemand assemblait les livres en reprenant la forme hélicoïdale telle que représentée sur l’illustration de François Shutten, qui a fait don récemment de François Schuiten fait don de la quasi totalité de ses planches originales de bande dessinée à cinq instances françaises et belges (illustration ci-dessous), chaque ouvrage constituant  une brique de mémoire et de savoir. Une tour constituée de romans, livres de poésie, textes de théâtre, livres d’art, de cuisine, d’enfants, d’école, guides de voyages, de bricolage, d’amincissement, mémoires, livres techniques, scientifiques, textes administratifs, livres politiques, livres censurés, traductions et ouvrages dans leur langue d’origine, livres anciens et tout récents …

Babel-Lille-2012-La-tour-infinie-François-SCHUITEN
Babel- La tour infinie par François Shutten

« Né en 1965 à Karlsruhe (Allemagne),  Jakob Gautel vit et travaille à Paris et ailleurs. Ancien élève de Christian Boltanski à l’Ecole nationale supérieure des Beaux‐Arts de Paris, il travaille le dessin, les arts graphiques, la photographie, et des démarches d’installation. Il expose en France et à l’étranger, et expérimente des formes d’art hors des espaces convenus : affichages, action, performances… Par ses interventions diverses, il remet en cause l’état des choses : son travail tourne autour de la perception de la réalité, et tente d’ouvrir des brèches pour montrer ce qu’il y a derrière l’apparence des choses. » via Insula .

Lors de l’exposition à Bruxelles, la RTBF belge recueillait l’analyse du commissaire de l’exposition Régis Cotentin :

« L’icône originelle de Babel, c’est la Tour de Breughel, image universelle, qui s’est imposée pour toutes les cultures, avec sa spirale, un motif parlant figurer la montée vers le ciel et le délire humain.

Ici, Babel est heureuse pour reprendre les mots de Roland Barthes, quand elle figure le monde d’aujourd’hui, la globalisation, la mondialisation sur lequel nous jetons un regard distancié.

Mais elle est aussi visionnaire, quand on s’en sert comme  miroir d’une réalité vers laquelle il ne faut pas tendre.

Pour monter cette exposition, le commissaire s’est attaché à rassembler des œuvres qui servent l’allégorie, et ses quatre étapes : la construction de la Tour, le châtiment divin, la confusion des langages et la dispersion des peuples.

Ces œuvres partent évidemment du modèle breughélien pour s’en détacher et aller ailleurs, car Babel est une allégorie qui peut se construire à partir de différentes images, conglomérat, accumulation qui dépasse l’entendement, ruche, gratte-ciel, etc… »

A noter enfin l’anecdote suivante recueillie lors de l’exposition au Museum de Botanique qui permettait d’avoir (Une particularité de la scénographie qui n’était pas possible au Palais des Beaux-arts de Lille ),  le point de vue de Dieu sur cette Tour, depuis le 2e niveau, perspective, et qui révèle que le dernier livre, le plus élevé, est la Tour infernale…

Babel de Jakob Gautel au Museum de Botanique
Babel de Jakob Gautel au Museum de Botanique

Un travail visuel mais aussi de fond, de sens, que nous ne pouvions pas laisser s’envoler sur iPagination.

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