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La vie nocturne des livres

Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qui pouvait bien se passer dans une librairie une fois la nuit tombée et les ouvrages livrés à eux-mêmes ?

C’est ce que nous propose une vidéo réalisée à la librairie Type à Toronto, sise au 883, rue Queen Ouest Toronto, Ontario, qui montre exactement ce que tous les bibliophiles ont secrètement souhaité voir exister.

Book Tim Burton

Plus de 4 000 000 de visionnages sur Youtube concernant un clip d’ 1mn50 sur une librairie, ça interpelle nécessairement. Et cette audience surprenante est à mettre au crédit de Sean Ohlenkamp son réalisateur, mais pas que. Comptez avec ce premier talent, quelque 28 volontaires, ainsi que l’apport de Grayson Matthews qui signe une musique envoûtante.

« The Joy of Books » est une brillante vidéo, empreinte de magie, réalisée grâce à une habile animation en stop-motion. Un travail énorme confie le réalisateur : « Très long et fatigant. Nous avons dû attendre que Type ferme à 18 heures, et dès que les portes étaient verrouillées, nous sommes allés travailler au « démantèlement » de leur librairie. Nous avons travaillé toute la nuit jusqu’à ce qu’elle rouvre à 10 heures le lendemain. Nous avons fait cela durant quatre nuits. » Un travail qui s’apprécie à sa juste valeur :

Dans un de nos précédents articles « Librairies : donner vie aux couvertures de livres », nous signalions de nouveaux élans créatifs de la part de certaines librairies indépendantes américaines afin de résister à la vague du numérique, s’appuyant sur de nombreux lecteurs engagés. Et Sean Ohlenkamp est de ceux-là : « Même si j’aime lire des livres sur mon iPad, j’apprécie toujours la sensation tactile de la lecture d’un vrai livre, l’odeur du papier, qu’il soit frais ou sente la poussière, pareil à certains livres anciens.»
Un militantisme communicatif qui a séduit le Collège Mohawk [à Hamilton, en Ontario] sollicité par le réalisateur qui témoigne de l’engouement suscité: « J’ai eu une réponse étonnante, 12 étudiants désireux d’aider, et puis aussi quelques-uns de mes collègues de Lowe Roche qui ont également aidé. Un projet totalement bénévole, les gens n’étaient pas payés.»

Si vous aviez-déjà vu « The Joys of book », que vous connaissiez l’acte militant de Sean Ohlenkamp, ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que cette vidéo a une grande sœur de ce même réalisateur, qu’il avait réalisé avec sa femme avec leur propre bibliothèque. Pour la découvrir, cliquez ici ! Le point de départ sans aucun doute de ce qui deviendrait avec de la maturité  » The Joys of book ».

Sachez aussi qu’à la base le projet était initialement prévu d’être réalisé dans une bibliothèque. Que dire d’autre pour contenter votre curiosité ? Ah oui, sachez que tous les livres que vous avez aperçus dans le clip peuvent être acheté au type books. Que le mouvement circulaire très accentué que vous avez pu voir sur les étagères durant le visionnage de la vidéo, imite en fait les fans qui font « The Wave » (l’équivalent de notre ola) dans un stade de baseball. Et qu’enfin, Sean Ohlenkamp ambitionne de s’attaquer à la Bibliothèque du Congrès (pour de rire… enfin, allez savoir)…

Quiz littéraire : Des couleurs et des livres…

QUIZ LITTERAIRENe vous fiez pas aux apparences des quelques premières questions assez faciles pour vous mettre en chauffe. Il s’agit là d’un véritable défi que vous proposent les iPaginauteurs. Tous les quiz – lorsqu’ils sont prêts – sont mis en ligne pour le vendredi, juste avant le défi du week-end (pour en savoir plus, cliquez ici ). Ce quiz vous est proposé par Firenz. Arriverez-vous à réaliser un sans-faute ?

Quiz littéraire : Les livres et des couleurs ...

Des plumes comme des pinceaux, des mots comme des couleurs, des livres comme des palettes ...
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 Du latin quies qui serait dérivé de qui es ? (« Qui êtes vous ? »). C’était en effet la première question posée lors des examens oraux en latin. Le mot quiz apparaît, avec cette signification de « questionnaire » (un mot argot quiz existait déjà et signifiait « personne louche »), dans la langue anglaise en 1886. Le mot est ensuite passé dans la langue française.

L’histoire raconte qu’au théâtre de Dublin, le propriétaire du nom de Richard Daly fait un pari qu’il pouvait, dans les quarante-huit heures faire d’un mot absurde, le plus connu de toute la ville, et que le public lui fournirait un sens pour elle. Après une performance, un soir, il a donné ses cartes de membres du personnel avec le mot «quizz» écrit sur ​​eux, et leur dit d’écrire le mot sur ​​les murs de la ville. Le lendemain, le mot étrange était la coqueluche de la ville, et dans un court laps de temps, il a fait partie de la langue. Le récit plus détaillé de ce supposé exploit (dans F. T. Porter’s Gleanings and Reminiscences, 1875 ) donne la date de 1791. Le mot, cependant, était déjà en usage à cette époque, qui signifie «une étrange ou excentrique personne, et avait été utilisé dans ce sens par Fanny Burney dans son journal intime, le 24 Juin 1782.

Au plaisir de vous défier lors d’un prochain Quiz, et n’hésitez pas à mettre en commentaire le score – réel – que vous avez obtenu et les questions qui vous ont semblé compliquées…

Quiz des fêtes de fin d’année…à vos marques !

 

QUIZ LITTERAIRENe vous fiez pas aux apparences des quelques premières questions assez faciles pour vous mettre en chauffe. Il s’agit là d’un véritable défi que vous proposent les iPaginauteurs. Tous les quiz – lorsqu’ils sont prêts – sont mis en ligne pour le vendredi, juste avant le défi du week-end (pour en savoir plus, cliquez ici ). Ce quiz vous est proposé par Agathe. Arriverez-vous à réaliser un sans-faute ?

QUIZ LITTERAIRE DE NOËL

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C’était en effet la première question posée lors des examens oraux en latin. Le mot quiz apparaît, avec cette signification de « questionnaire » (un mot argot quiz existait déjà et signifiait « personne louche »), dans la langue anglaise en 1886. Le mot est ensuite passé dans la langue française.

L’histoire raconte qu’au théâtre de Dublin, le propriétaire du nom de Richard Daly fait un pari qu’il pouvait, dans les quarante-huit heures faire d’un mot absurde, le plus connu de toute la ville, et que le public lui fournirait un sens pour elle. Après une performance, un soir, il a donné ses cartes de membres du personnel avec le mot «quizz» écrit sur ​​eux, et leur dit d’écrire le mot sur ​​les murs de la ville. Le lendemain, le mot étrange était la coqueluche de la ville, et dans un court laps de temps, il a fait partie de la langue. Le récit plus détaillé de ce supposé exploit (dans F. T. Porter’s Gleanings and Reminiscences, 1875 ) donne la date de 1791. Le mot, cependant, était déjà en usage à cette époque, qui signifie «une étrange ou excentrique personne, et avait été utilisé dans ce sens par Fanny Burney dans son journal intime, le 24 Juin 1782.

Au plaisir de vous défier lors d’un prochain Quiz, et n’hésitez pas à mettre en commentaire le score – réel – que vous avez obtenu et les questions qui vous ont semblé compliquées…

Blade runner, un livre, un film, un culte…

PhilipDick  Philip K. Dick

Un film, Blade runner ; un livre, Do Androids Dream of Electric Sheep? ( Les Androïdes Rêvent-ils de Mouton Electrique?). L’un inspiré de l’autre, deux oeuvres cultes pourtant si différentes.

Blade runner est très librement inspiré du livre de Philip K. Dick. Film américain sorti en 1982, réalisé par Ridley Scott, il déçoit les fans de l’auteur de Science Fiction. Philippe Manœuvre, par exemple, écrit sur Le film et Ridley Scott un article au vitriole dans Métal Hurlant : « (…) peut-être aurait-on pardonné à Ridley Scott  ses pitreries macabres et son adaptation pathétique de Dick si, quelque part, son film restait un pensum monotone, lugubre, glauque et surtout effroyablement rasoir. On se dirait alors que le blaireau moyen va en concevoir pour Dick une ultime forme de respect. (…) Mais qu’attendre d’un navet qui se traîne avec des allures d’escargot au fil baveux d’une si énorme narration ? (…) ». Pourquoi tant de haine ? Pour qui a lu le livre, le film est assez déroutant.

Le livre : Le blade runner, Rick Deckard, qui élimine les androïdes Nexus-6 infiltrés illégalement sur Terre, veut s’acheter un animal vivant pour remplacer son mouton qui est électrique, grâce aux primes. Une guerre dont on ne connait ni le motif ni le vainqueur a détruit toute forme animale sur Terre. La plupart des terriens ont émigré vers d’autres étoiles, seuls restent les « spéciaux », des êtres rendus débiles par les retombées radioactives et interdits d’émigrer, de rares humains « normaux » qui veulent rester et ceux qui ne peuvent partir de par leur fonction, tels les blade runners. Une religion, le mécerisme, encourage une communion basée sur l’empathie. Empathie qui fait défaut aux androïdes. L’empathie est le sujet central du livre. Elle est ce qui différencie l’humain de l’androïde.

Le film : Dans une ambiance noire et pluvieuse, le blade runner entreprend une enquête policière pour démasquer les androïdes rebaptisés « réplicants » et les effacer. L’animal est symbolique et le mécérisme a disparu. Les androïdes ont des sentiments et cherchent à faire reconnaître leur humanité. Isidore (très présent dans le livre), « spécial » livreur d’un réparateur en animaux mécaniques devient J. F. Sébastian, génie en robotique, affligé d’une maladie dégénérative vivant dans un immeuble abandonné qui sera le théâtre de la scène finale. Rosen devient la Tyrel inc.

« Les androïdes rêvent-ils de mouton électriques ? » est la question clé du livre. Rachel, Nexus si perfectionnée soit-elle, avec qui Rick Deckard a fait l’amour une fois, y répond à la fin. Oui, ils ne rêvent pas d’animaux électriques. L’animal vivant que Deckard vient d’acheter grâce aux primes, n’ayant pas le statut d’humain, qu’elle jette de la terrasse du toit, vaut plus qu’elle. Par ce geste, elle prouve son manque d’humanité. Elle sait qu’elle n’est qu’une image de l’humain, un assemblage de pièces mécaniques, un outil.

Dans le film, la question implicite est : « Qu’est-ce qui fait devenir humaine une créature vivante ? ». Car les Réplicants sont des créatures vivantes au sens biologique. Des créatures vivantes douées de sentiments. A qui on n’a pas appris l’Amour et ce qu’il implique. Rachel, Nexus nouvelle version, en est un spécimen abouti que rien, si ce n’est l’espérance de vie volontairement réduite par son concepteur, ne distingue du blade runner. Dans ce cas, pourquoi les éliminer ?

Malgré les différences qui en font deux œuvres complètement différentes, Philip K. Dick a l’air enthousiasmé. Dans une interview reproduite sur le site   philipkdickfans ,  il compare Ridley Scott à Hieronymus Bosh  et pense que le film est de la dynamite. D’après lui, ceux qui ont lu le livre aimeront le film et ceux qui ont vu le film aimeront le livre. La suite lui donnera raison. Le film, malgré un échec commercial aux Etats Unis, est un succès mondial. A tel point que le livre sera rebaptisé Blade runner au lieu de Do Androids Dream of Electric Sheep?

MV5BMjAwMzc0NjY3OF5BMl5BanBnXkFtZTcwNTU0MjQ1Mw@@._V1_SY98_CR2,0,67,98_Ridley Scott

 

quiz littéraire : la guerre dans la littérature.

Ne vous fiez pas aux apparences des quelques premières questions assez faciles pour vous mettre en chauffe. Il s’agit là d’un véritable défi que vous proposent les iPaginauteurs. Tous les quiz – lorsqu’ils sont prêts – sont mis en ligne pour le vendredi, juste avant le défi du week-end (pour en savoir plus, cliquez ici ). Ce  quiz vous est proposé par Agathe . Arriverez-vous à réaliser un sans-faute ?[/box]

Quiz littéraire : La guerre dans la littérature.

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[quote cite= »Wiktionaire » url= »http://fr.wiktionary.org/wiki/quiz#.C3.89tymologie »]Du latin quies qui serait dérivé de qui es ? (« Qui êtes vous ? »). C’était en effet la première question posée lors des examens oraux en latin. Le mot quiz apparaît, avec cette signification de « questionnaire » (un mot argot quiz existait déjà et signifiait « personne louche »), dans la langue anglaise en 1886. Le mot est ensuite passé dans la langue française.[/quote] [quote cite= »Oxford dictionaries » url= »http://oxforddictionaries.com/words/what-is-the-origin-of-the-word-quiz »]L’histoire raconte qu’au théâtre de Dublin, le  propriétaire du nom de Richard Daly fait un pari qu’il pouvait, dans les quarante-huit heures faire d’un mot absurde, le plus connu de toute la ville, et que le public lui fournirait un sens pour elle. Après une performance, un soir, il a donné ses cartes de membres du personnel avec le mot «quizz» écrit sur ​​eux, et leur dit d’écrire le mot sur ​​les murs de la ville. Le lendemain, le mot étrange était la coqueluche de la ville, et dans un court laps de temps, il a fait partie de la langue. Le récit  plus détaillé de ce supposé exploit (dans  F. T. Porter’s Gleanings and Reminiscences, 1875 ) donne la date de 1791. Le mot, cependant, était déjà en usage à cette époque, qui signifie «une étrange ou excentrique personne, et avait été utilisé dans ce sens par Fanny Burney dans son journal intime, le 24 Juin 1782.[/quote]

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La guerre ? Quelle horreur, me direz-vous…et vous aurez-raison…

Pourquoi ce quiz ? Parce que les guerres, quelles qu’elles soient,  celles de l’antiquité, celles du  monde contemporain,  ont toujours fait couler le sang d’abord, l’encre ensuite. Elles ont mis en exergue des sentiments humains, des interrogations repris par des auteurs, des dessinateurs, des conteurs, des chanteurs.

Ce soir, il s’agit de littérature,  et plus précisément de retrouver des époques, des auteurs d’ouvrages. La guerre n’est pas un jeu..et pourtant je vous propose de jouer à retrouver les bonnes réponses… Quizzeurs d’iPagination, 4-3-2-1…c’est parti !

En mode écriture : Thierry Ledru

« S’il te plait, dessine-moi un auteur : Thierry Ledru »

Affiche de Bluewritter
Affiche de Bluewritter

iPagination et iPaginablog, deux sites en connexion étroite, puisque animés par les mêmes équipes, dans un même esprit et pour une même passion de l’écriture.

Écrire … qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça fait ? Comment ça vient ? Pourquoi ? Quand ? Où ? ….

Sur iPaginablog, nous avons invité les auteurs d’iPagination à nous dévoiler un peu de leur intimité de plume.

Cette semaine c’est Thierry Ledru, l’auteur, qui est pris à partie par l’autre Thierry Ledru.

DUALITE 3 MASQUES BLANC NOIR

Toi et moi

« Bon, allez, c’est parti.

-Tu m’abandonnes encore, c’est ça ?

-Oh, écoute, tu ne vas pas recommencer à te plaindre. Tu sais bien que ça ne dure pas très longtemps.

-Mais j’ai peur que tu m’oublies, que tu ne reviennes pas, que tu sois happé par un de tes personnages. Qu’est-ce que je deviendrais ?

-Mais, non, il n’y a aucun risque. Tu sais bien que je ne suis rien sans toi.

-C’est ce que tu dis mais je ne suis pas persuadé que ça soit la vérité. Rappelle-toi quand tu as écrit « Noirceur des cimes », tu te levais la nuit parce que le personnage principal allait mourir et qu’il appelait au secours. Et tu étais épuisé par ces nuits d’écriture. Tu n’étais plus le même, tu vivais dans ta bulle. Tu m’as vraiment fait peur pendant ces neuf mois d’écriture.

-Neuf mois ?

-Oui, c’est ce que ça a duré et quand tu dis que ça n’est pas long, et bien, pour moi, ça l’est. Et pour tes proches aussi.

-Ils se sont habitués et ils savent combien l’écriture est importante pour moi.

-Est-ce que c’est vraiment toi ? Est-ce que tous ces personnages n’ont pas pris le pouvoir sur toi ? Est-ce que tu pourrais vivre sans eux ? Est-ce que tu existes réellement si tu cesses d’écrire ?

-Tu me fatigues avec tes questions.

-C’est plutôt que tu ne veux pas répondre, tu fuis la réalité. Ton écriture, c’est une fuite.

-Et allez, les jugements et les reproches. Tu ne peux pas me laisser tranquille, au moins ce soir. J’ai quelque chose d’important à écrire, je ne peux pas laisser Laure dans cette situation.

-Qu’est-ce qui lui arrive cette fois ?

-Elle s’est retrouvée prise dans un attentat. Elle en a réchappé de justesse et elle se retrouve avec la mallette.

-La mallette où sont cachés les billets ?

-Oui, c’est ça et elle ne sait pas si des tueurs l’ont suivie. Elle est terrorisée.

-Et donc, tu vas encore aller la sauver. C’est assez puéril tout de même comme fonctionnement.

-Quoi ?

-Et bien, tu inventes des situations dramatiques et puis tu arrives comme Zorro pour sauver ton héroïne. Tu ne serais pas un peu mégalomane des fois ?

-N’importe quoi, tu délires complètement là.

-Alors dis-moi clairement ce que tu cherches en écrivant !

-Je cherche la vérité.

-La vérité ? Mais sur quoi ?

-Sur moi ?

-Toi ou moi ?

-Tu délires. Tu sais très bien que toi et moi, c’est pareil.

-Je n’en suis pas si sûr. Je pense même que c’est une autre vie que tu te donnes. Et je me demande bien pourquoi. La vérité dis-tu ? Mais quelle vérité ?

-Quand j’écris, je suis un autre, c’est vrai. Je me libère de la pression de la vie quotidienne et je peux explorer ce que je porte, ce qui est enfoui, ce qui n’apparaît pas dans les rôles de mon existence. Quand j’écris, je ne suis pas identifié à mon histoire, je l’observe de plus haut et je m’en sers pour l’analyser. Mes personnages ne sont que des miroirs, des facettes que j’autopsie.

-Et donc, moi, je disparais ! Tu te débarrasses d’un fardeau, c’est ça ?

-Arrête de jouer à la victime. Si je n’avais pas écrit, je ne sais même pas si tu existerais encore.

-Ah, ben, c’est la meilleure celle-là ! Et tu peux me dire ce que je serai devenu ?

-Ce que NOUS serions devenus. Et bien, j’aurais continué à m’autodétruire, tout simplement. Je ne vais pas te rappeler notre histoire, tu la connais aussi bien que moi.

-« Les Éveillés », c’est à ce roman que tu penses ?

-Oui, celui-là et « Ataraxie », « Vertiges », « Jusqu’au bout », « À cœur ouvert », « Noirceur des cimes » et tous les tomes de « Jarwal le lutin. » Ils ont tous marqué le cheminement de ma vie. Ils ont tous été des balises, des lumières, des révélations.

-Tu n’écris pas vraiment pour les autres alors ?

-Pas au départ. Effectivement. C’est avant tout une thérapie et tu en bénéficies bien plus que ce que tu crois. C’est grâce aux livres que j’ai fini par t’aimer et par avoir un peu d’estime.

-De l’estime pour moi ou pour ton statut d’écrivain ?

-J’aimerais que tu finisses par comprendre qu’il s’agit bien de la même personne. Toi, le père, amant, instituteur, sportif, et moi l’écrivain, nous sommes une seule personne. C’est toi qui me vois comme une menace. Et tu as tort. Tu ne serais pas ce que tu es si je n’étais pas devenu ce que je suis.

-Attends, je ne comprends pas. Tu veux dire que ce que ce que je suis, c’est à toi que je le dois ?

-Nous nous devons mutuellement d’être ce que nous sommes. Sans ton histoire personnelle, je n’aurais jamais écrit. C’est toi qui m’as nourri. Mais ce que j’ai écrit t’a enrichi également puisque tu connais maintenant les raisons de ton histoire.

-Et tu penses écrire encore longtemps ?

-Tant que j’aurais quelque chose à comprendre.

-Il va falloir que je m’habitue alors. C’est un travail sans fin ce que tu prévois.

-La fin, tu la connais. Et comme il est impossible d’en deviner la date exacte, il m’est impossible de différer la tâche. »

Il rejoignit le fauteuil molletonné, s’installa devant l’ordinateur, posa les écouteurs de son casque sur ses oreilles, enclencha le lecteur de musique. Il ferma les yeux quelques secondes. Il se sentit disparaître et simultanément apparut à son esprit la course folle de Laure dans les couloirs du centre commercial. Sa peur, et le souffle de ses entrailles, les frissons devant les morts hachés par les balles, la terreur et l’incompréhension en découvrant la fortune que contenait la mallette. Elle devait prendre une décision. Elle n’avait que quelques secondes de répit.

« Bouge-toi ou tu es morte. »

flingue
« Bouge-toi ou tu es morte. »

 

Jacques A. Bertrand, un écrivain léger et féroce.

Un article proposé par MarieM, dont vous pouvez consulter la page ici

Jacques A. Bertrand, un écrivain léger et férocement humoristique.

Parce qu’à dix ans, après avoir subi une opération chirurgicale qu’il a voulu raconter sur papier, Jacques A. Bertrand s’est rendu compte qu’“il est plus intéressant et plus gratifiant de raconter la vie que de la vivre”, il a décidé de devenir écrivain.

Pour notre plus grand bonheur.

Il publie en 1983, son premier roman “Tristesse de la balance et autres signes”.

Depuis, plusieurs de ses livres ont été salués par quelques prix littéraires comme le prix de Flore pour le “Pas du loup” (1995) ou celui de 30 millions d’amis pour “Les sales bêtes” – Un régal –

Un des prix les plus emblématiques qu’il ait reçu est le Prix Georges Brassens. Ce prix a récompensé “La liberté de ton, l’impertinence, l’amour du verbe” de son livre “J’aime pas les autres” publié en 2007. Il faut y ajouter l’humour, bien entendu…

Dans ce roman, Jacques A. Bertrand cultive ce qu’il appelle “La Loi de la Légèreté Universelle”: Et c’est avec un humour féroce qu’il dénonce les maux de la société et les “Autres” qui sont des empêcheurs de tourner en rond…

«Comment je me suis fâché avec tout le monde, je ne sais plus très bien. Longtemps, j’ai cru aimer les autres. Peut-être que je croyais les aimer parce que je voulais qu’ils m’aiment. Vous voulez toujours que les autres vous aiment. Enfin, vous croyez.
C’est des gens bizarres, les autres. Vous pensez qu’ils sont comme vous. Et pas du tout. Ils sont comme les autres.
J’aime pas les autres. »

Il va continuer son exploration sarcastique et en même temps jubilatoire des « Autres » dans deux autres romans :“Les autres, c’est rien que des sales types, et “Les autres, c’est toujours rien que des sales types”. Il nous dresse des portraits bien sentis du “Touriste”, du “Parisien”, du Voisin, du Végétarien…. puis de l’ Ecrivain, du Pipole, du Candidat…

Interview de J. A.Bertrand  :

 

 

 

Et puis il y a le dernier né. “Comment j’ai mangé mon estomac” (2014)

On aborde ce roman avec une pointe d’inquiétude, le récit d’un cancer de l’estomac, quand même !

Et puis, non, au bout de quelques pages on sait qu’on peut se laisser aller, faire confiance… malgré l’horreur évoquée, on va passer un beau moment.

Imaginiez-vous pouvoir lire le récit d’une lutte contre cette maladie, la chimiothérapie, le séjour à l’hôpital, l’opération avec des éclats de rire ? Eh bien Jacques A. Bertrand rend cela possible.

« L’intérêt de la fiction, c’est de parler de la réalité (…) et de la transformer, de la rendre plus légère qu’elle ne l’est en réalité »

A la question qu’on lui pose : « Vous êtes vous demandé ce que vous n’avez pas réussi à avaler dans la vie ? »

Il répond : “La Bêtise, sans doute , sur quoi Renan se penchait pour avoir une idée de l’infini… »

Extrait :

« Certainement, je n’ai pas assez vomi. J’ai insuffisamment protesté. J’ai gardé trop de choses sur l’estomac. Par naïveté, j’ai trop longtemps cru sur parole les histoires qu’on me servait. On me certifiait que j’étais tenu de tendre à la sainteté. Je n’ai rien contre les saints. Il y en eut de très bien, des pittoresques aussi, des amusants parfois. Des bornés, également. Des allumeurs de bûchers. Mais je n’ai rien contre la sainteté. Seulement les doctrines et les dogmes par lesquels on voulait m’y conduire – définis des siècles ou des millénaires après d’hypothétiques événements censés les avoir inspirés – ont fini par m’apparaître peu fondés, ou tout simplement ineptes. De plus, leurs thuriféraires semblaient incapables de rester fidèles à leurs propres préceptes. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Et cetera.

Il souligne là, avec cet humour qui le caractérise le fameux « fais comme j’te dis, fais pas c’que j’fais, dont nous avons tous vérifié les vertus pédagogiques à nos cœurs défendants ! Comment ne pas en prendre de la graine ?

Naturellement, il m’arrive d’être de mauvaise foi. C’est un exercice intéressant. Voire – si on le pratique avec un minimum de légèreté – un procédé humoristique efficient. Il en est de même de la mauvaise humeur. D’excellents comédiens, écrivains, politiciens ont fondé de belles carrières sur la mauvaise humeur.

J’ai souvent ruminé, certains petits matins venimeux, après avoir feuilleté les journaux, de me mettre à écrire « Le livre de la haine ». Il faut croire que je ne suis pas assez méchant. Plus ruminant qu’enragé

Combien est-ce savoureux de lire, sous la plume de cet homme intelligent et pudique, qu’il peut être parfois de mauvaise foi, voire ressentir de la haine… Car, bien sûr, tout un chacun ressent cela, également… C’est comme si alors, il nous en donnait l’autorisation… du coup on se sent plus légers, moins seuls en tout cas..

Avec ça d’une politesse exquise, d’une courtoisie sans faille.

J’ai avalé pendant des années des tartes aux salsifis. Pourquoi aurais-je embarrassé cette charmante hôtesse en lui avouant que je détestais les salsifis ? Ceux qui adorent les salsifis peuvent-ils vraiment comprendre que d’autres ne les aiment pas ?

J’ai toujours eu horreur des salsifis.

……

Les couleuvres, j’ai accepté avec complaisance d’en avaler quelques-unes. Il faut dire qu’elles étaient magnifiques. Noir, or, argent. Élégantes en diable. Avec cette façon de se mouvoir d’un point à un autre en ignorant superbement la ligne droite de la géométrie euclidienne.

Les ai-je vraiment digérées ?

Probablement pas, mais j’ai eu tellement de plaisir à les avaler. Je ne voudrais pas que l’on croie que je me cherche des excuses. Et je ne voudrais contrarier la digestion de personne. Je ne fais que me soulager d’un peu de mauvaise bile. Façon de thérapie. Mais je crois au libre arbitre.

C’est bien moi qui ai dévoré mon estomac. Dans toute vie, il y a toujours un moment où l’on peut choisir.

Ouvrez des écoles, vous pourrez fermer les prisons, conseillait le bon Victor Hugo. Aujourd’hui, il semblerait que pas mal de jeunes gens à qui les écoles sont ouvertes leur préfèrent la prison.

Et, notez encore, ce n’est pas que je sois un inconditionnel de l’école.

Qui a dit que la culture consiste à désapprendre ce qu’on nous a appris ? J’excelle dans cet exercice postscolaire. Déjà, je ne sais presque plus rien.

Mais je demeure résolument optimiste, n’en doutez pas. »

Voilà ce qui caractérise peut-être le mieux cet auteur: l’Optimisme et il en distille tout au long de ses pages… L’on en ressort tout ragaillardi.

 

Tous les livres de Jacques A. Bertrand sont de ceux qu’on ne peut pas lâcher, qui vous emportent au bout de la nuit…

ça se lit comme on déguste un carré de chocolat avec un petit café… Un mélange de gourmandise, de douceur et d’une pointe d’amertume…

 

On voudrait en tout cas qu’ils durent pour ne pas quitter trop vite cet auteur, son humour, sa sensibilité et sa grande tendresse pour les autres…

 

Liens

Article paru dans le nouvel observateur :

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20140107.OBS1633/jacques-a-bertrand-la-litterature-a-l-estomac.html

Interview au sujet de son livre : Comment j’ai mangé mon estomac