Archives par mot-clé : Poésie

Le pérégrin de Brabanterre, de Patrick van Wessem

Le pérégrin de Brabanterre, de Patrick van Wessem

Résumé :

Être là. Tel un enfant devant le maigre don qui s’y disposerait après un long temps d’accordage en tendant les mains vers sa mère avant que de pouvoir d’elle l’accepter puis seulement le recueillir dans ses paumes et dans son chant. Être là. Devant cela qui tarde à venir dans nos errances inquiètes, dans cet amas de sombre que nous traînons derrière nous, cheveux peignés au vent dans des sens trop indémêlables. Être là. Tel un enfant exténué ou las qui négligerait ses histoires anciennes qui usent et qui fatiguent. Être là. Tel un enfant qui ne chercherait aucun sens aux couleurs de son chant. Car tout chant vit de l’enfance et des saisons et des musiques qui, à elles seules, font sens, ici et maintenant. Et raison d’être, dans l’indivis et pour finir dans la seule permanence d’aimer. 

Livre papier disponible en cliquant ici !
Livre numérique disponible en cliquant ici !

A propos de l’auteur :

Patrick van WESSEM, né en 1949, a grandi dans un domaine de rêve qui l’a vu naître, certes, mais qui ne lui avait été que prêté. Son père en était alors le régisseur. Flanqué de cinq sœurs et de cinq frères – toujours treize à table – l’auteur ne s’est jamais éloigné des superstitions, des questions, des énigmes et des mystères de l’enfance. Aujourd’hui, toujours attentif à ses étonnements premiers, il nous en parle dans ce récit qui emprunte à la poésie, mais qui est rédigé cependant comme un chant, en prose rythmée, belle, ample et mélodieuse. 

Extrait du recueil : 

L’auteur a choisi délibérément d’utiliser l’orthographe rectifiée de 1991 tout au long du manuscrit. C’est ainsi que certains accents par exemple disparaissent.

***** 

Celle qui se souciait trop, à ton goût, 

de multiplier chez vous les présences, 

celle qui rêvait que l’on mansarde, un jour pas trop lointain, 

les greniers du domaine, sans oublier les granges vides, 

que l’on y fasse dormir, entre les chiens-assis, dessous les combles, 

tous les enfants des colonies, 

non des comptoirs, non des empires, 

celle qui osait espérer qu’un jour un Roi 

ordonne d’installer des lits supplémentaires 

dans les couloirs du château du domaine, 

pour qu’on y loge enfin 

tous les enfants des domaines autochtones 

qui n’ont pas d’autre toit que les nuages gris, 

ou seulement ceux des propriétés avoisinantes, 

qui n’ont pas de château… 

Celle-là donc, elle s’était levée tôt, ce jour-là. 

La tasse de café sur la table était déjà tout attiédie 

quand ses enfants minimes, avec, depuis la veille, 

toute l’aube déjà au fond des yeux, 

s’apprêtaient à partir, 

bien avant que le coq d’une ferme voisine ne chante le début du jour. 

Quelques chevreuils, la veille, avaient été entraperçus par quelques éclaireurs en herbe, 

dans le fond du verger caché des hautes tiges. 

On se lèverait tôt, avaient décidé les enfants 

et l’on suivrait des chevreuils, 

les traces des sabots dans la neige… Dans la neige ! 

On ne trainerait pas, craignant la bourrasque annoncée pour le début du jour 

et craignant que quelqu’un puisse aussi les déloger, 

un braconnier, un maraudeur, un dénicheur toujours possible. 

Dans la descente, on glisserait sans mot – c’était bien convenu – 

musique au cœur, en luge courte ou en traineau plus long, 

plus confortable, mais plus pesant et plus bruyant, 

moins maniable dans les courbes, donc plus risqué. 

On glisserait alors calmement cadré dans tout le paysage, 

pour les mieux voir. 

— Pour l’aube chuchotée, disait la mère, 

n’occultez ni portes ni fenêtres. 

Laissez ouvert le réduit à chaussures. 

Laissez, laissez le vent souffler jusques au seuil du corridor de la maison. 

Et qu’importe si, devant tant d’impatience, 

les petits chaussent les grosses pointures, 

puisqu’ils sont déjà, tous, dans l’urgence de l’aube, 

ses tout premiers convives. 

Elle disait, la mère, aux ainés qui, pour la circonstance, 

s’étaient vu saboter leur escapade blanche, 

elle disait aux ainés sans chaussures, 

les mains portées aux hanches, 

tête penchée et de fatigue, un peu déclinée vers le sol, 

elle disait… 

— Laissons-les, nos petits. Laissez-les faire, 

laissez-les seuls, entre eux, pour la surprise. 

Laissez-les seuls dans leur plus bel étonnement, 

dans leur plus soudaine surprise ! 

Et d’ajouter, pensive… 

— Les voilà qui s’en vont, éblouis tout autant qu’affamés de manne blanche, 

assoiffés de lumière, 

tisser leurs mots laiteux sur leur plain champ de laine, 

tout au bout de la nuit. 

Oui, les voilà partis chanter déjà tout l’or de l’aube 

comme vous, vous allez 

chaque matin au lait, en chantant, 

chaque matin au pain, en dansant. 

Et d’ajouter encore 

dans un songe éveillé… 

— Aux petits, laissez murir en eux ce qui très tôt promet. 

Que la belle saison s’installe dans leur cœur. 

Laissez fleurir en eux cela qui se répète avec espoir 

et recommence. 

Puis elle ne parlait plus. 

Et peut-être qu’elle espérait avoir de ses ainés, 

dans l’amas de ses lessives du jour à venir, un peu d’aide. 

Elle savait bien qu’elle devrait encore leur répéter 

d’assurer par ailleurs ce qui doit être fait 

des routines ordinaires 

et chacun pour la part qui lui revient 

sans tenter de se prévaloir de passe-droit particulier. 

Elle aurait à prêcher encore… Elle le savait. 

À redire à chacun sa besogne, sa part 

des choses gaies et sa part des choses fastidieuses 

à remplir pour le bien de chacun et de tous, 

pour la pérennité de la maison et pour la renommée de la famille. 

Ce n’est pas très sorcier à comprendre, 

disait-elle souvent à qui voulait l’entendre. 

Peut-être qu’elle pensait, sans s’en plaindre, 

combien le jour est sourd et lent 

quand les ainés comprennent si peu 

et sont si réticents, là où elle se voit résoudre à dire et redire 

cela qu’ils veulent si peu entendre, 

dans la courbure de l’aurore. Peut-être. 

Dans la cuisine, 

devant la table où quelques bols trainaient encore, 

elle ne disait plus grand-chose. 

C’est sûr, ce qu’elle avait à dire, elle l’avait dit et répété ! 

— Pour nos petits, insista-t-elle, 

laissez faire ce qui se fait et se défait, 

à la cadence et dans l’harmonie de chacun. 

Dans son songe, elle pensait aux plus jeunes 

éloignés dans la neige et nus dans l’aube. 

Elle savait mieux que quiconque et plus que de raison 

que la mémoire de la lumière est la lumière de la mémoire 

et qu’il faut abandonner aux petits 

cette première joie de l’aube entrevue, 

comme un doux souvenir, pour plus tard. 

* 

Elle avait cru longtemps 

qu’il lui fallait allonger le temps de tes culottes courtes 

pour prolonger le temps de ton enfance, 

te protéger du monde des grands. 

Et toi qui avais si soif de croitre rapidement ! 

Elle craignait seulement les enfances inachevées, 

les enfances écourtées ou celles qui s’éloignent à jamais, 

trop tôt, on ne sait trop vers où, ni comment, ni pourquoi, 

dans l’effusion des jours, 

vers des saules sans épaules, qui sait, 

lorsque tes chiens négociaient çà et là un gros os à ronger, 

un seul, devant la maison forestière, 

là où des petits-gris marchandaient encore. 

 

Elle cultivait ses assignations. 

Elle en avait toujours douze à la « onzaine », 

ne se lassait jamais de rabâcher aux grands, 

ses prescriptions, son « ménagier », ses dix commandements. 

Pas besoin de tablette, 

elle l’avait bien en tête, son petit catéchisme. 

Un. Chaque jour, ce qui doit être fait tu feras. 

Deux. Les voies les plus sures toujours emprunteras. 

Trois. Aux chemins non balisés toujours renonceras. 

Quatre. Au chant des oiseaux de l’aube te guideras. 

Cinq. Aux amis confirmés seulement te fieras. 

Six. Odeur des plombs, feux et cris des chasseurs sans clémence t’interdiras. 

Sept. Tendre parole à quelque maraudeur ou dénicheur te défendras. 

Huit. Aux larmes des vieux loups jamais n’acquiesceras. 

Neuf. Sabotage de la neige, ou salage s’il échoit, pour retrouver chemin dessous tes pas, toujours tu attendras. 

Dix. Si vos chiens vous sont restés fidèles après les traques, le ciel toujours tu béniras. 

Et la mère d’ajouter dans tous ses rabâchages, sans pouvoir trop s’en empêcher… 

Onze. Les perdreaux fous de l’année jamais de front ne fixeras, car jamais rien tu n’y pourras. 

Douze. Légumage et fruitage toujours respecteras et bénédicité avant chaque repas toujours en cœur réciteras. 

 

Te verrais-je sourire ? Tu dois comprendre. 

Toutes ces règles sont commandements 

qu’il incombe à chacun de suivre follement ! 

Imagine un instant une tribu n’honorant ni l’obéissance 

ni les autres vertus, naturelles et infuses, et les vertus morales ! 

Y as-tu seulement pensé ? 

* 

Reprenons notre route. Ne contournons pas le château. 

Ne prenons pas le chemin le plus court. 

Prenons le temps. Parler te fait du bien. 

Passons sans hâte la petite serre, à main droite, 

aux vitres cassées, 

qui n’offre plus aucune graine et ne permet aucun semis. 

Rejoignons, plus au sud, la ferme. 

Évitons le porche et tous ses courants d’air. 

Passons les quelques escaliers de pierres grises 

que nous emprunterons à l’aise. 

Vois dessous la corne du toit ! Le vent souffle à nouveau 

dans le porche, ses tas de neige 

jusqu’à cela qui n’est plus que remise à chaussures, 

à côté de la buanderie, sur le seuil de la maison du père 

où règne le silence avant tous les encombrements futurs, 

les carnages et la débâcle des lessives du jour. 

Derrière la maison, le vent s’énerve et pousse sa poudre blanche dans la volière 

enveloppée de brume. 

Les perruches y dorment d’un œil. 

On y a cru, au ciel, un moment ! 

Mais le ciel est trop gris. Et de là-haut, 

on ne voit jamais rien venir. 

Et rien ne transparait vraiment de l’aube. 

Allons-nous attendre longtemps ? 

 

Et toi tu trembles déjà de perdre ton temps, 

craignant que le jour entier soit maussade ! 

Tu ne sais toujours pas ? 

Tu ne sais pas ! Tu n’as rien remarqué, ce matin, en chemin ! 

La route est blanche sous tes pieds et la neige, non encore sabotée, 

porte l’empreinte de tes pas. 

En usant tes chaussures sur les pierriers, tu écris. 

Dans la respiration du vent, tu écris. 

Tu écris sur tes routes diurnes. 

Dans la poudre du vent, tu écris. 

Tu fais tes gammes en marchant et en songeant. 

Sous l’écorce de tes nuits, tu écris. 

Sur cette peau blême voilée de neige, tu écris. 

Et jusqu’au dernier blanc de l’hiver, tu écris. 

Avant que de te reposer sur la plaine cinglée de froid, 

oui, tu écris. Tu écris ton livre de vie sans le savoir, 

jusque sur ton linceul qui cèlera l’ombre même de ton corps. 

***** 

 Commander le livre :

Livre papier disponible en cliquant ici !
Livre numérique disponible en cliquant ici !

Voyage dans les mémoires d’un fou, de Lionel Cecilio

Voyage dans les mémoires d’un fou, de Lionel Cecilio

Saisir la vie ou attendre la mort ? Que faire en découvrant que sa dernière heure est venue ? Alors qu’il vient d’apprendre qu’il est atteint d’une maladie incurable et mortelle, un jeune homme décide d’écrire à un lecteur imaginaire pour le faire dépositaire de ses mémoires. Sa plume s’emballe et l’entraîne dans un tourbillon étourdissant où poésie, rires et larmes s’entremêlent !

Mais a-t-il seulement vécu ?

Pour acheter le livre papier, cliquez ici ou rendez-vous dans votre librairie.

Pour acheter le livre au format numérique, cliquez ici.

Et si vous voulez aller voir la pièce, cliquez-ici.

En savoir plus sur Lionel Cecilio

Crédit : Bruno Perroud

Lionel Cecilio est acteur, auteur et metteur en scène.

Il reçoit une formation de comédien à l’école d’art dramatique des Enfants Terribles à Paris. Curieux et insatiable, il se perfectionne tous azimuts, s’offrant ainsi une solide base artistique pluridisciplinaire allant de l’improvisation au clown en passant par le travail à la caméra, et même le Katakali, une sorte de théâtre dansé indien.

S’il s’est illustré et fait connaître avant tout comme comédien, il n’a pour autant jamais abandonné une plume avec laquelle il a commencé à écrire très tôt ses premiers spectacles.

Lionel Cecilio est un artisan de l’art, déjà reconnu par ses pairs dans toutes les disciplines qu’il pratique. Au cinéma, il obtient la distinction de Jeune Talent Cannes Adami au Festival de Cannes en 2011. En 2012, il tient le rôle principal de Nouvelle Cuisine, un film qui reçoit la Mention spéciale du jury au Festival d’Aubagne. En 2014, le film Les Héritiers, dans lequel il incarne Joe, est récompensé par plusieurs nominations aux Césars. Au théâtre, il tient le rôle titre du spectacle Aladin, nommé aux Molières en 2016.

À tout juste 30 ans, cet artiste engagé, concerné par le monde qui l’entoure, la condition des hommes et une idée quasi romantique du vivre ensemble, a déjà sa signature d’auteur. Un style poétique et drôle, léché et soigné. Un univers absurde et doux où se mêlent avec fougue et passion l’amour, l’espoir, la tristesse, le rire, la folie et la nostalgie.

Court extrait de Voyage dans les mémoires d’un fou :

 

« L’Enfant

Papa, pourquoi je suis petit ?

Le Père

Mais t’es pas petit mon bonhomme, pourquoi tu dis ça ?

L’Enfant

À l’école, tout le monde me dit que je suis petit…

Le Père

Ne les écoute pas, ils disent ça pour t’embêter.

L’Enfant

Mais papa, je le vois bien que je suis plus petit qu’eux…

Le Père

T’es pas petit, tu prends juste un peu plus ton temps que les autres. Tu vois la lune, là.

(Il fait mine de la prendre entre deux doigts.)

On peut la prendre entre nos doigts, et pourtant elle est immense. C’est un effet d’optique. En fait elle paraît petite parce qu’elle est très loin de nous, loin de tout ça. Et toi… tu es loin aussi.

L’Enfant

Moi aussi, je suis un effet caustique ?

 

Le Père

Quand les enfants naissent, ils sont tous sur la lune. Et puis, au fur et à mesure qu’ils vieillissent, ils paraissent plus grands, parce qu’ils sont de plus en plus proches. Et seulement une fois adultes, ils ont les pieds sur terre. Tu comprends ? Et bien toi… tu n’es pas petit… tu es loin. Tu prends ton temps. T’es encore loin, et tu as bien raison.

L’Enfant

Mais papa, si on est vieux sans être grand, on est fou.

Le Père

Non, on est libre. Mais dans le monde des adultes, les gens libres font peur, alors on dit qu’ils sont fous… Mais c’est ce monde qui l’est.

L’Enfant

Mais papa, si je reste toujours loin, il y a plein de trucs dans le monde des grands que je pourrai jamais avoir.

Le Père

Dans le monde des grands, ici, sur terre, il y a les mensonges, les taxes, le travail, les accidents, les maladies, les guerres, la prison, le racisme, l’exclusion, la bêtise, les attentats, le terrorisme, la mort…

(Au fur et à mesure de l’énumération il recule dans un mouvement un peu dansé en lâchant la main de son père dont on comprend qu’il reste à l’avant-scène tandis que lui, l’enfant, finit en fond de scène.)

(Fond de scène – D’abord tendant la main, puis baissant le bras comme pour montrer qu’il assume d’être là-bas et que c’est désormais son choix.)

L’Enfant

Je suis pas petit, je suis loin.

(Noir.) »

 

Le feu d’Orphée, de Patryck Froissart – Recueil de poésie

Le feu d’Orphée, de Patryck Froissart- Recueil de poésie

Le feu d'Orphée de Patryck FroissartPrésentation : 

De publication en publication, Patryck Froissart saute allègrement du roman à la nouvelle, de la prose à la poésie, du conte fantastique au récit réaliste.

Dans« Le feu d’Orphée », notre auteur alterne et file en un même ouvrage, sur un thème unique et obsédant, des textes de forme poétique, des récits d’apparence prosaïque, des contes du genre fantastique constituant autant d’épisodes successifs du combat surnaturel que mène le personnage contre le dieu solaire qui lui ravit régulièrement la femme idole.

A chacun des enlèvements, des fugues et des disparitions de son icone, le héros de cette quête sans fin se lance à sa recherche dans les contrées les plus éparses, réelles ou imaginaires, mêlant rêve et vécu, délires et souvenirs, traversant les siècles, réincarnant l’idéale en une succession de personnages féminins, recréant leur idylle, toujours éphémère, dans les mythes les plus exotiques et dans les cultures les plus diverses.

Le voyage hallucinant d’un personnage que dynamisent, paradoxalement, le rapt et l’intermittence de l’aimée…

Pour commander le livre papier, cliquez ici.

A noter que le livre est également disponible auprès de votre libraire.

Pour commander le livre numérique, cliquez-ici.

L’auteur :

Patryck F

Membre de la Société des Gens de Lettres

Lauréat du prix « Elan » du meilleur poète au service de la paix juste après un certain Léopold Sedar Senghor.

Patryck Froissart est originaire du Borinage. Il a enseigné dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur de l’Education Nationale puis proviseur, et de diriger divers établissements à La Réunion et à Maurice. Retraité de l’Education Nationale, il continue à servir la francophonie à Maurice.

Avec « Les bienheureux »  (iPagination Éditions), Patryck Froissart a été finaliste du livre numérique  de l’année 2013 dans la catégorie littérature.

Extrait de l’oeuvre proposée :

Il fut en un illustre temps en un lieu scintillant ce palais merveilleux, dit Ksar al Bahr, car ouvert sur la mer, qui n’avait son pareil du levant au couchant et dont les coupoles dorées abritèrent le berceau fait de jade et d’ivoire et serti des plus précieuses pierreries d’une princesse orientale que je baptisai Dame de Royauté.

Intelligente et belle, très tôt instruite en politique et maîtrisant la science, elle fut élevée par le calife, son père, grand imam, émir des croyants, et par sa mère aimée, jarya du sérail, chrétienne byzantine, dans l’esprit mal prisé de la juste tolérance et dans l’art mal aimé de la clémence mesurée.

Premier de ses admirateurs, le calife habitua ses vizirs et ses courtisans à la voir assister aux majlis quotidiens pour être consultée sur l’ordonnance des affaires.

Nul donc ne s’étonna qu’elle occupât le siège auguste et paternel quand il vint à l’émir la lubie de conduire une armée du croissant sus à des croisés du levant. Hélas dans le hammam de la ville voisine au soir du second jour de marche militaire, un pernicieux poison perdit le souverain.

Ayant réuni le majlis la princesse ordonna que son tout jeune frère fût aussitôt vêtu de la darra’a royale et, coiffé d’un turban tout paré de joyaux, juché sur l’alezan, le sabre au flanc, la lance en main, signalé par le parasol califal, promené par la ville en avant du cortège célébrant la bière de son père.

Intronisé dans un traumatisant éclat, l’infant terrorisé vite tyrannisa.

J’étais l’éminence au divan et le valet au lit de cette haute Dame. L’esprit jaloux et vacillant du nouveau calife en conçut forte haine et crucial besoin de me supprimer. Je sus déjouer ses ruses et deviner ses sbires. Il en fut insomniaque.

Par une lune pleine il advint que gémit plus que d’accoutumée le sloughi favori qui veillait sur le seuil de nos appartements. Furieux, sorti de lui, projetant grossièrement d’horribles imprécations sur les marbres des corridors, avant la rose aurore il fit égorger le fidèle et, pour que l’acte lâche eût le sceau légitime, dicta sur-le-tapis le décret ordonnant qu’on tuât tous les chiens connus du sultanat.

Obsédé par la foi, hérétique, que la princesse avait des litanies d’amants qu’elle rejoignait clandestine après la chute du jour, il fit illuminer toutes les rues toute la nuit et posta ses espions à toutes les croisées. Les marchands de tissus, les bijoutiers, les boutiquiers, les tenanciers de tous commerces furent tenus de fermer leurs étals du matin jusqu’au soir et de les ouvrir grands et bien éclairés dès l’appel du maghreb. Il parcourut les voies, noctambule, en grande pompe et, par obséquieux mimétisme, au bout de peu de temps, les ruelles animées resplendirent de faste et de plaisirs nocturnes. Puis d’un coup le potentat déambula dans un costume de fellah, hirsute et fatigué, sillonnant solitaire une ville festive et s’enquérant fiévreux auprès de ses veilleurs des escapades hallucinées de sa sœur dépravée : mais dans cet âge-là, elle n’avait que moi. Il tenta de forcer son alcôve. Elle le fit chasser. Alors, par un dépit douteux, refoulant de nébuleux désirs, il persécuta, méthodique et sanguinaire, toutes les femmes du royaume.

Contrefaisant Néron, il brûla sa capitale. Ensuite il disparut.

Ma noble maîtresse, régente occulte, régna. Nous nous débarrassâmes de ses opposants…

(La fille du calife)

Pour vous procurer le livre :

Pour commander le livre papier, cliquez ici.

A noter que le livre est également disponible auprès de votre libraire.

Pour commander le livre numérique, cliquez-ici.

Griffures de printemps, de Khadija El Bourkadi

griffures de printemps

Griffures de printemps, de Khadija El Bourkadi

Parce que le mouvement est inédit, le poète, témoin des soulèvements qui ont secoué le monde arabe, ne peut y rester indifférent. Ce recueil, composé entre 2011 et 2015, n’en est pas un simple constat, une peinture figée, mais livre un ressenti : l’évènement interpelle l’auteure. L’écriture est assumée.

Les quatre parties de l’ouvrage se présentent comme une succession de tableaux vivants, mais aussi d’arrêts sur l’image. De l’euphorie du changement, impulsé par l’élan vers la liberté des peuples déchaînés, l’auteur vire vers le désenchantement, la colère. Une perception des dérives de l’évènement qui prend vite une portée générale pour se révolter contre les malheurs et dénoncer les horreurs sous toutes leurs formes : la guerre, l’intégrisme religieux, les répressions violentes, la destruction du patrimoine mondial, les ingérences étrangères. Une note d’espoir vient clore ce recueil.

Commander le livre papier en cliquant ici !

Commander le livre numérique, en cliquant ici !

Extrait :

Sous un ciel lancinant comme les airs amers

Des espoirs avortés, ô le mortel supplice,

Je bois l’illusion, cru d’une cicatrice,

Griffure d’un printemps bourgeonnant à l’envers.

Je vois demain pleurer le jasmin défleuri

Par des vents opposés venus d’autres rivages,

Les éclats chatoyants d’évanescents mirages

S’effacer sur les ergs d’un présent dépéri.

Il flotte autour de moi d’aigres relents de peur.

Les flots de l’inconnu, frangés d’incertitude,

Déversent des embruns, mouillés de solitude,

Dans les cœurs embrumés par le songe qui meurt.

Les rêves confisqués gisent disséminés

Aux pieds des assaillants insouciants des râles

De l’aube déchirée aux sifflements des balles,

Faucheuses d’insoumis, disparus calcinés.

Je vois la liberté flagellée à l’envi,

Les médias partisans mater les consciences.

Que reste-t-il des vœux, des pressantes urgences,

Rien qu’un écœurement, de longs soupirs suivi.

(Je vois demain pleurer)

Pour lire le recueil de poésie en intégralité :

Commander le livre papier en cliquant ici !

Commander le livre numérique, en cliquant ici !

 

« Grimper jusqu’à la rime » de Sébastien Mercier

 

Grimper jusqu'à la rime Ce recueil est une parure composée de bijoux ciselés avec art et finesse… autant de clefs d’accès vers un monde de volupté, de pure sensualité, d’une délicatesse infinie.

Au cœur de cet univers chaque mot devient un délicieux et grisant frisson.

Porté par une structure classique parfaite, un univers de jeunesse et de fraîcheur au parfum d’infini.

Disponible au format papier en cliquant ici !

Google+