Archives de catégorie : La littérature dans tous ses états

Découvrez tous nos articles culturels, en lien avec la littérature ainsi que d’autres arts.

Les manuscrits de Madame Bovary !

Logo madame Bovary sur le web

Nous sommes très heureux de vous faire peut-être découvrir un site époustouflant et l’occasion pour nous de saluer ce formidable travail entrepris par la Bibliothèque municipale de Rouen en partenariat avec le Centre Flaubert (le professeur Yvan Leclerc, Danielle Girard, Nitiwadee Srihong) mais aussi avec le concours du laboratoire LITIS (ex-PSI, les professeurs Thierry Paquet et Laurent Heutte, Stéphane Nicolas) à qui nous tirons notre coup de chapeau.

Si la nièce de Gustave Flaubert effectuait le don de l’intégralité des brouillons et manuscrits de Madame Bovary à la ville de Rouen en 1914, des passionnés allaient faire le don de soi pour permettre au grand public d’accéder à tous le processus d’écriture d’un auteur de talent qui allait offrir au patrimoine littéraire français, l’une de ses plus belle pièce.

Avant de vous convaincre d’aller y faire un tour, c’est une très belle occasion pour iPagination de mettre en lumière auprès de ses jeunes auteurs toute la part de travail mais aussi du temps qui est nécessaire avant d’atteindre les sommets de l’écriture…

Brouillon Flaubert Madame Bovary

Ce projet méticuleux est constitué d’une base de connaissance considérable (près de 15 000 fichiers composent cette édition), cherchant à la fois à restituer à l’écran un peu de l’émotion de cette « mécanique compliquée » qu’est l’écriture de Flaubert, et à constituer pour les chercheurs et les spécialistes de cette œuvre un instrument de travail unique, favorisant les études à partir des manuscrits de Gustave Flaubert.

 Capture Bovary Transcription

« Les sources de la genèse d’une œuvre

« Quand mon roman sera fini, dans un an, je t’apporterai mon ms. [manuscrit] complet, par curiosité. Tu verras par quelle mécanique compliquée j’arrive à faire une phrase. »
Lettre de Gustave Flaubert à Louise Colet (15 avril 1852).
La Bibliothèque municipale de Rouen conserve tous les scénarios, brouillons et manuscrits de Madame Bovary de Gustave Flaubert : la presque totalité des folios noircis par l’auteur entre le mois de septembre 1851 et le mois de mars 1857.

Ce fonds des manuscrits de Madame Bovary est un des plus prestigieux volets des collections patrimoniales de cette Bibliothèque. De nombreux chercheurs français et étrangers, mais également des étudiants ou un public de curieux et passionnés de l’œuvre de Flaubert expriment régulièrement le souhait de pouvoir consulter les manuscrits de ce roman, uniques témoins de l’interminable travail rédactionnel précédant l’état final, inséparable du style de « l’homme-plume ».

Peu d’écrivains ont laissé un tel volume d’archives, traduisant ce travail obsessionnel de l’écriture : cette recherche fiévreuse et obstinée de « l’idéal de la prose » se lit dans les innombrables additions dans les marges et les interlignes, les ratures et les reprises multiples, dessinant folio après folio cette phrase concise et économe sans cesse soumise à l’épreuve de la diction, le « gueuloir », véritable test de résistance de son style… »

Le site propose également un classement génétique et sa représentation dans l’ édition proposée :

Le dossier de genèse de Madame Bovary compte plus de 2 000 grands feuillets écrits recto et verso, soit environ 4 500 folios portant les traces des différentes phases d’une rédaction qui a duré près de cinq ans. Ce long travail, Flaubert l’a effectué partie par partie, chapitre par chapitre, mouvement par mouvement, en suivant assez scrupuleusement l’ordre d’un « scénario » initial.

Nous ne vous retenons pas plus longtemps, courrez voir et lire « Les manuscrits de Madame Bovary » l’Edition intégrale sur le web en cliquant ici !

La vie nocturne des livres

Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qui pouvait bien se passer dans une librairie une fois la nuit tombée et les ouvrages livrés à eux-mêmes ?

C’est ce que nous propose une vidéo réalisée à la librairie Type à Toronto, sise au 883, rue Queen Ouest Toronto, Ontario, qui montre exactement ce que tous les bibliophiles ont secrètement souhaité voir exister.

Book Tim Burton

Plus de 4 000 000 de visionnages sur Youtube concernant un clip d’ 1mn50 sur une librairie, ça interpelle nécessairement. Et cette audience surprenante est à mettre au crédit de Sean Ohlenkamp son réalisateur, mais pas que. Comptez avec ce premier talent, quelque 28 volontaires, ainsi que l’apport de Grayson Matthews qui signe une musique envoûtante.

« The Joy of Books » est une brillante vidéo, empreinte de magie, réalisée grâce à une habile animation en stop-motion. Un travail énorme confie le réalisateur : « Très long et fatigant. Nous avons dû attendre que Type ferme à 18 heures, et dès que les portes étaient verrouillées, nous sommes allés travailler au « démantèlement » de leur librairie. Nous avons travaillé toute la nuit jusqu’à ce qu’elle rouvre à 10 heures le lendemain. Nous avons fait cela durant quatre nuits. » Un travail qui s’apprécie à sa juste valeur :

Dans un de nos précédents articles « Librairies : donner vie aux couvertures de livres », nous signalions de nouveaux élans créatifs de la part de certaines librairies indépendantes américaines afin de résister à la vague du numérique, s’appuyant sur de nombreux lecteurs engagés. Et Sean Ohlenkamp est de ceux-là : « Même si j’aime lire des livres sur mon iPad, j’apprécie toujours la sensation tactile de la lecture d’un vrai livre, l’odeur du papier, qu’il soit frais ou sente la poussière, pareil à certains livres anciens.»
Un militantisme communicatif qui a séduit le Collège Mohawk [à Hamilton, en Ontario] sollicité par le réalisateur qui témoigne de l’engouement suscité: « J’ai eu une réponse étonnante, 12 étudiants désireux d’aider, et puis aussi quelques-uns de mes collègues de Lowe Roche qui ont également aidé. Un projet totalement bénévole, les gens n’étaient pas payés.»

Si vous aviez-déjà vu « The Joys of book », que vous connaissiez l’acte militant de Sean Ohlenkamp, ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que cette vidéo a une grande sœur de ce même réalisateur, qu’il avait réalisé avec sa femme avec leur propre bibliothèque. Pour la découvrir, cliquez ici ! Le point de départ sans aucun doute de ce qui deviendrait avec de la maturité  » The Joys of book ».

Sachez aussi qu’à la base le projet était initialement prévu d’être réalisé dans une bibliothèque. Que dire d’autre pour contenter votre curiosité ? Ah oui, sachez que tous les livres que vous avez aperçus dans le clip peuvent être acheté au type books. Que le mouvement circulaire très accentué que vous avez pu voir sur les étagères durant le visionnage de la vidéo, imite en fait les fans qui font « The Wave » (l’équivalent de notre ola) dans un stade de baseball. Et qu’enfin, Sean Ohlenkamp ambitionne de s’attaquer à la Bibliothèque du Congrès (pour de rire… enfin, allez savoir)…

Le destin incroyable d’écrivains célèbres

 

Depuis plusieurs décennies – voir des siècles – la formation académique est trop souvent la seule reconnaissance possible ou valable à la réussite sociale. Aller à l’école, rencontrer toutes ses obligations de formation est un impératif établit depuis les temps anciens, sans, apparemment, être trop sujet à controverse.

Cependant, il y a des exemples notables qui créent des espoirs, rien ne serai donc perdu en écriture pour ceux qui à un moment donné, se sont éloigné des apprentissages.

Ainsi présenter à celles et ceux qui en doutent,  10 grands écrivains qui, en dépit de ne pas suivre la voie tracée par les conventions  ont finalement marqué  la littérature de leur empreinte. Les probabilités de percer de nos jours, sont tout autant minces, mais la difficulté n’est-elle pas un stimulant ? Voici donc 10 exemples qui ont déjoué tous les pronostics.

Charles Dickens

Bien que, dans ses premières années Dickens bénéficiait d’une éducation privilégiée, les dettes de son père saisit, ont mis grandement à mal le devenir de l’écrivain, alors qu’il avait 12 ans. Par la suite, il a travaillé dans un entrepôt de cirage et teintures. Et même alors retournés à l’école, quand son père a été libéré de prison, cette expérience et ne le quitta jamais et l’inspirèrent même pour « David Copperfield ».

Jack Kerouac

Kerouac, le chouchou de la Beat Generation, était destiné à devenir le héros de l’Université de Columbia à travers son équipe de football. Mais, apparemment, il avait d’autres plans. Les conflits avec l’entraîneur et une fracture du tibia a fini par pousser hors de l’institution et d’orienter vers une vie radicalement différente, celle que l’on connait qui en a fait une légende, et qu’ Ipagination vous propose de découvrir dans ce formidable documentaire dans l’ipaginathèque : « Sur la route de Jack Kérouac ».

William Faulkner

Faulkner était presque toujours une personnalité qui ne s’entendait pas avec la discipline et de la « normalité ». À 15 ans, il se souciait peu de l’école, qu’il a quitté au même âge. Des années plus tard, employé de la poste, il a été congédié parce qu’il a lu pendant les heures de travail. À 22 ans, il a quitté, après trois semestres, l’Université du Mississippi, où il s’était inscrit comme étudiant. Malgré ce parcours chaotique, il a finalement remporté le prix Nobel de littérature et, plus important encore, a laissé un héritage au travers de ces travaux : un impact et une empreinte non négligeable sur la culture humaine.

Octavio Paz

Un autre prix nobel dans cette liste, l’écrivain mexicain Octavio Paz quitte l’Université avant d’avoir obtenu son diplôme. Ses préoccupations (si vastes et ambitieuses n’entraient pas entre les murs des salles de classe), l’ont amené à la péninsule du Yucatán, Valence, Paris (plus ou moins dans cet ordre) et autres endroits pour aboutir abouti à l’Académie suédoise. Notons toutefois un milieu aisé. La bibliothèque de son grand père où il a vécu son enfance et les voyages qui sont d’infinies sources d’apprentissage, de formation, de rencontres, sont les ingrédients qui ont compensé et conditionné un destin hors norme.

George Bernard Shaw

Shaw a fait très peu d’études, une éducation très irrégulière en raison de son aversion pour toute formation organisée, ce n’était pas sa voie et pas vraiment facilité par l’environnement famillial. Père de Shaw : un marchand de maïs, était aussi un alcoolique, et par conséquent, il y avait très peu d’argent à consacrer à l’éducation de George. Père de Shaw, un marchand de maïs, était aussi un alcoolique, et par conséquent, il y avait très peu d’argent à consacrer à l’éducation de George. George est allé aux écoles locales, mais n’est jamais allé à l’Université et a été en grande partie autodidacte. Ainsi, A 15 ans, il est commis dans une agence immobilière de Dublin. Pour autant Shaw apprit tout de l’art, de l’histoire et de la littérature nécessaire pour devenir le dramaturge exceptionnel que l’on connait.

Ray Bradbury

Issu d’un milieu modeste, Ray Bradbury, lit et écrit durant toute sa jeunesse, passant le plus clair de son temps à la bibliothèque de Waukegan. Si Ray obtient son diplôme au Lycée de Los Angeles en 38, il n’ira pas à l’université. «Un diplômé de la Bibliothèque» peut-on dire qui aura porté l’écrivain dans sa réalisation personnelle, avec là encore, une destinée formidable à la clé.

HG Wells

Famille sans peu de ressources, nombreuse, là encore qui aurait pu imaginer que le jeune Wells allait marquer son temps. Le malheur est parfois l’élément déclencheur de bien des destinées. Wells avait onze ans lorsque, par accident, il se trouve alité, la jambe cassée. C’est à cet instant précis que la passion des livres déboule dans sa vie. Et comme le malheur parfois s’acharne, son père, se trouve lui aussi blessé mettant un terme à sa carrière sportive, source capitale de revenus au sein de la famille. Il et a dû quitter l’école pour travailler et aider aux dépenses des ménages. Les nombreux métiers qu’il a eu par la suite, inspirèrent ses romans. Ce qui était semé allait croître sous une plume inspirée.

Harper Lee

Garçon manqué et une lectrice précoce. Pour la petite histoire, elle était amie avec son voisin et camarade d’école Truman Capote. Elle quitte l’université d’Alabama pour se rendre à New York, sans diplômes, bien décidée à tenter sa chance dans l’écriture. L’amitié d’enfance qu’elle a lié avec Truman Capote, s’avérera décisive. A noté le soutien financier et moral de ses amis, qui lui permirent de se réaliser. Lorsque l’amitié se transforme en succès story…

Jack London

L’enfance misérable de Jack London l’a poussé à quitter l’école à l’âge de 13 ans, entre errance et plusieurs petits boulots pour survivre. Un pur autodidacte, formé par les livres ou là encore, la bibliothèque municipale permet au jeune homme de se former, de devenir un écrivain majeur, du patrimoine littéraire mondial.

Harvey Pekar

Il a obtenu son diplôme en 1957, puis un décrochage après un an,  quand la pression des classes de mathématiques se sont avérées trop lourdes à porter. Il a servi dans la marine, puis retourna à Cleveland et à une série d’emplois subalternes, avant d’atterrir à l’Administration, à l’hôpital des vétérans à Cleveland comme un commis de fichier, un poste qu’il conserva jusqu’à sa retraite en 2001. Harvey Pekar, n’a eu de cesse de développer en parallèle tout le talent qu’on lui connait. Un double emploi, pour vivre et marquer la société de son art.

Amis iPaginauteurs, jeunes auteurs, si les mots se font obsessions, passion viscérale, même sans niveau d’étude, sans argent, sachez que les bibliothèques, l’amitié, les rencontres, votre pugnacité, sont à eux seuls des moyens tout aussi suffisants pour atteindre des sommets, rentrer dans les légendes. Et qui sait ? Peut-être que dans notre projet ipaginatif, verrons-nous émerger au fil des décennies, une nouvelle concrétisation, nous permettant plus encore d’affirmer, que la passion à elle seule, permet tous les possibles ! Nous y croyons dur comme fer. Il est déjà extraordinaire, de constater sur iPagination, des écritures qui évoluent à une vitesse prodigieuse…

Source d’information

Blade runner, un livre, un film, un culte…

PhilipDick  Philip K. Dick

Un film, Blade runner ; un livre, Do Androids Dream of Electric Sheep? ( Les Androïdes Rêvent-ils de Mouton Electrique?). L’un inspiré de l’autre, deux oeuvres cultes pourtant si différentes.

Blade runner est très librement inspiré du livre de Philip K. Dick. Film américain sorti en 1982, réalisé par Ridley Scott, il déçoit les fans de l’auteur de Science Fiction. Philippe Manœuvre, par exemple, écrit sur Le film et Ridley Scott un article au vitriole dans Métal Hurlant : « (…) peut-être aurait-on pardonné à Ridley Scott  ses pitreries macabres et son adaptation pathétique de Dick si, quelque part, son film restait un pensum monotone, lugubre, glauque et surtout effroyablement rasoir. On se dirait alors que le blaireau moyen va en concevoir pour Dick une ultime forme de respect. (…) Mais qu’attendre d’un navet qui se traîne avec des allures d’escargot au fil baveux d’une si énorme narration ? (…) ». Pourquoi tant de haine ? Pour qui a lu le livre, le film est assez déroutant.

Le livre : Le blade runner, Rick Deckard, qui élimine les androïdes Nexus-6 infiltrés illégalement sur Terre, veut s’acheter un animal vivant pour remplacer son mouton qui est électrique, grâce aux primes. Une guerre dont on ne connait ni le motif ni le vainqueur a détruit toute forme animale sur Terre. La plupart des terriens ont émigré vers d’autres étoiles, seuls restent les « spéciaux », des êtres rendus débiles par les retombées radioactives et interdits d’émigrer, de rares humains « normaux » qui veulent rester et ceux qui ne peuvent partir de par leur fonction, tels les blade runners. Une religion, le mécerisme, encourage une communion basée sur l’empathie. Empathie qui fait défaut aux androïdes. L’empathie est le sujet central du livre. Elle est ce qui différencie l’humain de l’androïde.

Le film : Dans une ambiance noire et pluvieuse, le blade runner entreprend une enquête policière pour démasquer les androïdes rebaptisés « réplicants » et les effacer. L’animal est symbolique et le mécérisme a disparu. Les androïdes ont des sentiments et cherchent à faire reconnaître leur humanité. Isidore (très présent dans le livre), « spécial » livreur d’un réparateur en animaux mécaniques devient J. F. Sébastian, génie en robotique, affligé d’une maladie dégénérative vivant dans un immeuble abandonné qui sera le théâtre de la scène finale. Rosen devient la Tyrel inc.

« Les androïdes rêvent-ils de mouton électriques ? » est la question clé du livre. Rachel, Nexus si perfectionnée soit-elle, avec qui Rick Deckard a fait l’amour une fois, y répond à la fin. Oui, ils ne rêvent pas d’animaux électriques. L’animal vivant que Deckard vient d’acheter grâce aux primes, n’ayant pas le statut d’humain, qu’elle jette de la terrasse du toit, vaut plus qu’elle. Par ce geste, elle prouve son manque d’humanité. Elle sait qu’elle n’est qu’une image de l’humain, un assemblage de pièces mécaniques, un outil.

Dans le film, la question implicite est : « Qu’est-ce qui fait devenir humaine une créature vivante ? ». Car les Réplicants sont des créatures vivantes au sens biologique. Des créatures vivantes douées de sentiments. A qui on n’a pas appris l’Amour et ce qu’il implique. Rachel, Nexus nouvelle version, en est un spécimen abouti que rien, si ce n’est l’espérance de vie volontairement réduite par son concepteur, ne distingue du blade runner. Dans ce cas, pourquoi les éliminer ?

Malgré les différences qui en font deux œuvres complètement différentes, Philip K. Dick a l’air enthousiasmé. Dans une interview reproduite sur le site   philipkdickfans ,  il compare Ridley Scott à Hieronymus Bosh  et pense que le film est de la dynamite. D’après lui, ceux qui ont lu le livre aimeront le film et ceux qui ont vu le film aimeront le livre. La suite lui donnera raison. Le film, malgré un échec commercial aux Etats Unis, est un succès mondial. A tel point que le livre sera rebaptisé Blade runner au lieu de Do Androids Dream of Electric Sheep?

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Jacques A. Bertrand, un écrivain léger et féroce.

Un article proposé par MarieM, dont vous pouvez consulter la page ici

Jacques A. Bertrand, un écrivain léger et férocement humoristique.

Parce qu’à dix ans, après avoir subi une opération chirurgicale qu’il a voulu raconter sur papier, Jacques A. Bertrand s’est rendu compte qu’“il est plus intéressant et plus gratifiant de raconter la vie que de la vivre”, il a décidé de devenir écrivain.

Pour notre plus grand bonheur.

Il publie en 1983, son premier roman “Tristesse de la balance et autres signes”.

Depuis, plusieurs de ses livres ont été salués par quelques prix littéraires comme le prix de Flore pour le “Pas du loup” (1995) ou celui de 30 millions d’amis pour “Les sales bêtes” – Un régal –

Un des prix les plus emblématiques qu’il ait reçu est le Prix Georges Brassens. Ce prix a récompensé “La liberté de ton, l’impertinence, l’amour du verbe” de son livre “J’aime pas les autres” publié en 2007. Il faut y ajouter l’humour, bien entendu…

Dans ce roman, Jacques A. Bertrand cultive ce qu’il appelle “La Loi de la Légèreté Universelle”: Et c’est avec un humour féroce qu’il dénonce les maux de la société et les “Autres” qui sont des empêcheurs de tourner en rond…

«Comment je me suis fâché avec tout le monde, je ne sais plus très bien. Longtemps, j’ai cru aimer les autres. Peut-être que je croyais les aimer parce que je voulais qu’ils m’aiment. Vous voulez toujours que les autres vous aiment. Enfin, vous croyez.
C’est des gens bizarres, les autres. Vous pensez qu’ils sont comme vous. Et pas du tout. Ils sont comme les autres.
J’aime pas les autres. »

Il va continuer son exploration sarcastique et en même temps jubilatoire des « Autres » dans deux autres romans :“Les autres, c’est rien que des sales types, et “Les autres, c’est toujours rien que des sales types”. Il nous dresse des portraits bien sentis du “Touriste”, du “Parisien”, du Voisin, du Végétarien…. puis de l’ Ecrivain, du Pipole, du Candidat…

Interview de J. A.Bertrand  :

 

 

 

Et puis il y a le dernier né. “Comment j’ai mangé mon estomac” (2014)

On aborde ce roman avec une pointe d’inquiétude, le récit d’un cancer de l’estomac, quand même !

Et puis, non, au bout de quelques pages on sait qu’on peut se laisser aller, faire confiance… malgré l’horreur évoquée, on va passer un beau moment.

Imaginiez-vous pouvoir lire le récit d’une lutte contre cette maladie, la chimiothérapie, le séjour à l’hôpital, l’opération avec des éclats de rire ? Eh bien Jacques A. Bertrand rend cela possible.

« L’intérêt de la fiction, c’est de parler de la réalité (…) et de la transformer, de la rendre plus légère qu’elle ne l’est en réalité »

A la question qu’on lui pose : « Vous êtes vous demandé ce que vous n’avez pas réussi à avaler dans la vie ? »

Il répond : “La Bêtise, sans doute , sur quoi Renan se penchait pour avoir une idée de l’infini… »

Extrait :

« Certainement, je n’ai pas assez vomi. J’ai insuffisamment protesté. J’ai gardé trop de choses sur l’estomac. Par naïveté, j’ai trop longtemps cru sur parole les histoires qu’on me servait. On me certifiait que j’étais tenu de tendre à la sainteté. Je n’ai rien contre les saints. Il y en eut de très bien, des pittoresques aussi, des amusants parfois. Des bornés, également. Des allumeurs de bûchers. Mais je n’ai rien contre la sainteté. Seulement les doctrines et les dogmes par lesquels on voulait m’y conduire – définis des siècles ou des millénaires après d’hypothétiques événements censés les avoir inspirés – ont fini par m’apparaître peu fondés, ou tout simplement ineptes. De plus, leurs thuriféraires semblaient incapables de rester fidèles à leurs propres préceptes. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Et cetera.

Il souligne là, avec cet humour qui le caractérise le fameux « fais comme j’te dis, fais pas c’que j’fais, dont nous avons tous vérifié les vertus pédagogiques à nos cœurs défendants ! Comment ne pas en prendre de la graine ?

Naturellement, il m’arrive d’être de mauvaise foi. C’est un exercice intéressant. Voire – si on le pratique avec un minimum de légèreté – un procédé humoristique efficient. Il en est de même de la mauvaise humeur. D’excellents comédiens, écrivains, politiciens ont fondé de belles carrières sur la mauvaise humeur.

J’ai souvent ruminé, certains petits matins venimeux, après avoir feuilleté les journaux, de me mettre à écrire « Le livre de la haine ». Il faut croire que je ne suis pas assez méchant. Plus ruminant qu’enragé

Combien est-ce savoureux de lire, sous la plume de cet homme intelligent et pudique, qu’il peut être parfois de mauvaise foi, voire ressentir de la haine… Car, bien sûr, tout un chacun ressent cela, également… C’est comme si alors, il nous en donnait l’autorisation… du coup on se sent plus légers, moins seuls en tout cas..

Avec ça d’une politesse exquise, d’une courtoisie sans faille.

J’ai avalé pendant des années des tartes aux salsifis. Pourquoi aurais-je embarrassé cette charmante hôtesse en lui avouant que je détestais les salsifis ? Ceux qui adorent les salsifis peuvent-ils vraiment comprendre que d’autres ne les aiment pas ?

J’ai toujours eu horreur des salsifis.

……

Les couleuvres, j’ai accepté avec complaisance d’en avaler quelques-unes. Il faut dire qu’elles étaient magnifiques. Noir, or, argent. Élégantes en diable. Avec cette façon de se mouvoir d’un point à un autre en ignorant superbement la ligne droite de la géométrie euclidienne.

Les ai-je vraiment digérées ?

Probablement pas, mais j’ai eu tellement de plaisir à les avaler. Je ne voudrais pas que l’on croie que je me cherche des excuses. Et je ne voudrais contrarier la digestion de personne. Je ne fais que me soulager d’un peu de mauvaise bile. Façon de thérapie. Mais je crois au libre arbitre.

C’est bien moi qui ai dévoré mon estomac. Dans toute vie, il y a toujours un moment où l’on peut choisir.

Ouvrez des écoles, vous pourrez fermer les prisons, conseillait le bon Victor Hugo. Aujourd’hui, il semblerait que pas mal de jeunes gens à qui les écoles sont ouvertes leur préfèrent la prison.

Et, notez encore, ce n’est pas que je sois un inconditionnel de l’école.

Qui a dit que la culture consiste à désapprendre ce qu’on nous a appris ? J’excelle dans cet exercice postscolaire. Déjà, je ne sais presque plus rien.

Mais je demeure résolument optimiste, n’en doutez pas. »

Voilà ce qui caractérise peut-être le mieux cet auteur: l’Optimisme et il en distille tout au long de ses pages… L’on en ressort tout ragaillardi.

 

Tous les livres de Jacques A. Bertrand sont de ceux qu’on ne peut pas lâcher, qui vous emportent au bout de la nuit…

ça se lit comme on déguste un carré de chocolat avec un petit café… Un mélange de gourmandise, de douceur et d’une pointe d’amertume…

 

On voudrait en tout cas qu’ils durent pour ne pas quitter trop vite cet auteur, son humour, sa sensibilité et sa grande tendresse pour les autres…

 

Liens

Article paru dans le nouvel observateur :

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20140107.OBS1633/jacques-a-bertrand-la-litterature-a-l-estomac.html

Interview au sujet de son livre : Comment j’ai mangé mon estomac

 

Dead Man, un film de Jim Jarmusch

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Affiche du film

Dès les toutes premières secondes du film, le ton et la couleur sont donnés. ‘Dead Man’ est un film qui nous emmène en voyage. Voyage en terre étrangère, inconnue, au départ de la région des Grands Lacs jusqu’à ce qui deviendra la Californie, mais n’est encore qu’une terre à fouiller pour y trouver de l’or. Un voyage en surface, sur la première ligne transcontinentale qui traverse les états-Unis, et un voyage vertical jusqu’aux profondeurs crasses de l’humanité, là où réside la bête que l’homme nourrit encore. Une descente dans les noirceurs de l’enfer.

William (Bill) Blake, Johnny Depp
William (Bill) Blake, Johnny Depp

Bill – diminutif de William, Blake a quitté Cleveland, après avoir perdu ses parents, décédés, et sa fiancée ‘qui a d’autres projets’, pour aller occuper un emploi de comptable dans la petite ville de Machine, non loin de San Diego. Jeune homme naïf, quelque peu coincé, tiré à quatre épingles – costume à carreaux, chapeau citadin, lunettes, il expérimente une traversée pendant laquelle le paysage se transforme à l’intérieur même du train. Le changement de décor se fait dans un changement de corps. Au fur et à mesure que le train s’enfonce vers l’Amérique sauvage et rude, les passagers du train eux-mêmes deviennent plus sauvages et plus rudes. Cette première scène, avant même le générique, est d’une ingéniosité remarquable.

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Chasse au bison, par les vitres du train.

Du noir et blanc, un parti pris comme pour accentuer la différence entre deux mondes, et pour laisser à chacun le choix de mettre ses propres couleurs sur ce qui oscille entre rêve et cauchemar.

Les choses tournent mal dès l’arrivée. Le poste de comptable chez Dickinson est déjà occupé, et Bill Blake est rudoyé par le patron et par les employés. Complètement désargenté, il se retrouve à passer la nuit chez une jeune femme, ex-prostituée qui fabrique et vend, à présent, des fleurs en papier. Son ancien amant fait irruption, s’ensuit une scène violente qui se conclura par deux coups de feu. La première balle tue la jeune femme et vient finir sa course dans le torse de Bill, la seconde, tirée par Bill, tue l’amant.  C’est sur le cheval de ce dernier que Bill prend la fuite. Un malheur n’arrivant jamais seul, il se trouve que l’amant est aussi le plus jeune fils de Dickinson.

DEAD MAN ROBERT MITCHUM
Dickinson, Robert Mitchum, époustouflant dans son dernier rôle.

Commence alors une impitoyable chasse à l’homme où tous les moyens sont mis en œuvre, chasseurs de têtes, marshals, affiches placardées partout, pour assouvir la vengeance du père, homme de pouvoir sur une terre qui ne reconnaît pas la loi.

Le chemin de Nobody, un indien de sang mêlé, croise celui de William/Bill. Nobody, Xebeche de son nom indien, a été rejeté par sa tribu après avoir été kidnappé par des ‘cons de blancs’, comme il les appelle, pour être exhibé dans sa différence, sur le continent, puis de l’autre coté de l’océan, en Angleterre. Pour que l’on s’intéresse moins à lui, il décida d’adopter le mode de vie des blancs, il apprit à lire, découvrit et aima la poésie de William Blake, le grand poète anglais de la fin du 18è siècle, et du début du 19è. Peine perdue, il attisa ainsi la curiosité. Il parvint à s’enfuir, retraversa l’océan, mais ne trouva plus sa place auprès des siens, devenu pour eux aussi, un être trop différent. Il adopta alors le surnom de Nobody (Personne).

William Blake, peintre et poète anglais, évocateur de voyages initiatiques avec ses ‘Chants de l’innocence’ et ‘Chants de l’expérience’, et William Blake, héros malheureux d’une aventure qu’il n’a pas choisie, l’homonymie scelle le destin de Nobody, qui croit avoir rencontré le poète réincarné, et du pauvre hère traqué.

NOBODY ET BILL DEAD MAN
Nobody et William Blake

Deux êtres rejetés par leur communauté respective, deux solitudes associées. Ensemble, ils s’aventurent dans une traversée spirituelle des territoires sauvages où les rencontres connaissent une fin sauvage elle aussi. « L’arme remplace ta langue, apprends à parler par elle et ta poésie sera dorénavant écrite avec du sang ». William Bill Blake abandonne la langue de Shakespeare pour s’exprimer dans celle que lui enseigne Nobody, la seule qui vaille dans ce qui fut une terre indienne avant d’être colonisée par ces ‘cons de blancs’. Nobody accompagnera Bill jusqu’à son dernier voyage, en partance pour « le deuxième étage du monde », « là où le ciel rencontre la mer ». Ensemble ils traverseront « le miroir de l’eau », chacun à sa manière.

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William Blake, en route pour le ‘deuxième étage du monde’

Sorti en 1995, ce film de Jim Jarmush est magnifiquement servi par une distribution exceptionnelle, Johnny Depp, Gary Farmer, John Hurt, Iggy Pop, Robert Mitchum (dont ce sera la dernière apparition à l’écran), entre autres, et la bande son, magistrale, est orchestrée par Neil Young. « Dead Man », un voyage onirique, au cours duquel des vers du poète William Blake sont distillés pour accompagner les images, un film d’une poésie noire mais belle, à voir, ou à revoir…

 

Pour en savoir plus sur le réalisateur, cliquer ici !

Documentaire : Marcel Proust, une vie d’écrivain

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Marcel Proust

Auteur d’une seule oeuvre divisée en sept livres, Marcel Proust consacra sa vie entière d’écrivain à donner vie aux quelques 500 personnages de ‘à la Recherche du Temps Perdu’ Considéré comme un écrivain mondain, il eut d’abord du mal à se faire publier. C’est ainsi qu’André Gide lui ferma la porte des éditions Gallimard, et aura bien du mal ensuite à se le pardonner. ‘à l’Ombre des Jeunes Fille en Fleurs’ est le livre de la consécration, et du Prix Goncourt, en 1919. Le documentaire que nous vous proposons sur la vie et l’œuvre de Marcel Proust décrit la relation de l’auteur avec ses parents : sa mère qui lui a communiqué une culture riche et profonde, et son père qui, bien qu’il ait laissé son fils écrire, n’entrevoyait de réussite que pour le fils cadet, Robert, qui allait devenir chirurgien.

  Au fil de ce documentaire, se déroulent différents aspects de la vie de l’écrivain. Son ascension sociale dans le cercle très fermé des salons aristocratiques parisiens, ascension favorisée par la fortune familiale ; son homosexualité, dont son coup de foudre pour Alfred Agostinelli, avec qui il vécut une profonde passion ; son ascendance juive et son positionnement lors de l’Affaire Dreyfus ; son processus d’écriture, ainsi que le rôle de sa gouvernante, Céleste Albaret, qui l’accompagna pendant de nombreuses années et sauvegarda les œuvres de Marcel, avec rigueur. Vous y trouverez aussi de nombreux témoignages de contemporains de Proust : Jean Cocteau, François Mauriac, Paul Morand et Céleste Albaret, et des interventions d’écrivains et critiques comme Roger Shattuck, Shelby Foote et Iris Murdoch. Une réalisation formidable signée en 1992 par Sarah Mondale, agrémentée de carnets raturés et dessinés qui permettent également de se plonger dans le style de l’écrivain, ses phrases longues, son écriture de caractère. Cinquante-neuf minutes et une immersion riche de nombreuses images d’archives sur fond de musique de Franck ou de Fauré. Cinquante-neuf minutes que vous ne verrez pas passer.

Proust et ecriture
Proust, son écriture, ses ratures, ses mots à lire …