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Ipagina’Son se fait l’écho d’une chronique.

 

affiche de Bluewriter
affiche de Bluewriter

Votre lectrice du jour : Agathe

 

Une chronique, une fois n’est pas coutume… Tiens oui au fait ! Pourquoi sommes-nous naturellement attirés par les nouvelles, les poèmes, les récits, les paroles de chansons et moins par les chroniques d’actualité ou autres ?

Probablement justement parce que la chronique traite d’un sujet, souvent sans complaisance dit-on ( en tout cas c’est notre analyse, alors qu’en  réalité elle met l’accent sur un fait de société, un travers de l’humanité, une attitude critiquable ).

La chronique que j’ai choisi de lire pour vous aujourd’hui, peut déranger parce qu’elle aborde des valeurs de vie et notre attitude en regard de situations.

L’intégrité. Fait-il bon la défendre ? Bon nombre de ceux qui ont essayé s’en sont  mordus les doigts…L’humanisme et le courage face à l’intolérance… Il est tellement plus facile de courber le dos, de se boucher les oreilles et de fermer les yeux…

La chronique de PetitSaintLeu énonce, raconte à travers la vie d’un personnage, comment malgré des valeurs bien ancrées, l’homme peut manquer de courage et finir par se taire. Aucun jugement, simplement des faits.

Avec une conclusion qui soulage tout le monde : Finalement, Mère nature et sa sélection naturelle fait bien les choses… Ouf !!

Béni oui oui vous avez dit ?

Cette chronique a été sélectionnée par Roselyne Cros, conseiller sur iPagination.

 

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TORNADE GRISE

PetitSaintLeu

L’intégrité, contrairement aux intégrismes, ces formes moyenâgeuses du fascisme remises au goût du jour, ne paie plus. À supposer qu’autrefois, dans un Eden où vivaient les Barbapapa,  elle ait eu son mot à dire.

Il  avait toujours eu conscience de la folie de s’y accrocher alors qu’il était de bon ton dans le monde de l’entreprise de mentir et de bomber le torse. Cette valeur se diffusait dans la famille depuis que son arrière-grand-père s’était refusé au joug nazi. Il avait terminé au fond d’une fosse commune de Dachau. Un survivant, qui l’avait connu, raconta que jusqu’au dernier jour, malgré ses trente-cinq kilos et ses yeux exorbités, il déclama du Goethe. Il partagea sa soupe d’eau et d’ersatz d’épluchures de pommes de terre, refusant tout diktat, avec pour leitmotiv de ne pas céder face au blockhaus de haine qui s’était dressé dans toute l’Europe occupée.

Dans les camps de concentration, les musulmans étaient l’appellation donnée aux cachectiques, les déportés dont toute la graisse et les muscles avaient disparu. Soixante-dix ans plus tard, bien que globalement bien nourris, ils étaient traités avec le même mépris qu’avec les détenus qui se croyaient hors de portée de la Faucheuse, par des occidentaux qui n’avaient pas vu le vent tourner. Quand il se lèverait, il ne ferait pas de distinction. Pourtant, tout comme leurs prédécesseurs, les Blum, les Levy ou les Benichou, beaucoup d’entre eux, l’immense majorité silencieuse des Haddad, des Ayari ou des Khalil, n’avaient que l’ambition de vivre modestement leur quotidien.

Lui, il avait déjà compris que les lignes se clivaient dangereusement et que les pentes qu’elles créaient étaient glissantes, sans espoir de pouvoir les remonter. D’un côté, les passéistes qui demandaient, confortablement calfeutrés dans leurs immeubles bourgeois, plus de tolérance, se refusant de passer le périphérique et de partager le fruit d’un égoïsme social durement acquis. De l’autre, des nostalgiques, souvent des ruraux, qui n’avaient jamais vu le moindre émigré franchir les marches de leur canton et encore moins les bénéfices des Trente glorieuses.

Il aurait pu se contenter de sa petite vie d’entre deux, baisser le front et serrer les dents. Ce n’est pas l’intolérance qui lui fit franchir la ligne rouge, mais la connerie et l’inculture. Il ne supportait plus d’entendre citer Clovis, Austerlitz ou les Causses par des ignares, incapables d’en situer le règne, la date ou la situation géographique. Il péta un câble quand son supérieur diffusa une vidéo sur l’intranet, grossier montage d’une propagande 2.0, agrémenté de commentaires truffés de fautes d’orthographe. Il se précipita dans son bureau pour lui parler du pays. Trois jours plus tard, il fut renvoyé sous le regard goguenard de la majorité de ses collègues.

Il aurait dû mettre de côté son angélisme. Il lui fallut du temps pour comprendre que la raison n’était plus du côté de l’objectivité. Elle était soumise à la mécanique d’un effet d’entraînement, lié à une peur irraisonnée, qui devint irraisonnable quand les premières milices firent leurs apparitions. Cet imbécile continuait invariablement à se faire le défenseur de valeurs qui n’avaient plus cours. Il ne retrouva pas de travail.

Quand les images des premiers charniers de Syriens furent diffusées, à quelques kilomètres de l’Autriche, il réalisa enfin combien son humanisme était dépassé. Puis, il manqua de courage. L’héroïsme ne se transmet pas par les gènes et il ne parvint pas à surmonter ses peurs pour rejoindre la poignée de protestataires qui avaient encore le courage de dénoncer et de prédire que la catastrophe serait, cette fois-ci, totale.

C’est le changement climatique qui sauva la mise. En cinq années, une vague de sécheresse, d’ouragans et des invasions de sauterelles vinrent mettre à mal les récoltes du vieux continent. C’est donc la bonne vieille méthode de la sélection naturelle qui entra en œuvre. Les chiens errants, redevenus sauvages, se firent un devoir de débarrasser les cadavres, peu regardant sur leurs origines. L’Europe retrouva sa quiétude et son niveau de vie d’antan.

quiz littéraire : la guerre dans la littérature.

Ne vous fiez pas aux apparences des quelques premières questions assez faciles pour vous mettre en chauffe. Il s’agit là d’un véritable défi que vous proposent les iPaginauteurs. Tous les quiz – lorsqu’ils sont prêts – sont mis en ligne pour le vendredi, juste avant le défi du week-end (pour en savoir plus, cliquez ici ). Ce  quiz vous est proposé par Agathe . Arriverez-vous à réaliser un sans-faute ?[/box]

Quiz littéraire : La guerre dans la littérature.

Départ
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[quote cite= »Wiktionaire » url= »http://fr.wiktionary.org/wiki/quiz#.C3.89tymologie »]Du latin quies qui serait dérivé de qui es ? (« Qui êtes vous ? »). C’était en effet la première question posée lors des examens oraux en latin. Le mot quiz apparaît, avec cette signification de « questionnaire » (un mot argot quiz existait déjà et signifiait « personne louche »), dans la langue anglaise en 1886. Le mot est ensuite passé dans la langue française.[/quote] [quote cite= »Oxford dictionaries » url= »http://oxforddictionaries.com/words/what-is-the-origin-of-the-word-quiz »]L’histoire raconte qu’au théâtre de Dublin, le  propriétaire du nom de Richard Daly fait un pari qu’il pouvait, dans les quarante-huit heures faire d’un mot absurde, le plus connu de toute la ville, et que le public lui fournirait un sens pour elle. Après une performance, un soir, il a donné ses cartes de membres du personnel avec le mot «quizz» écrit sur ​​eux, et leur dit d’écrire le mot sur ​​les murs de la ville. Le lendemain, le mot étrange était la coqueluche de la ville, et dans un court laps de temps, il a fait partie de la langue. Le récit  plus détaillé de ce supposé exploit (dans  F. T. Porter’s Gleanings and Reminiscences, 1875 ) donne la date de 1791. Le mot, cependant, était déjà en usage à cette époque, qui signifie «une étrange ou excentrique personne, et avait été utilisé dans ce sens par Fanny Burney dans son journal intime, le 24 Juin 1782.[/quote]

Au plaisir de vous défier lors d’un prochain Quiz, et n’hésitez pas à mettre en commentaire le score – réel – que vous avez obtenu et les questions qui vous ont semblé compliquées…

 

La guerre ? Quelle horreur, me direz-vous…et vous aurez-raison…

Pourquoi ce quiz ? Parce que les guerres, quelles qu’elles soient,  celles de l’antiquité, celles du  monde contemporain,  ont toujours fait couler le sang d’abord, l’encre ensuite. Elles ont mis en exergue des sentiments humains, des interrogations repris par des auteurs, des dessinateurs, des conteurs, des chanteurs.

Ce soir, il s’agit de littérature,  et plus précisément de retrouver des époques, des auteurs d’ouvrages. La guerre n’est pas un jeu..et pourtant je vous propose de jouer à retrouver les bonnes réponses… Quizzeurs d’iPagination, 4-3-2-1…c’est parti !

Jacques A. Bertrand, un écrivain léger et féroce.

Un article proposé par MarieM, dont vous pouvez consulter la page ici

Jacques A. Bertrand, un écrivain léger et férocement humoristique.

Parce qu’à dix ans, après avoir subi une opération chirurgicale qu’il a voulu raconter sur papier, Jacques A. Bertrand s’est rendu compte qu’“il est plus intéressant et plus gratifiant de raconter la vie que de la vivre”, il a décidé de devenir écrivain.

Pour notre plus grand bonheur.

Il publie en 1983, son premier roman “Tristesse de la balance et autres signes”.

Depuis, plusieurs de ses livres ont été salués par quelques prix littéraires comme le prix de Flore pour le “Pas du loup” (1995) ou celui de 30 millions d’amis pour “Les sales bêtes” – Un régal –

Un des prix les plus emblématiques qu’il ait reçu est le Prix Georges Brassens. Ce prix a récompensé “La liberté de ton, l’impertinence, l’amour du verbe” de son livre “J’aime pas les autres” publié en 2007. Il faut y ajouter l’humour, bien entendu…

Dans ce roman, Jacques A. Bertrand cultive ce qu’il appelle “La Loi de la Légèreté Universelle”: Et c’est avec un humour féroce qu’il dénonce les maux de la société et les “Autres” qui sont des empêcheurs de tourner en rond…

«Comment je me suis fâché avec tout le monde, je ne sais plus très bien. Longtemps, j’ai cru aimer les autres. Peut-être que je croyais les aimer parce que je voulais qu’ils m’aiment. Vous voulez toujours que les autres vous aiment. Enfin, vous croyez.
C’est des gens bizarres, les autres. Vous pensez qu’ils sont comme vous. Et pas du tout. Ils sont comme les autres.
J’aime pas les autres. »

Il va continuer son exploration sarcastique et en même temps jubilatoire des « Autres » dans deux autres romans :“Les autres, c’est rien que des sales types, et “Les autres, c’est toujours rien que des sales types”. Il nous dresse des portraits bien sentis du “Touriste”, du “Parisien”, du Voisin, du Végétarien…. puis de l’ Ecrivain, du Pipole, du Candidat…

Interview de J. A.Bertrand  :

 

 

 

Et puis il y a le dernier né. “Comment j’ai mangé mon estomac” (2014)

On aborde ce roman avec une pointe d’inquiétude, le récit d’un cancer de l’estomac, quand même !

Et puis, non, au bout de quelques pages on sait qu’on peut se laisser aller, faire confiance… malgré l’horreur évoquée, on va passer un beau moment.

Imaginiez-vous pouvoir lire le récit d’une lutte contre cette maladie, la chimiothérapie, le séjour à l’hôpital, l’opération avec des éclats de rire ? Eh bien Jacques A. Bertrand rend cela possible.

« L’intérêt de la fiction, c’est de parler de la réalité (…) et de la transformer, de la rendre plus légère qu’elle ne l’est en réalité »

A la question qu’on lui pose : « Vous êtes vous demandé ce que vous n’avez pas réussi à avaler dans la vie ? »

Il répond : “La Bêtise, sans doute , sur quoi Renan se penchait pour avoir une idée de l’infini… »

Extrait :

« Certainement, je n’ai pas assez vomi. J’ai insuffisamment protesté. J’ai gardé trop de choses sur l’estomac. Par naïveté, j’ai trop longtemps cru sur parole les histoires qu’on me servait. On me certifiait que j’étais tenu de tendre à la sainteté. Je n’ai rien contre les saints. Il y en eut de très bien, des pittoresques aussi, des amusants parfois. Des bornés, également. Des allumeurs de bûchers. Mais je n’ai rien contre la sainteté. Seulement les doctrines et les dogmes par lesquels on voulait m’y conduire – définis des siècles ou des millénaires après d’hypothétiques événements censés les avoir inspirés – ont fini par m’apparaître peu fondés, ou tout simplement ineptes. De plus, leurs thuriféraires semblaient incapables de rester fidèles à leurs propres préceptes. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Et cetera.

Il souligne là, avec cet humour qui le caractérise le fameux « fais comme j’te dis, fais pas c’que j’fais, dont nous avons tous vérifié les vertus pédagogiques à nos cœurs défendants ! Comment ne pas en prendre de la graine ?

Naturellement, il m’arrive d’être de mauvaise foi. C’est un exercice intéressant. Voire – si on le pratique avec un minimum de légèreté – un procédé humoristique efficient. Il en est de même de la mauvaise humeur. D’excellents comédiens, écrivains, politiciens ont fondé de belles carrières sur la mauvaise humeur.

J’ai souvent ruminé, certains petits matins venimeux, après avoir feuilleté les journaux, de me mettre à écrire « Le livre de la haine ». Il faut croire que je ne suis pas assez méchant. Plus ruminant qu’enragé

Combien est-ce savoureux de lire, sous la plume de cet homme intelligent et pudique, qu’il peut être parfois de mauvaise foi, voire ressentir de la haine… Car, bien sûr, tout un chacun ressent cela, également… C’est comme si alors, il nous en donnait l’autorisation… du coup on se sent plus légers, moins seuls en tout cas..

Avec ça d’une politesse exquise, d’une courtoisie sans faille.

J’ai avalé pendant des années des tartes aux salsifis. Pourquoi aurais-je embarrassé cette charmante hôtesse en lui avouant que je détestais les salsifis ? Ceux qui adorent les salsifis peuvent-ils vraiment comprendre que d’autres ne les aiment pas ?

J’ai toujours eu horreur des salsifis.

……

Les couleuvres, j’ai accepté avec complaisance d’en avaler quelques-unes. Il faut dire qu’elles étaient magnifiques. Noir, or, argent. Élégantes en diable. Avec cette façon de se mouvoir d’un point à un autre en ignorant superbement la ligne droite de la géométrie euclidienne.

Les ai-je vraiment digérées ?

Probablement pas, mais j’ai eu tellement de plaisir à les avaler. Je ne voudrais pas que l’on croie que je me cherche des excuses. Et je ne voudrais contrarier la digestion de personne. Je ne fais que me soulager d’un peu de mauvaise bile. Façon de thérapie. Mais je crois au libre arbitre.

C’est bien moi qui ai dévoré mon estomac. Dans toute vie, il y a toujours un moment où l’on peut choisir.

Ouvrez des écoles, vous pourrez fermer les prisons, conseillait le bon Victor Hugo. Aujourd’hui, il semblerait que pas mal de jeunes gens à qui les écoles sont ouvertes leur préfèrent la prison.

Et, notez encore, ce n’est pas que je sois un inconditionnel de l’école.

Qui a dit que la culture consiste à désapprendre ce qu’on nous a appris ? J’excelle dans cet exercice postscolaire. Déjà, je ne sais presque plus rien.

Mais je demeure résolument optimiste, n’en doutez pas. »

Voilà ce qui caractérise peut-être le mieux cet auteur: l’Optimisme et il en distille tout au long de ses pages… L’on en ressort tout ragaillardi.

 

Tous les livres de Jacques A. Bertrand sont de ceux qu’on ne peut pas lâcher, qui vous emportent au bout de la nuit…

ça se lit comme on déguste un carré de chocolat avec un petit café… Un mélange de gourmandise, de douceur et d’une pointe d’amertume…

 

On voudrait en tout cas qu’ils durent pour ne pas quitter trop vite cet auteur, son humour, sa sensibilité et sa grande tendresse pour les autres…

 

Liens

Article paru dans le nouvel observateur :

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20140107.OBS1633/jacques-a-bertrand-la-litterature-a-l-estomac.html

Interview au sujet de son livre : Comment j’ai mangé mon estomac

 

Documentaire : Marcel Proust, une vie d’écrivain

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Marcel Proust

Auteur d’une seule oeuvre divisée en sept livres, Marcel Proust consacra sa vie entière d’écrivain à donner vie aux quelques 500 personnages de ‘à la Recherche du Temps Perdu’ Considéré comme un écrivain mondain, il eut d’abord du mal à se faire publier. C’est ainsi qu’André Gide lui ferma la porte des éditions Gallimard, et aura bien du mal ensuite à se le pardonner. ‘à l’Ombre des Jeunes Fille en Fleurs’ est le livre de la consécration, et du Prix Goncourt, en 1919. Le documentaire que nous vous proposons sur la vie et l’œuvre de Marcel Proust décrit la relation de l’auteur avec ses parents : sa mère qui lui a communiqué une culture riche et profonde, et son père qui, bien qu’il ait laissé son fils écrire, n’entrevoyait de réussite que pour le fils cadet, Robert, qui allait devenir chirurgien.

  Au fil de ce documentaire, se déroulent différents aspects de la vie de l’écrivain. Son ascension sociale dans le cercle très fermé des salons aristocratiques parisiens, ascension favorisée par la fortune familiale ; son homosexualité, dont son coup de foudre pour Alfred Agostinelli, avec qui il vécut une profonde passion ; son ascendance juive et son positionnement lors de l’Affaire Dreyfus ; son processus d’écriture, ainsi que le rôle de sa gouvernante, Céleste Albaret, qui l’accompagna pendant de nombreuses années et sauvegarda les œuvres de Marcel, avec rigueur. Vous y trouverez aussi de nombreux témoignages de contemporains de Proust : Jean Cocteau, François Mauriac, Paul Morand et Céleste Albaret, et des interventions d’écrivains et critiques comme Roger Shattuck, Shelby Foote et Iris Murdoch. Une réalisation formidable signée en 1992 par Sarah Mondale, agrémentée de carnets raturés et dessinés qui permettent également de se plonger dans le style de l’écrivain, ses phrases longues, son écriture de caractère. Cinquante-neuf minutes et une immersion riche de nombreuses images d’archives sur fond de musique de Franck ou de Fauré. Cinquante-neuf minutes que vous ne verrez pas passer.

Proust et ecriture
Proust, son écriture, ses ratures, ses mots à lire …

Jean Valjean, la légende

Elles sont là, deux simples pierres blanches que la pluie, le vent, et le temps qui passe ont rendues presque muettes et anonymes.

Et pourtant, à travers les feuillages de ce cimetière romantique de l’Abbaye de Graville, au Havre, le vent fait courir une étrange légende. Appuyez-vous sur la balustrade, plongez vos yeux en contrebas, là où l’urbanité s’étend, et imaginez le château qui autrefois se dressait là. Fermez les yeux, ouvrez grand vos oreilles, et laissez la rumeur venir jusqu’à vous. Elle vous racontera que, sous l’une de ces deux pierres tombales, gît le corps d’un homme qui aurait inspiré le personnage de Jean Valjean, héros des ‘Misérables’, célèbre roman de Victor Hugo paru en 1862. Sous l’autre pierre, repose son épouse.

Jean Valjean, la légende
Plongez le regard avant de fermer les yeux et de vous laisser bercer par la légende…

Écoutez …

Les sabots des chevaux martèlent le pavé, la clameur de la ville, grouillante d’activité, monte. Nous sommes en 1831, Guillaume Joseph César Régault débarque au Havre. Il a 27 ans.

Son passé reste un mystère, mais l’homme est tourné vers l’avenir, un avenir qui lui sourit. Dans cette ville d’adoption, il gravit assez vite les échelons de la haute société. Entré au service de Nicolas Lefèvre, un riche négociant, il est très vite apprécié, et épouse bientôt une fille de la famille. Devenu homme de confiance de Nicolas, les deux hommes s’associent en 1838. Les affaires de Guillaume Régault sont donc prospères et, à la mort de Nicolas en 1842, c’est Guillaume qui gère la Maison Lefèvre. Une montée en puissance pour cet homme qui envisage même d’entrer en politique. Rien ne semble pouvoir arrêter son ascension.

Rien, ou presque.

Un jour malheureux de 1840 ou 1841, il est reconnu par un certain Vallée, tenancier d’un bar un peu louche du Quartier Saint François, quartier portuaire de la ville où vivent des négociants, dont Nicolas Lefèvre, et où les marins s’abîment entre deux verres. Vallée et Régault étaient compagnons de bagne, compagnons d’infortune. Était-ce à Rochefort, Brest ou Lorient, sur ce point la rumeur est muette. Mais tout à coup, le passé de Régault resurgit, un passé lourd et encombrant.

Commence alors un odieux chantage. Vallée menace de révéler ce volet sombre de l’histoire de Régault, et échange son silence contre de l’argent, de plus en plus d’argent. Le maître-chanteur devient si gourmand que Régault ne peut plus le satisfaire, sauf à mettre en péril ses affaires, pourtant florissantes.

Alors arrivent les lettres de dénonciation, à la famille, aux amis. Guillaume voit ses affaires, sa carrière, et sa réputation ruinées, et l’ancien bagnard se retrouve au ban de la ‘bonne société’ havraise. Son épouse meurt, écrasée sous le poids du chagrin. Une descente aux enfers pour Régault qui met fin à ses jours le 6 juillet 1848. Scandale et suicide – ce dernier condamné par l’Eglise, justifient probablement la modestie des sépultures et leur éloignement des autres tombes Lefèvre.

Jean Valjean, la légende2
Tombes de Monsieur et Madame Régault

Un ancien bagnard qui fait fortune, acquiert la respectabilité, et ses entrées dans la haute société, jusqu’à s’investir en politique, n’est-ce pas aussi l’histoire de Jean Valjean ? En observant les ‘points de contact’ entre Victor Hugo et Guillaume Régault, il paraît fort probable que l’histoire de ce dernier ait inspiré le grand écrivain. Il paraît en tout cas improbable qu’Hugo n’ait pas eu vent de cette affaire.

C’est la famille Lefèvre, belle-famille de Guillaume Régault, qui fut comme un ‘trait d’union’ entre ce dernier et les Hugo. En effet, les familles Hugo et Lefèvre sont liées à plus d’un titre. Par le mariage, tout d’abord, puisque Léopoldine Hugo a épousé Charles Vacquerie, le frère de Marie-Arsène Vacquerie devenue Madame Nicolas Lefèvre. Et Guillaume Régault était l’un des témoins de Charles Vacquerie à son mariage. Victor Hugo et Régault ont donc pu se rencontrer à cette occasion.

Par des liens d’amitié aussi, si l’on en croit les épitaphes écrites par le poète à la mémoire des fils jumeaux de Nicolas et Marie-Arsène Lefèvre, morts prématurément en 1839 et 1842. Liens renforcés lors du décès de Léopoldine Hugo–Vacquerie, noyée avec son mari dans la Seine en 1843. Victor Hugo était alors en voyage dans le sud de la France, il apprit la nouvelle par les journaux, six jours après le drame. C’est Madame Lefèvre qui s’occupa en partie des adieux à Léopoldine, relayant ainsi le père, l’ami, absent. Et enfin, parce que la confiance est sœur de l’amitié, et c’est ainsi que Victor Hugo confia à Ernest Lefèvre, fils aîné de Nicolas et Marie-Arsène, Président du Conseil Général de la Seine, et Député de Paris, la charge d’exécuteur testamentaire.

D’autre part, Adèle Fouchet, épouse de Victor dont il est séparé, a habité au Havre, et elle fréquentait la famille Régault. Hugo a fait quelques séjours dans cette ville normande, la rumeur dit que les Régault lui auraient offert l’hospitalité, et même que Guillaume Régault aurait vendu du vin à Victor Hugo.

Victor Hugo, Nicolas Lefèvre, Guillaume Régault, respectivement nés en 1802, 1801 et 1804, trois hommes d’une même génération, des destins qui se croisent à plusieurs reprises. Alors si la rumeur reste invérifiable et s’inscrit donc dans la légende, la probabilité de l’inspiration existe…

Les claquements des sabots de chevaux sur le pavé ont laissé place au bruit des klaxons et de la ville qui grouille à vos pieds. Avant d’ouvrir à nouveau les yeux, laissez le vent vous souffler, au travers du grand cèdre, une des épitaphes de Victor Hugo, précédemment citées :

« Il vivait, il jouait, riante créature

Que te sert d’avoir pris cet enfant, ô nature

N’as-tu pas les oiseaux peints de mille couleurs

Les astres, les grands bois, le ciel bleu, l’onde amère ?

Que te sert d’avoir pris cet enfant à sa mère

Et de l’avoir caché sous les touffes de fleurs ?

Pour cet enfant de plus, tu n’es pas plus peuplée

Tu n’es pas plus joyeuse, ô nature étoilée

Et le cœur de la mère en proie aux tristes soins

Ce cœur où toute joie engendre une torture

Cet abîme aussi grand que toi-même, ô nature

Est vide et désolé pour cet enfant de moins. »

V. Hugo

TOMBE PAUL LEON LEFEVRE
Sur la tombe de Paul Léon Lefèvre

Ainsi vous entendrez l’esprit de Victor Hugo flotter aujourd’hui encore sur ce cimetière qui abrite les tombes Lefèvre et Régault….

Et, lorsque vous quitterez ce lieu si romantique, laissez vos pas vous guider jusqu’à l’escalier Jean Valjean, la rue Fantine et l’impasse Cosette, à proximité immédiate de la rue de Bellefontaine, où au numéro 30 résidait la famille Régault …

Dans la rue Bellefontaine, l’escalier vous invite à monter jusqu’à l’impasse Cosette.

 

(Note : Régault ou Régnault, Guillaume voire William, l’équivalent anglais, César-Joseph, selon les documents l’orthographe des noms diffèrent, mais tous parlent du même homme. Problème de transcription ou volonté de déguiser quelque peu son identité ? à cette question, la rumeur n’a pas de réponse)