Ipagina’Son se fait l’écho d’une chronique.

 

affiche de Bluewriter
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Votre lectrice du jour : Agathe

 

Une chronique, une fois n’est pas coutume… Tiens oui au fait ! Pourquoi sommes-nous naturellement attirés par les nouvelles, les poèmes, les récits, les paroles de chansons et moins par les chroniques d’actualité ou autres ?

Probablement justement parce que la chronique traite d’un sujet, souvent sans complaisance dit-on ( en tout cas c’est notre analyse, alors qu’en  réalité elle met l’accent sur un fait de société, un travers de l’humanité, une attitude critiquable ).

La chronique que j’ai choisi de lire pour vous aujourd’hui, peut déranger parce qu’elle aborde des valeurs de vie et notre attitude en regard de situations.

L’intégrité. Fait-il bon la défendre ? Bon nombre de ceux qui ont essayé s’en sont  mordus les doigts…L’humanisme et le courage face à l’intolérance… Il est tellement plus facile de courber le dos, de se boucher les oreilles et de fermer les yeux…

La chronique de PetitSaintLeu énonce, raconte à travers la vie d’un personnage, comment malgré des valeurs bien ancrées, l’homme peut manquer de courage et finir par se taire. Aucun jugement, simplement des faits.

Avec une conclusion qui soulage tout le monde : Finalement, Mère nature et sa sélection naturelle fait bien les choses… Ouf !!

Béni oui oui vous avez dit ?

Cette chronique a été sélectionnée par Roselyne Cros, conseiller sur iPagination.

 

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TORNADE GRISE

PetitSaintLeu

L’intégrité, contrairement aux intégrismes, ces formes moyenâgeuses du fascisme remises au goût du jour, ne paie plus. À supposer qu’autrefois, dans un Eden où vivaient les Barbapapa,  elle ait eu son mot à dire.

Il  avait toujours eu conscience de la folie de s’y accrocher alors qu’il était de bon ton dans le monde de l’entreprise de mentir et de bomber le torse. Cette valeur se diffusait dans la famille depuis que son arrière-grand-père s’était refusé au joug nazi. Il avait terminé au fond d’une fosse commune de Dachau. Un survivant, qui l’avait connu, raconta que jusqu’au dernier jour, malgré ses trente-cinq kilos et ses yeux exorbités, il déclama du Goethe. Il partagea sa soupe d’eau et d’ersatz d’épluchures de pommes de terre, refusant tout diktat, avec pour leitmotiv de ne pas céder face au blockhaus de haine qui s’était dressé dans toute l’Europe occupée.

Dans les camps de concentration, les musulmans étaient l’appellation donnée aux cachectiques, les déportés dont toute la graisse et les muscles avaient disparu. Soixante-dix ans plus tard, bien que globalement bien nourris, ils étaient traités avec le même mépris qu’avec les détenus qui se croyaient hors de portée de la Faucheuse, par des occidentaux qui n’avaient pas vu le vent tourner. Quand il se lèverait, il ne ferait pas de distinction. Pourtant, tout comme leurs prédécesseurs, les Blum, les Levy ou les Benichou, beaucoup d’entre eux, l’immense majorité silencieuse des Haddad, des Ayari ou des Khalil, n’avaient que l’ambition de vivre modestement leur quotidien.

Lui, il avait déjà compris que les lignes se clivaient dangereusement et que les pentes qu’elles créaient étaient glissantes, sans espoir de pouvoir les remonter. D’un côté, les passéistes qui demandaient, confortablement calfeutrés dans leurs immeubles bourgeois, plus de tolérance, se refusant de passer le périphérique et de partager le fruit d’un égoïsme social durement acquis. De l’autre, des nostalgiques, souvent des ruraux, qui n’avaient jamais vu le moindre émigré franchir les marches de leur canton et encore moins les bénéfices des Trente glorieuses.

Il aurait pu se contenter de sa petite vie d’entre deux, baisser le front et serrer les dents. Ce n’est pas l’intolérance qui lui fit franchir la ligne rouge, mais la connerie et l’inculture. Il ne supportait plus d’entendre citer Clovis, Austerlitz ou les Causses par des ignares, incapables d’en situer le règne, la date ou la situation géographique. Il péta un câble quand son supérieur diffusa une vidéo sur l’intranet, grossier montage d’une propagande 2.0, agrémenté de commentaires truffés de fautes d’orthographe. Il se précipita dans son bureau pour lui parler du pays. Trois jours plus tard, il fut renvoyé sous le regard goguenard de la majorité de ses collègues.

Il aurait dû mettre de côté son angélisme. Il lui fallut du temps pour comprendre que la raison n’était plus du côté de l’objectivité. Elle était soumise à la mécanique d’un effet d’entraînement, lié à une peur irraisonnée, qui devint irraisonnable quand les premières milices firent leurs apparitions. Cet imbécile continuait invariablement à se faire le défenseur de valeurs qui n’avaient plus cours. Il ne retrouva pas de travail.

Quand les images des premiers charniers de Syriens furent diffusées, à quelques kilomètres de l’Autriche, il réalisa enfin combien son humanisme était dépassé. Puis, il manqua de courage. L’héroïsme ne se transmet pas par les gènes et il ne parvint pas à surmonter ses peurs pour rejoindre la poignée de protestataires qui avaient encore le courage de dénoncer et de prédire que la catastrophe serait, cette fois-ci, totale.

C’est le changement climatique qui sauva la mise. En cinq années, une vague de sécheresse, d’ouragans et des invasions de sauterelles vinrent mettre à mal les récoltes du vieux continent. C’est donc la bonne vieille méthode de la sélection naturelle qui entra en œuvre. Les chiens errants, redevenus sauvages, se firent un devoir de débarrasser les cadavres, peu regardant sur leurs origines. L’Europe retrouva sa quiétude et son niveau de vie d’antan.

7 réflexions au sujet de « Ipagina’Son se fait l’écho d’une chronique. »

  1. Mais oui, c’est bien PetitSaintLeu, son regard acéré et sa lucidité. Merci Agathe de le décliner de ta belle voix ce texte à la fois juste et à la fois désespérant. Bisous à tous les deux!

  2. Merciiii Agathe d’avoir choisi ce constat si pertinent de PetitSaintLeu, je reconnais bien là sa plume acérée et toujours juste et pertinente ! Heureusement que notre mère nourricière fait bien les choses ! BONNET BIEN BAS à tous les deux ! je cours partager cette petite perle ! gros bisous et douce soirée loin de ce monde déshumanisé ! A bientôt !!

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