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En mode écriture : Neo

« S’il te plait, dessine-moi un auteur : Neo »

Affiche de Bluewritter
Affiche de Bluewritter

iPagination et iPaginablog, deux sites en connexion étroite, puisque animés par les mêmes équipes, dans un même esprit et pour une même passion de l’écriture.

Écrire … qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça fait ? Comment ça vient ? Pourquoi ? Quand ? Où ? ….

Sur iPaginablog, nous avons invité les auteurs d’iPagination à nous dévoiler un peu de leur intimité de plume.

Cette semaine c’est Neo qui se frotte à Victor Hugo…

 B in B&W

Crédit photo : Firenz’

 Excuses liminaires :

Mea culpa, mea maxima culpa Monsieur Hugo, j’ai emprunté votre Demain dès l’aube, et je l’ai un peu trituré pour mon bon plaisir.

 

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne du pays d’iMagination

J’écrirai. Comprends-tu minou, je sais que tu m’attends sûrement… ou pas.

J’irai par la forêt, j’irai par la montagne, ceci grâce au pouvoir d’iPagination,

Car je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps, mon chat.

 

Je composerai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu – pour l’instant, j’espère ! –, avachi sur ma chaise, le dos courbé,

Les mains grippées d’une crise de crampe subite qui me détruit.

 

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe, parce que mes volets seront fermés,

Ni les voiles au loin descendant vers Senlis, car Senlis ne siège point en port, ô ami

S’pèce d’handicapé de la géographie mal aimée.

 

Et quand j’arriverai au bout de ce puré de roman,

Je mettrai sur la couverture
un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur,

Enfin si je trouve un gogo qui m’accorde en guise de remerciement

Une sublime édition, à pompeuse jaquette de cuir, et à compte d’éditeur.

 

Voilà, vous connaissez tout, à peu près…

Certes, je vous l’avoue, je ne m’y prends pas réellement comme cela. En réalité, les jongleries se bousculent au portillon, mes doigts pris de la danse de Saint-Guy courent sur le clavier – ceci toutes les fois où ma muse m’amuse.

Je note beaucoup de choses sur des feuilles que je ne retrouve plus. Un carnet que j’ai égaré. Tout bien réfléchi, je me suis résolu à offrir un dictaphone à ma plume. Je l’emporte partout et dès qu’une idée me traverse, je l’enregistre… « OVER ». Ça, je le dis à la fin de mon enregistrement, mon « OVER » me sert de point final « OVER »

 

J’adore le mélange des genres. Je refuse de me laisser enfermer dans un travail à façon, modèle cage littéraire. J’aime coucher sur le papier à la manière de… pour m’entraîner. J’affectionne les sentiments, la couleur des sentiments. J’apprécie quand on sent les odeurs que je diffuse, perçoit les sons que je propage, distingue en relief mes paysages ou mes protagonistes, a le goût en bouche d’un bonbon de chocolat noir quand mon héros en déguste un, ou se pique le pouce en ramassant une coque de marron. Bref, il faut donner du sens aux sens, comme du temps au temps.

Pour harponner le lecteur. Démarrer fort. « Si tu ne vas pas à l’incipit, l’incipit ira à toi ! ». Avancer, pas trop vite… Reculer, pas trop tôt… L’emberlificoter dans les mailles de l’intrigue, rebondir en fin de chapitre, le perdre pour finalement le récupérer dans l’antépénultième page.

Pour le garder éveillé. L’intéresser, développer son empathie avec un ou des personnages. Ne jamais l’ennuyer sinon… OVER

Il me plaît de débusquer les redondances et tuer celles que je n’ai pas sciemment choisies. Ma voyante m’a assuré que cela enjoliverait mon style, alors à défaut de m’enrichir moi-même… En ultime bafouille, je confesse détester les verbes : être, avoir et faire, brut de décoffrage. J’essaie souvent de les éliminer ! À tout le moins de les accompagner d’un gentil auxiliaire, sauf cas de force majeure.

 

En guise de conclusion, je vous livre un adage qui résume toute la joie que la rédaction d’une nouvelle ou d’un poème me procure : scriptum therapia. Ainsi, l’on s’aperçoit qu’en imbriquant un grec dans un latin (je parle des mots), on favorise la thérapie par l’écriture. À bon entendeur…

Victor_Hugo 1
Est-ce que Victor Hugo, lui aussi, cherche son chat ?

Quiz littéraire : Victor Hugo

 

QUIZ LITTERAIRENe vous fiez pas aux apparences des quelques premières questions assez faciles pour vous mettre en chauffe. Il s’agit là d’un véritable défi que vous proposent les iPaginauteurs. Tous les quiz – lorsqu’ils sont prêts – sont mis en ligne pour le vendredi, juste avant le défi du week-end (pour en savoir plus, cliquez ici ). Ce quiz vous est proposé par Firenz et découvrez son article inédit Jean Valjean, la légende . Arriverez-vous à réaliser un sans-faute ?

Quiz Victor Hugo

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Du latin quies qui serait dérivé de qui es ? (« Qui êtes vous ? »). C’était en effet la première question posée lors des examens oraux en latin. Le mot quiz apparaît, avec cette signification de « questionnaire » (un mot argot quiz existait déjà et signifiait « personne louche »), dans la langue anglaise en 1886. Le mot est ensuite passé dans la langue française.

L’histoire raconte qu’au théâtre de Dublin, le propriétaire du nom de Richard Daly fait un pari qu’il pouvait, dans les quarante-huit heures faire d’un mot absurde, le plus connu de toute la ville, et que le public lui fournirait un sens pour elle. Après une performance, un soir, il a donné ses cartes de membres du personnel avec le mot «quizz» écrit sur ​​eux, et leur dit d’écrire le mot sur ​​les murs de la ville. Le lendemain, le mot étrange était la coqueluche de la ville, et dans un court laps de temps, il a fait partie de la langue. Le récit plus détaillé de ce supposé exploit (dans F. T. Porter’s Gleanings and Reminiscences, 1875 ) donne la date de 1791. Le mot, cependant, était déjà en usage à cette époque, qui signifie «une étrange ou excentrique personne, et avait été utilisé dans ce sens par Fanny Burney dans son journal intime, le 24 Juin 1782.

Au plaisir de vous défier lors d’un prochain Quiz, et n’hésitez pas à mettre en commentaire le score – réel – que vous avez obtenu et les questions qui vous ont semblé compliquées…

Jean Valjean, la légende

Elles sont là, deux simples pierres blanches que la pluie, le vent, et le temps qui passe ont rendues presque muettes et anonymes.

Et pourtant, à travers les feuillages de ce cimetière romantique de l’Abbaye de Graville, au Havre, le vent fait courir une étrange légende. Appuyez-vous sur la balustrade, plongez vos yeux en contrebas, là où l’urbanité s’étend, et imaginez le château qui autrefois se dressait là. Fermez les yeux, ouvrez grand vos oreilles, et laissez la rumeur venir jusqu’à vous. Elle vous racontera que, sous l’une de ces deux pierres tombales, gît le corps d’un homme qui aurait inspiré le personnage de Jean Valjean, héros des ‘Misérables’, célèbre roman de Victor Hugo paru en 1862. Sous l’autre pierre, repose son épouse.

Jean Valjean, la légende
Plongez le regard avant de fermer les yeux et de vous laisser bercer par la légende…

Écoutez …

Les sabots des chevaux martèlent le pavé, la clameur de la ville, grouillante d’activité, monte. Nous sommes en 1831, Guillaume Joseph César Régault débarque au Havre. Il a 27 ans.

Son passé reste un mystère, mais l’homme est tourné vers l’avenir, un avenir qui lui sourit. Dans cette ville d’adoption, il gravit assez vite les échelons de la haute société. Entré au service de Nicolas Lefèvre, un riche négociant, il est très vite apprécié, et épouse bientôt une fille de la famille. Devenu homme de confiance de Nicolas, les deux hommes s’associent en 1838. Les affaires de Guillaume Régault sont donc prospères et, à la mort de Nicolas en 1842, c’est Guillaume qui gère la Maison Lefèvre. Une montée en puissance pour cet homme qui envisage même d’entrer en politique. Rien ne semble pouvoir arrêter son ascension.

Rien, ou presque.

Un jour malheureux de 1840 ou 1841, il est reconnu par un certain Vallée, tenancier d’un bar un peu louche du Quartier Saint François, quartier portuaire de la ville où vivent des négociants, dont Nicolas Lefèvre, et où les marins s’abîment entre deux verres. Vallée et Régault étaient compagnons de bagne, compagnons d’infortune. Était-ce à Rochefort, Brest ou Lorient, sur ce point la rumeur est muette. Mais tout à coup, le passé de Régault resurgit, un passé lourd et encombrant.

Commence alors un odieux chantage. Vallée menace de révéler ce volet sombre de l’histoire de Régault, et échange son silence contre de l’argent, de plus en plus d’argent. Le maître-chanteur devient si gourmand que Régault ne peut plus le satisfaire, sauf à mettre en péril ses affaires, pourtant florissantes.

Alors arrivent les lettres de dénonciation, à la famille, aux amis. Guillaume voit ses affaires, sa carrière, et sa réputation ruinées, et l’ancien bagnard se retrouve au ban de la ‘bonne société’ havraise. Son épouse meurt, écrasée sous le poids du chagrin. Une descente aux enfers pour Régault qui met fin à ses jours le 6 juillet 1848. Scandale et suicide – ce dernier condamné par l’Eglise, justifient probablement la modestie des sépultures et leur éloignement des autres tombes Lefèvre.

Jean Valjean, la légende2
Tombes de Monsieur et Madame Régault

Un ancien bagnard qui fait fortune, acquiert la respectabilité, et ses entrées dans la haute société, jusqu’à s’investir en politique, n’est-ce pas aussi l’histoire de Jean Valjean ? En observant les ‘points de contact’ entre Victor Hugo et Guillaume Régault, il paraît fort probable que l’histoire de ce dernier ait inspiré le grand écrivain. Il paraît en tout cas improbable qu’Hugo n’ait pas eu vent de cette affaire.

C’est la famille Lefèvre, belle-famille de Guillaume Régault, qui fut comme un ‘trait d’union’ entre ce dernier et les Hugo. En effet, les familles Hugo et Lefèvre sont liées à plus d’un titre. Par le mariage, tout d’abord, puisque Léopoldine Hugo a épousé Charles Vacquerie, le frère de Marie-Arsène Vacquerie devenue Madame Nicolas Lefèvre. Et Guillaume Régault était l’un des témoins de Charles Vacquerie à son mariage. Victor Hugo et Régault ont donc pu se rencontrer à cette occasion.

Par des liens d’amitié aussi, si l’on en croit les épitaphes écrites par le poète à la mémoire des fils jumeaux de Nicolas et Marie-Arsène Lefèvre, morts prématurément en 1839 et 1842. Liens renforcés lors du décès de Léopoldine Hugo–Vacquerie, noyée avec son mari dans la Seine en 1843. Victor Hugo était alors en voyage dans le sud de la France, il apprit la nouvelle par les journaux, six jours après le drame. C’est Madame Lefèvre qui s’occupa en partie des adieux à Léopoldine, relayant ainsi le père, l’ami, absent. Et enfin, parce que la confiance est sœur de l’amitié, et c’est ainsi que Victor Hugo confia à Ernest Lefèvre, fils aîné de Nicolas et Marie-Arsène, Président du Conseil Général de la Seine, et Député de Paris, la charge d’exécuteur testamentaire.

D’autre part, Adèle Fouchet, épouse de Victor dont il est séparé, a habité au Havre, et elle fréquentait la famille Régault. Hugo a fait quelques séjours dans cette ville normande, la rumeur dit que les Régault lui auraient offert l’hospitalité, et même que Guillaume Régault aurait vendu du vin à Victor Hugo.

Victor Hugo, Nicolas Lefèvre, Guillaume Régault, respectivement nés en 1802, 1801 et 1804, trois hommes d’une même génération, des destins qui se croisent à plusieurs reprises. Alors si la rumeur reste invérifiable et s’inscrit donc dans la légende, la probabilité de l’inspiration existe…

Les claquements des sabots de chevaux sur le pavé ont laissé place au bruit des klaxons et de la ville qui grouille à vos pieds. Avant d’ouvrir à nouveau les yeux, laissez le vent vous souffler, au travers du grand cèdre, une des épitaphes de Victor Hugo, précédemment citées :

« Il vivait, il jouait, riante créature

Que te sert d’avoir pris cet enfant, ô nature

N’as-tu pas les oiseaux peints de mille couleurs

Les astres, les grands bois, le ciel bleu, l’onde amère ?

Que te sert d’avoir pris cet enfant à sa mère

Et de l’avoir caché sous les touffes de fleurs ?

Pour cet enfant de plus, tu n’es pas plus peuplée

Tu n’es pas plus joyeuse, ô nature étoilée

Et le cœur de la mère en proie aux tristes soins

Ce cœur où toute joie engendre une torture

Cet abîme aussi grand que toi-même, ô nature

Est vide et désolé pour cet enfant de moins. »

V. Hugo

TOMBE PAUL LEON LEFEVRE
Sur la tombe de Paul Léon Lefèvre

Ainsi vous entendrez l’esprit de Victor Hugo flotter aujourd’hui encore sur ce cimetière qui abrite les tombes Lefèvre et Régault….

Et, lorsque vous quitterez ce lieu si romantique, laissez vos pas vous guider jusqu’à l’escalier Jean Valjean, la rue Fantine et l’impasse Cosette, à proximité immédiate de la rue de Bellefontaine, où au numéro 30 résidait la famille Régault …

Dans la rue Bellefontaine, l’escalier vous invite à monter jusqu’à l’impasse Cosette.

 

(Note : Régault ou Régnault, Guillaume voire William, l’équivalent anglais, César-Joseph, selon les documents l’orthographe des noms diffèrent, mais tous parlent du même homme. Problème de transcription ou volonté de déguiser quelque peu son identité ? à cette question, la rumeur n’a pas de réponse)

Le bureau des mariages* et ses surprises littéraires !

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Lors de 7 rendez-vous intimes dans 7 villes de la Province de Liège, découvrez 7 extraits littéraires de 7 minutes, illustrant chacun une étape d’une histoire d’amour, des émois du début… aux effrois de la fin. (Les Parlantes et cetera..)

Une part du secret de l’efficacité du festival de lectures Les Parlantes qui se tient à Liège chaque année durant la semaine de la francophonie est de proposer également des évènements culturels originaux autour de la lecture durant toute l’année : il suscite l’évènement jusque dans les endroits les plus surprenants.
Quand j’ai lu la proposition de lectures sur le thème de l’amour dans le programme du festival Les Parlantes et cetera, j’ai de suite éprouvé le désir d’en être et d’en faire le sujet d’un article à partager avec vous aux beaux jours si le spectacle se révélait à la hauteur de son intitulé ! Le rendez-vous auquel j’ai choisi de participer se tenait au centre de Liège, dans un magasin de robes de mariée ! Lieu d’une grande poésie, romantique à souhait, vaporeux et satiné, douillet et accueillant, un de ces lieux qui invite à penser l’amour sous le plus heureux des auspices…
Quelques chaises disposées au fond du magasin, un divan recouvert de velours tendre pour la lectrice et en toile de fond mural la magie de longues robes moirées suspendues à de jolis cintres de bois blancs.
Une petite table sur laquelle se trouvaient les rafraîchissements et quelques délicieuses bouchées apéritives achevaient de nous mettre l’eau à la bouche et le sourire aux lèvres.

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La lectrice s’assit, le silence se fit et d’emblée nous fûmes dans le sujet !

« La pièce montée arrive, sur un plateau immense porté par deux serveurs. Vincent voit osciller au rythme de leur marche cette tour de Babel en choux à la crème, surmontée du traditionnel couple de mariés. Il se dit : C’est moi, ce petit bonhomme, tout en haut. C’est moi. Il se demande qui a pu inventer un couple aussi ridicule. Cette pyramide grotesque ponctuée de petits grains de sucre argentés, de feuilles de pain azyme vert pistache et de roses en pâte d’amandes, cette monstruosité pâtissière sur son socle de nougatine. Et ce couple de mariés perché au sommet, qu’est-ce qu’il symbolise au juste ? (…)
-çà doit être le plus beau jour de notre vie. C’est comme un spectacle, tu comprends ? Une pièce de théâtre. Nous sommes les personnages principaux et les invités sont à la fois figurants et spectateurs ! »  (extrait de Une pièce montée de Blandine Le Callet)

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Photo pièce montée

Le ton était donné et nous reçûmes ainsi confirmation que, même avant le grand jour, un mariage pouvait présenter des risques, racontés avec humour certes mais un humour suffisamment grinçant pour que le décor perde un peu de son lustre et le romantisme ambiant un peu de sa lumière. Les sourires quant à eux faisaient plaisir à voir. Sans doute le souvenir d’autres gâteaux improbables émergeait-il dans les pensées.
La lectrice qui visiblement se délectait plongeait déjà dans le texte suivant ! Et nous écoutions avec délice le grand Victor Hugo :

« Lorsque ma main frémit si la tienne l’effleure,
Quand tu me vois pâlir, femme aux cheveux dorés,
Comme le premier jour, comme la première heure,
Rien qu’en touchant ta robe et ses plis adorés

Quand tu vois que les mots me manquent pour te dire
Tout ce dont tu remplis mon sein tumultueux ;
Lorsqu’en me regardant tu sens que mon sourire
M’enivre par degrés et fait briller mes yeux (…..)

Ô dis ne sens-tu pas se lever dans ton âme
L’amour vrai, l’amour pur, adorable lueur
L’amour flambeau de l’homme, étoile de la femme
Mystérieux soleil d’un monde intérieur (….) »

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Les vers hugoliens rendaient un hommage vibrant au désir qui, quand il s’allie à l’amour, nous dépose sur une terre d’élan et de partage. Les mystères de la rencontre amoureuse flottaient dans un air saturé de parfum de santal. Nous n’aurions pourtant pas le temps de nous attarder sur nos évocations car notre conteuse nous projetait déjà dans l’univers enthousiaste de Christiane Singer dont elle lisait un extrait de l‘Eloge du mariage, de l’engagement et autres folies’ :

« ….Seule la puissance des limites fait que l’esprit se cabre, s’enflamme, s’élève au-dessus de lui-même. Devant une toile immense dont il ne verrait pas les bords, tout peintre, aussi génial fût-il, baisserait les bras. C’est la restriction de la toile, sa limitation même, qui exalte ses pinceaux…Si le mariage n’était que l’union d’un homme et d’une femme, il ne pèserait pas lourd. Ce qui rend le mariage si fort, si indestructible c’est qu’il réunit deux êtres autour d’un projet de vie (….) cet état soit difficile exigeant, inconfortable, nul ne le contestera. En mariage, l’autre me confronte aux limites de mon être. Avec une ingéniosité étonnante, déjouant tous les gardiens, il s’introduit dans les coulisses (…) là où l’enfant des profondeurs à l’abri des regards, las, épuisé, se recroqueville (….). Pourtant ce qui rend le mariage si lumineux et si cruellement thérapeutique, c’est qu’il encourage une relation qui mette véritablement au travail (…).A partir de cette authenticité qui provoque, écorche et dérange, le chemin mène au mystère de l’être (…).Les épreuves ne sont pas en mariage signe qu’il faut clore l’aventure mais souvent, bien au contraire, qu’il devient passionnant de les poursuivre. Le mariage a pour nous d’autres ambitions.»

La parole de cette chercheuse de sens infatigable nous invitait par son chemin d’exigence, de constance et de pérennité à considérer le mariage comme une rencontre approfondie avec soi-même autant qu’avec l’autre. Nous passions de l’humour à la poésie délicate et de la poésie à une philosophie de l’amour empreinte de sagesse et d’efforts nous encourageant à vivre une altérité féconde. Le programme de la soirée nous faisait voyager et interpellait nos expériences de vie à deux pour le meilleur et par le rire, comme nous nous en sommes rendus compte en entendant le texte suivant qui s’intitulait ‘Ne vous mariez pas les filles’ écrite par un certain Boris Vian ! Je vous en confie quelques vers et une version chantée par Michèle Arnaud bien que nous n’ayons bénéficié ‘que’ de la lecture pleine de sa gouaille et ô combien instructive…

 

 

Avez-vous vu un homme à poil
Sortir soudain d’la salle de bains
Dégoulinant par tous les poils
Et la moustache pleine de chagrin ?
Avez-vous vu un homme bien laid
En train d’manger des spaghetti
Fourchette au poing, l’air abruti
D’la sauce tomate sur son gilet
Quand ils sont beaux, ils sont idiots
Quand ils sont vieux, ils sont affreux
Quand ils sont grands, ils sont feignants
Quand ils sont p’tits, ils sont méchants
Avez-vous vu un homme trop gros
Extraire ses jambes de son dodo
S’masser l’ventre et s’gratter les tifs
En r’gardant ses pieds l’air pensif ?

Effectivement, Boris trouvait là des arguments imparables pour susciter le doute chez celles qui auraient souhaité convoler ! La magnifique tirade de Perdican d’Alfred de Musset qui suivit se chargea d’ amener la réflexion sur la vitalité de l’amour et la densité qu’il confère à ceux qui en sont animés : ‘j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé…’. Difficile de ne pas être en admiration en écoutant cet extrait de ‘On ne badine pas avec l’amour’. Vous en trouverez une lecture à voix haute sous le lien de la tirade.

« Adieu Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. « 

Et quand vint l’heure d’entendre le superbe poème de Louis Aragon dont la version chantée par Jean Ferrat  reste accrochée à nos mémoires autant que le texte d’Aragon, nous étions tous profondément émus, chérissant cet amour qui donne sens aux vies bien que nous le malmenions si souvent !

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J’ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j’ai vu désormais le monde à ta façon
J’ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines
Comme au passant qui chante on reprend sa chanson

J’ai tout appris de toi jusqu’au sens du frisson.
Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

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Nous voyions le tas de feuilles lues doucement augmenter sur le divan au côté de la lectrice. Nous ne fûmes pas étonnés de découvrir où redécouvrir le poème bouleversant de Rosemonde Gérard Rostand qui traitait avec une grande délicatesse de l’amour au temps de la vieillesse et qu’elle avait intitulé ‘L’éternelle chanson’. Notre lectrice avait conjugué pour nous les temps de l’amour et nous en proposait ce que nous croyions être la fin. Nous étions pleinement avec elle et les vers que je connaissais pourtant prenaient une peau nouvelle portés qu’ils étaient par sa voix grave et belle.

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s’ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous nous croirons encore de jeunes amoureux,
Et je te sourirai tout en branlant la tête,
Et nous ferons un couple adorable de vieux.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.(…)

Et comme chaque jour je t’aime davantage,
Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain,
Qu’importeront alors les rides du visage ?
Mon amour se fera plus grave – et serein.
Songe que tous les jours des souvenirs s’entassent,
Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens.
Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent
Et sans cesse entre nous tissent d’autres liens.
C’est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l’âge,
Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main
Car vois-tu chaque jour je t’aime davantage,
Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain.

Pourtant nous avions tort, un dernier clin d’œil clôtura la soirée en complétant notre réflexion. Je suis heureuse de vous laisser le découvrir !

*Merci à Hervé Bazin a qui j’ai emprunté une partie du titre de l’article, Le bureau des mariages.
Les hyperliens donnent accès à la version complète des poèmes.
Les photos non annotées m’appartiennent, à l’exception de celle de notre conteuse, elles sont libres de droit.
Ma gratitude aux organisateurs de la soirée consacrée à l’amour pour Les Parlantes et cetera.