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Manières d’être, de Jean-christophe Torres

Manières d’être de Jean-christophe TORRES

Alors que les sociétés modernes, avec la révolution de l’Internet et des réseaux sociaux, semblent avoir basculé dans l’image et le paraître, les uns et les autres questionnent le sens et les limites de ce comportement où chacun souhaite être vu et reconnu. Si c’est une manière bien contemporaine d’exister, qu’en est-il du soi, de ce que nous sommes intimement  ? 

Au-delà des simples convenances, des apparences que nos manières font advenir et en lesquelles on les réduit trop hâtivement, elles invitent potentiellement à estimer notre condition et la réalité de notre hypothétique identité personnelle. Les manières d’être affirment un positionnement global et fondamental de l’homme dans le monde – et non simplement intégré dans la seule société de ses semblables. 

Concernant l’auteur

Jean-Christophe Torres, agrégé de philosophie, est l’auteur de plusieurs essais dans les domaines de la philosophie politique et de l’éducation. Il propose avec Manière d’être une réflexion profonde et fondamentale, résolument passionnée, sur soi, pour devenir et être, durablement.

Extrait du livre

La peau de l’esprit  : Chacun est attaché à son exigence de maîtrise. L’angoisse d’être dépassé par les événements, d’être débordé par ses propres émotions, de ne pas parvenir à surmonter les adversités du moment sont autant de manifestations d’une psychologie communément partagée. Cette sourde inquiétude est alors comme la peau de l’esprit. Elle forme en chacune de nos consciences agissantes une sorte d’épiderme protecteur, une barrière d’anticorps entre nous-mêmes et les autres. Elle est posée là, à la surface de nos désirs, atone et invisible. Le puissant instinct de domination la gouverne  : tantôt pour l’étirer et nous envelopper totalement en elle, tantôt pour la concentrer en un point et l’épaissir opportunément. Cette élasticité est notre force, notre capacité souveraine d’adaptation et la cause gouvernante de notre existence sociale. Tous ceux qui en sont dépourvus, les timides, les introvertis, les « mal dans leur peau » sont alors comme des cadavres écorchés : livrés aux miasmes et aux mauvais vents des relations humaines.

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Quand les arbres ne donnent plus de feuilles, de Véronique Barré

« Quand les arbres ne donnent plus de feuilles », de Véronique Barré.

Victorine Delabarre élève seule ses deux filles, Manon et Mimi, à un rythme effréné. Entre ses obligations monoparentales et son travail exigeant et pressant de psychologue à domicile, la jeune femme ne dispose que de trop peu de temps pour songer à son bien-être et à une tout autre vie. Jusqu’au jour où Léon, un mystérieux inconnu, vient bouleverser son existence réglée au millimètre.

« Quand les arbres ne donnent plus de feuilles » est un livre sensible qui questionne chacun quant aux solitudes de notre société. Avec ce premier roman, Véronique Barré, assistante sociale puis psychologue clinicienne, signe une œuvre touchante et authentique qui met en exergue la résilience comme moteur de vie. Précieux et salvateur.

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A propos de Véronique Barré

Véronique Barré est née au Havre le 22 avril 1972. Elle a suivi plusieurs cursus de formation qui lui ont permis de travailler auprès de publics en grande difficulté en tant qu’assistante sociale et psychologue clinicienne. Elle éprouve un profond intérêt pour les capacités d’adaptation de l’être humain dans un environnement hostile. Son premier roman est inspiré des situations de vie croisées au fil de ses rencontres professionnelles. Il met en exergue la résilience comme moteur de vie. 

Extrait du livre

Il est apparu dans ma vie comme une comète projetée de nulle part. Je fumais, comme à mon habitude, assise sur le perron de ma nouvelle maison, détachée du monde réel pour supporter les répétitives contraintes journalières. Je parlais ainsi aux étoiles avec cette idée saugrenue que mes pensées étaient des ondes que j’émettais aux milliers de récepteurs célestes, eux-mêmes branchés directement au cœur profond de l’humanité. Vu l’absence de réponse face à mes multiples attentes, je me disais qu’il devait y avoir un problème de connexion entre le divin et mon esprit. J’avais pourtant bricolé des mots nouveaux avec du mastic mystique, de la glu au pouvoir d’adhésion rapide mais rien n’y faisait, pas de changement positif dans ma pathétique routine. 

Puis il est arrivé, comme ça, devant mon portail fermé mais jamais à clef, avec sa chevelure grisonnante et sa barbe mal entretenue. Sa chemise rouge à carreaux jaunes et verts, légèrement entrouverte, laissait apparaître un tee-shirt gris clair. Je ne l’avais jamais vu dans les alentours. 

Sans interdit, de patryck Froissart

Sans interdit, de Patryck Froissart

Le poète écrit, le poème est cri.

Le poète est Je, le poème est double jeu.

A dire-lire en ce livre une tirelire de cinquante délires aux formes très variées, aux tonalités multiples, sur des thèmes éclectiques, volontiers hétéroclites.

Patryck Froissart double-joue, démultiplie et tire sur tout larigot.

Prosodie classique ou divers vers dits libres, ponctués et non. 

Rimes riches, suffisantes, pauvres, croisées, embrassées, plates, ou absentes.

Lexique à huppe, mots désuets, termes modernes, ancien français, créole, brusque résurgence du rouchi de son enfance, impertinente irruption de ces mots qu’on dit gros.

Bucolisme, érotisme, cynisme, épicurisme, romantisme, banditisme, lyrisme peut-être, et fantaisie jusqu’à la comptine enfantine. 

L’ensemble, contrairement à ses précédents ouvrages, n’a ni queue ni tête. C’est très bien ainsi. La poésie n’a nul besoin de queue, et se passe aisément de tête.

Sans interdit, le tout nouveau recueil de poésie de Patryck Froissart
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Concernant Patryck Froissart

Patryck Froissart, originaire du Borinage, à la frontière franco-belge, a enseigné dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur de l’Education Nationale puis proviseur, et de diriger à ce titre divers établissements à La Réunion et à Maurice.

Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix et en 2017 le 3e Prix Wilfrid Lucas décerné par la Société des Poètes et Artistes de France pour son ouvrage Le feu d’Orphée.

Professeur de Lettres, rédacteur de chroniques pour le magazine La Cause Littéraire, Patryck Froissart est engagé dans diverses actions en faveur de la Francophonie.

Membre de la SGDL (Société des Gens De Lettres), sociétaire de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France), de la SAPF (Société des Auteurs et Poètes de la Francophonie), de l’ADELF (Association Des Ecrivains de Langue Française), Patryck Froissart a été en 2017 membre du jury du Prix Jean Fanchette présidé par JMG Le Clézio.

Extraits du livre

J’entends qu’en tous les bals où me portent mes bulles,

Fervent de clair de lune et friand de hasard,

L’instant me fasse amant à l’aimant d’un regard

Et se créent en secret de vifs conciliabules.

(Coups d’œil)

Pour fuir la chambre illusoire

Je me suis fait alouette

J’a foncé vers le miroir

Et je m’a fêlé ma tête

(Heureux qui comme Alice)

Le comte, ami galant, sa noce finissant,

Me convia de conjoindre en sa nuit conjugale

Ardélise exigeant qu’à sa lune initiale

Nous fussions trois gourmands à croquer le croissant.

(Oroondate)

Un jour vint un putois

Portant hermine et pou-de-soie

Ce pédant qui pétait plus haut que son derrière

Me piqua là mon églantine

(Cocufaction précoce)

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Eaux troubles, d’Antonin Vabre et Pierre Peter

Eaux troubles, d’Antonin Vabre et Pierre Peter

Résumé

La Manche représente le dernier obstacle pour les migrants en partance pour l’Angleterre.

C’est à Cherbourg, loin de la trop médiatique jungle de Calais, que vont se rencontrer deux déracinés en quête d’une nouvelle vie.

Entre la traque permanente et les nombreux pièges dont sera pavé leur parcours, Stephen l’Ougandais et Ali le Tunisien devront, par la force des choses, apprendre à coopérer et se faire confiance pour atteindre leur objectif commun.

En attendant de rejoindre leur Eldorado, les compagnons d’infortune se créent un nouveau quotidien, sans cesse chamboulé. La violence omniprésente, réelle et symbolique, les rapproche. Ils comptent également sur certaines âmes bienveillantes pour s’en sortir. Malgré l’évolution de leur projet et le sombre passé qui les consume à petit feu, réussiront-ils à braver l’un des passages maritimes les plus dangereux au monde ?

Ce roman sensible et intelligent offre un nouveau regard sur la crise des migrants.

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A propos des auteurs

Né à Niort, Antonin Vabre a grandi à Cherbourg jusqu’à ses 18 ans. Journaliste de formation et après de nombreux voyages (notamment au Brésil ou encore en Nouvelle-Zélande), il travaille aujourd’hui pour Canal+ Afrique. Il a précédemment contribué à l’écriture de Incorrigiblement communiste d’Henri Malberg (éditions de l’Atelier, 2014) avec Céline Landreau. Il a ensuite écrit Mineur de fond à Carmaux, la vie de Fernand Frayssinet (Empreinte, 2015). Enfin, il a co-écrit avec Romain Lescurieux Underdog (Salto, 2018).

Pierre Peter est né à Cherbourg où il passe son enfance et son adolescence, avant de poursuivre ses études à Caen en Histoire. Après un Master 1 dans cette discipline, il devient en 2008 professeur de Lettres-Histoire en Lycée Professionnel. Suite à une première expérience enrichissante à Mantes-la-Jolie, en région parisienne, il revient sur ses terres d’origine en 2014, où il peut conjuguer sa passion de l’enseignement avec celle de la mer. C’est au lycée, en cours d’italien puis en hypokhâgne que les deux auteurs feront connaissance.

Presque vingt ans après, toujours amis, ils se lancent dans un projet d’écriture à quatre mains, fondé sur leurs préoccupations essentielles. Un an et demi plus tard en sortira Eaux troubles.

Extrait du livre

Il était doué, mû par sa peur et sa jeunesse, tantôt se glissant sous un bateau au sec, tantôt se suspendant à des câbles métalliques afin de passer un obstacle. Toutefois, son agilité ne lui permettrait pas de franchir le barrage déployé sur la route. Il le savait et de manière prévisible bien qu’alambiquée, il se dirigea à l’opposé de celle-ci, vers la mer, contre laquelle il se trouva bientôt acculé. 

Toujours dans l’ombre, caché derrière des tas de cordages, il suivait au sol la progression des tenailles lumineuses qui se rapprochaient de lui, impitoyables. Il se recroquevilla sur lui-même, sous un amas hétéroclite de bouts, de filets de pêche, de casiers et se sentit pris au piège lorsqu’il entendit les pas lourds des policiers se rapprocher de lui, homard de luxe appâté par le leurre de la liberté. 

—  Sors de là  ! 

—  Sois pas con, on t’a vu. 

—  Tu vas pas rester là toute la nuit, et nous non plus ! 

—  Allez, vite  ! 

—  Ne nous oblige pas à venir te chercher, bordel, ça va énerver tout le monde ! 

—  Putain, fais chier  ! Y’a personne, t’es sûr d’avoir vu quelqu’un  ? 

—  Tu rigoles ou quoi ? Tu me prends pour un con  ? J’en suis certain ! Il a peut-être sauté à l’eau ? 

—  Sauter à l’eau pour éviter un contrôle d’identité  ? Un grand ado qu’aurait peur de se faire engueuler par ses parents à cause du tapage nocturne, mon cul oui ! 

— Je vais regarder quand même, on dirait qu’il y a une échelle… 

En se penchant, le policier crut apercevoir des mains sur un des barreaux rongés par la rouille, mais sa vision n’avait aucun sens car ces mains lui étaient apparues seules, détachées de tout corps, sortant de l’à-pic du quai. Il braqua bien vite sa lampe torche et ses soupçons s’évanouirent avec l’obscurité. Sachant déjà qu’il serait moqué par ses collègues en raison de sa possible erreur de jugement (il cachait de plus en plus mal sa myopie naissante), il garda pour lui son impression fugace et se contenta d’un rapport concis  : 

« Il n’y a pas de ronds dans l’eau, personne n’a sauté, il a dû filer. » 

Les commentaires de ses collègues lui confirmèrent qu’ils mettaient en doute l’existence même du fugitif. 

Ignorant s’il était encore recherché, il était en revanche certain de sa propre réalité tant les efforts qu’il fournissait pour se maintenir en équilibre sans laisser dépasser ses mains ni ses pieds au-delà de l’horizon noir du quai au-dessus de lui le faisaient souffrir. Les jambes repliées, les avant-bras plaqués aux montants de l’échelle, il se tenait à ces derniers, cassant ses poignets à angle droit. Il devait tenir. Tenir. C’était trop tard pour s’immerger, ce serait trop bruyant. 

Il bascula enfin en arrière et fut accueilli par des bras souples à la peau noire. L’un des bras passa instantanément de l’épaule à la bouche du fugitif, ce qui étouffa son cri. Il comprit bientôt qu’il ne s’agissait pas de policiers, qu’on ne lui voulait pas de mal. Son sauveteur le soutenait sur le fin matelas de son corps ; il le lâcha bientôt pour saisir une paire de rames : ils étaient dans une barque. 

À reculons, ils s’enfoncèrent davantage dans les profondeurs du quai, se retrouvant, comme l’homme l’imaginait, juste sous les policiers. Appuyé contre l’inconnu, il était en équilibre instable sur cette annexe légère. Il restait crispé par la douleur, la peur de se renverser, d’être pris, de se faire égorger par ce passeur venu d’un autre monde. L’attente fut longue. Le froid stagnait au ras de l’eau, le vent et la houle se conjuguaient en un son de déglutition angoissant. Ils passaient leur temps à se maintenir à flot tout en repoussant les piliers, les murs, l’extérieur, et bientôt le plafond. Tacitement, ils luttaient de manière coordonnée. 

Ainsi ils s’extirpèrent de leur refuge devenu piège. Au clignotement anxiogène des gyrophares se substituèrent bientôt les lueurs continues et rassurantes des feux vert et rouge indiquant aux gens de mer les limites du chenal ouvert sur le large. Sur cette piste ils avancèrent sans faire claquer les rames une seule fois sur l’eau, surprenant les noirs cormorans qui plongeaient à la dernière seconde à la recherche d’une obscurité plus profonde. 

Ils longèrent le quai, toujours vers le nord, passant entre les bateaux, soulevant les amarres, écartant les coques, les contournant parfois jusqu’à ce qu’enfin ils accostent au pied d’une autre échelle. Ils l’escaladèrent au prix de mille efforts. L’un grimpant tandis que l’autre maintenait l’équilibre de leur frêle embarcation, le premier aidant ensuite le second à atteindre la terre ferme. Ils parvinrent sur celle-ci sans se mouiller, sans se parler. 

Ils coururent ensuite de concert, courbés. Le passager du train, légèrement devant, atteint un muret d’environ un mètre trente. Il eut à peine le temps d’apercevoir la profonde fosse qu’il surplombait que déjà son « complice » sautait par-dessus à l’aveugle. D’instinct, il le rattrapa. Après quelques ajustements, chacun se tenait aux poignets de l’autre, funambules sans filets ni spectateurs. Les rôles étaient inversés. Suspendu dans le vide, à une dizaine de mètres du sol, le sauveteur dépendait à présent de celui qu’il avait recueilli. 

Ce dernier avait plaqué ses jambes puissantes contre le parapet, les genoux frottant sur le béton, assurant un contrepoids au reste de ce corps puissant qu’il tendait vers l’homme en détresse. Bien plus léger, celui-ci se laissa hisser par cette grue humaine et regagna la surface. Essoufflés, appuyés contre ce mur qui aurait pu tuer autant qu’il avait sauvé, ces deux inconnus contemplaient la masse noire reposant au fond de cette fosse qui avait failli être leur tombeau : il s’agissait d’un sous-marin exposé au sec dont ils ne s’expliquèrent pas la présence. Lorsque leurs regards se rencontrèrent, ils s’étaient déjà jaugés. Ils pouvaient se faire confiance… 

Au bout d’un laps de temps indéterminé, d’une mimique, celui qui connaissait le mieux la ville invita son alter ego à le suivre. Ils coururent à un rythme soutenu mais supportable vers l’est, longèrent bientôt les clôtures barbelées déjà rencontrées et, au terme d’un itinéraire complexe, escaladèrent des barrières, rampèrent sous d’autres, empruntèrent des tunnels dégagés au cœur de tas de palettes, de cageots. L’absence totale d’hésitation de son guide lui permit de comprendre qu’il savait parfaitement où se rendre. 

Deux silhouettes leur firent signe de s’arrêter, laissant avancer celui qu’ils connaissaient pour l’interroger à propos de l’imposant postulant. Ce dernier était maintenu à quelques pas et surveillé avec un mélange de crainte et de méfiance. Au terme de ces quelques échanges, le guide revint vers son protégéAu cœur de cette semi-obscurité, de faibles rayons de lumière filtraient çà et là. Sous le masque irréel de ces taches de rousseur protéiformes et mouvantes, ils se présentèrent l’un à l’autre. Le plus petit des deux articula « Stephen » en se désignant de la paume, avant de la diriger vers celui dont il venait de se porter garant. Lequel, hésitant, bredouilla en retour à mesure que son mensonge venait : 

—  À, A, Ali. 

—  Harry  ? 

—  Ali. Aaaaali, corrigea ce dernier avant de tendre sa propre main vers celle qui l’attendait, cette fois non par nécessité mais par plaisir. 

Le coin de Stephen était, sans doute comme tous les autres, d’un inconfort total, mais au moins préservait-il une certaine intimité. Ils y cohabitèrent ce soir-là, celui qui s’était présenté comme Ali ne cherchant pas à partager la paillasse et gardant ses distances, ce qui convenait parfaitement à Stephen. 

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Nathanaël, de Laurence Délis

Résumé :

L’absence de sa mère, décédée à sa naissance, a créé un manque compréhensible dans la vie de Nathanaël et généré des rapports difficiles entre son père, sa sœur et lui. Une famille bancale dans laquelle il a du mal à trouver sa place. Passionné de musique, pianiste et compositeur en devenir, il puise une sorte d’apaisement dans l’amitié complice qui le lie à sa cousine Alice depuis l’enfance. L’apprentissage de la complexité des sentiments et l’inexplicable difficulté de grandir avec la sensation de vide qui l’accompagne entraînent cependant Nathanaël à fuir l’existence plutôt qu’à la vivre. Au fil des années et des rencontres, à travers la perception particulière qu’il entretient avec le bassin d’Arcachon, terre maternelle qu’il découvre l’été de ses dix-neuf ans, le jeune homme bâtit sa propre histoire. Une histoire où les personnes se heurtent, se découvrent, se dévoilent et s’aiment avec fragilité et résistance.

Livre papier disponible ici : http://bit.ly/2h7vwv1 
Livre numérique disponible ici : http://bit.ly/2yxqd34

A propos de Laurence Délis :
Artiste peintre, Laurence Délis s’inspire des sentiments, des émotions, de l’écoute du monde pour créer. L’écriture, à l’image de la peinture, s’ouvre sur les mêmes perceptions avec l’idée de transcrire les états d’âme de l’Homme dans toute sa globalité. Lila est son premier roman qui va vous bouleverser.
Extrait du livre :

Depuis mon arrivée, je respirais différemment. Ici, tout me parlait. Les senteurs maritimes, puissantes, le bruit perpétuel de l’océan, la couleur dorée du sable fin. L’attraction était forte, influente, et peu m’importait si je faisais un amalgame entre cette terre et ma mère. Je me fichais de savoir si cela révélait le manque terrible de son absence, je ne cherchais pas à y mettre des mots, ni des explications. J’étais un nouveau-né face aux perceptions que je découvrais. Je voulais apprendre à grandir dans ses bras maternels.

Je lui adressais des mots silencieux. Des mots qui lui parlaient du chagrin de n’avoir jamais entendu sa voix ni son rire, celui de n’avoir jamais pu me blottir dans ses bras. Ma peur de vivre venait-elle de si loin ? Et celle d’affronter ce monde qui me bousculait sans que je trouve où m’amarrer ? Je tangue, maman, je tangue jusqu’au moment où je tombe. Me relever me demande un effort si grand. Je tremble. Me raccrocher aux branches est douloureux. Je tremble, encore. J’ai dans la tête un chaos permanent. Et sans la musique, je n’aurais pas envie de poursuivre ma route, mais ça, tu vois personne ne le sait, elle éloigne le vide un moment, même si la colère vient en supplément quand je perds pied. Je suis sans repère. Papa et Louise ne remplissent pas le manque que je ressens, au contraire, ils le renforcent, je ne sais pas comment c’est possible mais c’est là, tout le temps. Je suis venu, maman, je suis là.

Dans ces moments-là, quelle que soit l’heure je filais à l’océan. Je gonflais mes poumons de l’air de la mer. Je plongeais à l’intérieur de la vague, me laissais porter jusqu’à la crête et dans un crawl puissant, revenais vers le littoral, poussé par l’élan de l’onde. Me pardonnes-tu d’être vivant, lui disais-je, bercé dans le creux de l’oscillation. La nuit, je me contentais de rester sur le sable, je m’isolais des groupes de jeunes qui s’installaient autour d’un feu, ça sentait la saucisse grillée, la bière, la clope et le joint. Dans l’obscurité, l’océan m’impressionnait. Les sons et les odeurs explosaient dans la démesure. Je gardais les bras contre mon corps, j’étais comme un môme, effrayé, vaincu et conquis, tout cela à la fois.

La gargote proche de la plage proposait des tapas diverses et variées ou des assiettes d’huîtres pour douze euros. L’endroit ne payait pas de mine, un mobilier peu entretenu, des murs qui avaient subi les outrages du temps. Mais planté au centre d’une estrade au fond de la salle se trouvait un piano droit. La propriétaire se prénommait Barbara et appréciait Tom et Jeanne. Elle avait donné à cette dernière la possibilité d’exposer quelques-unes de ses toiles sur les murs. Barbara avait étudié la musique classique, puis le jazz pendant près de vingt ans avant de reprendre le restaurant de son père. Elle avait fait de la place pour installer le piano et avait invité des amis musiciens à venir jouer. Elle encourageait volontiers tous les genres musicaux, sa seule exigence demeurait la qualité qui faisait la réputation du lieu. Le public ne s’y trompait pas et l’enthousiasme ambiant reflétait celui de passionnés de musique. De temps à autre je proposais à Adèle de se joindre à moi lorsque je retrouvais Tom et Jeanne chez Barbara. Je lui offrais un verre, un seul, de crainte de la voir apprécier l’alcool de façon excessive. Elle n’était pas Alice cependant et en cela me rassurait sur beaucoup d’aspects.

Le poids permanent que je portais ne variait pas, j’avais beau tenter d’y échapper sa résistance m’épuisait. J’avais cependant laissé la porte ouverte à de nouvelles sensations. C’était arrivé sans que je le prémédite. Il était tard, un soir. Adèle était là avec son visage levé vers moi, dans une attente timide et touchante et j’avais effleuré ses lèvres sans trop savoir si j’avais envie de poursuivre sur cette voie, si ce baiser léger représentait quelque chose. C’était doux, un peu machinal. Aisé. Le sourire confiant qu’elle m’adressa fit battre mon cœur plus vite. Elle paraissait tout à la fois fragile et forte. Une sorte d’ambivalence séduisante qui m’enhardit. Avide de caresses, elle me disait au creux de l’oreille combien elle aimait mes mains et ma bouche sur elle. Elle me disait aussi qu’elle m’aimait. Ça résonnait de façon bizarre en moi, me rendait maladroit et un peu défensif et lorsqu’elle désira faire l’amour, je me trouvai comme un con à ne pas savoir comment réagir en présence de la charge émotionnelle qui suintait d’elle. Je l’ai jamais fait, lui dis-je ce jour-là sans la regarder. Ce n’était pas facile à avouer, encore moins de s’y risquer. Mais elle était là avec sa confiance délicate et tout son amour et malgré ma maladresse, ma crainte de lui faire mal, la rapidité avec laquelle je jouis, je découvris qu’on avait bien assez de tendresse l’un envers l’autre pour le vivre comme un passage vers des félicités prochaines.

Dans la chaleur des après-midi et dans la pénombre de la chambre, nos corps s’exploraient. L’attraction était ample, généreuse, sans pudeur. La liberté qu’on s’autorisait me faisait un bien fou. Sa voix me portait. Oui, sa voix m’envoûtait. Singulière, à la chaleur inattendue pour une fille si menue, elle s’ourlait de sonorités basses qu’elle modulait avec sensualité. Une sirène dans mon lit que je désirais souvent et elle répondait sans hésitation à mon envie d’elle. Le plaisir était agréable avec des pointes délicieuses. Elle me disait je t’aime et je l’embrassais en retour.

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