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Okpè – récit de libération de la femme, de Hélène Aballo

Okpè – récit de libération de la femme, de Hélène Aballo

Résumé :

Okpè, petite Béninoise curieuse et pleine d’insouciance, va vivre une succession d’épreuves terribles qui laisseront de grandes blessures difficiles à oublier. Pas à pas et contre le cours des malheurs, la fillette va développer une détermination farouche et s’affranchir de tous les codes, souvent archaïques, des coutumes locales.Une vie à apprendre, à lutter, à combattre jusqu’à écrire ce témoignage sensible et puissant relatant un parcours hors du commun.

Ce premier roman d’Hélène Aballo est une ode à l’émancipation des femmes, puisant sa force dans un vécu âpre et sans concessions qu’il vous appartient de découvrir.

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A propos de l’auteur :

Hélène Aballo est née au Bénin, en Afrique de l’Ouest, en 1948. Quatrième d’une famille de huit enfants, Okpè (qui signifie Grâce dans son dialecte) va subir de nombreuses épreuves. Coupée brutalement de sa famille à cinq ans à peine, bagages sur la tête, elle a arpenté les chemins du commerce pour apprendre à gagner sa vie et veiller sur une vieille dame qu’elle a considérée longtemps comme son seul point d’attache.

Sa ténacité et sa résilience pour braver l’adversité et se jouer du destin en surprendront plus d’un. Une aventure faite d’incroyables circonstances qui vont l’amener jusque sur les bancs d’une école dont elle ne soupçonnait pas l’existence et où l’on déconseillait fortement d’y inscrire les filles. Cette porte de sortie s’est inscrite dans une succession d’étapes qui lui permettront de s’émanciper tout au long de sa vie.

Pour l’auteur, « Okpè » vise à apporter un témoignage, contribuer à cette évolution tant souhaitée et indispensable de la situation faite aux femmes dans nos sociétés. Ce tout premier contact avec l’écriture a été le fruit de deux ans de travail appliqué qui mérite une réelle découverte.

Début du livre :

« Nous sommes en Afrique de l’Ouest dans les années 1950. Le Bénin, ancien Dahomey, était installé dans son statut de colonie française après que la France a répondu à l’appel d’Angers du républicain de gauche Léon Gambetta, et a décidé d’entreprendre, comme les Anglais et les Portugais, la colonisation de l’Afrique : « Pour reprendre véritablement le rang qui lui appartient dans le monde, la France se doit de ne pas accepter le repliement sur elle-même. C’est par l’expansion, par le rayonnement dans la vie de dehors, par la place qu’elles prennent dans la vie générale de l’humanité que les nations persistent et qu’elles durent. »

Il y eut la Première Guerre mondiale puis la Seconde auxquelles les Africains ont participé. L’année 1948 marque la véritable sortie de cette dernière. L’URSS et les USA entraient en guerre froide et Marcel Cerdan devenait champion du monde des poids moyens. Cela se passait à New York. 1948, c’est aussi l’année de ma naissance. Et neuf ans auparavant, Aimé Césaire, écrivain noir, poète et homme politique français, publiait son chef-d’œuvre, Cahier d’un retour au pays natal.

J’entrais dans ma cinquième année quand Marilyne Monroe, contribuant à l’âge d’or d’Hollywood, tenait son principal rôle dans Les hommes préfèrent les blondes. Et si, à cette période, des pays industrialisés se concentraient sur l’égalité institutionnelle homme/ femme, dans d’autres pays, au rang desquels on pouvait compter le Bénin – malgré ses fameuses amazones à qui il faut rendre hommage –, la première préoccupation des femmes était tout simplement de posséder un statut d’être humain pourvu d’une personnalité individuelle.

Mon destin s’inscrivait dans ce monde où tout restait encore à écrire pour nous, femmes africaines. »

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Le pérégrin de Brabanterre, de Patrick van Wessem

Le pérégrin de Brabanterre, de Patrick van Wessem

Résumé :

Être là. Tel un enfant devant le maigre don qui s’y disposerait après un long temps d’accordage en tendant les mains vers sa mère avant que de pouvoir d’elle l’accepter puis seulement le recueillir dans ses paumes et dans son chant. Être là. Devant cela qui tarde à venir dans nos errances inquiètes, dans cet amas de sombre que nous traînons derrière nous, cheveux peignés au vent dans des sens trop indémêlables. Être là. Tel un enfant exténué ou las qui négligerait ses histoires anciennes qui usent et qui fatiguent. Être là. Tel un enfant qui ne chercherait aucun sens aux couleurs de son chant. Car tout chant vit de l’enfance et des saisons et des musiques qui, à elles seules, font sens, ici et maintenant. Et raison d’être, dans l’indivis et pour finir dans la seule permanence d’aimer. 

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A propos de l’auteur :

Patrick van WESSEM, né en 1949, a grandi dans un domaine de rêve qui l’a vu naître, certes, mais qui ne lui avait été que prêté. Son père en était alors le régisseur. Flanqué de cinq sœurs et de cinq frères – toujours treize à table – l’auteur ne s’est jamais éloigné des superstitions, des questions, des énigmes et des mystères de l’enfance. Aujourd’hui, toujours attentif à ses étonnements premiers, il nous en parle dans ce récit qui emprunte à la poésie, mais qui est rédigé cependant comme un chant, en prose rythmée, belle, ample et mélodieuse. 

Extrait du recueil : 

L’auteur a choisi délibérément d’utiliser l’orthographe rectifiée de 1991 tout au long du manuscrit. C’est ainsi que certains accents par exemple disparaissent.

***** 

Celle qui se souciait trop, à ton goût, 

de multiplier chez vous les présences, 

celle qui rêvait que l’on mansarde, un jour pas trop lointain, 

les greniers du domaine, sans oublier les granges vides, 

que l’on y fasse dormir, entre les chiens-assis, dessous les combles, 

tous les enfants des colonies, 

non des comptoirs, non des empires, 

celle qui osait espérer qu’un jour un Roi 

ordonne d’installer des lits supplémentaires 

dans les couloirs du château du domaine, 

pour qu’on y loge enfin 

tous les enfants des domaines autochtones 

qui n’ont pas d’autre toit que les nuages gris, 

ou seulement ceux des propriétés avoisinantes, 

qui n’ont pas de château… 

Celle-là donc, elle s’était levée tôt, ce jour-là. 

La tasse de café sur la table était déjà tout attiédie 

quand ses enfants minimes, avec, depuis la veille, 

toute l’aube déjà au fond des yeux, 

s’apprêtaient à partir, 

bien avant que le coq d’une ferme voisine ne chante le début du jour. 

Quelques chevreuils, la veille, avaient été entraperçus par quelques éclaireurs en herbe, 

dans le fond du verger caché des hautes tiges. 

On se lèverait tôt, avaient décidé les enfants 

et l’on suivrait des chevreuils, 

les traces des sabots dans la neige… Dans la neige ! 

On ne trainerait pas, craignant la bourrasque annoncée pour le début du jour 

et craignant que quelqu’un puisse aussi les déloger, 

un braconnier, un maraudeur, un dénicheur toujours possible. 

Dans la descente, on glisserait sans mot – c’était bien convenu – 

musique au cœur, en luge courte ou en traineau plus long, 

plus confortable, mais plus pesant et plus bruyant, 

moins maniable dans les courbes, donc plus risqué. 

On glisserait alors calmement cadré dans tout le paysage, 

pour les mieux voir. 

— Pour l’aube chuchotée, disait la mère, 

n’occultez ni portes ni fenêtres. 

Laissez ouvert le réduit à chaussures. 

Laissez, laissez le vent souffler jusques au seuil du corridor de la maison. 

Et qu’importe si, devant tant d’impatience, 

les petits chaussent les grosses pointures, 

puisqu’ils sont déjà, tous, dans l’urgence de l’aube, 

ses tout premiers convives. 

Elle disait, la mère, aux ainés qui, pour la circonstance, 

s’étaient vu saboter leur escapade blanche, 

elle disait aux ainés sans chaussures, 

les mains portées aux hanches, 

tête penchée et de fatigue, un peu déclinée vers le sol, 

elle disait… 

— Laissons-les, nos petits. Laissez-les faire, 

laissez-les seuls, entre eux, pour la surprise. 

Laissez-les seuls dans leur plus bel étonnement, 

dans leur plus soudaine surprise ! 

Et d’ajouter, pensive… 

— Les voilà qui s’en vont, éblouis tout autant qu’affamés de manne blanche, 

assoiffés de lumière, 

tisser leurs mots laiteux sur leur plain champ de laine, 

tout au bout de la nuit. 

Oui, les voilà partis chanter déjà tout l’or de l’aube 

comme vous, vous allez 

chaque matin au lait, en chantant, 

chaque matin au pain, en dansant. 

Et d’ajouter encore 

dans un songe éveillé… 

— Aux petits, laissez murir en eux ce qui très tôt promet. 

Que la belle saison s’installe dans leur cœur. 

Laissez fleurir en eux cela qui se répète avec espoir 

et recommence. 

Puis elle ne parlait plus. 

Et peut-être qu’elle espérait avoir de ses ainés, 

dans l’amas de ses lessives du jour à venir, un peu d’aide. 

Elle savait bien qu’elle devrait encore leur répéter 

d’assurer par ailleurs ce qui doit être fait 

des routines ordinaires 

et chacun pour la part qui lui revient 

sans tenter de se prévaloir de passe-droit particulier. 

Elle aurait à prêcher encore… Elle le savait. 

À redire à chacun sa besogne, sa part 

des choses gaies et sa part des choses fastidieuses 

à remplir pour le bien de chacun et de tous, 

pour la pérennité de la maison et pour la renommée de la famille. 

Ce n’est pas très sorcier à comprendre, 

disait-elle souvent à qui voulait l’entendre. 

Peut-être qu’elle pensait, sans s’en plaindre, 

combien le jour est sourd et lent 

quand les ainés comprennent si peu 

et sont si réticents, là où elle se voit résoudre à dire et redire 

cela qu’ils veulent si peu entendre, 

dans la courbure de l’aurore. Peut-être. 

Dans la cuisine, 

devant la table où quelques bols trainaient encore, 

elle ne disait plus grand-chose. 

C’est sûr, ce qu’elle avait à dire, elle l’avait dit et répété ! 

— Pour nos petits, insista-t-elle, 

laissez faire ce qui se fait et se défait, 

à la cadence et dans l’harmonie de chacun. 

Dans son songe, elle pensait aux plus jeunes 

éloignés dans la neige et nus dans l’aube. 

Elle savait mieux que quiconque et plus que de raison 

que la mémoire de la lumière est la lumière de la mémoire 

et qu’il faut abandonner aux petits 

cette première joie de l’aube entrevue, 

comme un doux souvenir, pour plus tard. 

* 

Elle avait cru longtemps 

qu’il lui fallait allonger le temps de tes culottes courtes 

pour prolonger le temps de ton enfance, 

te protéger du monde des grands. 

Et toi qui avais si soif de croitre rapidement ! 

Elle craignait seulement les enfances inachevées, 

les enfances écourtées ou celles qui s’éloignent à jamais, 

trop tôt, on ne sait trop vers où, ni comment, ni pourquoi, 

dans l’effusion des jours, 

vers des saules sans épaules, qui sait, 

lorsque tes chiens négociaient çà et là un gros os à ronger, 

un seul, devant la maison forestière, 

là où des petits-gris marchandaient encore. 

 

Elle cultivait ses assignations. 

Elle en avait toujours douze à la « onzaine », 

ne se lassait jamais de rabâcher aux grands, 

ses prescriptions, son « ménagier », ses dix commandements. 

Pas besoin de tablette, 

elle l’avait bien en tête, son petit catéchisme. 

Un. Chaque jour, ce qui doit être fait tu feras. 

Deux. Les voies les plus sures toujours emprunteras. 

Trois. Aux chemins non balisés toujours renonceras. 

Quatre. Au chant des oiseaux de l’aube te guideras. 

Cinq. Aux amis confirmés seulement te fieras. 

Six. Odeur des plombs, feux et cris des chasseurs sans clémence t’interdiras. 

Sept. Tendre parole à quelque maraudeur ou dénicheur te défendras. 

Huit. Aux larmes des vieux loups jamais n’acquiesceras. 

Neuf. Sabotage de la neige, ou salage s’il échoit, pour retrouver chemin dessous tes pas, toujours tu attendras. 

Dix. Si vos chiens vous sont restés fidèles après les traques, le ciel toujours tu béniras. 

Et la mère d’ajouter dans tous ses rabâchages, sans pouvoir trop s’en empêcher… 

Onze. Les perdreaux fous de l’année jamais de front ne fixeras, car jamais rien tu n’y pourras. 

Douze. Légumage et fruitage toujours respecteras et bénédicité avant chaque repas toujours en cœur réciteras. 

 

Te verrais-je sourire ? Tu dois comprendre. 

Toutes ces règles sont commandements 

qu’il incombe à chacun de suivre follement ! 

Imagine un instant une tribu n’honorant ni l’obéissance 

ni les autres vertus, naturelles et infuses, et les vertus morales ! 

Y as-tu seulement pensé ? 

* 

Reprenons notre route. Ne contournons pas le château. 

Ne prenons pas le chemin le plus court. 

Prenons le temps. Parler te fait du bien. 

Passons sans hâte la petite serre, à main droite, 

aux vitres cassées, 

qui n’offre plus aucune graine et ne permet aucun semis. 

Rejoignons, plus au sud, la ferme. 

Évitons le porche et tous ses courants d’air. 

Passons les quelques escaliers de pierres grises 

que nous emprunterons à l’aise. 

Vois dessous la corne du toit ! Le vent souffle à nouveau 

dans le porche, ses tas de neige 

jusqu’à cela qui n’est plus que remise à chaussures, 

à côté de la buanderie, sur le seuil de la maison du père 

où règne le silence avant tous les encombrements futurs, 

les carnages et la débâcle des lessives du jour. 

Derrière la maison, le vent s’énerve et pousse sa poudre blanche dans la volière 

enveloppée de brume. 

Les perruches y dorment d’un œil. 

On y a cru, au ciel, un moment ! 

Mais le ciel est trop gris. Et de là-haut, 

on ne voit jamais rien venir. 

Et rien ne transparait vraiment de l’aube. 

Allons-nous attendre longtemps ? 

 

Et toi tu trembles déjà de perdre ton temps, 

craignant que le jour entier soit maussade ! 

Tu ne sais toujours pas ? 

Tu ne sais pas ! Tu n’as rien remarqué, ce matin, en chemin ! 

La route est blanche sous tes pieds et la neige, non encore sabotée, 

porte l’empreinte de tes pas. 

En usant tes chaussures sur les pierriers, tu écris. 

Dans la respiration du vent, tu écris. 

Tu écris sur tes routes diurnes. 

Dans la poudre du vent, tu écris. 

Tu fais tes gammes en marchant et en songeant. 

Sous l’écorce de tes nuits, tu écris. 

Sur cette peau blême voilée de neige, tu écris. 

Et jusqu’au dernier blanc de l’hiver, tu écris. 

Avant que de te reposer sur la plaine cinglée de froid, 

oui, tu écris. Tu écris ton livre de vie sans le savoir, 

jusque sur ton linceul qui cèlera l’ombre même de ton corps. 

***** 

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Les baïnes invisibles, de Treplev

Les baïnes invisibles, de Treplev

Ce premier roman du prometteur Treplev est une histoire unique et universelle à la fois. De la difficulté d’assumer ses différences à la peur du regard des autres, des lâchetés quotidiennes aux « j’aurais dû »… Tant de pièges qui jalonnent le quotidien de nos vies amoureuses.

C’est aussi une histoire de génération, de certitudes qu’on piétine et de peurs qui n’existent que dans nos têtes. Bref, une histoire d’amour d’aujourd’hui. Pimentée et drôle, bruyante et désordonnée. Vivante, tout simplement.

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Extrait du livre :

 

« Marie, c’était une île.

Il y a des femmes qui sont des chemins, qui vous emmènent ailleurs. On les emprunte à un tournant de nos vies et on les quitte quelques embranchements plus tard, pour prendre un autre cap ou faire demi-tour. Le plus souvent, j’ai eu la chance de parcourir des routes de montagne, sinueuses, excitantes, dangereuses parfois mais qui m’ont entraîné vers des sommets, qui m’ont tiré vers le haut. Les sorties de route venaient toujours de ma façon de conduire, intentionnelle ou non. Les lignes droites me font flipper. La routine est une mort par défaut qui vous nécrose et vous paralyse lentement. Le poison du « aujourd’hui » se répétant à l’infini, un supplice. Plante-moi des aiguilles à tricoter chauffées à blanc dans les globes oculaires plutôt que de m’obliger à vivre avec des morceaux d’asphalte si prévisibles, si lisses, si froids, si chiants.

D’autres femmes sont des feux d’artifice. Elles éblouissent tous ceux qui les approchent. On recherche leur présence, la vie paraît plus lumineuse, plus gaie en leur compagnie. Un spectacle merveilleux, mais éphémère. Une pause magique dont on sort ébloui, mais répétitive, dont on se lasse très vite et qui déçoit dès qu’on découvre l’envers du décor, les artificiers, les câbles, toute la machinerie. Un feu d’artifice, c’est beau de loin. De près, ça pue le soufre et explose les tympans.

Et il y a les îles.

Les îles, ce sont ces êtres qui vous donnent l’impression d’être arrivé à destination, que votre voyage est fini. On s’arrête là, on pose ses valises. Vous êtes sur un territoire qui se suffit à lui-même, un abri après des années de mers déchaînées, un Ithaque.

Personne n’est une île en soi. Cela se fait à deux. Celle qui va être une île pour moi sera une route, un feu d’artifice pour d’autres. Une île, ça naît d’une adoption commune. Une île, ça s’apprivoise.

On peut avoir plusieurs îles dans sa vie. J’en avais connu d’autres avant elle. Une île, ça s’entretient. Sinon, l’abri paradisiaque a vite fait de se transformer en un enfer tropical dont il est difficile de s’échapper. La plage de sable blanc et le lagon turquoise se métamorphosent en une falaise escarpée sur laquelle viennent se fracasser vos sentiments.

Marie, c’était une île. Version paradisiaque.

Physiquement, moralement, je me détendais en sa présence. Mon corps, mes soucis de taf, mes muscles, mes angoisses, le plus petit et insoupçonné de mes nerfs se mettaient en congé. Plus de tension, je vivais dans un autre rythme. Celui du bonheur je crois. En tout cas une forme de bonheur.

Alors pourquoi je n’arrivais pas à formuler simplement ça ?

Sur la table, mon téléphone muet se mit de nouveau à frétiller.

Texto d’un de mes amis.

Alors, il paraît que tu te tapes une petite jeune avec un cul d’enfer ? Voilà pourquoi on te voit moins. Cachottier. Profite. Quand t’en auras marre, fais signe.

Élégant, n’est-ce pas ? Ce pote a toujours eu cette faculté à sonner vulgaire, même sans le vouloir. Une cloche fêlée. Dissonante. En tout cas, le « sms arabe » était en marche. Je n’aimais pas le raccourci qu’il faisait. Dans son schéma, j’avais la chance d’avoir harponné le fantasme de tout trentenaire célibataire : belle et jeune. Le combo idéal. On s’imagine pouvoir leur faire sexuellement plein de trucs sans qu’elle ne se mette à penser, dans l’instant, couple, bague, présentation aux parents, robe blanche, bouquet jeté en l’air et tout le tintouin. Dans sa tête, j’avais touché le gros lot, cinq numéros et le complémentaire. Il n’envisageait pas un seul instant que je puisse m’attacher à une fille comme ça. Je le comprenais, vu mon passé et le nombre de fois où j’avais été le premier à réduire mes conquêtes à un assemblage de chair, à des pourvoyeuses de plaisir, de râles et d’ego.

J’ai bien eu envie de lui décocher une réponse cinglante, seulement mes doigts immobiles ont patienté vainement devant un écran vide. Je ne savais pas quoi lui répondre, comment le contredire.

Pourquoi, bordel, pourquoi ?

Le souvenir d’une de mes premières escapades diurnes avec Marie m’est revenu en tête.

Nous nous étions rendus à deux pas de chez moi, dans un café en bord de Garonne. Le printemps pointait le bout de son nez, les joggeurs étaient de sortie sur la promenade aménagée le long des quais. On avait passé une bonne heure en terrasse à vanner les faux runners, ceux qui ne couraient pas pour le sport, mais en pénitence. Ils n’aspiraient qu’à une chose : perdre, avant les premiers week-ends plage, les kilos accumulés tout au long des mois d’hiver, à grands coups de bouffes gargantuesques, de raclettes surdimensionnées et de poignées de noix de cajou gobées après un « allez, une dernière, on a le temps avant l’été », un verre de rosé pour faire passer le tout. Au premier rayon de soleil, panique. Antilopes affolées par l’odeur du lion proche, ils se mettaient à galoper frénétiquement, dans tous les sens. Très drôle de les voir enchaîner des foulées démesurées, rougeauds et repentants, regrettant, lui, le kebab inutile de quatre heures du matin pour éponger son alcoolémie juste avant d’aller se coucher ; elle, l’ajout de chantilly sur un dessert déjà confit de sucre et de crème pour atténuer le fait que son crush de la veille n’avait pas répondu à son message.

Un épisode de méchanceté gratuite, bon enfant. On les dévisageait un par un, imageant leurs péchés et inventant leurs chemins de croix à voix haute. Divertissement garanti. Après une énième quinte de rires, Marie était partie « se refaire une beauté », les femmes ayant une conception très « urinaire » de leur beauté. En revenant des toilettes, elle avait fait pivoter ma chaise, s’était plantée face à moi, debout, et m’avait roulé une galoche d’adolescent. Retour en quatrième B, madame Ronsard en prof principale. Trop de langue, trop vite, trop de salive, trop démonstratif, trop long, trop tout.

Elle s’était rassise, sans un mot, et avait fixé le fleuve droit devant, un orage dans le regard.

— Qu’est-ce qui se passe ? avais-je tenté, surpris par le changement radical d’atmosphère.

— Rien.

Un de ces « Rien » féminin, tellement chargé qu’il fallait y aller doucement pour le décortiquer. Sinon, ça pouvait vous exploser à la gueule. Mais ce n’était pas mon premier rodéo.

— Je t’ai raconté que j’ai été trois fois médaille d’or en confidence ? Bon, aux derniers mondiaux, j’ai eu peur, en finale, face à un Coréen aveugle. Mais j’ai conservé mon titre. Je suis le Teddy Riner, catégorie « raconter un secret ». Tu ne te sens sans doute pas à la hauteur de mon talent.

Un frémissement des lèvres, un éclat dans les iris.

— T’es con. C’est rien, je te dis. Un petit débile qui m’a draguée quand je suis revenue des toilettes.

— Il t’a touchée ?

— T’inquiète pas, Captain America, il a juste fait usage de consonnes et de voyelles. Je lui ai dit que j’étais avec quelqu’un en te désignant. Il m’a demandé si ça ne me dérangeait pas de « faire la pute » avec un « vieux vicieux qui pourrait être mon père ». Pas le temps de lui foutre une baffe qu’il s’était déjà évaporé.

Je ressentais physiquement l’empreinte de l’insulte sur ma joue. Fer rouge.

Elle a ajouté :

— Moi, je ne vois pas un état civil quand je te regarde. Je ressens juste le bien que tu me fais. Le reste, je m’en fous.

Elle m’a entraîné chez moi. On n’a pas dépassé le couloir de l’entrée. Dès la porte claquée, je l’ai plaquée contre le mur. On a haleté à en oublier cette anecdote.

Jusqu’à aujourd’hui.

Il était là le problème. »

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La more dans l’âme, de Patryck Froissart

La more dans l’âme, de Patryck Froissart

Un jeune professeur est affecté au cœur du royaume des Mores.

Naïf, velléitaire, pusillanime, volontiers soumis, manipulé par un narrateur scandaleusement amoral, il tombe amoureux de toutes les femmes qu’il rencontre et dont il accepte immédiatement l’emprise.

Ainsi se saisissent de lui Dragana, Slave de Marseille, Albina, fausse Portugaise, la fière Atlante Damya, Tamchicht, jeune répudiée du village où il enseigne, la puissante Kahina de la médina proche, l’Espagnole Esperanza qui hante les bars de la ville, la Boraine Angèle Coquebin, ex-maîtresse de son père, qui mène de louches activités auxquelles elle a décidé de l’associer, et Tsaâzzoult, une montagnarde supposément candide qui a résolu de l’épouser et de le soustraire aux tentations immorales auxquelles le soumettent les précédentes.

Ce récit initiatique, érotico-sentimental, fortement empreint d’humour et de dérision, constitue un roman facétieux sur fond de questions existentielles qu’il appartient aux lecteurs de découvrir.

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A propos de l’auteur

Patryck Froissart, originaire du Borinage, à la frontière franco-belge, a enseigné dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur de l’Education Nationale puis proviseur, et de diriger à ce titre divers établissements à La Réunion et à Maurice. 

Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix. 

Professeur de Lettres, rédacteur de chroniques pour le magazine La Cause Littéraire, Patryck Froissart est engagé dans diverses actions en faveur de la Francophonie. 

Membre de la SGDL (Société des Gens De Lettres), sociétaire de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France), de la SAPF (Société des Auteurs et Poètes de la Francophonie), de l’ADELF (Association des Ecrivains de Langue Française), Patryck Froissart est également membre du jury du Prix Jean Fanchette, que préside JMG Le Clézio. 

Extrait de « La more dans l’âme

« Sur ces entrefaites, il fut annoncé qu’aurait lieu sur la place du souk une séance gratuite de cinéma de plein air, organisée pour sa promotion par une marque d’huile.

Considérant la connivence qui marquait de plus en plus leur coexistence, Jean Juba osa prier Tsaâzzoult de l’y accompagner.

Malgré l’aménité croissante que lui témoignait la nymphe, il craignait encore la rebuffade. Ce ne fut pas le cas. Avec un grand sourire, elle agréa. Il en fut radieux.

Epaules jointes, ils entrecroisèrent leurs éclatements de rire aux pitreries de Laurel et Hardy.

Après le film, alors que les spectateurs se dispersaient, la voyant détendue et la sentant amicale, Jean se risqua à évoquer, sans grand espoir, la possibilité d’une promenade sur la piste menant à Tafeswa.

Il fut sur le coup stupéfait qu’elle acceptât sans une seconde d’hésitation, et il en perdit toute audace.

Ils marchèrent alors, sans but ni hâte, dépassés par des groupes de campagnards regagnant leurs douars à pied ou à dos d’âne, qui leur adressaient de courtois saluts.

Puis les lieux se désertifièrent, et la voie s’offrit, libre et nue, toute à eux.

Ils avançaient lents et légers, muets et brûlant du désir de dire, sachant qu’il leur était loisible à tout instant d’outrepasser la ligne interdite. Ils se tenaient là par le bout du cœur, sans vouloir se demander où la piste les menait.

L’armée britannique envahissait cependant l’Irlande du Nord, officiellement pour rétablir la paix entre les protestants et les catholiques qui, comme tous ceux qui veulent convaincre les autres que leur religion est la seule qui vaille, se fusillaient les uns les autres, pas seulement du regard.

— Viens ! murmura-t-elle soudain dans un souffle qui embauma la brise et sidéra Juba, quittant la rectiligne et nue latérite pour un sentier tortueux et étroit qui s’ouvrait à gauche dans une végétation touffue.

Le soleil d’été, parvenant à son dernier radian, avait adouci ses rayons. Leurs pas levaient de dérisoires bouffées de fine poussière. L’exiguïté de la sente contraignait leurs hanches à se frôler, leurs mains à s’effleurer.

Aimanté au flanc de la campagnarde d’où il lui semblait que jaillissaient des essaims d’atomes crochus, Jean allait aérien, le nuage aux pieds.

Ils longèrent un vague cimetière, parsemé sans ordre apparent de tumulus funéraires et de quelques rares pierres tombales en béton entre lesquelles poussaient épars des coquelicots au large calice et des bouquets puissamment odorifères de thym sauvage.

De petits vergers d’oliviers s’intercalaient entre les champs de blé où, sur la terre pelée par l’été, ne subsistaient plus que de maigres bouquets ébouriffés de tiges de chaume.

Le chemin, s’étrécissant encore, descendit bientôt en pente douce.

Ils débouchèrent dans une clairière en synclinal que cachait à tout regard une oseraie au-delà de quoi se pressaient des oliviers au tronc énorme et aux immenses branches torses.

Au centre de ce havre vert se dressait, ombragée par la large ramée d’un haut figuier, l’antique margelle d’un puits sur le bord de laquelle Tsaâzzoult l’invita à s’asseoir.

— Les oliviers de mon oncle, dit-elle en désignant d’un geste circulaire les arbres vénérables qui les enclosaient.

— Ils sont grands, ne sut-il que balbutier.

— Ils sont très vieux, précisa l’angélique.

Ils ne se dirent rien de plus.

Certains instants de bonheur sont tellement arachnéens qu’un unique mot maladroit peut y provoquer une irrémédiable déchirure.

Dans les lointains alentours, des ânes brayaient à tour de rôle. Des rumeurs sourdes arrivaient par bribes du douar le plus proche. Des tourterelles roucoulaient leurs amours exclusives. Un ranidé solitaire appelait à la copulation une partenaire hypothétique en émettant à intervalles réguliers la litanie toujours identique de ses coassements optimistes.

Jean se tourna à demi, lentement, prudemment, vers sa compagne, dont le profil pur et paisible, rubescent sous les rayons de l’astre déclinant, lui parut illustrer la couverture du livre d’une autre vie.

Elle ne bougea pas, mais esquissa sous la caresse de son regard un sourire éthéré qui fit davantage encore rayonner la grâce unique des contours de sa figure.

Jean, bien que transi d’émoi, en lui-même brûlait.

Cette bouche framboisée espérait à n’en pas douter la tendre morsure de ses dents, ce torse palpitant aspirait secrètement à la caresse fébrile de ses mains qu’il eût souhaité téméraires, la proximité voulue en ces lieux solitaires de ce giron virginal appelait à l’audacieuse conjonction.

Qu’oserait-il dans l’oseraie ?

Il ébaucha le mouvement qui lui eût permis de passer son bras droit autour des épaules de la pucelle, mais, pleutre, y renonça, le cœur tonnant, et se maintint coi, tout en déplorant l’acte manqué.

Tous deux se contentèrent alors d’inspirer romantiquement le temps qui s’éternisait.

Un bruissement soudain dans les proches broussailles tira Jean de l’inertie. Son brusque sursaut n’émut pas l’oréade qui chuchota tranquillement :

— Serpent ! Matkhafch[1] !

Sa sérénité rassura l’orant qui reprit la religieuse contemplation de sa madone.

La survenue du serpent dans ce pourpris édénique, pensa-t-il, n’était peut-être pas un hasard dénué de sens. On pouvait bibliquement y entrevoir un possible déterminisme, un signe, une invite, un divin stimulus.

Miracle ! Comme si elle l’avait entendu, Tsaâzzoult lui tendit la paume.

Le benêt !

Il est allé jusqu’à la source et il n’a rien bu[2] !

Au lieu de s’empresser d’y mordre à pleines dents, il y posa la sienne et, sans souhaiter plus, remercia le ciel avec un soupir pire que ceux qui s’élèvent des gondoles glissant sur l’eau de rose de la lagune aux bluettes, sous les mornes ponts vénitiens.

La jointure fut éphémère.

D’ailleurs arrivèrent diffus les appels du muezzin.

La demoiselle reprit la main, se leva, s’ébroua, et souffla au soupirant :

— Il faut aller !

A peine eurent-ils fait dix pas que le destin, donnant une seconde chance au pusillanime, profita de la présence opportune d’un nid de poule en la tortillère pour faire en sorte que Tsaâzzoult s’y tordît méchamment la cheville.

Elle cria sous la fulgurance de la douleur et par réflexe afin de ne point choir elle s’accrocha de sa main chaude à celle de Jean qui la retint et s’écria doucement :

— Tu t’es fait mal, Tsaâzzoult ?

— Chouïa, ça va ! murmura-t-elle sans relâcher cette fois l’étreinte de sa menotte, moite.

L’incident ne produisit pas l’effet qu’il eût dû. On eût souhaité qu’elle chût, sous la violence de la torsion, dans les bras de l’empoté, qui, lui-même emporté, se fût étalé dans l’herbe en entraînant l’accidentée, qui, elle-même, sous le coup du vertige, eût atterri de tout son corps sur celui de Jean, qui, lui-même…

Vain vœu !

L’union cette fois maintenue de leurs phalanges au moins leur fit-elle prendre conscience de l’importance de la distance qu’ils avaient parcourue l’un vers l’autre à mesure qu’ils s’étaient éloignés de la maison.

Ils rebroussèrent la piste de latérite.

Le petit démon dans l’âme à Jean s’opiniâtra encore, tant têtu était-il, à vouloir diriger l’action sur la voie du stupre, à essayer de l’engager dans le sens de la turpitude, à être l’instigateur de la débauche, à se comporter, si on ose dire, comme une sorte de tourne-au-vice.

Il lui fit miroiter le caractère, propice à toutes les audaces, de la solitude des lieux, de la pénombre qui s’installait, de la facilité avec laquelle elle lui accordait sa main.

Oh ! la belle occasion d’être là le larron de ce que la vestale semblait considérer comme son bien le plus précieux !

En l’occurrence, insistait le lutin, le larcin serait de l’ordre de la peccadille, attendu que la victime semblait disposée à lui céder sur le champ d’oliviers ce qu’il ne pourrait peut-être plus jamais obtenir que par la force, dans un accès de violence qui serait diablement plus risqué. Pourquoi laisser passer cette chance ?

Aut nunc, aut nunquam !

Elle résisterait peut-être un peu, protesterait, pour la forme, lui opposerait sans profonde conviction les convenances, son éducation, sa morale, lui objecterait en mollissant la haïa, murmurerait haram en se pâmant, et puis lui ferait don d’elle avec ses sabots, dondaine…

Accipe quam primum : brevis est occasio lucri[3] ! ponctua le petit malin.

Faisant un petit pas dans le sens indiqué, Jean demanda doucement :

— Ça va, ma chérie ? Tu veux qu’on se repose un peu sous ces oliviers-là ?

— Oui, habibi, ça va, merci, non, il faut aller, maintenant ! susurra-t-elle en pressant fortement sa main.

Bouleversé, l’imbécile n’alla pas plus loin.

Le vocatif « habibi », en réponse à l’apostrophe « ma chérie » qu’il avait impulsivement osée, l’avait exalté.

Il ne s’attendait pas à la subite advenue de cette émouvante connivence.

Il ne voulait rien entreprendre de plus qui eût risqué, craignait-il, de rompre la cordiale harmonie qui en ces instants les unissait et les rendait suffisamment heureux.

On aviserait à la maison…

Ils poursuivirent donc d’un pas égal, en communion avec la totale eurythmie des lieux.

Ils cheminaient, sans un mot, ceints d’un halo d’éclatante félicité dont leurs mains entrelacées constituaient le centre ardent. »

[1] N’aie pas peur !

[2] Expression more.

[3] Il faut battre le fer tant qu’il est chaud (traduction libre).

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Le baiser de la cigogne, de Hélène Laly

Le baiser de la cigogne, de Hélène Laly

Lorsque Sunny Herling arrive à Blue Morning Glories, un manoir isolé en dehors de la ville, elle n’imagine pas un instant être plongée au cœur d’une lutte sans merci.

C’est en compagnie des jumeaux Erno et Anja, des chiens Zafar et Indra, des Lilydoll, délicates fleurs-filles et des Toggle, fleurs-mères aux pouvoirs extraordinaires, de Klok, l’intendant baroudeur, de l’inquiétante Purple et surtout d’Idriss Gallander, le maître des lieux, que vont éclater des forces prodigieuses qui ouvriront les portes d’un monde fantastique auquel elle ne pourra plus échapper.

Duel de toutes les libertés face aux desseins maléfiques : l’heure a sonné.

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A propos d’Hélène Laly

Titulaire d’une maîtrise de Lettres Modernes, Hélène LALY écrit depuis l’enfance.  

Parallèlement à son parcours professionnel, elle prend part à des ateliers d’écriture et anime un cours de théâtre pour enfants.  

Elle est lauréate de plusieurs concours de nouvelles, de haïkus et de poésie (Thiberville, Viry-Chatillon, Palaiseau, Ville de Castres/L’encrier renversé, Les éditions oléronaises, Cnous-Crous, Kukaï de Lyon…)  

Nombre de ses poèmes ont été mis en musique par le compositeur Rémi Guillard, et ont donné lieu à la création de mélodies pour soprano et piano et d’une cantate, La Caryatide, pour soprano, récitant et orchestre. 

Dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine 2014, elle a écrit pour La Compagnie le Vieil or de la dernière syllabe une série de lettres imaginaires, Huit lettres du soldat Paul à ses proches. 

En 2014, les éditions Lacour éditent son recueil de nouvelles fantastiques, Si Einstein était une fille 

Le baiser de la cigogne est son premier roman. 

 Extrait du livre :

Ne cherche pas à me voir, petite. Je suis entouré d’un anneau d’invisibilité comme tous les esprits. La lumière se dévie pour ne pas me croiser. Tu ne me vois pas, mais je suis là. Ne sois plus triste en pensant à moi. Je ne t’ai jamais quittée et je t’accompagnerai jusqu’au jour où tu me rejoindras. 

— Grand-père ! Grand-père ! cria Sunny. 

De ses yeux coulèrent des larmes qui, sous l’effet de la vitesse et du froid, se firent cristaux. Elle sentit que Yaël les rassemblait et les emportait. Elle se retourna pour fouiller l’indiscernable. Mais l’équipage avait déjà franchi la barrière des brumes sèches. Au loin un panache volcanique dressa ses nuées ardentes puis s’évanouit brusquement. Sunny reconnut la constellation du Lion. Je n’y crois pas ! Les pensées de Töğ tonitruaient dans le casque comme une houle démontée. Mademoiselle Herling, mademoiselle Herling, regardez donc sur votre droite ! Un postiche ! La catin porte un pos-ti-che ! Je n’en reviens pas ! Effectivement, Bérénice venait d’être surprise dans sa toilette et, aux cris de son ennemie, tentait d’ajuster sa perruque argentée qui fléchissait dangereusement. Ce n’est pas aujourd’hui que tu me montreras tes fesses, poupée Barbie ! hurla Töğ quasi hystérique. La réponse de Bérénice se perdit en gouttes de brume. 

La vallée bleue fut très vite atteinte puis dépassée. Elles entrèrent alors dans une zone inconnue de Sunny. Elle en eut le souffle coupé. Jusque-là s’étaient succédé des dunes sableuses balayées par un fort vent d’est que dominaient les neuf collines d’épicéas dressées en sentinelles aux aguets. Au-delà de la frontière marquée par le sillon rouge, l’attelage pénétra dans un autre monde. Tout y était uniformément blanc. 

— Non, ce n’est pas de la neige, fit Töğ, mais de la craie micacée. 

— Vous lisez dans mes pensées ! s’écria Sunny, légèrement outrée. 

La fleur-mère eut ce petit rire saccadé dont elle usait régulièrement. 

— Maître Gallander a raison… vous êtes vraiment susceptible, jeune fille ! Et je vous rassure. Effectivement, je lis dans vos pensées, mais seulement quand vous portez le casque. Une fois enlevé, vous pourrez me critiquer autant que vous voudrez ! 

— Je n’ai aucune raison de le faire… je me suis habituée à vos manières. 

— Hum ! Voilà une excellente nouvelle. Que diriez-vous d’un survol du territoire pour fêter ça ? 

Les Toggle piquèrent au sud-ouest. D’une stupéfiante beauté, le plateau s’étirait à perte de vue comme une somptueuse draperie de taffetas changeant dont les plis et les replis dessinaient des gorges miroitantes sous la lune. On aurait dit un immense cœur virginal palpitant au rythme des étoiles. 

— Peut-on s’arrêter ? demanda Sunny. 

— J’allais vous le proposer. 

Elles se posèrent sur un méplat rehaussé. Les Toggle défripèrent leurs pétales, étirèrent leur tige engourdie par la course et déboutonnèrent leur capuchon. Sur leur plastron, la salive se mit à couler comme du petit lait. Puis elles déplièrent leur cornet acoustique, firent cercle autour de la fleur qui ne s’en laisse pas conter, et commencèrent à jacasser dans un silence fiévreux, secouées de temps en temps d’un rire incoercible. Sunny s’était éloignée, s’enfonçant légèrement dans les strates fragiles. Elle remarqua que les empreintes de ses pas se refermaient au fur et à mesure qu’elle progressait. Rien ne resterait de son passage. Peut-être que cet endroit apparemment si désertique est traversé par des milliers d’êtres vivants ? songea-t-elle. Peut-être sommes-nous observées ? Elle était soulagée d’avoir quitté son casque. Ses pensées pouvaient se donner libre cours sans être capturées par Töğ qui n’aurait pas manqué d’en rire, évidemment. Peut-être existe-t-il un monde parallèle que je ne soupçonne même pas ? Tout en réfléchissant à cette éventualité, elle continua d’avancer. Quand elle se retourna, les Toggle n’étaient plus qu’une tache sombre dans l’immensité laiteuse. Elle remarqua sur la gauche une protubérance, une sorte de mamelon aux courbes féminines. Peut-être verrai-je plus loin si je l’atteins ? Elle constata que tout n’était fait que de peut-être dans cet univers étrange. Elle se déplaçait avec une certaine difficulté, s’enfonçant parfois jusqu’au genou dans cette soie plus molle que du coton, avec la bizarre impression de nager plutôt que de cheminer. Elle parvint enfin au sommet du monticule et fut prise d’un haut-le-cœur. À quelques mètres à peine, un abîme s’ouvrait en déclinaisons vertigineuses. Ni la lune, ni les étoiles n’en éclairaient les pentes, accentuant l’hostilité des lieux. Indécise, Sunny regrettait finalement de ne pas avoir pris son casque qui lui aurait permis d’appeler Töğ. Continuer ? Retourner en arrière ? Elle n’imaginait pas s’enfoncer seule dans le gouffre quand soudain le ciel s’illumina d’un scintillant triangle isocèle. Vega, Altaïr et Deneb, les trois constellations qui l’animaient, saluèrent Sunny d’une pétillante révérence. Leur scintillation projetée vers le précipice l’éclaira comme en plein jour. Incroyable ! La craie blanche avait fait place à une roche rose qui flamboyait sous le feu des trois corps célestes. Conséquence de l’érosion probablement, elle s’était façonnée, polie, arrondie, construisant tout un peuple pétrifié de cônes, colonnes, champignons, cheminées, posés là, comme prisonniers d’un charme. Le triangle se dérouta en balayant de son faisceau les chapeaux des cheminées. Impossible ! se dit Sunny. J’ai trop d’imagination. Je vais attendre la rotation du faisceau. Dans cet univers hors de tout – pas un bruit, pas un animal, pas un élément de sa vie habituelle auquel se raccrocher –, Sunny eut l’impression d’épier le retour de la source lumineuse pendant un temps infini. Ses sens étaient en alerte, ses muscles contractés, ses yeux larmoyants à force de crispation. Quand le pinceau irradiant eut achevé sa circonvolution et revint se poser sur les chapeaux face à elle, elle poussa un cri strident. Chacun était marqué de plusieurs signes. Elle distingua très nettement « Љ » répété en écho, puis repéra « Ж ». Elle attendit plusieurs spires. Combien ? Dix ? Trente ? Cinquante ? Elle ne les compta pas, mais quand elle repartit en sens inverse pour rejoindre les Toggle, elle n’avait plus aucun doute. Tous les symboles de la formule que lui avait confiée Idriss Gallander se trouvaient réunis au fond du gouffre. Elle en était certaine. Elle l’avait apprise par cœur pour éviter de conserver le papier sur elle. Il ne manquait que trois éléments : 

« Щ », « Σ », « → ». 

— Je me demandais ce que vous faisiez, lui dit Töğ quand elle eut enfin rejoint le groupe. Mais… regardez-moi ! Par toutes les fleurs de la planète, auriez-vous croisé Baal-zebûb, le prince des démons ? Vous êtes plus blême que cette craie ! 

— S’il vous plaît, répondez à ma question. Avez-vous en tête la formule que maître Idriss m’a remise ? 

— Je vous avouerai que non. Vos recherches ne commençant que demain, et avec elles la réquisition des Toggle, je ne m’en suis pas encore préoccupée. Pourquoi cette demande ? 

Sunny lui raconta sa découverte du gouffre, et son absolue certitude que la formule s’y trouvait inscrite en ordre dispersé. Son émotion était si forte, elle avait tellement de mal à la contrôler, qu’elle tremblait. 

— Accompagnez-moi jusqu’à là-bas. Avec l’aide des Toggle, nous n’en aurons que pour une minute en survolant l’endroit. Je voudrais vous montrer que je n’ai pas rêvé. 

— C’est impossible, répondit Töğ. Dans moins d’une heure, le soleil va se lever. Il est indispensable que nous soyons rentrées avant le réveil de Purple. Et elle est debout de bonne heure, cette sorcière. Je ne veux pas courir le risque qu’elle nous voie. Allons ! Ne soyez pas déçue. Je vous promets que nous reviendrons. Nous sonderons l’endroit que vous m’indiquez. Mais il faut agir avec prudence. Vous avez l’âme innocente, mademoiselle Herling… et ce n’est pas une moquerie, au contraire. Il faudra que vous preniez vite conscience que ce n’est pas le cas de tous les hôtes de Blue Morning Glories. Mais dépêchons-nous. L’horizon commence à blanchir. 

Le voyage de retour se fit beaucoup plus rapidement. Les Toggle obéissaient aux ordres directionnels de Töğ qui avait choisi manifestement de prendre des raccourcis. Elles ne croisèrent ni Bérénice ni les nuages frileux. Quand elles atteignirent les toitures de Blue Morning Glories, il faisait presque jour. Atterrissage derrière les chênes rouges, ordonna Töğ. Puis se rapprochant de Sunny, elle précisa : 

— Je ne prends pas le risque d’arriver à proximité de la serre. Regardez à l’est. L’aube est déjà là. Faites attention en rentrant dans la maison. Si vous croisez Purple, prévoyez une bonne raison de vous trouver debout à cette heure-là. C’est tout à fait votre droit, mais cette fine mouche n’ignore pas que ce n’est aucunement dans vos habitudes. 

— Et vous ? 

— Nous ? Ne vous inquiétez pas. Nous avons des ressources illimitées, y compris celle de nous glisser par les conduits de cheminée ! 

Elle rit. 

— Pressez-vous… et n’oubliez pas. Je vous ai fait une promesse. Or je tiens toujours mes promesses. 

Quand elle passa devant la chambre de Purple, il sembla à Sunny que la porte se refermait doucement. Illusion ? « 

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