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La vie nocturne des livres

Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qui pouvait bien se passer dans une librairie une fois la nuit tombée et les ouvrages livrés à eux-mêmes ?

C’est ce que nous propose une vidéo réalisée à la librairie Type à Toronto, sise au 883, rue Queen Ouest Toronto, Ontario, qui montre exactement ce que tous les bibliophiles ont secrètement souhaité voir exister.

Book Tim Burton

Plus de 4 000 000 de visionnages sur Youtube concernant un clip d’ 1mn50 sur une librairie, ça interpelle nécessairement. Et cette audience surprenante est à mettre au crédit de Sean Ohlenkamp son réalisateur, mais pas que. Comptez avec ce premier talent, quelque 28 volontaires, ainsi que l’apport de Grayson Matthews qui signe une musique envoûtante.

« The Joy of Books » est une brillante vidéo, empreinte de magie, réalisée grâce à une habile animation en stop-motion. Un travail énorme confie le réalisateur : « Très long et fatigant. Nous avons dû attendre que Type ferme à 18 heures, et dès que les portes étaient verrouillées, nous sommes allés travailler au « démantèlement » de leur librairie. Nous avons travaillé toute la nuit jusqu’à ce qu’elle rouvre à 10 heures le lendemain. Nous avons fait cela durant quatre nuits. » Un travail qui s’apprécie à sa juste valeur :

Dans un de nos précédents articles « Librairies : donner vie aux couvertures de livres », nous signalions de nouveaux élans créatifs de la part de certaines librairies indépendantes américaines afin de résister à la vague du numérique, s’appuyant sur de nombreux lecteurs engagés. Et Sean Ohlenkamp est de ceux-là : « Même si j’aime lire des livres sur mon iPad, j’apprécie toujours la sensation tactile de la lecture d’un vrai livre, l’odeur du papier, qu’il soit frais ou sente la poussière, pareil à certains livres anciens.»
Un militantisme communicatif qui a séduit le Collège Mohawk [à Hamilton, en Ontario] sollicité par le réalisateur qui témoigne de l’engouement suscité: « J’ai eu une réponse étonnante, 12 étudiants désireux d’aider, et puis aussi quelques-uns de mes collègues de Lowe Roche qui ont également aidé. Un projet totalement bénévole, les gens n’étaient pas payés.»

Si vous aviez-déjà vu « The Joys of book », que vous connaissiez l’acte militant de Sean Ohlenkamp, ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que cette vidéo a une grande sœur de ce même réalisateur, qu’il avait réalisé avec sa femme avec leur propre bibliothèque. Pour la découvrir, cliquez ici ! Le point de départ sans aucun doute de ce qui deviendrait avec de la maturité  » The Joys of book ».

Sachez aussi qu’à la base le projet était initialement prévu d’être réalisé dans une bibliothèque. Que dire d’autre pour contenter votre curiosité ? Ah oui, sachez que tous les livres que vous avez aperçus dans le clip peuvent être acheté au type books. Que le mouvement circulaire très accentué que vous avez pu voir sur les étagères durant le visionnage de la vidéo, imite en fait les fans qui font « The Wave » (l’équivalent de notre ola) dans un stade de baseball. Et qu’enfin, Sean Ohlenkamp ambitionne de s’attaquer à la Bibliothèque du Congrès (pour de rire… enfin, allez savoir)…

Apprendre le québécois, leçon 5 : vacances linguistiques

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Les vacances linguistiques (2ème partie)

 

J’ai mon voyage

L’été, c’est le moment idéal pour partir en voyage, mais pas pour « avoir son voyage ».

En effet, les Québécois détestent « avoir leur voyage ». Cette expression signifie « en avoir plein son casque »  ou si vous préférez « en  avoir sa claque », « en avoir marre ».

« Si le patron me dénigre encore une fois, je démissionne. J’ai mon maudit voyage de cette job-là » (remarque, on emploie généralement le mot job au féminin).

L’expression «avoir son voyage» peut aussi servir d’avertissement à quelqu’un, une façon de dire que notre limite de patience est atteinte : « Je commence à avoir mon voyage de ton manque de respect. »

Dans certains contextes, « j’ai mon voyage » peut aussi exprimer l’étonnement. « Quoi ? C’est Roger qui a obtenu la promotion ? Ben, j’ai mon voyage! »

Dans l’avion

Cousin français, si dans l’avion, un agent de bord (steward ou hôtesse de l’air) vous demande de remplir le formulaire des douanes en «lettres moulées», ne craignez rien, vous n’avez pas à écrire en trois dimensions. Écrire en «lettres moulées» signifie simplement en imitant les caractères d’imprimerie afin de faciliter la lecture.

Durant le vol, l’hôtesse vous proposera peut-être «un bon breuvage avec ça ?». Au Québec, le mot «breuvage» est synonyme de boisson chaude ou froide, un usage influencé par le «beverage» anglais. Voilà pourquoi, à la fin d’un repas au restaurant, les Français sont surpris de se faire demander : «Un bon breuvage pour terminer le repas?» À noter pour les Québécois, la définition française du mot breuvage est « une boisson de composition spéciale, un breuvage pour un malade

Il se peut aussi qu’elle vous propose une bonne «liqueur froide». Au Québec, le mot «liqueur» est surtout utilisé comme synonyme de boisson gazeuse. Ne soyez donc pas surpris d’entendre un petit garçon demander à sa mère « d’avoir une autre liqueur » et que celle-ci réponde : «Tu en as déjà eu deux ce matin. Attends à cet après-midi pour la troisième.»

Finalement, pour rester dans le thème des «breuvages», nous buvons du Coke, jamais du Coca. Et nous ne consommons pas de « Coca light », nous préférons le « Coke diète ».

À la sortie de l’avion, les Québécois en France et les Français au Québec vivront de magnifiques découvertes et aussi quelques surprises linguistiques. Bon voyage en espérant que vous n’aurez pas votre voyage.

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Apprendre le québécois : Les nouveautés du dictionnaire

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Cette année, le Robert et le Larousse ont accueilli d’amusantes créations québécoises, comme «patenteux», «bas-culotte» et «bourrasser» qui ont fait leur entrée dans les prestigieuses pages aux côtés du sérieux «boson de Higgs» et du morne «triple A».

Un «patenteux» est un bricoleur ingénieux qui se débrouille avec des moyens de fortune. Ce mot a donné naissance à «patente», un mot générique très utile pour dépeindre un objet difficile à nommer ou à décrire, un genre de bidule, de zinzin. Et au verbe «patenter» : «Ne t’en fais pas, je vais te patenter quelque chose pour te dépanner.» «Je t’ai patenté quelque chose en attendant, mais tu ferais mieux d’aller au plus vite chez un garagiste.»

Le mot «patente» n’est pas toujours lié à un objet concret. Il peut aussi servir à décrire des structures désorganisées, des façons absurdes et complexes de faire les choses : «C’est quoi cette patente-là! Comment veux-tu que je m’y retrouve?» Dans ce contexte, le mot «patente» a donné naissance à la locution «Patente à gosse» (péjoratif) qui signifie un objet inutile, qui fonctionne mal ou une organisation dont la structure est inefficace, incohérente. Pour comprendre cette expression, il faut savoir qu’au Québec, le mot gosse sert souvent de synonyme au mot testicule. L’utilisation de gosse dans cette expression ne sert pas à parler de testicules, mais plutôt à donner un ton dépréciatif à la locution.

Au Québec, le mot «bas-culotte» signifie simplement des collants. C’est un terme usuel, sans connotation de familiarité. De plus, les Québécois utilisent le mot «bas» à toutes sortes de sauces. Pour commencer, nous employons presque toujours «bas» à la place de chaussette. Il est très rare d’entendre un Québécois dire chaussette. «Bas», ce petit mot d’apparence anodine, cause beaucoup de difficultés aux Français pour qui un «bas» signifie plutôt un bas de coton. Les Québécois et les autres francophones créent donc des images mentales différentes lorsqu’ils entendent: «Je viens de m’acheter des bas de ski.»

Nous utilisons aussi «bas» comme un synonyme d’«au-dessous de» : «Aujourd’hui, il fait 25 en bas de zéro.»

Il existe aussi la savoureuse expression «Il est tombé en bas de sa chaise» pour décrire  un état de grande surprise. «Je suis tombé en bas de ma chaise quand j’ai appris qu’iPagination Editions allait me publier.»

Finalement, le verbe «bourrasser» signifie traiter quelqu’un rudement, le malmener, le brusquer. «Il est toujours en train de bourrasser ses enfants. Il est incapable de leur dire un mot gentil.»

Bourrasser peut aussi vouloir dire ronchonner, protester à mi-voix. «Je ne veux plus travailler avec lui, il bourrasse du matin au soir.» Seul le contexte permet de distinguer les différents sens.

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Le français au Canada

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Le village d’Astérix

Les francophones du Canada se comparent souvent au village gaulois d’Astérix, contre toute attente, noyés dans un continent d’anglophones, ils résistent à l’assimilation.

Pour commencer, déboulonnons le mythe tenace qui répand la croyance selon lequel les Franco-Canadiens parlent un français semblable à celui du début de la colonie. Cette fausse perception découle d’une poignée de mots qui sont restés bien vivants au Canada, alors qu’ils ont disparu de l’usage dans le reste de la francophonie. Par exemple, nous utilisons encore le mot «soulier» comme synonyme de chaussure. Nous avons même des «souliers de course» au lieu des baskets. Mais dans l’immense majorité des cas, les mots éteints en Europe ont connu le même sort en Amérique, à quelques amusantes exceptions près.

Cet accent si particulier

Ah! ce fameux accent qui déroute tant les francophones des autres pays! Cet accent, ou plutôt, les différents accents canadiens-français partagent un point en commun : le glissement de certains accents toniques au début ou au milieu des mots. Par exemple, plusieurs Canadiens français ont tendance à placer l’accent tonique au début du mot «fantastique» plutôt qu’à la fin, comme le veut l’usage. C’est cette musicalité, influencée par la langue anglaise, qui rend l’accent des Canadiens si différent de celui des autres communautés francophones à travers le monde.

Des lettres et des chiffres

Même si nous sommes dans un blogue de lettres, les chiffres décrivent parfois mieux une situation. Le français au Canada est principalement parlé au Québec. En effet, environ 7 millions des 8 millions de francophones de langue maternelle y vivent. Le français est majoritaire au Québec (environ 80% de la population, 8 % anglais et 12 % allophones), mais minoritaire dans le reste du Canada.

Le français est encore relativement présent dans les deux provinces limitrophes du Québec : l’Ontario à l’ouest (environ 600 000 locuteurs sur une population de 10 millions) et le Nouveau-Brunswick à l’est. Dans les 7 autres provinces du Canada, les francophones ne représentent que quelques points de pourcentage de la population.

Le grand dérangement

Le territoire du Nouveau-Brunswick, qui couvre une superficie plus grande que la Belgique et les Pays-Bas réunis, est peu peuplé : environ 750 000 habitants y vivent, dont 30 % de francophones. Et parmi cette minorité francophone résistante, on trouve une autre minorité française qui parle le chiac (ou chiaque), un mélange marqué de mots français et anglais. La syntaxe du chiac est française, mais de nombreux mots de la phrase sont anglais. Par exemple, «Viens-tu watcher un movie avec moé?» qui se traduit par «Viens-tu voir le film avec moi?» Le chiac est une forme d’expression hybride que certains désavouent et d’autres valorisent. Exemple de pauvreté d’expression pour les uns ou résistance à l’assimilation pour les autres? Le débat fait rage.

L’histoire des francophones du Nouveau-Brunswick se distingue de celui des autres francophones du Canada. En effet, le Nouveau-Brunswick faisait partie de l’ancienne Acadie, qui regroupait des territoires du Nouveau-Brunswick, des autres provinces maritimes (aujourd’hui Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve) et un bout de l’état américain du Maine. Il ne faut donc pas confondre les Acadiens et Canadiens. Même si aujourd’hui, les descendants des Acadiens sont Canadiens.

L’Acadie était une colonie autonome française jusqu’à sa conquête par les Anglais en 1713. En 1755, les conquérants anglais décident de déporter les Acadiens et de saisir leurs terres. Ceux qui refusent sont abattus. Embarqués de force sur des bateaux, des familles sont séparées (certaines pour toujours), et éparpillées tout le long des côtes d’Amérique jusqu’en Louisianne. Des exilés unilingues français aboutiront même en Angleterre. Beaucoup d’Acadiens mourront en mer. D’autres reviendront en Acadie dans l’espoir de retrouver leurs proches, plusieurs ne les reverront jamais.

Le Nouveau-Brunswick restera une colonie britannique indépendante jusqu’en 1867, année de la formation du Canada. Les Acadiens (du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse) sont alors réunis avec les Canadiens français du bas Canada (aujourd’hui province de Québec) et du haut Canada (Ontario). L’histoire des Acadiens converge depuis avec celle du haut et bas Canada (maintenant Ontario et Québec).

Pour découvrir le chiac, je vous invite à écouter Marie-Jo Thériault , artiste originaire du Nouveau-Brunswick.

Vous pourrez y lire le texte sous-titré. À noter, seules quelques-unes des chansons de cette artiste sont écrites en chiac. Les autres sont en français standard, avec toutefois une émouvante touche du Nouveau-Brunswick.

Je tiens à vous rappeler que le chiac n’est parlé que par une minorité de francophones du Nouveau-Brunswick, une minorité soumise à des conditions de survie culturelle extrêmement périlleuses.

Pour découvrir la vie des Acadiens victimes du «Grand dérangement» (quel euphémisme!), leur courage, leur résistance et leur langue française si particulière, je vous invite à lire le magnifique roman Pélagie-la-Charrette, gagnant du prix Goncourt en 1979, écrit par l’Acadienne Antonine Maillet.

Bonnes découvertes