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Apprendre le québécois, leçon 5 : vacances linguistiques

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Les vacances linguistiques (2ème partie)

 

J’ai mon voyage

L’été, c’est le moment idéal pour partir en voyage, mais pas pour « avoir son voyage ».

En effet, les Québécois détestent « avoir leur voyage ». Cette expression signifie « en avoir plein son casque »  ou si vous préférez « en  avoir sa claque », « en avoir marre ».

« Si le patron me dénigre encore une fois, je démissionne. J’ai mon maudit voyage de cette job-là » (remarque, on emploie généralement le mot job au féminin).

L’expression «avoir son voyage» peut aussi servir d’avertissement à quelqu’un, une façon de dire que notre limite de patience est atteinte : « Je commence à avoir mon voyage de ton manque de respect. »

Dans certains contextes, « j’ai mon voyage » peut aussi exprimer l’étonnement. « Quoi ? C’est Roger qui a obtenu la promotion ? Ben, j’ai mon voyage! »

Dans l’avion

Cousin français, si dans l’avion, un agent de bord (steward ou hôtesse de l’air) vous demande de remplir le formulaire des douanes en «lettres moulées», ne craignez rien, vous n’avez pas à écrire en trois dimensions. Écrire en «lettres moulées» signifie simplement en imitant les caractères d’imprimerie afin de faciliter la lecture.

Durant le vol, l’hôtesse vous proposera peut-être «un bon breuvage avec ça ?». Au Québec, le mot «breuvage» est synonyme de boisson chaude ou froide, un usage influencé par le «beverage» anglais. Voilà pourquoi, à la fin d’un repas au restaurant, les Français sont surpris de se faire demander : «Un bon breuvage pour terminer le repas?» À noter pour les Québécois, la définition française du mot breuvage est « une boisson de composition spéciale, un breuvage pour un malade

Il se peut aussi qu’elle vous propose une bonne «liqueur froide». Au Québec, le mot «liqueur» est surtout utilisé comme synonyme de boisson gazeuse. Ne soyez donc pas surpris d’entendre un petit garçon demander à sa mère « d’avoir une autre liqueur » et que celle-ci réponde : «Tu en as déjà eu deux ce matin. Attends à cet après-midi pour la troisième.»

Finalement, pour rester dans le thème des «breuvages», nous buvons du Coke, jamais du Coca. Et nous ne consommons pas de « Coca light », nous préférons le « Coke diète ».

À la sortie de l’avion, les Québécois en France et les Français au Québec vivront de magnifiques découvertes et aussi quelques surprises linguistiques. Bon voyage en espérant que vous n’aurez pas votre voyage.

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Apprendre le québécois, leçon 4 : vacances linguistiques

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Les vacances linguistiques

Ah! l’été… la saison idéale pour que nous, les «cousins» séparés par un vaste océan et une guerre perdue, nous nous rendions visite.

Au plaisir de ces rencontres se greffe aussi l’étonnement de découvrir à quel point notre langue commune a évolué d’une manière si différente d’un côté et de l’autre de l’Atlantique.

D’abord, cousins français, ne vous inquiétez pas si vous entendez un Québécois dire qu’il a hâte de se faire «griller». Il ne se prend pas du tout pour une saucisse. L’expression «Se faire griller» est simplement synonyme de se faire bronzer. « J’ai assez hâte à mes vacances, je ne ferai rien d’autre que de me faire griller pendant deux semaines». (Remarque : la plupart des Québécois n’ont que deux à trois semaines de vacances par année.)

Mais attention, il ne faut pas utiliser le terme «grillé» à toutes les sauces… si je peux me permettre le jeu de mots. En effet, la locution «Se faire griller» est fréquente, mais seulement dans la langue parlée. C’est le mot bronzé qui est utilisé dans la langue écrite, et aussi dans tous les descriptifs de produits cosmétiques comme les autobronzants. Nous ne disons jamais «crèmes autogrillantes», ni «Salon de grillage» (Salon de bronzage est le terme employé).

Il est aussi bon de savoir que si nous portons rarement des «maillots de bain» sur les plages, nous ne sommes pas des adeptes du naturisme pour autant (une activité très rare chez nous). En effet, c’est simplement que nous préférons enfiler un «costume de bain».

En vacances au soleil, les Québécois aiment «se faire chauffer la couenne». Chez nous, la «couenne» n’est pas seulement une croute tendre ou de la peau de porc flambée. Elle est aussi, dans un registre familier, la peau humaine. «Heureux d’un printemps qui me chauffe la couenne» (paroles d’une chanson de Paul Piché, chanteur québécois). On dit aussi «Se dorer la couenne au soleil» comme synonyme de se reposer au soleil.

Par extension, le mot couenne a donné naissance à une autre très belle expression. Pour parler d’une personne qui est résistante, qui est capable d’endurer les épreuves de la vie, on dit qu’«elle a la couenne dure» : «Ne t’en fais pas pour Gilbert, il a la couenne dure, il va passer à travers son divorce.»

L’été trop court du Québec est parfois surnommé la saison des barbecues. Véritable passion pour plusieurs Québécois, le barbecue, souvent écrit BBQ, est simplement de la nourriture cuite au gril à l’extérieur de la maison. Nous adorons y faire cuire nos «T-Bones», l’équivalent de vos biftecks d’aloyau. Mais attention, si vous apercevez une enseigne de restaurant qui annonce du poulet BBQ, il s’agit alors de poulet rôti.

En parlant de restaurants, certaines raisons sociales au Québec sont francisées. Ainsi, votre KFC (Kentucky Fried Chicken) en France devient PFK (Poulet Frit Kentucky) au Québec, et MacDonald y a perdu son S.

Au plaisir de nous voir cet été.

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Apprendre le québécois : Les nouveautés du dictionnaire

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Cette année, le Robert et le Larousse ont accueilli d’amusantes créations québécoises, comme «patenteux», «bas-culotte» et «bourrasser» qui ont fait leur entrée dans les prestigieuses pages aux côtés du sérieux «boson de Higgs» et du morne «triple A».

Un «patenteux» est un bricoleur ingénieux qui se débrouille avec des moyens de fortune. Ce mot a donné naissance à «patente», un mot générique très utile pour dépeindre un objet difficile à nommer ou à décrire, un genre de bidule, de zinzin. Et au verbe «patenter» : «Ne t’en fais pas, je vais te patenter quelque chose pour te dépanner.» «Je t’ai patenté quelque chose en attendant, mais tu ferais mieux d’aller au plus vite chez un garagiste.»

Le mot «patente» n’est pas toujours lié à un objet concret. Il peut aussi servir à décrire des structures désorganisées, des façons absurdes et complexes de faire les choses : «C’est quoi cette patente-là! Comment veux-tu que je m’y retrouve?» Dans ce contexte, le mot «patente» a donné naissance à la locution «Patente à gosse» (péjoratif) qui signifie un objet inutile, qui fonctionne mal ou une organisation dont la structure est inefficace, incohérente. Pour comprendre cette expression, il faut savoir qu’au Québec, le mot gosse sert souvent de synonyme au mot testicule. L’utilisation de gosse dans cette expression ne sert pas à parler de testicules, mais plutôt à donner un ton dépréciatif à la locution.

Au Québec, le mot «bas-culotte» signifie simplement des collants. C’est un terme usuel, sans connotation de familiarité. De plus, les Québécois utilisent le mot «bas» à toutes sortes de sauces. Pour commencer, nous employons presque toujours «bas» à la place de chaussette. Il est très rare d’entendre un Québécois dire chaussette. «Bas», ce petit mot d’apparence anodine, cause beaucoup de difficultés aux Français pour qui un «bas» signifie plutôt un bas de coton. Les Québécois et les autres francophones créent donc des images mentales différentes lorsqu’ils entendent: «Je viens de m’acheter des bas de ski.»

Nous utilisons aussi «bas» comme un synonyme d’«au-dessous de» : «Aujourd’hui, il fait 25 en bas de zéro.»

Il existe aussi la savoureuse expression «Il est tombé en bas de sa chaise» pour décrire  un état de grande surprise. «Je suis tombé en bas de ma chaise quand j’ai appris qu’iPagination Editions allait me publier.»

Finalement, le verbe «bourrasser» signifie traiter quelqu’un rudement, le malmener, le brusquer. «Il est toujours en train de bourrasser ses enfants. Il est incapable de leur dire un mot gentil.»

Bourrasser peut aussi vouloir dire ronchonner, protester à mi-voix. «Je ne veux plus travailler avec lui, il bourrasse du matin au soir.» Seul le contexte permet de distinguer les différents sens.

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Apprendre le québécois, leçon 9 : l’argent

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Du foin ou du blé?

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En France comme au Québec, nous utilisons des métaphores végétales pour parler d’argent. Toutefois, nous n’employons pas les mêmes mots. En France, ce sont les mots blé ou oseille qui sont le plus souvent employés dans ce contexte, tandis qu’au Québec, c’est le mot foin. « Peux-tu me prêter un peu de foin? » « Je n’ai plus de foin. Je dois rester à la maison. »

Au Québec, nous ne nous arrêtons pas aux comparaisons végétales. Nous avons aussi recours à des synonymes alimentaires. Ainsi, le mot « bacon » veut parfois dire argent. Dans ce contexte, il est souvent employé en combinaison avec le mot motton (un autre québécisme) qui signifie grumeau : « Il y a des mottons dans la sauce »; ou petit morceau : « Il y a un motton de cheveux qui bloque l’évier »; ou encore, une grande quantité de quelque chose : « Il ne fait plus rien de ses journées depuis qu’il a hérité d’un gros motton de bacon. » Le mot motton employé seul peut aussi être synonyme d’argent. « Il a fait un gros motton en vendant son épicerie. »

Une piastre n’est pas une pièce.

Le mot piastre est synonyme de dollars. « Hier, j’ai perdu 100 piastres aux courses. » Ce mot, employé dans un contexte familier, se prononce piastre ou piasse.

Le mot piastre se retrouve dans plusieurs expressions et proverbes, comme « Faire la piastre » qui signifie gagner beaucoup d’argent, réaliser de gros profits. « Il a fait la piastre avec son projet d’immobilier» ou « C’est avec des cennes qu’on fait des piastres » qui signifie que c’est en économisant de petits montants qu’on finit par accumuler de grandes richesses. Une cenne est un sou noir, qui équivaut à un centième de dollars (maintenant retiré de la circulation).

Tu charges trop cher!

Jusque dans les années 1960, presque tout se passait en anglais dans l’espace public québécois, particulièrement dans les milieux financiers et commerciaux. Les mots anglais ont donc trouvé leur chemin dans la langue québécoise, qui les a toutefois souvent déformés pour les intégrer dans le langage quotidien. Ainsi, le verbe anglais «to charge», qui a pris une tournure québécoise, est devenu charger, synonyme de facturer quelque chose, vendre quelque chose à tel prix. «Combien charges-tu de l’heure?» «Quoi? Tu me charges 150 piastres pour t’être déplacé 10 minutes?»

Quant au mot anglais « change », qui est l’équivalent du mot monnaie, il est employé et prononcé comme un mot français. « Tu peux garder le change. » « As-tu du change pour mon deux piastres. »

On retrouve aussi « change » dans l’expression « Avoir besoin de tout son petit change » qui veut dire utiliser toutes ses ressources pour accomplir une tâche, un travail, une mission. « Ça m’a pris tout mon petit change pour terminer le marathon. »

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Apprendre le québécois, leçon 8 : Avoir de la misère

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J’ai de la misère !

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La locution verbale québécoise « avoir de la misère » est synonyme d’éprouver de la difficulté à accomplir une tâche, à terminer une activité. « J’ai donc de la misère à finir ma leçon de français. » « Je vieillis. Depuis quelque mois, j’ai de la misère à lire sans mes lunettes. » Il existe aussi la version « j’ai toutes les misères du monde » que l’on pourrait qualifier de superlative. « J’ai toutes les misères du monde à boucler les fins de mois avec mon salaire de crève-faim. »

De plus au Québec « on mange de la misère ». « Depuis l’adoption des nouvelles règles de l’assurance-chômage, on n’arrête pas de manger de la misère. » « Nos ancêtres, ils ont mangé de la misère. »

Pour plus de précision, « avoir de la misère », c’est une « coche » au-dessus d’éprouver de la difficulté. Le mot « coche » au Québec signifie, entre autres, rang, degré ou cran. « As-tu entendu le petit nouveau jouer du piano ? Il est une coche au-dessus des autres de sa classe. »

La locution « avoir de la misère » s’emploie aussi à d’autres sauces. Par exemple, elle est utilisée comme synonyme de « j’ai peine à te croire » ou de « j’ai du mal à te croire ». « Tu me racontes encore des sornettes, j’ai de la misère à croire à tes explications. » « Tu vas avoir de la misère à me convaincre que tu mérites une augmentation. »

« Avoir de la misère » est une expression si courante que les Québécois « pure laine » ignorent qu’elle est incomprise des autres francophones. La locution « pure laine » décrit un Québécois dont les ancêtres sont issus de la colonisation française d’avant la conquête (1760). « Thibodeau de Gaspésie, lui, c’est un vrai pure laine » « On trouve de moins en moins de pures laines à Montréal. » Toutefois, avec la transformation de la société québécoise, l’expression « pure laine » évolue et commence à décrire des enfants d’immigrés bien intégrés. « On est arrivé au Québec il y a dix ans, et mes deux gars sont devenus de vraies pures laines. » Un immigrant qui dirait spontanément : « J’ai eu aucune misère à devenir un pure laine » pourrait se dire qu’il a réussi son intégration linguistique avec brio.

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