Apprendre le québécois, leçon 8 : Avoir de la misère

[box title= »Du français au français »]logo-francais-au-francais-quebecoisC’est avec grand plaisir qu’iPagination s’associe à Patrice Hudon et son excellent site « Du français au français » pour vous faire rencontrer et apprendre régulièrement la langue québécoise, par le biais d’articles thématiques. Appréhender les nuances de la langue française afin d’éviter tout quiproquo, mais aussi s’enrichir, voyager régulièrement sur l’autre rive, riche de nombreux auteurs de talent, qu’ iPagination a la grande chance de tutoyer au quotidien.[/box]

J’ai de la misère !

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La locution verbale québécoise « avoir de la misère » est synonyme d’éprouver de la difficulté à accomplir une tâche, à terminer une activité. « J’ai donc de la misère à finir ma leçon de français. » « Je vieillis. Depuis quelque mois, j’ai de la misère à lire sans mes lunettes. » Il existe aussi la version « j’ai toutes les misères du monde » que l’on pourrait qualifier de superlative. « J’ai toutes les misères du monde à boucler les fins de mois avec mon salaire de crève-faim. »

De plus au Québec « on mange de la misère ». « Depuis l’adoption des nouvelles règles de l’assurance-chômage, on n’arrête pas de manger de la misère. » « Nos ancêtres, ils ont mangé de la misère. »

Pour plus de précision, « avoir de la misère », c’est une « coche » au-dessus d’éprouver de la difficulté. Le mot « coche » au Québec signifie, entre autres, rang, degré ou cran. « As-tu entendu le petit nouveau jouer du piano ? Il est une coche au-dessus des autres de sa classe. »

La locution « avoir de la misère » s’emploie aussi à d’autres sauces. Par exemple, elle est utilisée comme synonyme de « j’ai peine à te croire » ou de « j’ai du mal à te croire ». « Tu me racontes encore des sornettes, j’ai de la misère à croire à tes explications. » « Tu vas avoir de la misère à me convaincre que tu mérites une augmentation. »

« Avoir de la misère » est une expression si courante que les Québécois « pure laine » ignorent qu’elle est incomprise des autres francophones. La locution « pure laine » décrit un Québécois dont les ancêtres sont issus de la colonisation française d’avant la conquête (1760). « Thibodeau de Gaspésie, lui, c’est un vrai pure laine » « On trouve de moins en moins de pures laines à Montréal. » Toutefois, avec la transformation de la société québécoise, l’expression « pure laine » évolue et commence à décrire des enfants d’immigrés bien intégrés. « On est arrivé au Québec il y a dix ans, et mes deux gars sont devenus de vraies pures laines. » Un immigrant qui dirait spontanément : « J’ai eu aucune misère à devenir un pure laine » pourrait se dire qu’il a réussi son intégration linguistique avec brio.

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Une réflexion au sujet de « Apprendre le québécois, leçon 8 : Avoir de la misère »

  1. Bonjour,
    Dans le nord de la France, dont je suis originaire et où j’ai vécu plus de 40 ans, les expressions « avoir de la misère » sont identiques à celles que vous décrivez, ou quasiment (avec des variantes bien sûr) ! Elle s’emploie surtout dans les milieux dit « populaires » (ou ouvriers). « J’ai de la misère », veut dire « je n’y arrive pas », la plupart du temps. Cela veut également dire « j’ai dû mal à croire à ce que tu me racontes » (j’ai de la misère à te croire !). « Il m’a fait les pires misères », c’est à dire il m’a enquiquiné. On dit aussi, en ch’ti : c’est un « prech’misère », c’est à dire quelqu’un qui est négatif, et qui a un caractère porté à se plaindre, ou à voir la vie en noire.

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