Poésie francophone en fédération Wallonie – Bruxelles de Belgique 2

Balade en poésie contemporaine francophone en fédération Wallonie-Bruxelles de Belgique…  (carte)                                                              

                                                                                    BelgieGemeenschappenkaart

Prologue : La Belgique, pays longtemps soumis aux aléas de l’histoire des pays européens qui en convoitent le territoire, a obtenu son indépendance en 1831.
Depuis 1993, elle est divisée en trois communautés linguistiques : au Nord, la communauté flamande (en vert) et Bruxelles (hachurée en vert et rouge), au Sud, la communauté wallonne dite française (en rouge) et Bruxelles (hachurée en vert et rouge), à l’Est, bordant la frontière allemande, la communauté germanophone (en bleu).
Chaque communauté a sa langue officielle ! Le néerlandais au Nord et à Bruxelles, Le français au Sud et à Bruxelles, l’allemand à l’Est…La Belgique s’honore donc de 3 langues nationales.
La balade que je vous propose se déroulera, sur le sol wallon et à Bruxelles, en pays de francophonie.
J’ai choisi de partager avec vous quelques textes de poètes belges francophones contemporains et me suis attachée à respecter une parité qui n’est malheureusement pas encore de mise dans les anthologies et les recueils publiés.

(Première partie ici)

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Serge Delaive
Le lien sous son nom mène à la page qui lui est dédiée par la maison de la poésie.
Auteur prolifique de recueils de poésie et de romans, l’écriture de Serge Delaive est marquée par la sincérité, par le scepticisme aussi. Sans cesse il fait lien entre vie (voyages, famille, souvenirs, amis…) et imaginaire/écriture.
Homme sans compromission pour qui l’écrivain doit avant tout s’occuper d’écrire…  Serge Delaive est également passionné de photographies qu’il  associe à des textes ici.
D’autres textes de Serge Delaive , ici

Grain par grain, chaque seconde remplit
la seconde précédente,
s’augmentant d’elle-même
comme si chaque chose était symétrique.
Dans les moments qui suivent
Bien d’autres jours s’étendent
Sous ces jours soulevés.

Il me fallait à tout prix maîtriser un
chuintement,
Le temps.
J’avais dompté les miroirs
Mon image se perdait à mis parcours
Et j’y voyais le présage
D’un commencement …..
In poètes d’aujourd’hui, L.Wouters et Yves Namur
Extrait de Légendaire.

Sous mes yeux
Un jour viendra
où nous n’aurons ni dieu ni maître
chacun parmi nous
un jour lointain par défaut
quand toutes les tentatives auront échoués
ce jour là,
nous nous souviendrons que la solution
nous la tenions de puis longtemps
et que certains la maintenaient vive
dans l’attente de ce jour
qui forcément viendra
in Une langue étrangère, L’Arbre à paroles

867849-resume-signature-d-39-encre-de-plumes-et-de-l-39-ancienne-encrier                                                                                                                           Encrier  

Françoise Lison-Leroy                                                                                                                Sous son nom, la page qui lui est dédiée à la maison des poètes et de la langue française, d’autres textes d’elle aussi !
‘Une manière économe et précise de nommer les choses, une musique singulière, une vibration discrète’ (extrait d’une critique de Jean Laurizier)…
Françoise Lison-Leroy a une bibliographie très riche ! Rencontrer son écriture c’est être assuré de rencontre féconde… Vous trouverez son site ici !

C’est depuis que nous avons pris
la mer, et la haute tension de nos mains.
Depuis le sable sur la peau,
le sel au revers des lèvres, l’horizon défié.
Et cette marge au cahier du possible.
Un lieu très blanc : là nous nous sommes
Sentis beaux.
Prendre n’est rien. Mais se garder.
……………….

L’espace d’une ville et nos lieux
insoumis. L’asphalte, les pavés. Les quais aux
ponts mobile. L’acier du fleuve.
La rive glane et chahute.
Des bistrots nous hébergent, leurs noms
sont d’Abbayes et de pays croisés. Les bières
s’époumonent.
Nous habitons les parcs, les
églises, la rue. Et cette arche du pont
au ventre grillagé. Le verrou s’est perdu,
Un cadenas à deux crans nous a livré sa clé.
………………

Demain,
mes cheveux qui grisaillent,
des enfants en partance, la mort de quelques uns.
Tu seras là à chaque deuil.
A chaque plaie d’exil ou d’évidence. Tu me diras.
La nuit appelée mer, les éclats souterrains.
L’ample éveil d’une aube cicatrice.
Mon fief des eaux polaires, mon éclusier,
Ma frontière. S’il existe un envers, nous pourrons le nommer.
…………………..

Tutoie nous.
Même si nous sommes deux,
égarés et meurtris de n’être jamais un.
On toise les enclos où tout gronde
et ravaude, où la tendresse n’a pas lieu.
S’épellent taches et morsures,
Entresols éventés que le crachat malmène.
Nous sommes en pays d’étuves
et de mots. Au pays comme au monde. Pétris.
Apprivoisés.                                                                                                                                           In : Pays Géomètres , L’âge d’homme.

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Luc Baba
Créateur liégeois aux multiples facettes , Luc Baba est homme de théâtre : metteur en scène, acteur et auteur. Ecrivain fécond, il a publié plusieurs romans. Il est également chanteur, auteur de chansons et de slam ! Son oeuvre poétique, il la dédiait à l’oralité : le premier recueil dont il a accepté la publication date de 2012 !
Vous trouvez sous son nom la page qui lui est dédiée par la maison de la poésie de Namur et sous ‘premier recueil’, une vision critique de son écriture poétique. Son blog avec de nombreux extraits de son oeuvre, ici.

Je ne pars pas

Je ne pars pas
Je vais prendre un café sur la terre
Je vais tailler des arbres
De mes portes
Et des lames
Dans l’acier
Trempé des larmes mortes
Je vais jeter un froid
Dans la mare aux pavés
Je vais
Au vent mauvais
Prendre un verre de vent, voir
Où je me suis sauvé un soir
Pour mourir d’être vrai
Je vais dégargouiller
Les diables à Notre-Dame
Et chanter Amsterdam
Dans les rues de Lomé

Puis gommer mon prénom
Dans le cœur de ma femme
Je vais mettre à sécher
Les p’tites secondes à fleurs
Qu’on mange avant qu’elle pleure
Et que tout soit gâché

Je ne pars pas
Je fais le tour du monde
In :La nouvelle poésie française de Belgique, Yves Namur, Le taillis Pré

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Anne Penders
Anne Penders construit une œuvre plurielle et originale autour de l’image, du son et des mots ! Grande voyageuse ses projets interpellent la mouvance, la mémoire, la maison entre ancrage et errance. Elle a publié une dizaine d’ouvrages, réalisé des courtes vidéos et des créations sonores.
Elle vit pour le moment à Bruxelles.
Sous son nom, le lien vers sa page à la maison de la poésie de Namur. ici. D’autres textes, ici.

 L’envers / est-ce « voir à travers » ?
Echographie d’un temps et de l’espace qui l’a vu naître ?
Scanner pervers qui déloge les cailloux
-lieux encrassés des entrailles, encombrements vicieux qui manifestent à leur guise ce qu’on a laissé traîner et qui soudain fait mal.
Le grain à moudre que l’on n’a pas moulu / sur lequel le train déraille.

L’envers / fétu de paille – qui prend subitement le poids d’une poutre.
Un roseau que plus rien ne ploierait, la sève figée en attente de dégel.
L’envers compte des lignes tracées quand l’enfant dort.
L’enfant d’or.
Une unité de mesure.
Un rythme (circadien).
………….
L’envers / révèle autant qu’il (se) cache
La puissance a ses leurres, ses fautes / où la fable s’engouffre.
Cela arrive. « Et ce n’est pas grave » dis-tu.
Toi mon bonheur, ma peau, ma peur.
Non, ce n’est pas grave.
L’envers / ouvert.
En béance, en balance, en confiance.
Encore. En corps à corps avec le vide.                                                                                                   Textes extraits de Le lundi d’après, Esperluète. in : La nouvelle poésie française de Belgique de Yves Namur.

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En guise de conclusion, ces quelques vers d’un grand poète belge…

….au fond de la chambre                                                                                                                            S’ouvrent sous les doigts                                                                                                                       les recueils du rêve….                                                                                                                              Fernand Verhesen  in ‘à juste prise’ Le Cormier

Les photos ont été prises à la Maison de la poésie de Namur. Elles sont libres de droits.

 

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