Archives par mot-clé : solidarité

Pour un Noël Magique

En ce début décembre, iPaginablog relaie une lettre d’Ellya.

Sur iPagination, Ellya s’occupe de la coordination des ateliers d’écriture ainsi que du dispositif Licorne qui vise à prendre en compte les textes non commentés afin de les transmettre au comité de lecture. 

Bonjour à tous,

Je m’adresse à vous au travers de cette lettre ouverte en espérant toucher votre coeur, et que de ce fait, vous participerez à cette belle initiative.

En cliquant ici  vous arriverez sur un site dédié à offrir un noël magique aux enfants à l’hôpital.

Comment faire ? C’est très simple. Il vous suffit de cliquer sur le lien ci-dessus, de vous inscrire sur le site (nom, adresse mail), de voter pour l’hôpital de votre choix (dans la liste), de laisser un message de soutien aux enfants, et bien sûr au corps médical. Chaque message correspond à 1 euro reversé par les magasins de jouets participants afin d’offrir les cadeaux dont rêvent ces chérubins. On espère atteindre les 25.000 messages afin d’offrir 25.000 euros de cadeaux aux enfants hospitalisés.

Messages d’espoir, pour une belle journée
Messages d’espoir, pour une belle journée

Vous recevrez un mail confirmant votre inscription et un autre pour solliciter vos amis à aller voter pour l’hôpital pour enfant de leur choix.

Cela ne vous coûtera pas d’argent, cela fait plusieurs années que je le fais.

Le matin de noël, les enfants reçoivent la visite du Père Noël qui distribue les cadeaux. Quelques jours après, vous recevrez un email contenant les photos de la remise des cadeaux.

Ensemble, pour un peu de légèreté au cœur
Ensemble, pour un peu de légèreté au cœur

Merci de participer massivement ! C’est un très beau geste pour les bambins, ainsi que pour le corps médical qui oeuvre chaque jour à leur bien être.

N’hésitez pas à partager sur les réseaux sociaux, plus nous serons nombreux à participer, plus il y aura de cadeaux. Il s’agit d’une opération sur les hôpitaux pour enfants en France et en Belgique.

À votre bon coeur, je compte sur vous, et eux aussi.

Ellya.

iPaginaSon ou la lecture du quotidien…

Cette semaine, des textes sur le thème du quotidien…

affiche de Bluewriter
affiche de Bluewriter

iPaginaSon et son équipe se dévoilent ici

 

Naïade nous propose un texte de Marcel Faure, sélectionné par Bluewriter.

Bonheur paradoxal

Chaque jour construit de mes mots

De mes mains

Mon bonheur si profond

Devrais-je m’en excuser

Oui certainement

Si je vous ai blessé

Mais qu’y puis-je

Si chaque goutte de rosée

M’offre le nectar de la terre

À qui dois-je en demander pardon

Toujours au centre de mes pulsations

Mon corps ce récepteur immense

Plie sous le poids des ans

Si l’armature craque la voile tient le vent

Et les rives défilent

Adoucies par le temps

Je sais les corps écartelés

La faim les coups le mépris

Et le goût du sang dans la gorge

Les décombres fumants et la putréfaction

Et partout continue l’hécatombe

Je suis dans l’arc-en-ciel

Parmi les larmes éclatées

Le sel et l’eau

La vie

Je suis heureux et je saigne

Tandis que Christian a choisi un texte de Brune, sélectionné de Véronique Brésil

Grève de train de vie

Il y a quelques années, j’ai sauté du train des voyageurs de la vie. Le train-train m’exaspérait. Je m’interrogeais : « Quel train de vie menais-je ? ».
Certes, pas grand train et pourtant je vivais mal le train soutenu de l’existence. Pourquoi tout le monde allait-il à fond de train ? 
Urgence : quitter l’Express pour un train de Sénateur, le Corail ne me seyant guère.
Alors, sans crier gare, j’ai tiré le signal d’alarme pour stopper les machines, mes machines.
D’aucuns m’ont rebaptisée Micheline ; certains ont prétendu que je déraillais ; d’autres encore m’ont vociféré : « Gare à toi ! ».
Je suis restée longtemps à quai, station Invalides, sur mon train arrière, scrutant les passagers.
Je n’avais plus d’entrain. Mon esprit était entré en gare désaffectée. Plus rien, aucune idée ne se profilait à l’horizon. Rien, rien d’autre qu’un épais brouillard sur le paysage de ma survie.
Alors que je donnais à tous l’impression de ne pas en ficher une rame, je pagayais à tout va dans l’espoir de trouver le chef de gare qui m’indiquerait l’itinéraire.
Quelle voie emprunter pour trouver la gare, la gare de triage de mes angoisses où je pourrais raccorder les wagons de ma pensée ? Qui pourrait m’aider à trouver la voie, ma voie ? Comment sortir de cette voie de garage ?
Alors, au détour d’une artère, mon regard s’est figé sur une plaque. L’ombre d’un soupçon de pensée drôle : livrer mon esprit sclérosé, m’a, sans nul doute, conduite à franchir le marchepied.
La pérégrination intérieure a commencé : je suis entrée en collision avec moi-même.
Après un long cheminement non dénué d’embûches, j’ai allégé mes bagages d’un bon nombre de futilités.
Voyant le bout du tunnel, j’ai repris le train en marche aller simple, destination unique, certes… mais desservant toutes les stations de mes envies et désirs.
Je suis redevenue boute-en-train…

 

Rejoignez-nous sur la chaine Youtube iPagination pour découvrir, entre autres, certains textes en vidéo…

Le projet iPaginaSon… Et la fête commence !

iPaginaBlog est heureux de vous présenter le projet iPaginaSon

et son équipe que vous retrouvez tous les samedis, depuis le 14 juin 2014, 

pour des lectures de textes choisis par les lecteurs, dans les sélections des conseillers.

Des lectures pour une autre transmission, un autre chemin de passage entre les mots et les coeurs, les textes et les esprits. 

iPaginablog invite ces drôles d’oiseaux à se poser sur votre épaule pour venir vous raconter des histoires à l’oreille, et vous mener ailleurs… 

ipaginason logo
Affiche de Bluewritter

 

L’équipe d’iPaginaSon

Myriam

Christian

Agathe

Firenz

Pour la beauté du monde: Missak et Mélinée Manouchian.

Soixante-dix ans après l’Affiche rouge, Missak Manouchian, poète, amoureux, combattant, sous le regard de Mélinée.

Il y a quelques mois l’anniversaire de l’affiche rouge avait attiré mon attention et j’avais lu avec émotion les articles qui évoquaient ce drame de la dernière guerre mondiale. L’arrestation et l’assassinat du groupe Manouchian par les nazis après une campagne de diabolisation concrétisée par la célèbre affiche rouge.
Dernièrement, j’ai retrouvé dans les réserves d’une grande bibliothèque publique le livre émouvant que Mélinée Manouchian écrivit pour évoquer les souvenirs des années de vie, d’amour et de combat partagés avec Manouche comme elle appelait son mari Missak Manouchian. Ce livre est actuellement épuisé, il porte le simple titre ‘Manouchian’ . Parce que les combattants sont avant tout des hommes, vous découvrirez ici l’amour de Missak et Mélinée. Et parce que Missak était aussi poète, quelques perles de son écriture.

10-manouchian Missak      Tableau affiche de Missak

Peintre: Fabien Pouzerat

Missak et Mélinée étaient tous  deux arméniens, tous deux orphelins de la première guerre mondiale à la suite des massacres de 1915 qui laissèrent la majorité des enfants arméniens orphelins. Tous deux étaient issus d’un milieu social identique, tous deux partageaient une même expérience de la société et de ses injustices. Tous deux avaient été élevés dans des orphelinats et tous deux se retrouvèrent en 1925 pour lui et en 1926 pour elle, à Marseille lorsque la France accueillit une partie des orphelins du génocide arménien.

Ceux-là étaient deux êtres dont le sort avait été le même dans la vie. Ayant bu jusqu’à la lie le sel et l’âpreté d’être orphelins et toutes les privations qui ont été les leurs, notera Missak à propos de leur enfance brisée.

Dans Miroir et moi, il écrira ces quelques vers qui évoquent’ ce sel et  cette ’âpreté bue jusqu’à la lie’ :
Comme un forçat supplicié, comme un esclave qu’on brime
J’ai grandi nu sous le fouet de la gêne et de l’insulte,
Me battant contre la mort, vivre étant le seul problème…
Quel guetteur têtu je fus des lueurs et des mirages !

Ils ne se rencontrèrent qu’en 1934 à Paris où un et l’autre fréquentaient activement le comité de secours pour l’Arménie soviétique. C’est en 1935 que Missak fit à Mélinée une déclaration d’amour très originale. « Veux-tu voir la photo de la jeune fille que j’aime ? » lui dit-il. Et elle répondit : « Pourquoi pas ? ». Alors, Missak fouille ses poches et en sort un objet qu’il place devant le visage de Mélinée. « Je crois que tu fais erreur, c’est un miroir et non une photo que tu tiens là »dit-elle. « Non, non, regarde bien, ce que tu vois est bien le portrait de la jeune-fille que j’aime » raconte Mélinée.

09-melinee Tableau affiche de Mélinée, Peintre: Fabien Pouzerat

Tout deux sont déjà très investis dans la vie militante. Mélinée n’est pas préparée aux choses du cœur comme elle l’écrit dans son livre. Les souffrances qu’elle a vécues et côtoyées l’invitent plutôt à consacrer son énergie à soulager ceux qui souffrent et elle craint que l’amour n’entame sa force intérieure. Missak éprouve au contraire le besoin intense d’aimer et sait en convaincre sa belle ! Pour lui, partager leur amour est aussi important que boire l’eau de la source. Loin de les enfermer il leur permettrait un perpétuel mouvement de leur être vers le monde et réciproquement, plaide t ’il. Partager l’amour éprouvé devrait leur assurer de mieux vivre le quotidien et d’être plus fort pour assumer un combat au long terme. Ils ne savent pas encore à quel point cet amour leur fournira de force.

Et Missak, le poète, écrivit un petit conte biographique: Le jeune-homme était entré très tôt dans le combat de la vie. Son enfance, il l’avait passée dans le sein libre de la nature. Ses yeux étaient habitués à des larges horizons. Il était familier des montagnes et avait savouré le mystère de leur grandeur. Des animaux et des oiseaux, des arbres et des fleurs, des plantes et de la terre, il avait appris le secret de l’amour. Son imagination était puissante. En lui, s’était accomplie la gésine d’un idéal humain le plus haut. Et, pour lui et ceux qui le connaissaient, cet auto-panégyrique correspondait à la réalité.

Passionné de poésie, Missak souhaitait perfectionner son écriture et était en contact avec de nombreux poètes arméniens, son écriture poétique lui était cruciale et il se définissait comme poète. Son investissement de militant le priva de temps pour écrire et il s’en plaignait : Je n’ai pas de temps pour réaliser mes désirs ; je tourne en rond dans les platitudes de la vie quotidienne. Je voudrais écrire et je n’en ai pas le temps. Je n’ai que le temps de faire des réunions et encore des réunions.                                                                                         Pour cet homme à l’immense appétit d’apprendre, dans tous les domaines de la culture, cinéma, opéra, littérature, théâtre, politique, les réunions beaucoup trop longues à son goût furent une préoccupation majeure, elles dévoraient son temps précieux. Dans son journal, il ajoute : Dans la vie, il faut boire à toutes les sources pour reconnaître la meilleure.    Mais pour cela, dans cette époque troublée, le temps manque pour les désirs personnels.

J’ai retrouvé quelques uns de ces vers marqués par sa conscience de la souffrance sociale et par la grande sensibilité qui nourrira son besoin d’amour, d’action et de lutte.             Quand j’erre dans les rues d’une grande ville
Ah, toutes les misères tous les manques,
Lamentation et révolte, de l’une à l’autre,
Mes yeux les rassemblent, mon âme les accueillent

Et ces vers, évoquant les périodes sombres à venir où il identifiait dès 1934 la montée du nazisme comme le fléau vraisemblable sur la scène européenne. Il dira d’ailleurs : Notre génération va avoir à combattre le nazisme. Cela risque d’être terrible, mais nous en sortirons vainqueur.

Que les flambeaux de la conscience éclairent nos esprits !
Que le sommeil et la lassitude ne voilent point nos âmes !
A tout moment l’ennemi change de couleur et de forme
Et nous jette sans arrêt dans sa gueule inassouvie.

L’activité militante de Manouchian le positionna d’emblée comme combattant quand la guerre fut déclarée, il affirmait à ses amis : chaque citoyen doit avoir à cœur de combattre le nazisme ennemi des peuples. Et c’est ce qu’il fit jusqu’au bout du combat.

De l’amour de Missak pour elle, Mélinée nous dit : Il m’aimait comme on aime l’instant à vivre dans son extrême richesse ;comme une sculpture qu’on caresse, comme un poème qu’on lit à haute voix, il avait pour moi un amour à la limite de la déraison, total et entier.
De son amour pour Missak, Mélinée  écrit : J’avais pour lui une admiration telle que jamais, dans ma vie ; je n’en eus de semblable pour qui que ce fût. Je l’aimais comme on aime l’avenir dans lequel on se projette avec toute sa joie. Je l’aimais avec tout l’idéal qu’on porte en soi avec toute la ferveur de l’esprit. Il était comme le cristal, comme le diamant taillé.

Nov_20131116_07_14_01 missak Manouchian

Missak faisait activement partie de la ‘Main dOeuvre Immigrée’ et du Parti Communiste, il n’eut aucune difficulté à prendre contact avec les cadres de la MOI, de L’Union Populaire Franco-arménienne et du Parti communiste Français pour entrer en résistance. Reconnu pour ses capacités intellectuelles, ses capacités d’organisation, son courage, son sang-froid et ses convictions politiques, il passa rapidement de tâches organisatrices à la responsabilité des Francs Tireurs et Partisans immigrés de la région parisienne. Après sa première action Missak dira à Mélinée : « Il n’est pas de cause et de sentiment qui naissent d’un seul coup. C’est toujours le résultat d’une plus ou moins longue histoire. La première image qui m’est venue à l’esprit (au moment de l’action) fut celle de mon père, mort pendant la première guerre mondiale, et de ma mère, morte de faim peu après. J’ai réellement eu l’impression qu’ils sortaient du tombeau. Ils me disaient que je devais agir : tu ne fais pas de mal, tu ne fais que tuer des tueurs. » La seconde guerre mondiale raviva chez les arméniens immigrés les méfaits qu’ils avaient subis durant la première, ce qui se passait en Europe ces années là ressemblaient étrangement à ce qu’ils avaient connus vingt-cinq ans plus tôt et avec un champ d’action plus vaste, il s’agissait bien d’un nouveau génocide. Au côté de Missak et de Mélinée beaucoup de combattants étaient décidés à se battre au nom de la liberté, de la dignité des peuples et de celle de la vie. Nous connaissons le coût de l’issue du combat pour beaucoup d’entre eux.

images l'affiche rouge

Il ya 70 ans, l’affiche rouge placardée sur les murs de Paris. Vingt et trois étrangers… parce qu’à prononcer leurs noms sont difficiles. Vingt et trois ‘terroristes’ qui avaient mis leur vie entre-parenthèses pour lutter contre l’horreur nazie, lutter pour retrouver la liberté. De toute leur conviction, de toute leur force et quelque soit le prix à payer. Et Missak parmi eux.   Vingt et trois à donner leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Unis sur une affiche comme dans la mort.

Et laissant Mélinée et tant d’autres ‘petits orphelins bien-aimés’.

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Photo de Léo Ferré
                     

                                                                                                                    


« Les strophes pour se souvenir », le magnifique poème de Louis Aragon, les ont immortalisés. Ainsi ont-elles immortalisé Missak Manouchian et sa bien-aimée Mélinée.
Pour ses Strophes, Louis Aragon s’est largement inspiré de la lettre bouleversante que Missak envoya à Mélinée quelques heures avant d’être fusillé au mont Valérien le 21 février 1944.

Et celle à qui Missak demanda d’être heureuse, de se marier et de faire un enfant,  nous dit : Il a perdu la vie, c’est à dire ce qu’il appréciait le plus au monde: le soleil, la nature, la beauté ressentis au plus profond de sa chair.  J’ai perdu le bonheur, c’est à dire ce que je désirais le plus au monde. Je puis dire d’une certaine façon, qu’il m’a laissée dans le malheur. Son dernier voeu était que je me marie, que j’aie un enfant, que je sois heureuse, mais le mien était qu’il vive et qu’il me rende heureuse, lui. La vie présente parfois d’étranges quiproquos.

Elle ne se remariera jamais, ni n’aura cet enfant qu’il lui souhaitait d’avoir avec cet autre homme qu’elle aimerait. Elle est décédée en 1990 et est enterrée au cimetière d’Ivry dans la tombe de celui qu’elle aimait.

Pour peu que le coeur ne se fende. (Villon)