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S’il te plait, dessine-moi un auteur : Joailes.

 

Affiche de Bluewritter
Affiche de Bluewritter

 

iPagination et iPaginablog, deux sites en connexion étroite, puisque animés par les mêmes équipes, dans un même esprit et pour une même passion de l’écriture.

Écrire … qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça fait ? Comment ça vient ? Pourquoi ? Quand ? Où ? ….

Sur iPaginablog, nous avons invité les auteurs d’iPagination à nous dévoiler un peu de leur intimité de plume.

S’il te plait, dessine-moi un auteur : Amaranthe en mode d’écriture.

Cette semaine, c’est Joailes qui soulève un peu le voile…

 

JOAILES 1

 

* Avant que de parler de l’écriture, je parlerai de la lecture.

C’est mon amour pour elle qui a déclenché ce besoin d’écrire : une évasion continue , des rêves à portée de main, des aventures incroyables vécues par le pouvoir des mots !

Très tôt, je partis pour de grands voyages à travers les livres, depuis la Comtesse de Ségur, en passant par Enid Blyton, jusqu’aux grands classiques, ma faim et ma soif de lire n’étaient jamais rassasiées !

Et ça continue …

 

Dois-je dire aussi que je vivais dans un milieu d’artistes .. ?

Une grand-mère théâtrale, un grand-père photographe et peintre, un père voué aux BD et à la peinture, un frère dessinateur, qui me racontait des histoires fabuleuses, avec des sons, des grimaces et des lumières .. ?

 

Ma main est partie toute seule, très tôt, sur les pages blanches : je n’ai aucun mérite.

 

Elle est guidée par une main divine, et vraiment, je remercie le Ciel de m’avoir offert cet exutoire que tout le monde n’a pas.

 

Je n’ai aucune ambition, aucun rêve de célébrité, ni de richesse.

J’écris, et j’en suis heureuse, c’est tout ;

Si ce bonheur est un partage, c’est merveilleux.

 

En vous lisant, je m’enrichis ; en vous proposant mes textes, je m’enrichis également : je n’ai aucun, je le crois sincèrement, autre but que de partager avec vous cette magnifique et profonde aventure de l’écriture.

 

Je dois avoir répondu aux deux questions principales : l’écriture, à quoi ça sert ?

Comment cela vient-il ?

 

Pour le reste, je préfère garder mon mystère …

 

Qui suis-je ? Quel âge ai-je ? Quelles sont mes situations familiales, mes numéros de cartes, la tête que j’ai en lisant vos commentaires, dans quel état j’erre …  Je laisse à chacun imaginer …

Car pour moi, c’est cela le pouvoir de l’écriture … L’imagination !

Merci, à tous les participants de ce site qui font un travail formidable et qui nous sont chers …


 

J’ai eu beaucoup de mal à écrire ce texte, je l’avoue, il m’a pris du temps,

Parce que si me présenter à vous me paraît une forme de respect,

Je ne sais parler de moi plus qu’à travers mes écrits …

 

*Il me semble que la réalité détruit tout. Je préfère le rêve, et vous le fais partager … *

 

JOAILES 2

En mode écriture : Jivaro

« S’il te plait, dessine-moi un auteur : Jivaro »

Affiche de Bluewritter
Affiche de Bluewritter

iPagination et iPaginablog, deux sites en connexion étroite, puisque animés par les mêmes équipes, dans un même esprit et pour une même passion de l’écriture.

Écrire … qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça fait ? Comment ça vient ? Pourquoi ? Quand ? Où ? ….

Sur iPaginablog, nous avons invité les auteurs d’iPagination à nous dévoiler un peu de leur intimité de plume.

Cette semaine, c’est Jivaro qui nous invite à le suivre dans son processus d’écriture.

Le tricheur à l'as de carreau - Georges de La Tour (1593 - 1652) en 1635.
Le tricheur à l’as de carreau, 1635
Georges de La Tour.

Tout petit déjà, j’écrivais sur tout ce qui me passait sous les doigts.

Peu importe le crayon, c’est en grattant, gribouillant, esquissant toutes sortes de signes d’un alphabet inconnu, que je m’exprimais  sur des bouts de papier, des murs, des objets de toutes sortes…!

Pour parler, j’ai vite trouvé la combine en jetant ma tétine à la figure d’un questionneur m’empêchant de rêver et, de Glllll en Bllll, je lui chauffais les oreilles d’avoir autant d’indélicatesse envers moi.

Une fois le verbe acquis, la vindicte faisait son œuvre en questionnant inopinément tout un chacun sur les philosophies du monde.

Des réponses, j’en ai eu beaucoup, mais les plus éclatantes, c’est avec la nature et dans les livres que je les ai trouvées, au début de mon enquête universelle.

Plus tard, le vivant s’emparant de mes actes, c’est en observant, écoutant, analysant les autres à travers leurs comportements divers que s’est présenté à moi l’envie de tout noter afin de ne rien perdre de ce que je venais de découvrir.

Écrire, c’est reformuler, donc, se représenter en se l’appropriant, ladite découverte. Essentiel !

Tout le long de cette voie, la grammaire et l’orthographe se sont montrées des outils indispensables pour le partage et la lecture. Pourtant j’ai encore d’innombrables lacunes…

Des livres, j’en ai tellement lu, j’aimerais bien en lire encore autant… au moins.

J’y ai rencontré des amis, des doubles de moi-même, des fous, des inventifs, des poètes, des sages, des salauds, des dangereux, des hypocrites et des menteurs aussi…

Mes premiers partages littéraires ont eu lieu au collège… De rédactions en poèmes, j’ai subi les rires et les tendresses de tous. J’étais déjà un pitre depuis bien longtemps…

Le temps s’écoulant, les profs n’en ayant pas, c’est vers la musique que je me suis tourné en partageant quelques chansons.

Les paroles de Rock ne voyageant pas dans les esprits « Yéyé » de mes compères, le chemin dévia vers les pages blanches et solitaires des cahiers, durant des années.

Social, mais solitaire au fond, les premiers émois m’ont ouvert une porte, l’altruisme.

Et oui Mesdames, c’est votre premier rôle et envers moi vous l’avez si bien fait.

Du coup, ma mère est apparue, puis la famille, les amis, et tous les autres.

Ainsi, la philosophie s’est déclarée avec les arts en plein milieu de mes pensées

Et tous les créateurs géniaux qui suivent, et tant d’autres, ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

De l’hédonisme Diogène de Sinope à Michel Onfray,

Rutebeuf, François Villon, Mallarmé, Hugo,

De la chryséléphantine de Zeus à Olympie par Phidias

En passant par le génie de De Vinci, Georges de La Tour,

Siudmak, Dali, Hopper, Magritte, Meissonier,

Jusqu’aux installations de Pascal Dombis à Allan Mc Collum

En traversant les chants Peuls, les chœurs gutturaux tibétains,

Puis en me cognant à Ludwig, Ravel, Stravinsky,

Pour arriver à Arvo Part, Loussier, Shoenberg,

Anton Vebern, Steve Reich, Philip Glass,

John Coltrane, Jeanne Lee, Cassandra Wilson,

Cage, John Zorn, Mike Patton, Lou Reed, Bjork,

Bashung,Pierre Perret, Brassens, Brel, Barbara…

Le cinéma aussi avec l’incroyable histoire de Marie Shelley,

Man Ray, Renoir, Keaton, Chaplin,

Tex Avery, l’odyssée de Kubrick, Godfrey Regio « Koyaanisqatsi »…

j’ai vécu, ressenti tellement d’émotions nourrissant mon appétit de sens et de beauté, que je ne pouvais que partager à mon tour.

Alors, de rencontres esthétiques en surprises émotionnelles, intellectuelles, se sont posés les mots qui générèrent tant de beaux et profonds échanges créatifs entre nous tous.

J’ai écrit de tout, poème, opéra, conte, chanson, nouvelle, conte musical, haïku, scénario, préface…

La gloire ne m’intéressant pas, c’est le lien amical qui m’a conduit jusqu’ici.

Ayant touché un peu à tous les arts en amateur, c’est avec l’écriture que j’ai le plus d’affinités.,

Une bonne mémoire émotionnelle, scénographique, des notes, des tas de notes et cahiers, un coin de bureau, mon ordinateur encyclopédie et ami fidèle de mes pensées les plus intimes, parfois je l’appelle Max ou Léon, selon mes humeurs de l’instant et une bouteille d’eau, de soda ou un thé entouré de quelques aliments sucrés, salés, et mon grand fauteuil à roulettes.

Tout est bon pour trouver un sujet, les souvenirs, une émotion, un personnage, une voix, un article de presse, un film, les infos, un sentier, un objet… Tout !

L’embarras, c’est le choix. Il y en a tant…

Commencer à écrire à partir d’une émotion vécue, ressentie, me porte toujours vers une créativité débordante. C’est un choix simple qui ne m’a jamais fait défaut.

Féru de psychologie cognitive, d’altruisme, et des faiblesses d’ici bas, j’installe mes personnages et construis ainsi un relationnel alambiqué, tel un chef d’orchestre fou jouant trois ou quatre partitions à la fois… Parfois, je m’y suis perdu, mais c’est si amusant à faire…

Les mots viennent à moi, sonores, imagés, en désordre à l’entonnoir de mes pensées et comme je l’ai mis à l’envers, ils tombent, tels des oeufs frais, dans mon esprit éclaboussé pour faire ainsi mon omelette littéraire.

La folie, puisée au sein des vivantes bêtises que vous faites, pour les porter jusqu’à vos yeux essayant ensemble, de jouer un mauvais tour au mal.

Je remercie l’équipe géniale de partage créatif qu’est iPagination, qui nous offre, à tous, la possibilité de vivre une extraordinaire aventure humaine.

Le chef d'orchestre Jivaro en 1635 Aujourd'hui, c'est pire...
Le chef d’orchestre Jivaro en 1635.
Aujourd’hui, c’est pire…

 

 

S’il te plait, dessine-moi un auteur : Thierry Tougeron.

Affiche de Bluewritter
Affiche de Bluewritter

 

iPagination et iPaginablog, deux sites en connexion étroite, puisque animés par les mêmes équipes, dans un même esprit et pour une même passion de l’écriture.

Écrire … qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça fait ? Comment ça vient ? Pourquoi ? Quand ? Où ? ….

Sur iPaginablog, nous avons invité les auteurs d’iPagination à nous dévoiler un peu de leur intimité de plume.

 

Cette semaine, nous entrons en écriture dans les battements de cœur et les respirations de Thierry Tougeron…

 

 

THIERRY TOUGERON 1

 

 

 

J’avais décidé de ne plus écrire.

A quoi bon?

Enfin, j’avais tout ce que je recherchais dans la vie. L’amour, l’amitié, le travail qui me convenait, une certaine reconnaissance sociale et cette sérénité tant voulue qu’on attendait à l’âge d’Homme avec une impatience vorace non contenue.

 

C’était bien mal se connaître.

C’était ignorer la source des mots et surtout leur puissance inconsciente dans tout mon être. Chaque parcelle en suintait. Chaque battement de coeur en parlait.

Impossible de ne plus écrire.

J’écrirais. Oui. J’écrirais. Un poème naissait alors dans ma tête et ça faisait:

 

Et crire

J’écrirais, j’écrirais

Jusqu’au dernier rayon de Lune

Cet astre qui suit autour le soleil

Mais qui lia en secret son sort

À notre bleue planète

J’écrirais, j’écrirais

Jusqu’à la disparition de L’une

Cette autre qui suit autour les merveilles

Mais qui lia en secret son sort

À notre paupière bleue bête

J’écrirais, j’écrirais

Jusqu’à la mort rayon d’urne

Cette masse sombre autour pareil

Mais qui lie sans secret les corps

À notre avenir exégète

 

Au début, j’avais écrit pour me libérer. Une fois le sac vidé, l’élan subsistait. Ce n’était plus de la libération mais de la liberté. La joie et le bonheur de créer. Une respiration intérieure. J’avais d’autres choses à dire. Une écriture naissait de moi et elle était nourrie sans cesse des événements de la vie et des lectures toujours plus nombreuses. Pour bien écrire, il faut avoir bien vécu et bien lu. Et surtout, il faut regarder naïvement, au sens premier du terme.

 

J’écrirais. Oui. J’écrirais. Un poème naissait alors dans ma tête et ça faisait:

 

Poésie de placard

J’ai rangé la poésie dans une mallette en plastique¡K puis dans

un placard pour être sûr.

Elle en est ressortie sous forme de corolles de robes blanches

puis colorées, d’asymétries de parfums plus envoûtants les uns

que les autres, de contours charnels toujours plus ahurissants, de

bourgeons de rires aux couleurs du ciel visible, de nappes de

coton de joie, de filtres remplis de bonheurs d’enfants et elle

m’a dit : « Toi qui as connu les berges colorées du Cher un soir

d’été, qui a vu les Élodées flotter comme des balais brillants

dans les eaux de cette rivière, qui sait désormais mieux la puissance

de la solitude, toi qui pensais toujours, qui voyait sans

l’atteindre l’autre rive de la réalité masquée par une brume de

certitudes, toi qui vois désormais avec distance une vie se faire

sans tout toi, tu peux poursuivre ton chemin sur la terre désertique

des Hommes, tu ne crains plus ni les autres ni toi, tu as

appris avec déchirement mais les blessures te gardent désormais

contre les attaques du futur et tu sais qu’il y en aura de nouvelles».

Alors je l’ai ressortie, joyeuse comme une commère qui est la

seule à connaître la vérité de l’historiette du trente-six rue du

machin-truc, heureuse comme une ouvreuse de bal un samedi

soir sur la terre, harnachée comme une simple gazelle qui rattrape

sa vie dès que des fauves la convoitent, avertie comme

une armée d’ombres qui connaissent les irrégularités de

l’éclairement solaire, essoreuse des sentiments désordonnés du

jour et de la nuit chez les passionnés, tritureuse des amours

enfouies ou visibles, aplanisseuse des revirements et dénivelés

vécus par un homme à la conquête d’une femme et elle me

donne de nouveau du secours.

 

 

J’écrirais, toujours. Pour parler du vent le matin, de la lumière, des premiers yeux qui me regardent… J’écrirais, n’importe quand. Puisque cela vient avec la vie, sur l’instant.

J’écrirais, sur tout. Car tout doit être vu autrement pour mieux le vivre.

THIERRY TOUGERON 2

En mode écriture : Thierry Ledru

« S’il te plait, dessine-moi un auteur : Thierry Ledru »

Affiche de Bluewritter
Affiche de Bluewritter

iPagination et iPaginablog, deux sites en connexion étroite, puisque animés par les mêmes équipes, dans un même esprit et pour une même passion de l’écriture.

Écrire … qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça fait ? Comment ça vient ? Pourquoi ? Quand ? Où ? ….

Sur iPaginablog, nous avons invité les auteurs d’iPagination à nous dévoiler un peu de leur intimité de plume.

Cette semaine c’est Thierry Ledru, l’auteur, qui est pris à partie par l’autre Thierry Ledru.

DUALITE 3 MASQUES BLANC NOIR

Toi et moi

« Bon, allez, c’est parti.

-Tu m’abandonnes encore, c’est ça ?

-Oh, écoute, tu ne vas pas recommencer à te plaindre. Tu sais bien que ça ne dure pas très longtemps.

-Mais j’ai peur que tu m’oublies, que tu ne reviennes pas, que tu sois happé par un de tes personnages. Qu’est-ce que je deviendrais ?

-Mais, non, il n’y a aucun risque. Tu sais bien que je ne suis rien sans toi.

-C’est ce que tu dis mais je ne suis pas persuadé que ça soit la vérité. Rappelle-toi quand tu as écrit « Noirceur des cimes », tu te levais la nuit parce que le personnage principal allait mourir et qu’il appelait au secours. Et tu étais épuisé par ces nuits d’écriture. Tu n’étais plus le même, tu vivais dans ta bulle. Tu m’as vraiment fait peur pendant ces neuf mois d’écriture.

-Neuf mois ?

-Oui, c’est ce que ça a duré et quand tu dis que ça n’est pas long, et bien, pour moi, ça l’est. Et pour tes proches aussi.

-Ils se sont habitués et ils savent combien l’écriture est importante pour moi.

-Est-ce que c’est vraiment toi ? Est-ce que tous ces personnages n’ont pas pris le pouvoir sur toi ? Est-ce que tu pourrais vivre sans eux ? Est-ce que tu existes réellement si tu cesses d’écrire ?

-Tu me fatigues avec tes questions.

-C’est plutôt que tu ne veux pas répondre, tu fuis la réalité. Ton écriture, c’est une fuite.

-Et allez, les jugements et les reproches. Tu ne peux pas me laisser tranquille, au moins ce soir. J’ai quelque chose d’important à écrire, je ne peux pas laisser Laure dans cette situation.

-Qu’est-ce qui lui arrive cette fois ?

-Elle s’est retrouvée prise dans un attentat. Elle en a réchappé de justesse et elle se retrouve avec la mallette.

-La mallette où sont cachés les billets ?

-Oui, c’est ça et elle ne sait pas si des tueurs l’ont suivie. Elle est terrorisée.

-Et donc, tu vas encore aller la sauver. C’est assez puéril tout de même comme fonctionnement.

-Quoi ?

-Et bien, tu inventes des situations dramatiques et puis tu arrives comme Zorro pour sauver ton héroïne. Tu ne serais pas un peu mégalomane des fois ?

-N’importe quoi, tu délires complètement là.

-Alors dis-moi clairement ce que tu cherches en écrivant !

-Je cherche la vérité.

-La vérité ? Mais sur quoi ?

-Sur moi ?

-Toi ou moi ?

-Tu délires. Tu sais très bien que toi et moi, c’est pareil.

-Je n’en suis pas si sûr. Je pense même que c’est une autre vie que tu te donnes. Et je me demande bien pourquoi. La vérité dis-tu ? Mais quelle vérité ?

-Quand j’écris, je suis un autre, c’est vrai. Je me libère de la pression de la vie quotidienne et je peux explorer ce que je porte, ce qui est enfoui, ce qui n’apparaît pas dans les rôles de mon existence. Quand j’écris, je ne suis pas identifié à mon histoire, je l’observe de plus haut et je m’en sers pour l’analyser. Mes personnages ne sont que des miroirs, des facettes que j’autopsie.

-Et donc, moi, je disparais ! Tu te débarrasses d’un fardeau, c’est ça ?

-Arrête de jouer à la victime. Si je n’avais pas écrit, je ne sais même pas si tu existerais encore.

-Ah, ben, c’est la meilleure celle-là ! Et tu peux me dire ce que je serai devenu ?

-Ce que NOUS serions devenus. Et bien, j’aurais continué à m’autodétruire, tout simplement. Je ne vais pas te rappeler notre histoire, tu la connais aussi bien que moi.

-« Les Éveillés », c’est à ce roman que tu penses ?

-Oui, celui-là et « Ataraxie », « Vertiges », « Jusqu’au bout », « À cœur ouvert », « Noirceur des cimes » et tous les tomes de « Jarwal le lutin. » Ils ont tous marqué le cheminement de ma vie. Ils ont tous été des balises, des lumières, des révélations.

-Tu n’écris pas vraiment pour les autres alors ?

-Pas au départ. Effectivement. C’est avant tout une thérapie et tu en bénéficies bien plus que ce que tu crois. C’est grâce aux livres que j’ai fini par t’aimer et par avoir un peu d’estime.

-De l’estime pour moi ou pour ton statut d’écrivain ?

-J’aimerais que tu finisses par comprendre qu’il s’agit bien de la même personne. Toi, le père, amant, instituteur, sportif, et moi l’écrivain, nous sommes une seule personne. C’est toi qui me vois comme une menace. Et tu as tort. Tu ne serais pas ce que tu es si je n’étais pas devenu ce que je suis.

-Attends, je ne comprends pas. Tu veux dire que ce que ce que je suis, c’est à toi que je le dois ?

-Nous nous devons mutuellement d’être ce que nous sommes. Sans ton histoire personnelle, je n’aurais jamais écrit. C’est toi qui m’as nourri. Mais ce que j’ai écrit t’a enrichi également puisque tu connais maintenant les raisons de ton histoire.

-Et tu penses écrire encore longtemps ?

-Tant que j’aurais quelque chose à comprendre.

-Il va falloir que je m’habitue alors. C’est un travail sans fin ce que tu prévois.

-La fin, tu la connais. Et comme il est impossible d’en deviner la date exacte, il m’est impossible de différer la tâche. »

Il rejoignit le fauteuil molletonné, s’installa devant l’ordinateur, posa les écouteurs de son casque sur ses oreilles, enclencha le lecteur de musique. Il ferma les yeux quelques secondes. Il se sentit disparaître et simultanément apparut à son esprit la course folle de Laure dans les couloirs du centre commercial. Sa peur, et le souffle de ses entrailles, les frissons devant les morts hachés par les balles, la terreur et l’incompréhension en découvrant la fortune que contenait la mallette. Elle devait prendre une décision. Elle n’avait que quelques secondes de répit.

« Bouge-toi ou tu es morte. »

flingue
« Bouge-toi ou tu es morte. »

 

Dead Man, un film de Jim Jarmusch

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Affiche du film

Dès les toutes premières secondes du film, le ton et la couleur sont donnés. ‘Dead Man’ est un film qui nous emmène en voyage. Voyage en terre étrangère, inconnue, au départ de la région des Grands Lacs jusqu’à ce qui deviendra la Californie, mais n’est encore qu’une terre à fouiller pour y trouver de l’or. Un voyage en surface, sur la première ligne transcontinentale qui traverse les états-Unis, et un voyage vertical jusqu’aux profondeurs crasses de l’humanité, là où réside la bête que l’homme nourrit encore. Une descente dans les noirceurs de l’enfer.

William (Bill) Blake, Johnny Depp
William (Bill) Blake, Johnny Depp

Bill – diminutif de William, Blake a quitté Cleveland, après avoir perdu ses parents, décédés, et sa fiancée ‘qui a d’autres projets’, pour aller occuper un emploi de comptable dans la petite ville de Machine, non loin de San Diego. Jeune homme naïf, quelque peu coincé, tiré à quatre épingles – costume à carreaux, chapeau citadin, lunettes, il expérimente une traversée pendant laquelle le paysage se transforme à l’intérieur même du train. Le changement de décor se fait dans un changement de corps. Au fur et à mesure que le train s’enfonce vers l’Amérique sauvage et rude, les passagers du train eux-mêmes deviennent plus sauvages et plus rudes. Cette première scène, avant même le générique, est d’une ingéniosité remarquable.

deadman train d'enfer
Chasse au bison, par les vitres du train.

Du noir et blanc, un parti pris comme pour accentuer la différence entre deux mondes, et pour laisser à chacun le choix de mettre ses propres couleurs sur ce qui oscille entre rêve et cauchemar.

Les choses tournent mal dès l’arrivée. Le poste de comptable chez Dickinson est déjà occupé, et Bill Blake est rudoyé par le patron et par les employés. Complètement désargenté, il se retrouve à passer la nuit chez une jeune femme, ex-prostituée qui fabrique et vend, à présent, des fleurs en papier. Son ancien amant fait irruption, s’ensuit une scène violente qui se conclura par deux coups de feu. La première balle tue la jeune femme et vient finir sa course dans le torse de Bill, la seconde, tirée par Bill, tue l’amant.  C’est sur le cheval de ce dernier que Bill prend la fuite. Un malheur n’arrivant jamais seul, il se trouve que l’amant est aussi le plus jeune fils de Dickinson.

DEAD MAN ROBERT MITCHUM
Dickinson, Robert Mitchum, époustouflant dans son dernier rôle.

Commence alors une impitoyable chasse à l’homme où tous les moyens sont mis en œuvre, chasseurs de têtes, marshals, affiches placardées partout, pour assouvir la vengeance du père, homme de pouvoir sur une terre qui ne reconnaît pas la loi.

Le chemin de Nobody, un indien de sang mêlé, croise celui de William/Bill. Nobody, Xebeche de son nom indien, a été rejeté par sa tribu après avoir été kidnappé par des ‘cons de blancs’, comme il les appelle, pour être exhibé dans sa différence, sur le continent, puis de l’autre coté de l’océan, en Angleterre. Pour que l’on s’intéresse moins à lui, il décida d’adopter le mode de vie des blancs, il apprit à lire, découvrit et aima la poésie de William Blake, le grand poète anglais de la fin du 18è siècle, et du début du 19è. Peine perdue, il attisa ainsi la curiosité. Il parvint à s’enfuir, retraversa l’océan, mais ne trouva plus sa place auprès des siens, devenu pour eux aussi, un être trop différent. Il adopta alors le surnom de Nobody (Personne).

William Blake, peintre et poète anglais, évocateur de voyages initiatiques avec ses ‘Chants de l’innocence’ et ‘Chants de l’expérience’, et William Blake, héros malheureux d’une aventure qu’il n’a pas choisie, l’homonymie scelle le destin de Nobody, qui croit avoir rencontré le poète réincarné, et du pauvre hère traqué.

NOBODY ET BILL DEAD MAN
Nobody et William Blake

Deux êtres rejetés par leur communauté respective, deux solitudes associées. Ensemble, ils s’aventurent dans une traversée spirituelle des territoires sauvages où les rencontres connaissent une fin sauvage elle aussi. « L’arme remplace ta langue, apprends à parler par elle et ta poésie sera dorénavant écrite avec du sang ». William Bill Blake abandonne la langue de Shakespeare pour s’exprimer dans celle que lui enseigne Nobody, la seule qui vaille dans ce qui fut une terre indienne avant d’être colonisée par ces ‘cons de blancs’. Nobody accompagnera Bill jusqu’à son dernier voyage, en partance pour « le deuxième étage du monde », « là où le ciel rencontre la mer ». Ensemble ils traverseront « le miroir de l’eau », chacun à sa manière.

DEAD MAN DERNIER VOYAGE
William Blake, en route pour le ‘deuxième étage du monde’

Sorti en 1995, ce film de Jim Jarmush est magnifiquement servi par une distribution exceptionnelle, Johnny Depp, Gary Farmer, John Hurt, Iggy Pop, Robert Mitchum (dont ce sera la dernière apparition à l’écran), entre autres, et la bande son, magistrale, est orchestrée par Neil Young. « Dead Man », un voyage onirique, au cours duquel des vers du poète William Blake sont distillés pour accompagner les images, un film d’une poésie noire mais belle, à voir, ou à revoir…

 

Pour en savoir plus sur le réalisateur, cliquer ici !