En mode écriture : Christophe Dessaux

« S’il te plait, dessine-moi un auteur : Christophe Dessaux »

Affiche de Bluewritter
Affiche de Bluewritter

iPagination et iPaginablog, deux sites en connexion étroite, puisque animés par les mêmes équipes, dans un même esprit et pour une même passion de l’écriture.

Écrire … qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça fait ? Comment ça vient ? Pourquoi ? Quand ? Où ? ….

Sur iPaginablog, nous avons invité les auteurs d’iPagination à nous dévoiler un peu de leur intimité de plume.

Cette semaine, c’est Christophe Dessaux qui se met à table … 

calligrammeLa vie est un calligramme

J’écris…

En mode diurne, le ventre plein.

En mode nocturne dans ma cellule de moine.

En mode insomniaque au chaud dans mon lit.

En mode hypnotique au volant de ma voiture.

En mode liquide sous la douche.

En mode fainéant dans les restaurants.

En mode inconscient, façon surréaliste.

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En mode manuscrit comme en mode azerty.

En mode cahier comme en mode clavier.

En mode araignée qui fait vibrer sa toile.

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En mode monomaniaque, mais pas graphopathe.

En mode à petits pas, entre deux jours de boulot.

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En mode solitaire, mais pas désespéré.

En mode détaché, mais pas misanthrope.

En mode éparpillé, mais pas sans cohérence.

En mode réfléchi, mais pas désincarné.

En mode amoureux, mais de moins en moins.

En mode très habillée, mais pas élitiste.

En mode humoristique, mais pas ironique.

En mode léger, mais pas superficiel.

En mode fragmentaire, mais pas éclaté.

En mode actuel, mais pas à la mode.

En mode exubérant, mais jamais futile.

En modulations absurdes, mais jamais grotesques.

En mode au long cours, mais je me cogne toujours.

En mode respectueux, mais faut pas me chercher.

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En mode poétique, ça c’est mon noyau.

En mode poétique, mais pas seulement.

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En mode sérieux et je m’en excuse.

En mode dilettante et je m’en veux.

En mode éclectique et je vais en crever.

En mode inattendu, c’est une constante.

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« En mode majeur », regrette l’enfant que je fus.

« En mode mineur », affirme mon prétentieux.

En mode contraint, vous en avez la preuve.

En mode ludique, « la vie est un calligramme ».

En mode miroir, moi qui lis si peu.

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En mode j’y pense et puis j’oublie.

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D’ailleurs… en notant j’y pense et puis j’oublie, un texte me revient à la mémoire. Un texte écrit il y a presque dix ans, à une époque où j’allais pas bien fort. 
Ce texte se trouve quelque part à la frontière poétique entre un comment écrire et un pourquoi écrire. Comme je me suis beaucoup éloigné du rapport à l’écriture que j’y décris, je l’ai laissé au fond de mes tiroirs USB, mais je le crois de circonstance ici. Certains d’entre vous s’y retrouveront peut-être, et même si ce n’est pas le cas, j’espère que vous verrez du beau dans ce type d’écrit que j’appelais à l’époque de l’omicron noir, un matériau assez sombre 🙂

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Je ne parle pas à n’importe qui, mais…


(En hommage à Léo Ferré)

Je hurle aux quatre vents qui, tous, me frappent froid.

J’aboie aux chiens de mer qui m’enragent.

Je beugle aux entrailles de ma jeunesse qui se tire.

Je susurre à l’oreille des âmes bâtées, mes semblables.

Je confie aux sourds les vomissures de mes lèvres écoeurées.

Je martèle mollement mille et mille maximes usagées.

Je roucoule noir à mes conquêtes affadies par mes caresses nauséeuses.

Je solfie quelque rengaine poussiéreuse sortie de ma mémoire décomposée.

Je déclame des vers qui s’échappent tout droit d’un cadavre de poème.

J’affirme que, que, et que, au bout de quatre.

Je dévoile l’indécence du rire des étoiles.

Je rugis l’air des libertaires du murmure.

Je nomme « caduc » l’alignement mégalithique des mots sur une ligne : la vie est un calligramme !

J’imprime la morsure des mots dans la tête des lourdauds.

J’explique à qui veut l’entendre la quadrature du cercle d’Amour et de Raison.

Je détache les mots de leurs cons de textes et j’en fais des phares, verges de ma toute-puissance.

 

Je dégoise, je dégoise, je dégoise, ça n’en finit plus, c’est une hémorragie, une saignée purgative. Mon encre coule, précieux liquide, je la donne à qui veut la prendre, mais c’est une transfusion sans guide.

écrivain à sa table
La feuille froissée fleurit bien au jardin de l’écrivain…

 

4 réflexions au sujet de « En mode écriture : Christophe Dessaux »

  1. À peine reçu l’info que je me précipitai
    Pas déçue comme jamais. Je m’interroge sur le toujours ou jamais dans ma phrase précédente ? Bref, je ne suis jamais déçue ni par le Christophe d’aujourd’hui, ni par l’Omicron d’alors.

    Un portrait très original en deux parties qui ne font pas mine. J’aurais aimé citer la ou le mode que j’avais préféré. .. il y en avait trop que j’avais aimé.

    Quant au cri poétique, il hurle aussi comme j’aime lire ici.

    Merci pour cette franchise en toute fantaisie. Joli portrait

    1. Ah ! omicron… j’ai aimé ce pseudo et je ne l’ai laissé qu’avec beaucoup de peine.
      Mais il faut savoir grandir et se débarrasser de ses peaux, cela permet d’explorer de nouvelles voies.
      Merci Tippi pour votre rapidité de lecture 🙂 et pour l’avis que vous déposez ici.

  2. Merci à Ipaginablog, complément précieux de notre Ipagination. Grâce à cette présentation, je vais aller de ce pas te découvrir. Ce que j’ai lu me plaît. Une façon de dériver dans le déjanté de « l’extra-averti » en mots, mais dans la délicatesse de « l’intro-averti » des autres mots, ceux que l’on propose avec délicatesse, et qui à personne ne s’imposent, sachant s’offrir comme on offre une rose qui changerait sa couleur selon le besoin de ce lui qui la reçoit… Merci Christophe et je crois qu’il faut aussi dire merci à FIrenz pour l' »oeil-averti » de ses partages, à bientôt sur tes pages !

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