Olympe De Gouges. De l’échafaud au Panthéon ?

Quel temps faisait-il ce 3 Novembre 1793 lorsque la terrible lame tomba sur le cou d’Olympe ? Se remémora-t’elle sa phrase prémonitoire « Si une femme a le droit de monter à l’échafaud, elle a aussi le droit de monter à la tribune » ?

olympe

Beaucoup de français n’entendirent parler de cette femme qu’il y a quelques mois lorsqu’une pétition circula pour qu’elle rejoigne les grands hommes au Panthéon. Je suis bien sur qu’elle en aurait ri de son vivant. Passer de la guillotine au Panthéon, c’est passer du mépris au plus grand des respects par les représentants du pouvoir. Certes ils ne sont plus les mêmes, mais certaines des idées qu’elle défendit attendent pourtant toujours d’être prises en compte deux cent ans après. Pourtant la morale est sauve, au moment où j’écris ces lignes la courtisane ne couche pas encore dans la crypte. Robespierre et Marat peuvent dormir tranquille, nul ne leur dispute la dépouille de la première des féministes.

La dame est née à Montauban, fut mariée par ses parents à seize ans à un mari grossier et inculte de trente ans son ainé qui lui donna un enfant avant de mourir dans une crue du Tarn. En 1770, elle fait son baluchon, prend son enfant et monte à la capitale. Elle n’attend rien de Montauban, en prenant un nouveau départ, elle prend aussi un nouveau nom… Marie-Olympe Gouze devient Olympe de Gouges, s’installe à Paris et établit une liaison amoureuse avec un homme aisé qu’elle refusera toujours d’épouser, mais qui lui permit de vivre sans soucis financiers.

« Le mariage est le tombeau de la confiance et de l’amour »

On disait d’elle qu’elle était la fille naturelle de Lefranc de Pompignan un auteur reconnu qui écrivit notamment  Ode sur la mort de Jean Baptiste Rousseau et dont les pièces furent jouées avec succès à la Comédie Française. Elle revendiquait d’ailleurs à mots couverts cette paternité. L’exemple de ce père et le contact d’écrivains rencontrés dans les salons qu’elle fréquentait furent sans doute ce qui la poussa à se tourner vers les mots…

Elle prend vite de l’assurance, côtoie intellectuels et hommes de lettres. Le théâtre est en ce siècle le creuset d’idées nouvelles, elle décide  de monter sa propre troupe qui joue de ville en ville. Elle écrit sa première pièce : L’esclavage des noirs, ou l’heureux naufrage  qui prit le nom de  Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage  au répertoire de la Comédie Française. Cette première œuvre théâtrale s’attaque au « code noir » mis en place par le roi. Ce drame indien qui réunit sur une ile après l’engloutissement par les flots d’un bateau, des indiens, des esclaves, le gouverneur d’une île, des gentilshommes et des soldats français, lui permit de dénoncer sur une scène, la Comédie Française, le racisme et l’esclavage. Cette tragédie  lui valut, sous un prétexte fallacieux, de se retrouver quelques temps à la Bastille pendant que la pièce était retirée du répertoire français. Olympe décide alors de mettre toute sa verve au service de ses idées, elle écrit le « mariage inattendu de Chérubin » qui fait suite au « mariage de Figaro » de Beaumarchais en mettant la condition féminine au cœur de l’histoire… Le grand homme n’apprécia pas.

le code noir

En 1788, elle publie plusieurs articles, dont une Lettre au peuple, ou Projet d’une caisse patriotique dans le Journal Général de France, où elle appelle à des réformes politiques, économiques et sociales radicales.

 « L’homme est sans doute l’être le plus indéfinissable. Supérieur à tous les autres animaux par son intelligence, sa raison et sa faculté qu’il a d’étendre ses lumières, il est cependant plus insensé et moins humain que les brutes… » (Projet d’une caisse patriotique)

Mais elle convoque aussi les réformes à venir à travers un conte nommé « songe de l’auteur »

« C’est dans les bras de Morphée que j’ai cru me promener aux Tuileries ; il me semblait entendre une musique martiale ; tout le monde courait et tout à coup je me suis vue seule au milieu de ce vaste jardin. Le soleil terminait son cours et la nuit commençait à étendre ses voiles. Craintive de mon naturel, dans un lieu isolé, je me suis sentie douée à l’instant d’un courage intrépide. Je me suis assise au pied d’un arbre et il m’a parut que je m’endormais une seconde fois… »

Quand la révolution se met à gronder elle tente de s’éloigner du côté violent de celle-ci et prône de grandes réformes en avance sur leur temps : La liberté d’expression, l’égalité des sexes, l’instauration du divorce, la création d’un impôt sur les plus riches, la distribution des terres en friche à des paysans ou des coopératives, l’abolition de l’esclavage et de la peine de mort, la mise en place d’un tribunal populaire pour tous, la création de maternités et de foyers solidaires pour les plus démunis. Lors de la réunion des états généraux, les femmes n’ayant pas le droit de parler à la tribune, elle fait éditer des milliers de tracts pour s’exprimer. Il n’y a plus de carcan pour Olympe, même si les femmes n’ont pas de voix, on la lira elle. Ses idées sont écrites et circulent, cela lui vaudra des haines tenaces.

En 1791 elle rédigera « Les droits de la femme et de la citoyenne »,  insistant pour qu’on rendît à la femme des droits naturels que la force du préjugé lui avait retirés. Ce texte sera considéré sans valeur légale et refusée par la convention.  L’intégralité de celui-ci ne sera publiée qu’en … 1986 par Benoite Groult.

Mais ses mots s’adressent maintenant à tous et sont écoutés (pas entendus) par les plus illustres. Jusqu’à la chute du roi, Olympe soutiendra l’idée d’une monarchie constitutionnelle et prônera une révolution non violente, elle va s’opposer à Robespierre et Marat qu’elle accuse d’être responsables des effusions de sang et de mettre en place une dictature.

« Le sang, même des coupables, versé avec profusion et cruauté, souille éternellement les révolutions ».

Le 2 Novembre 1793 au matin c’est son sang qui sera versé. Le procureur de la Commune de ParisPierre-Gaspard Chaumette, fustigeant la mémoire des femmes guillotinées à cette époque, parla d’Olympe comme d’une « virago, cette femme-homme,  cette impudente Olympe de Gouges qui la première institua des sociétés de femmes, abandonna les soins de son ménage, voulut politiquer et commit des crimes […] 

Dans son testament politique Olympe de Gouges convoque encore les mots dans toute leur grandeur.

O divine providence ! Toi qui dirigeas toujours mes actions, je n’invoque que toi seule, les hommes ne sont plus en état de m’entendre. Dispose de mes jours, accélères-en le terme. Mes yeux fatigués du douloureux spectacle de leurs dissensions, de leurs trames criminelles, n’en peuvent plus soutenir l’horreur. Si je dois périr par le fer des contre-révolutionnaires de tous les partis, inspire-moi dans mes derniers moments, et donne-moi le courage et la force de confondre les méchants et de servir encore une fois, si je le puis, mon pays, avant mon heure suprême !….

Olympe n’ira pas au Panthéon… Il en a été décidé autrement… C’est dommage

Les livres ne manquent pas sur Olympe de Gouges, je vous conseille aux « Editions la Brochure » Olympe de Gouges . Lettre au peuple et remarques patriotiques  (textes de 1788) 10 euros.

4 réflexions au sujet de « Olympe De Gouges. De l’échafaud au Panthéon ? »

    1. merci de ton passage Marcel, Olympe à Montauban, tout au moins pour la partie de la population attachée encore aux droits de l’homme, reste un symbole, dont tout le monde de la droite à la gauche n’a de cesse de mettre de leur côté. Bon c’est toujours mieux que si l’on n’en faisait pas cas… Tôt ou tard, on reconnaitra cette femme nationalement et peut être alors que ses idées seront reprises en compte

  1. Merci Jacques pour ce juste hommage à la vision prémonitoire et au courage d’Olympe de Gouges..Quelle merveille que le combat pour des causes justes et quel prix à payer avant que les sociétés ne se modifient!

  2. Merci à toi. Je n’ai rencontré l’histoire ce cette grande dame qu’en arrivant à Montauban en 91, je n’avais pas appris à l’école son existence. Oui tu as raison. Quel prix à payer…

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