L’art du gigantisme dans la nature

L’art du gigantisme dans la nature. Le mois dernier, iPaginablog vous invitait à découvrir ou redécouvrir le Land Art, tendance artistique de l’art contemporain, apparue dans les années 1960, qui s’épanouit dans la Nature et avec des éléments de la Nature.

Cette expression, comme toutes les formes d’art a évolué. Aujourd’hui, les artistes réalisent toujours des œuvres tridimentionnelles qui témoignent de la façon dont le temps et les forces de la nature agissent sur les choses. Mais ils intègrent aussi des éléments manufacturés à leurs créations, utilisent des engins et techniques nouvelles pour faire des œuvres éphémères mais qui marquent les esprits durablement. Nous allons voir comment.

Nous avons pu observer dans l’article précédent, des œuvres réalisées et exposées en extérieur, dans des bois notamment. Les artistes ont-ils investi des lieux plus étonnants ?

 Oui. Et forcément. Car le propre d’un artiste est de pousser ses limites le plus loin possible. Les auteurs d’iPagination vont rechercher dans les mots, leur essence, leurs sens, leurs musicalités, pour à la fin des fins déclencher des émotions, éveiller l’imaginaire, engendrer une réflexion. L’adepte du Land Art fait de même avec les espaces et les matières. J’ajouterai que tout artiste quel que soit l’art qu’il pratique explore son monde intérieur et réalise des œuvres qui traduisent ses ressentis du moment aussi influencés par son époque. Ainsi au siècle du gigantisme, il ne faut pas s’étonner de découvrir des œuvres monumentales dans des espaces étendus et inattendus.

Mickaël Heizer, par exemple, s’est spécialisé dans les sculptures à grande échelle. C’est dans les déserts de Californie et du Névada qu’il compose ses premières œuvres.

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https://www.flickr.com/photos/aur2899/4626398306/in/photostream/

Cette photo de Shelley Bernestein sous licence creative commons, montre ce qui reste de « Double Negative », une ses œuvres.Pour les réaliser, l’artiste extrait des blocs de pierre et de terre et développe ainsi le concept du plein et du vide que l’on retrouve  dans cette autre photo plus « lisible » de Robert Trudeau, prise au Menil collection d’Houston.

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https://www.flickr.com/photos/robert_trudeau/8213025976/photo sous licence creative commons œuvre de Mickaël Heizer

 

Danae Breath a réalisé Desert Breath. Cette double spirale dont le centre est un bassin rempli d’eau, se trouve au Sahara, proche de l’Egypte.

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Photo de r Дыхание пустыни http://copypast.ru/2009/02/09/tainstvennaja_spiral_dykhanie_vremeni_v_egipte_6_foto.html

Robert Smithson a également réalisé des sculptures immenses. Spiral Jetty, que l’on voit ci-dessous, symbolise ici les cycles naturels de la nature et la victoire de cette dernière sur l’homme.

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Spiral Jetty (1970) à Rozel Point dans l’état de l’Utah .http://www.luispita.com/2008/08/1.html

Etonnant. Mais un seul homme ne peut pas réaliser de telles créations. Quelle est la part de l’artiste ?

L’artiste ne réalise pas l’œuvre. Ce sont les bulldozers, camions, pelleteuses, grues et donc les ouvriers qui mettent la main à la pâte, si l’on peut s’exprimer ainsi. L’artiste crée, conçoit, trouve le lieu d’exposition, dirige les opérations, explique le sens de son œuvre dans des carnets, prend des photos, filme chaque étape de la création, pour ensuite exposer ses documents…ailleurs,  dans les galeries, les musées. Ces œuvres, soumises aux caprices du temps, sont éloignées de la civilisation et peu de gens peuvent les admirer. Il est donc primordial et même vital pour l’artiste d’en garder une trace.

N’existe-t-il pas des œuvres de grande envergure visibles par un public plus large ?

Il y en a, mais bien que bâties à partir d’éléments qui ne sont pas pris dans la nature, ces œuvres qui ne sortent pas directement des mains de l’artiste sont aussi éphémères ou temporaires. Peut-être avez-vous eu la chance et le plaisir d’admirer le Pont Neuf à Paris, totalement empaqueté. Christo Vladimiroff Javacheff et Jeanne-Claude Denat de Guillebon, plus connus par leurs deux prénoms associés, Christo et Jeanne-Claude, l’ont habillé d’un immense voile.

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Pont Neuf en 1985http://fr.wikipedia.org/wiki/Christo_et_Jeanne-Claude

Les toiles sur des barrages, monuments et autres lieux sont une des caractéristiques de Christo et Jeanne-Claude. Ils cherchent ainsi à cacher et à souligner certaines formes des paysages. Ces voilures sont temporaires et là aussi, les photographies, les films, les reportages et feuillets explicatifs permettent de les perpétuer et de s’y référer.

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Valley Curtain en 1972 (USA) http://fr.wikipedia.org/wiki/Christo_et_Jeanne-Claude

Quelle est selon vous, l’œuvre la plus extraordinaire ?

Le Lighting Field. Lighting Field ou Champ d’éclair est une œuvre de Walter de Maria réalisée en 1977. Elle est originale et représentative du Land Art d’aujourd’hui. Elle est dépendante de l’espace qu’elle occupe et du temps, le temps chronologique mais aussi météorologique et chacune des vues est unique. L’ « armature » de l’œuvre se trouve à Quemado au Nouveau Mexique, sur une plaine désertique et inhabitée, connue pour la violence de ses orages. Walter de Maria a constitué un rectangle d’un kilomètre sur un mile, soit 1,6 Km, qu’il a rempli de 400 poteaux en acier et disposés selon une grille de 16 rangées en largeur et 25 en longueur. Lorsque la foudre vient à frapper les poteaux, le champ se trouve alors éclairé d’une lumière mystique naturelle, donnant vie aux 400 poteaux.

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Lightning Field, photo de Shelley Berstein, sous licence creative commons https://www.flickr.com/photos/aur2899/1050648079/

 

Les visites du site sont programmées longtemps à l’avance. Le spectateur dort sur place et attend l’orage. Le spectacle est chaque fois différent car il dépend du moment de la journée ou de la nuit, du mois et de la saison.

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http://www.laboiteverte.fr/wp-content/uploads/2013/11/walter-maria-desert-foudre-02.jpg

 

Le lightning Field est donc une composition changeante, toujours éphémère et unique car la lumière n’est jamais la même, les éclairs sont toujours différents et de ce fait, le spectacle et les photos prises également.

Les personnes qui souhaitent se rendre sur place, doivent contacter la Dia Art Foundation (535 W 22nd St, New York, NY 10011, États-Un) …et se montrer patients. Walter de Maria est décédé le 25 juillet 2013 et la demande est importante.

Nous refermons ce deuxième volet du Land Art sur ce champ d’éclair. Un prochain article, présentera des œuvres à échelle humaine et réalisées dans des matières étonnantes. 

8 réflexions au sujet de « L’art du gigantisme dans la nature »

  1. Aussi passionnant que le précédent ce deuxième volet sur le Land Art est riche de découvertes… gigantesques ! Bravo Liliane et merci !

  2. C’est magnifique, Liliane, et très didactique aussi! Tu ouvres l’oeil de qui te lis sur cet art peu visible! Un intérêt particulier pour ce jeu entre des poteaux d’acier et les éclairs d’orage! Merci à toi!

    1. C’est moi qui te remercie et du fond du coeur pour ta fidélité, ta gentillesse et ta capacité à dire les mots qui réconfortent.

  3. On met rarement en lumière des artistes qui travaille la matière à échelle humaine ! Je découvre des œuvres dont je méconnaissais l’existence voir l’aboutissement et la création à partir de poteaux et ou de terre et pierre ! L’éphémère est figé par la photo est prenne vie dans la mémoire cela me fait penser a une Maxime qui s’applique en chimie,qui dit « Rien ne se crée, rien ne se perd … Que je me permet de modifier la tournure pour l’adapter à l’Art et je dirais  » Tous se crée , rien ne se perd, tous se transforme! Merci Liliane d’avoir éclairé nos consciences sous cette forme de questions réponses très explicite! Riche d’apprentissage des Arts ! Et finirais en titrant : Tous les arts sont dans la nature! Il faut simplement savoir la contempler et quand l’art échappe alors on a Liliane qui nous les captures et nous met en haleine …

      1. C’est moi qui vous remercie Liliane, pour réanimer tant de splendeurs dont nous oublions la présence et dont l’absence serait pure négligence ! Nous regardons ces photos qui pour un instant , nous fait oublier le futil, le temps qui s’écoule dans cet univers teinté de touche magistrale, ou nous finissons par ne plus voir la beauté environnante, tant elle est pollué par le passé de l’oubli! Alors par l’art nous colorons ce monde et ce monde se colore en nous… Bien à vous! A vous lire.

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