Le Land Art (3) La nature de l’art ou l’art de la nature

Le deuxième volet du Land Art traitait du gigantisme des œuvres dans la nature. Ces sculptures monumentales et difficilement visibles en raison de leur occupation de lieux déserts ou peu accessibles et de leur détérioration ou disparition, nous parviennent aujourd’hui grâce aux photos, aux films, aux carnets des artistes, réalisés, de leur conception à leur disparition.

D’autres œuvres à échelle humaine s’épanouissent encore dans la nature, certaines ont investi des lieux clos…mais toujours de façon temporaire. Car ne l’oublions pas l’une des caractéristiques du Land Art est bien son exposition changeante au fil du temps. Car les artistes qui se réclament de cette mouvance sont véritablement fascinés par ce temps, le temps de concevoir l’œuvre, le temps qu’elle met à disparaître et la trace qu’elle laisse dans la nature qu’elle a occupée sans la détériorer.

 

Les artistes du Land Art travaillent souvent à partir d’éléments puisés dans la nature. Quelles matières étonnantes ont ainsi été utilisées ?

Attention, ne jugeons pas de l’originalité d’une œuvre aux matières utilisées, aussi étonnantes soient-elles. Car, elles ne vont pas à elles seules faire l’originalité d’une œuvre et la rendre étonnante. Une même matière pourra donner lieu à des œuvres toutes différentes et surprenantes à leur manière. Il en est ainsi aussi pour l’écriture d’ailleurs. Les ipaginauteurs utilisent les mêmes mots et pourtant selon la manière dont ils les assemblent, ils donnent à leurs écrits une singularité, une atmosphère, une personnalité et particularité qui leur sont propres et qui en font des œuvres remarquables.

 

Ainsi l’artiste allemand, Nils Udo dont les œuvres sont une célébration du temps des fêtes et cérémonies liées aux origines, a réalisé avec des baguettes ou des racines des œuvres étonnantes et belles.

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photo de Nils Udo lui-même sous licence creative commons

 

 

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photo de mareo_diaz https://www.flickr.com/photos/14233029@N00/1937788790/in/photolist-eaZXqT-3XanWR-3Xaoee-3XeERN-dCm6Rg-3XeF6y-b1af2D-5nTAwK-iCWeLF/

 

D’ailleurs s’agissant de matières jugées incroyables, Nils Udo a utilisé des matières d’une extrême fragilité. Ainsi, « L’enfant fougère » a été réalisé à partir de pétales de coquelicots mouillés. Malheureusement, il n’est pas possible de mettre ici un cliché de l’œuvre. Mais elle est visible sur internet via ce lien : http://www.artwiki.fr/wakka.php?wiki=NilsUdo.

Udo a également assemblé des feuilles de robinier et rameaux de frêne pour faire une balançoire sur eau. http://telemaquetime.free.fr/NUdo.htm

 

 

Andy Glodsmith, un artiste britannique, travaille la glace http://e-cours-arts-plastiques.com/andy-goldsworthy-lharmonie-entre-art-et-nature/.

Il crée aussi à partir de baguettes de bois… comme d’autres, mais il les assemble sur des lieux improbables, comme le montre cette roue qui se reflète dans l’eau.

 

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http://www.luispita.com/maniasmias/2007_09_01_archivo.html

 

 

Trouve-t-on, comme pour les artistes qui ont fait des œuvres gigantesques, des matériaux manufacturés, transformés ?

Oui. Je pense notamment à la statue endormie. L’œuvre présente un corps de femme allongé. La tête est sculptée et son corps, recouvert de lierre, se fond dans le paysage.

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Sleeping Statue. The Lost Gardens of Heligan near Mevagissey, photographié par Lee Jones http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sleeping_Statue_-_geograph.org.uk_-_50412.jpg?uselang=fr

 

Claudio Parmiggiani, réalise des œuvres étonnantes. Il puise son inspiration dans la culture classique et romantique. Ses thèmes de prédilection sont la souffrance, la mélancolie, la méditation.

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La forêt regarde et écoute, de Claudio Parmiggiani. Parc de Pourtalès, Strasbourg. Photo de Vercoquin sous licence creative commons https://www.flickr.com/photos/vercoquin/1952965417/in/photostream/

 

Dan Graham, un américain, invite le spectateur dans l’œuvre afin qu’il s’observe lui-même dans son environnement et s’interroge sur sa place dans le monde. Il dispose de grands miroirs dans les jardins et recrée ainsi l’espace. Le visiteur dont l’image est reflétée, intègre l’œuvre et surtout, il en prend conscience et pose un autre regard sur la nature qui l’entoure.

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Dan Graham,Two-Way Mirror Hedge 2001 photo de Perlblau

 

 

Il est dommage de ne profiter des œuvres disparues que sur des photos. A-t-on connaissance de réalisations en lieux clos ?

 Oui, certains artistes exposent des œuvres dans des musées ou autres lieux d’exposition. Mais n’oublions pas le facteur temps est indissociable du Land Art. Donc ces réalisations en respectent la philosophie et sont par conséquent éphémères et établissent une communication poétique entre l’homme et la nature.

 

Ainsi, Wolfgang Laib travaille des matières extrêmement fragiles comme le riz,  la cire d’abeille, le pollen comme en témoigne cette photo de Victoria Ristenbatt

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Photo de Victoria Ristenbatt, sous licence creative commons

 

Giuseppe Peone expose aussi en lieu clos. Il est convaincu que le paysage est chargé de signes inscrits dans la mémoire des matières végétales, organiques et minérales. Il veut montrer par ses sculptures, une présence humaine et une sensibilité originelle

 

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Photo de Valentina Giannele, sous licence creative commons

 

L’anglais, Richard Long est un marcheur et toute son activité artistique en est empreinte. Il commence par la marche. Puis la découverte d’un matériau naturel et le lieu dans lequel il pense l’utiliser, vont faire éclore l’œuvre qui s’appuie sur un équilibre entre le macro et le micro, le durable et l’éphémère, ainsi que sur les jeux de lumière.

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Temporary exhibition of the work of Richard Long at The Hepworth Wakefield, photo de Poliphilo, licence creative commons

 

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Midsummer Flint Line (2001)Richard Long, photo de Pieter Delicaat licence creative commons

 

Andy Glodsworthy, évoqué précédemment, n’a pas fait que des œuvres de glace ou de brindilles en extérieur. The Leaf Stalk Roomprésentée ci-dessous et qui est caractéristique de ses œuvres par sa fragilité, sa légèreté, sa transparence,  a été photographiée au Yorkshire Sculpture Park par Mcginnly. ( sous licence creative commons)

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Le Land Art montre des œuvres en 3 dimensions, peut-on les qualifier d’œuvres architecturales ?

 Pas vraiment, car contrairement à l’architecture, ces œuvres n’ont pas de fonction propre. Mais l’architecture peut s’en inspirer. Elle cherche d’ailleurs à montrer que la nature n’est pas un simple espace où bâtir. Des constructions s’intègrent à la flore.

On réimplante aussi la nature dans la ville. On trouve notamment des façades sur lesquelles on fait pousser des plantes. C’est une autre façon de redonner sa place à la nature et de vivre en harmonie avec elle.

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mur végétal du Quai Branly photographié par Dalbera. Licence creative commons.

 

Mais là encore, l’homme pense la dominer, la manipuler, la façonner… à tort. Elle finit toujours par repousser là où elle l’entend, quoi qu’il arrive…

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Photo de Frédéric BISSON sous licence creative communs https://www.flickr.com/photos/zigazou76/7351792096/in/photostream/

2 réflexions au sujet de « Le Land Art (3) La nature de l’art ou l’art de la nature »

  1. Décidément, j’aime beaucoup ces oeuvres intégrées aux paysages qu’elles animent et leur fragilité pour la plupart ajoute à leur poésie!
    Merci à toi, pour ce travail inspiré qui m’inspire à mon tour!

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