Dessine-moi un auteur : Francis E. Sicard Lundquist en mode d’écriture

Dans la série S’il te plait, dessine-moi un auteur, Francis Etienne Sicard Lundquist en mode d’écriture.

Affiche de Bluewritter
Affiche de Bluewritter

iPagination et iPaginablog, deux sites en connexion étroite, puisque animés par les mêmes équipes, dans un même esprit et pour une même passion de l’écriture.

Écrire … qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça fait ? Comment ça vient ? Pourquoi ? Quand ? Où ? ….

Sur iPaginablog, nous avons invité les auteurs d’iPagination à nous dévoiler un peu de leur intimité de plume.

Cette semaine, nous suivons Francis Etienne Sicard Lundquist dans son ‘atelier à poésie’, où il nous invite à découvrir la composition d’un poème… 

 

American sculture

Sculpture de George Sugarman

 

« Les mots sont des buvards qui boivent l’existence », cet alexandrin tiré d’un sonnet récemment mis en ligne pourrait être une expression précise de ma pensée poétique. La rigueur de la règle et la souplesse du tissu sémantique sont les deux ingrédients de mon encre.

 

Le sonnet, cette forme si controversée de l’écriture parce qu’elle est devenue synonyme de la dureté pour ne pas dire de la stérilité de la poésie depuis le début du vingtième siècle, je l’ai choisi comme un moule dans lequel je verse des couleurs dont la fluidité fait disparaître la rudesse de la règle fixe. Il n’y a pas de limite à cette technique parce que dès que le premier mot est écrit, le dernier mot est dès lors fixé. Les rimes, masculines et féminines, la césure, l’alternance, l’absence de hiatus et l’enchaînement entre les voyelles finales, sans oublier les délicats enjambements, voilà ce qui doit être respecté avant d’exprimer ce qui est recherché. Ce terrifiant carcan ne laisse aucune place au lyrisme, mais il ouvre un champ de création dans lequel la technique doit être absolument rôdée avant qu’elle ne permette une quelconque création. Le classicisme est pour moi une école d’excellence dans laquelle le créateur, quel qu’il soit, doit briller avant de livrer le fruit de sa recherche propre. Pour peindre, composer ou écrire, le créateur obéit à des règles dont il ne peut pas s’affranchir. L’œuvre par contre ne doit jamais souffrir de ces règles-là. Peut-on voir les points de couture sur une robe de grand couturier ? Non. Et pourtant la complexité de la création passe par une maîtrise absolue du fil et de l’aiguille. Le sonnet, c’est en quelque sorte la Haute Couture de l’expression poétique.

 

Le contenu du sonnet par contre fait appel à la connaissance d’un concept complexe : l’esthétisme. Je ne peux que recommander sur ce sujet la lecture de l’ouvrage de Walter Pater, The Renaissance: Studies in Art and Poetry (1883), qui est une des études les plus brillantes de cette notion. Flaubert, Proust, Keith ou Wilde vont illustrer cette recherche esthétique par des œuvres inimitables et des techniques d’écriture incomparables. C’est donc dans cette quête que j’inscris mes exercices de composition. Qu’est-ce qui définit l’esthétisme ? La proportion, la musicalité et la couleur. Chaque mot est défini selon ces paramètres ; certains ne contiennent que de faibles proportions de ces éléments mais associés les uns aux autres, les mots doivent former des pyramides dont la perfection est aussi régie par ces mêmes lois. Ecrire est un acte d’équilibre. Il n’y a pas de stabilité dans une encre fluide, ce qui implique un acte de réécriture constant jusqu’à la plus subtile immobilité. Le plus grand travail du poète consiste à compter les pieds, trier les mots, plonger ses doigts dans les dictionnaires et rayer tout ce qui dépasse des marges. L’inspiration est un mythe qui rebute les paresseux, assomme les ennuyeux et chasse les faussaires. Cette absolue maîtrise de l’écriture, je souhaite la comparer à la perfection de la voix d’Elisabeth Schwarzkopf, qu’elle a su et pu, par une constante assiduité au travail, porter aux plus hauts degrés de la beauté dans l’art lyrique. On n’écrit pas avec l’amour, la haine ou la colère, mais avec des mots, des lettres et des virgules.

Faudrait-il ajouter à cette tentative d’analyse, l’importance de la richesse, la nécessité de la précision, et la surprise de la rareté (un mot rare est une perle qui brille par son mystère) ?

De fait l’exercice de la poésie fait appel à la maîtrise la plus complète de la langue dont le moindre relâchement peut gonfler l’encre d’une plaie. C’est la raison pour laquelle j’écris quotidiennement ou presque comme un danseur passe des heures à la barre ou un violoniste à son archer.

Pour conclure ce portrait, je souhaite remercier tous mes lecteurs, qui me laissent souvent des commentaires si chaleureux et si riches, mais aussi inviter ceux qui ne le sont pas encore à le devenir, ne serait-ce que l’espace de quatorze alexandrins. Enfin et avant tout, je tiens à exprimer mon immense gratitude à Ipagination qui, grâce à la curiosité et à la générosité de Firenz’, m’a invité à une réflexion sur mon écriture, réflexion que je n’aurais sans aucun doute jamais entamée sans eux !

 

photo portrait

3 réflexions au sujet de « Dessine-moi un auteur : Francis E. Sicard Lundquist en mode d’écriture »

  1. Ayant toujours beaucoup apprécié le sonnet comme forme poétique, dont les « contraintes » ne me gênent pas, j’ai déjà, par un précédent commentaire, qualifié de « denses » ceux de Francis E. Sicard Lundquist, dans lesquels les mots rares et précieux se font connaitre et défendent la langue française, très malmenée actuellement, en son vocabulaire ET son orthographe (Ah! Pauvres règles de conjugaison méprisées!).
    Astrov (Edouard HUCKENDUBLER)

  2. Contente de te lire en prose, une fois n’est pas coutume! Ton texte dense reflète de près le travail poétique que tu partages avec nous et qui nourrit nos coeurs de beauté. Quant aux proportions, à la musicalité et aux couleurs, elles sont ancrées dans tes sonnets comme j’imagine qu’elles doivent l’être dans ton coeur de poète! Merci Francis!
    Malayalam/Domi

  3. Je me souviens vous avoir demandé à l’occasion d’un commentaire sur l’un des sonnets publiés quel était votre secret. Vous me répondiez que vous n’en aviez pas. A la lecture de cet article, il semble que pour écrire comme vous le faites, il faut du travail, du travail, du travail, une immense culture et tout de même et quoi que vous pensiez, un lyrisme qui vous est propre et que nous apprécions beaucoup. Merci pour cet article éclairant et pour vos vers qui nous transportent régulièrement.

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