iPagina’Son se met au rythme des bruits de la routine…

affiche de Bluewriter
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L’équipe d’ipagina’Son se dévoile ici.

 

Hugo Lucacks, rebaptisé Lambert, jeune arrivé sur iPagination et déjà mis à l’honneur par Malayalam, nous propose sa vision du quotidien à travers la routine d’une femme lambda.

Les émotions d’une inconnue « presque connue » sont rythmées par des bruits récurrents, lancinants et implacables que l’on écoute jusqu’au bout pour comprendre la vision de l’auteur  » la vie c’est comme ça.. »

Un texte sur les jours qui défilent, mis en valeur par la voix de Christian Carpentier.

 

Et encore, et encore.

-Lambert –

Poum, tac, poum-poum tac. Shh…

C’est comme ça, la vie. Pardon.
C’est comme ça, sa vie.
Ce son. Cette mélodie.
Un battement sourd, un battement sec. Deux battements sourds, un battement sec. Et le silence. Shh…
Sa vie est comme ça. Répétée à l’infini et dans l’au-delà.

Poum, tac, poum-poum tac.

Les mêmes mots, les mêmes verbes, les mêmes phrases.
Les mêmes gestes, les mêmes mouvements, les mêmes actes.
Elle pose le pied droit par terre quand elle se lève, le matin.
Elle dit bonjour en souriant avant de claquer les bises sur les joues.
Elle va aux mêmes endroits, à la même vitesse.
Elle déblatère les mêmes bêtises aussi grosses qu’elle.
Elle se fait avoir à chaque fois en s’accrochant à des gens éphémères, les fantômes de sa vie.
Elle est capable d’aimer l’inconnu dans la rue. De détester l’inconnue dans la rue.
La même vie, le même rythme.

Poum.

Sourd et ténu comme ses plaintes et ses rêves. Ses cris et ses rêves. Sa vie, doucement. Basse. Discrète.
Elle ne se fait pas remarquer. Jamais. Fondue dans la foule.
Heureusement.
Elle déteste se faire remarquer.
Pourtant, elle parle fort. Quand elle veut se faire entendre.
Elle se surélève. Quand elle en marre d’être assise.
Puis, elle retourne à la place qui lui a été assignée. Celle du milieu.

Tac.

Chiquenaude sur le front. Entre les deux yeux. Comme chez le docteur, pour vérifier les nerfs. Réflexe et sursaut.
Elle est bien angoissée.
Elle sursaute quand on l’appelle.
Quand on ne l’appelle pas.
Quand on ne fait rien et qu’on la regarde.
Elle a peur d’un rien.
D’un klaxon, d’une voiture, d’un vélo, d’un moto.
Du blanc, du noir, du rouge, du vert sale.
De rater, de réussir, de ne pas faire ce qu’elle a envie de faire.
Ce qu’elle fera quand même.
Par anxiété, elle se ronge les lèvres.
Les ongles, c’est ringard. Et elle préfère les avoir longs.

Poum-poum.

Le cœur qui bat. Dans sa poitrine. Dedans elle.
Heureusement. S’il ne battait pas, ça voudrait dire qu’elle est morte.
Peut-être qu’elle est morte.
Non.
Son cœur bat trop vite et trop fort. Désordonné.
Organe salopard, qu’elle l’appelle.
Trahissant tout. L’amour et la peur, la haine et la peur.
Rythmant. Dictant.
Ça résonne dans sa tête. Dedans elle.

Tac.

Elle crie.
Elle tremble. Elle serre les poings. Se mange les doigts.
La fine peau à la phalange.
Elle assure qu’elle est calme.
Quand elle n’est pas calme, elle chiale.
On lui dit : Ne t’énerve pas, ça ne sert à rien.
C’est faux.
Ça fait taire le tac au profit du poum.
Elle s’énerve pour un rien.
L’idiotie des autres, souvent. Elle voit leurs gueules et elle a envie de les claquer.
Comme ça. Sans raisons.
« T’es moche, tu le sais que t’es moche ? Tu ressembles à rien. Tu sers à rien. »
Méchanceté gratuite. Amère.
Puis, elle nuance. Quand même.
« Personne ne sert à rien, toi, moi, lui et elle. D’accord ? Alors, souris, connasse. Il te reste plus que ça. »
Au fond, c’est ce qu’elle aimerait dire. Et faire.
Voir le sang jaillir et calmer les cœurs. En même temps.
Dire que la vie vaut la peine d’être vécue.
Mais elle n’a pas de crédibilité.
Avec son visage arraché et ses larmes sèches.
Et son passé.

Shh…

Sifflement.
Comme un serpent. Le même qu’elle a en pendentif.
Entre ses seins.
Elle connaît le silence. Par cœur.
Parfois, elle l’aime. Le soir, avant de s’endormir. Le matin, quand tous dorment encore.
Parfois, elle l’aime pas. En cours. Quand on peut encore distinguer des bruits.
Elle sait le silence des non-dits. Des secrets qui intensifient.
C’est un truc de famille. Gravé dans la roche.
« Ne le dis pas à ta mère. »
« Ne le dis pas à ton père. »
Devoir se taire.
Pour ne pas contrarier, pour ne pas avoir d’ennuis.
Tenez, comme dans les séries policière américaines :
Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous.
Et elle se tait.
Elle applique ce droit avec les autres. Leur ressort leurs mots.
Souvent, elle dit beaucoup de choses pour ne rien dire.
Rien de réellement important.
Elle ignore l’important.
Elle baisse les yeux.

Poum, tac. Poum-poum, tac. Shh…

Tout le temps et à jamais.
Une boucle. Une putain de boucle.
Quoiqu’elle fasse, quoiqu’elle dise, ça recommencera toujours.
La peur et la colère, la tristesse et le silence.
Toujours.

C’est pareil.
Ça tourne même pas, ça stagne.
C’est les sons qui claquent dans sa tête de la même façon.
Même quand ça déraille, ça a le même goût, la même saveur de déjà-vu.

C’est sa routine.
Pardon.
C’est la routine.

Et ça tue.

Poum, tac. Poum-poum, tac.
Shh définitif.

7 réflexions au sujet de « iPagina’Son se met au rythme des bruits de la routine… »

  1. Un constat dans ce magnifique duo ‘motal/vocal’ d’ une myriade… similaire,
    Agréable moment,
    Un ‘e est muet’ (p’ti oubli) ici : ‘D’un klaxon, d’une voiture, d’un vélo, d’un moto’

  2. Je suis d’accord pour la « prise aux tripes » Christine ! Un super texte, lu de voix de maître… Merci de tes compliments à l’auteur et au lecteur 🙂

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