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Lila, roman de Laurence Délis

 

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Résumé :

Malgré l’amour qu’il éprouve pour Lila, Gabriel a bien du mal à envisager une vie à deux. Il se veut sans attache et libre de toute entrave mais voilà, Lila est là et toute la passion qu’il ressent pour elle bouleverse la vie qu’il s’est choisie.
Une histoire d’accords et de désaccords  qui dérange, tourmente et entraîne Gabriel et Lila sur des chemins d’incertitude et d’amour passionnel.
A propos de Laurence Délis :
Artiste peintre, Laurence Délis s’inspire des sentiments, des émotions, de l’écoute du monde pour créer. L’écriture, à l’image de la peinture, s’ouvre sur les mêmes perceptions avec l’idée de transcrire les états d’âme de l’Homme dans toute sa globalité. Lila est son premier roman qui va vous bouleverser.
Extrait :

J’en ai marre de tourner en rond dans mon appartement, dans l’attente d’un signe de toi. Ton silence m’exaspère et m’inquiète tout autant. Malgré l’heure tardive, je passe chez Romain. Je veux l’entendre me parler de toi. Je veux qu’il me dise pourquoi tu ne me réponds pas. Son accueil est loin d’être aimable, mais je me fiche bien d’interrompre ses ébats amoureux.

— T’es chiant Gabriel de débarquer comme ça sans prévenir ! râle-t-il.

Clara a un joli sourire, une voix feutrée, apaisante. Tu serais surpris de voir combien ton cousin y est réceptif. C’est fou comme l’amour nous change. Lui qui prônait une vie de célibataire, semble conquis par cette jeune personne à la discrétion attentive. Elle me propose un café avant de s’éclipser dans la chambre.

— Dis-donc, elle s’installe chez toi ? je demande, réellement surpris.

— Bien sûr que non, réplique-t-il, le nez dans sa propre tasse.

— En tous cas l’appart n’a jamais été aussi bien rangé, j’affirme en laissant mes yeux faire le tour de la pièce.

— Je suppose que tu n’es pas venu pour me parler de mon appart, souffle-t-il excédé.

— C’est à propos de Lila. Je lui ai écrit et elle ne répond pas…

— Lila ? Elle est au fond de son lit avec une forte grippe. Je doute qu’elle soit en état de te répondre.

— Merde ! J’aime pas quand elle est malade. Elle ne se soigne jamais comme il faut.

— Étienne passe la voir chaque jour.

— Étienne ?

— Un ami toubib.

— Un ami ?

Le ton de ma voix n’est pas aussi indifférent que je l’aurais voulu et le regard méfiant que me lance Romain m’évoque ces vigiles, butés et agressifs. C’est assez désagréable d’y faire face.

— Écoute Gabriel, ton histoire avec Lila ça a toujours été compliqué. Qu’est-ce que tu veux ? Lui laisser espérer n’importe quoi et puis repartir crapahuter dans les montages à l’autre bout du monde juste après ? Franchement je n’ai pas du tout envie que tu tentes quoi que ce soit avec elle si tu n’es pas sûr de toi. Parce que ce n’est pas toi qui as dû la soutenir pendant ces dernières années. Elle a assez morflé comme ça !

— Mais c’est elle qui est partie !

— On se demande bien pourquoi ! rage-t-il en se levant. T’es peut-être mon meilleur ami mais je ne cautionne pas toutes tes conneries ! Et tu sais ce qu’elle représente pour moi. C’est plus qu’une cousine lambda, c’est comme ma sœur. Alors réfléchis bien à ce que tu comptes faire avant de foutre le bordel dans sa vie !

— Je veux juste reprendre contact avec elle.

Lire le livre :
ou

Ipagina’Son se fait l’écho d’une ode à la féminité…

affiche de Bluewriter
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Un retour tout en douceur sur les traces d’un amour déchu… Qu’importe les raisons du départ, l’heure est au souvenir des moments de félicité.

La femme est décrite comme une île où il fit bon s’étendre, respirer, s’enivrer sur ses rivages, tel un naufragé. Puis la mer a effacé les traces dans le sable. Mais point d’animosité, la vie est souvent faite d’écritures successives…

Cette magnifique ode à la féminité et à la vie a été sélectionnée par Patryck Froissart.

J’en profite pour souhaiter la bienvenue à  Christian Vincent qui vient d’intégrer, pour notre plus grande joie, le groupe Ipagina’Son, et lit pour vous  » Naufragé « 

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Naufragé 

-Med@zerou-

Je suis parti loin sans un mot,

Sans remords après tant de maux.

A aucun moment je ne me suis retourné,

Ma volonté était sagement raisonnée.

Maintenant je reviens sur ce conte de fées,

De mon naufrage sur ton rivage parfumé.

A moitié nue, quelle belle rencontre !

Avec cette poitrine et ce bas ventre,

Ces deux petits sommets volcaniques

Qui s’enivraient au toucher magique.

J’étais là, me baignant sur ta plage,

Ivre de ta beauté, je restais sage.

Allongé sur le sable doré,

Songeant à tes îles colorées,

Décrites dans tous les livres d’or,

Au large des côtes de ton corps.

Je faisais le tour de ton royaume

Cherchant de nouveaux arômes.

Oh ! L’amour est beau et la vie est belle,

Quant ton corps se révoltait sacrée rebelle.

Au bout du voyage je reviens sur tes traces,

Mais sur le sable, par les vagues tout s’efface.

 

iPagina’Son se met au rythme des bruits de la routine…

affiche de Bluewriter
affiche de Bluewriter

L’équipe d’ipagina’Son se dévoile ici.

 

Hugo Lucacks, rebaptisé Lambert, jeune arrivé sur iPagination et déjà mis à l’honneur par Malayalam, nous propose sa vision du quotidien à travers la routine d’une femme lambda.

Les émotions d’une inconnue « presque connue » sont rythmées par des bruits récurrents, lancinants et implacables que l’on écoute jusqu’au bout pour comprendre la vision de l’auteur  » la vie c’est comme ça.. »

Un texte sur les jours qui défilent, mis en valeur par la voix de Christian Carpentier.

 

Et encore, et encore.

-Lambert –

Poum, tac, poum-poum tac. Shh…

C’est comme ça, la vie. Pardon.
C’est comme ça, sa vie.
Ce son. Cette mélodie.
Un battement sourd, un battement sec. Deux battements sourds, un battement sec. Et le silence. Shh…
Sa vie est comme ça. Répétée à l’infini et dans l’au-delà.

Poum, tac, poum-poum tac.

Les mêmes mots, les mêmes verbes, les mêmes phrases.
Les mêmes gestes, les mêmes mouvements, les mêmes actes.
Elle pose le pied droit par terre quand elle se lève, le matin.
Elle dit bonjour en souriant avant de claquer les bises sur les joues.
Elle va aux mêmes endroits, à la même vitesse.
Elle déblatère les mêmes bêtises aussi grosses qu’elle.
Elle se fait avoir à chaque fois en s’accrochant à des gens éphémères, les fantômes de sa vie.
Elle est capable d’aimer l’inconnu dans la rue. De détester l’inconnue dans la rue.
La même vie, le même rythme.

Poum.

Sourd et ténu comme ses plaintes et ses rêves. Ses cris et ses rêves. Sa vie, doucement. Basse. Discrète.
Elle ne se fait pas remarquer. Jamais. Fondue dans la foule.
Heureusement.
Elle déteste se faire remarquer.
Pourtant, elle parle fort. Quand elle veut se faire entendre.
Elle se surélève. Quand elle en marre d’être assise.
Puis, elle retourne à la place qui lui a été assignée. Celle du milieu.

Tac.

Chiquenaude sur le front. Entre les deux yeux. Comme chez le docteur, pour vérifier les nerfs. Réflexe et sursaut.
Elle est bien angoissée.
Elle sursaute quand on l’appelle.
Quand on ne l’appelle pas.
Quand on ne fait rien et qu’on la regarde.
Elle a peur d’un rien.
D’un klaxon, d’une voiture, d’un vélo, d’un moto.
Du blanc, du noir, du rouge, du vert sale.
De rater, de réussir, de ne pas faire ce qu’elle a envie de faire.
Ce qu’elle fera quand même.
Par anxiété, elle se ronge les lèvres.
Les ongles, c’est ringard. Et elle préfère les avoir longs.

Poum-poum.

Le cœur qui bat. Dans sa poitrine. Dedans elle.
Heureusement. S’il ne battait pas, ça voudrait dire qu’elle est morte.
Peut-être qu’elle est morte.
Non.
Son cœur bat trop vite et trop fort. Désordonné.
Organe salopard, qu’elle l’appelle.
Trahissant tout. L’amour et la peur, la haine et la peur.
Rythmant. Dictant.
Ça résonne dans sa tête. Dedans elle.

Tac.

Elle crie.
Elle tremble. Elle serre les poings. Se mange les doigts.
La fine peau à la phalange.
Elle assure qu’elle est calme.
Quand elle n’est pas calme, elle chiale.
On lui dit : Ne t’énerve pas, ça ne sert à rien.
C’est faux.
Ça fait taire le tac au profit du poum.
Elle s’énerve pour un rien.
L’idiotie des autres, souvent. Elle voit leurs gueules et elle a envie de les claquer.
Comme ça. Sans raisons.
« T’es moche, tu le sais que t’es moche ? Tu ressembles à rien. Tu sers à rien. »
Méchanceté gratuite. Amère.
Puis, elle nuance. Quand même.
« Personne ne sert à rien, toi, moi, lui et elle. D’accord ? Alors, souris, connasse. Il te reste plus que ça. »
Au fond, c’est ce qu’elle aimerait dire. Et faire.
Voir le sang jaillir et calmer les cœurs. En même temps.
Dire que la vie vaut la peine d’être vécue.
Mais elle n’a pas de crédibilité.
Avec son visage arraché et ses larmes sèches.
Et son passé.

Shh…

Sifflement.
Comme un serpent. Le même qu’elle a en pendentif.
Entre ses seins.
Elle connaît le silence. Par cœur.
Parfois, elle l’aime. Le soir, avant de s’endormir. Le matin, quand tous dorment encore.
Parfois, elle l’aime pas. En cours. Quand on peut encore distinguer des bruits.
Elle sait le silence des non-dits. Des secrets qui intensifient.
C’est un truc de famille. Gravé dans la roche.
« Ne le dis pas à ta mère. »
« Ne le dis pas à ton père. »
Devoir se taire.
Pour ne pas contrarier, pour ne pas avoir d’ennuis.
Tenez, comme dans les séries policière américaines :
Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous.
Et elle se tait.
Elle applique ce droit avec les autres. Leur ressort leurs mots.
Souvent, elle dit beaucoup de choses pour ne rien dire.
Rien de réellement important.
Elle ignore l’important.
Elle baisse les yeux.

Poum, tac. Poum-poum, tac. Shh…

Tout le temps et à jamais.
Une boucle. Une putain de boucle.
Quoiqu’elle fasse, quoiqu’elle dise, ça recommencera toujours.
La peur et la colère, la tristesse et le silence.
Toujours.

C’est pareil.
Ça tourne même pas, ça stagne.
C’est les sons qui claquent dans sa tête de la même façon.
Même quand ça déraille, ça a le même goût, la même saveur de déjà-vu.

C’est sa routine.
Pardon.
C’est la routine.

Et ça tue.

Poum, tac. Poum-poum, tac.
Shh définitif.

Ipagina’Son vous parle de l’Elle…

L’ELLE fut là le temps d’un charivari, le temps de déverser son ivresse de liberté sans cadre, le temps d’exploser nos vies en un feu d’artifice multicolore.

Et Pffff ! L’ELLE  est repartie sans crier gare…               

Heureusement et pour notre plus grand bonheur, Firenz’ eut le temps d’écrire ce texte pétillant, Amaranthe celui de le sélectionner, et Naïade prit sa plus belle voix pour nous raconter le passage éclair de ce drôle d’OVNI.


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L’ELLE

– FIRENZ’-

Les hommes sont de Mars, les femmes de Vénus …

Quant à l’Elle, elle venait de…

Ben, on n’a jamais su. Elle a débarqué un beau jour dans la jungle urbaine, sans que jamais l’on ne vit le moindre ‘i’ de sa carte d’identité.

D’aucuns la qualifièrent vite d’huluberlu, mais elle n’en avait cure, à ceux qui disaient qu’elle était timbrée, elle rappelait qu’elle était affranchie aussi.

Ce que les terriens de Mars ou de Vénus appelaient ‘vie’, elle l’appelait ‘chaviravi’, mais les humains n’y entendant rien, ils en firent un charivari.

Elle ne savait pas aligner les événements, elle faisait tout en vrac, en zigzag, des bulles de vie comme des boules de billard, rebondissant en bandes, sans les bandes, car de cadre elle pouvait se passer.

Une vie comme une bande-dessinée où il faisait bon s’enlivrer, dans des phylactères en pétillance, de SHEBAM en POW en BLOP en WIZZ ! Et Gainsbourg lui chantait …

Non, pas de comic-strip, en fait …

Un charivari de ouf, mais d’une folie douce …

Elle n’avait ni sa pareille, ni sa salsepareille pour vous ambiancer une soirée, avec son pote Casimir en Disc-Jockey. Elle savait distinguer le bon vin de la vaine ivresse, vous faisait des cocktails pas Molotov mais explosif quand même, mélange Tohu-bohu dans le verre pour accompagner un gloubiboulga aux Fariboles. Elle avait le rire sans commune mesure, le dispensait à tire-larigot, démesurément, parce que, sans rire, on sait que pour le rire, vite la mesure ment.

Une nuit, on entendit un big bang à sa porte, et au matin, elle n’était plus, elle avait disparu. Il ne restait de l’elle que sa cape d’invisibilité, invisible, rien donc …

Si d’aventure vous la croisez, voulez-vous bien lui rappeler qu’elle me doit cent balles, quand même …

http://www.ipagination.com/textes-a-lire/selections/amaranthe/l-elle-dfi-francophonie-dis-moi-dix-mots-par-firenz

Autopsie sentimentale de Véronique Brésil

Autopsie sentimentale - Veronique Bresil

ROMAN :

Maltraitée et incomprise par son mari, une femme cherche le bonheur avec d’autres hommes. Elle le découvre enfin dans les bras d’un amant bien particulier qu’elle suivra jusqu’au bout.

À travers cette histoire prenante et déroutante de par les rapports humains qui sont mis en jeu, Véronique Brésil prend comme support l’éternelle énigme du couple et de sa pérennité. Ses mots justes mais jamais vulgaires nous plongent au cœur d’une relation passionnée qui interpelle quant à la puissance que peuvent revêtir les rapports fusionnels. Jusqu’où peut-on accepter l’oubli de soi et la dépendance à l’autre lorsque la perversion s’invite au festin ? Et comment s’extraire d’une spirale infernale que plus personne ne maîtrise ?

La bande annonce :

Extrait du roman :

Pour la troisième année consécutive, je prenais, chaque mardi, des cours de dessin. Mon inscription relevait d’une pulsion aussi brutale qu’inexpliquée. J’ai été parachutée dans une salle municipale avec ses murs nus, son sol en dalami, son plafond tacheté, ses trois portes des années soixante, ses quatre tables rectangulaires et ses chaises bancales. Avec ses personnes aussi, un groupe hétérogène composé avant tout de femmes au foyer. Deux messieurs à la retraite, qui se déplaçaient clopin clopant avec leur matériel de dessin sous le bras, complétaient le tableau.

Dès la première séance et sans aucune forme de théorie, nous avons été placés en situation. Le professeur avait disposé, sur un drap plissé, un vase au long cou de cygne dans lequel s’épanouissait un arum. Sur la droite, à une vingtaine de centimètres du vase, se dressait un bougeoir à trois têtes. Un violent projecteur, placé sur le côté, éclairait la scène. La composition était parfaite, les jeux d’ombre et de lumière splendides. Aussitôt, le groupe s’est approprié le sujet et chacun y est allé de soncoup de crayon. Moi, je suis restée plantée devant, les bras ballants, ne sachant quoi faire ni par où commencer. On m’a donné une feuille de papier, de quoi dessiner, une gomme mie de pain et l’on m’a jeté à la figure le nombre d’or censé venir à bout de n’importe quelle hésitation. Il s’en est fallu de peu que cette première séance fût aussi la dernière.

Mon mari m’a incitée à persévérer. Pourquoi s’est-il intéressé à mes talents artistiques ? Avait-il besoin de liberté ? Pourtant et du fait de mon travail, il disposait de quatre nuits par semaine pendant lesquelles il pouvait découcher à loisir alors pourquoi, précisément, le mardi soir ? Je savais bien qu’il avait déjà pris une maîtresse, il est des indices qui ne trompent pas : un chouchou, quelques pinces à cheveux ainsi qu’un tube de rouge à lèvres usagé trouvés sous le siège arrière de sa voiture m’avaient ouvert les yeux mais je ne m’en étais pas offusquée, ayant pour ma part goûté à la haute technicité d’un hardeur. Depuis que j’avais déposé les objets compromettants, sans commentaire aucun, sur l’écritoire de l’entrée et qu’ils avaient disparu le jour même, sans davantage de commentaire, Didier ne me faisait plus aucune remontrance quant à l’irrégularité de mes horaires. Je pouvais aller et venir comme bon me semblait. Au mois de décembre et à l’occasion des fêtes toutes proches, notre professeur a introduit dans le programme la peinture à l’huile. Nous avons utilisé des planchettes de bois sur lesquelles quantité d’angelots ont vu le jour. J’avais pris de l’assurance vis-à-vis des nouvelles techniques. L’un des deux seniors, celui qui boitait le plus, m’a gratifiée de ses compliments.

— C’est votre première huile ? Félicitations, ce sera sans doute la meilleure.

Je ne songeais plus du tout à quitter le cours. En février, nous avons découvert la peinture acrylique. Le procédé en est fort différent, il faut étaler la couleur très vite sinon tout prend en masse, il ne reste plus qu’à jeter les pinceaux et recommencer. Au mois d’avril, je me suis lancée dans le mélange des genres. Je voulais combiner les deux types de peinture dans un même tableau. J’avais apprécié l’acrylique pour sa rapidité de séchage et l’huile pour la luminosité de ses couleurs. C’est ainsi qu’un certain jeudi – j’avais déplacé mon cours en raison d’une panne de voiture le mardi précédent –, je campais debout, devant mon chevalet, en blouse de coton, faisant face au mur. La semaine précédente, j’avais déjà ébauché les contours d’un paysage désertique de l’Arizona et badigeonné les grosses masses à l’aide de couleurs acryliques. Ce soir-là, je travaillais à l’huile, tout en finesse. Il est entré. Un homme, la quarantaine, les cheveux légèrement grisonnants, qui n’avait rien à faire dans cette pièce, s’avançait. J’apprendrai qu’il avait pris rendez-vous avec ma monitrice pour lui présenter plusieurs dessins au crayon qu’il avait réalisés en dilettante. J’apprendrai aussi qu’il espérait lui extorquer des éloges.

L’homme était un habitué du centre culturel puisque tous les lundis, il suivait des cours de poterie dans la salle qui jouxtait la nôtre. Jamais nous n’aurions dû nous croiser. Pourtant, notre rencontre nous est tombée dessus. Immédiate, saisissante, fulgurante. Tandis qu’il ouvrait son carton à dessin et en sortait ses productions, il parlait beaucoup, commentait tout, plaisantait sans cesse, racontant comment il avait réussi à écouler un nu pour cent cinquante euros à des touristes américains venus se perdre au pied de la cathédrale d’Évreux. Il ne pouvait pas se taire. Il vantait son génie qui l’incitait à se lâcher, à laisser libre cours à ses pulsions les plus folles et c’est ainsi qu’à l’occasion d’un cours de poterie, une forme tordue et noueuse avait vu le jour sous le regard attendri, ahuri, horrifié, condescendant, désespéré et inquiet de son professeur, peu habitué à voyager hors du spectre des pots, vases, cruches et autres récipients creux prévus au programme annuel. Face à ce manque d’enthousiasme, il avait préféré déserter le centre culturel pour n’y plus revenir. Pauvre homme, personne ne le comprenait ! À plusieurs reprises, j’ai essayé de concentrer mon attention sur les mélanges de couleurs mais ses mots, fluides et envoûtants, m’ont transportée bien loin des Amériques. J’ai laissé sa voix descendre au plus profond de moi pour y graver quelques touches que je savais indélébiles.  Je buvais son rire.
— Pourquoi l’Arizona ? J’ai sursauté.
— Euh…

Il avait ouvert le bal.

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