Il était une fois un conte lu par iPagina’Son.

affiche de Bluewriter
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Votre lectrice du jour : Myriam (Maboulunette)

 

C’est un conte à la fois moderne et traditionnel. Sous la forme d’une base classique où sont mis en scène des personnages attachants, se dégagent plusieurs thèmes du monde actuel.

Il est question de valeurs morales qui font souvent défaut dans notre société : le don de soi, l’altruisme, le dépassement de soi, la patience, l’amour des autres, l’intérêt commun, la nature.

Le pauvre pêcheur part demander au vent pourquoi celui-ci a pollué l’eau et ne lui permet plus de nourrir sa famille. Au cours de son périple, il rend service grâce à sa générosité et son abnégation qui en retour, lui permettront de sauver sa propre situation.

L’écriture est belle, riche et fluide.L’imagination est fertile et propice au rêve. Par ce conte merveilleux, Lilane Baron nous invite à croire que tout est encore possible pour peu que l’on  s’en donne la peine et que l’on garde un esprit ouvert aux autres.

Ce magnifique texte, pour enfants et adultes,  a été sélectionné Amaranthe et Myriam le lit pour notre plus grand bonheur.

LE VENT D’OUEST

Liliane Baron

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Il y a fort longtemps, à l’époque où hommes et animaux parlaient le même langage vivait un jeune pêcheur très pauvre qu’on appelait Yann.

Il habitait avec sa vieille et misérable mère dans une masure qui comme toutes les masures laissait passer le vent et la pluie.

Tous les matins, Yann partait pêcher au bord de la rivière et tous les soirs, il revenait avec son panier plein de poissons que sa mère faisait sécher ou allait vendre.

Tout allait bien. Yann et sa vieille et misérable mère ne se plaignaient jamais. Mais par une nuit sans lune, le Vent d’Ouest se mit à souffler, souffler très fort, plus fort qu’à l’accoutumée. La pluie s’était invitée à la fête et la rivière entraînée par la sarabande infernale avait gonflé et débordé dans les prés. Yann et sa vieille et misérable mère étaient restés blottis l’un contre l’autre, tentant de se protéger du froid et de la pluie qui pénétraient dans la maison par le toit percé. A l’aube, le Vent d’Ouest sans doute fatigué d’avoir trop dansé et chanté était reparti entraînant la pluie avec lui. La rivière aussi s’était calmée et avait retrouvé son lit et son cours paisible. Yann aida sa vieille et misérable mère à mettre un peu d’ordre sans la masure dévastée, puis il partit pêcher.

Mais la rivière, si claire et si limpide la veille, avait la couleur des terres brûlées. Yann ne rapporta aucun poisson.

Le lendemain matin, il plongea à nouveau ses filets dans la rivière qui n’avait pas recouvré ses belles couleurs d’antan. Le soir à nouveau, il revint bredouille.

Il en fut ainsi les jours suivants.

Yann était très inquiet, le garde-manger qui n’était déjà pas bien garni avant la tempête, ne renfermait plus qu’un gros pain noir et dur et sa vieille et misérable mère semblait fondre de jour en jour. Yann ne savait que faire. Il se posait bien des questions qui restaient sans réponse. Il lui fallait agir. Puisque la rivière avait perdu ses belles couleurs depuis le passage du Vent d’Ouest, il fallait qu’il rende visite au souffle responsable pour lui poser la question qui l’obsédait : Pourquoi la rivière est-elle couleur de terre brûlée ? »

Un matin, il dit au revoir à sa vieille et misérable mère et partit vers l’Ouest.

Il marcha longtemps, très longtemps, 49 jours très exactement. Il était affamé, assoiffé épuisé. A la fin du 49ème jour, il arriva devant une belle maison. D’une des fenêtres, une femme l’aborda :

–     Pauvre, tu as l’air épuisé. Où vas-tu ainsi, traînant des pieds qui peinent à te porter ?

–     Je vais poser une question au Vent d’Ouest.

–     Oh, il te faudra bien du courage, tu n’es pas encore au bout de ton voyage. Mais entre donc et prends un peu de nourriture et de repos.

Yann remercia chaleureusement la dame, il entra, mangea, se reposa. Le lendemain, au moment du départ son hôtesse le sollicita :

–     Puisque tu vas voir le Vent d’Ouest, peux-tu lui demander pourquoi ma fille qui est si jolie et si gentille ne parle pas ?

Yann promit de transmettre la question de cette généreuse femme et reprit la route.

Il marcha longtemps, très longtemps, 49 jours très exactement. Il était affamé, assoiffé épuisé. A la fin du 49ème jour, il arriva devant une ferme. Un paysan qui regardait de sa fenêtre l’aborda :

– Pauvre, tu as l’air épuisé. Où vas-tu ainsi, traînant des pieds qui peinent à te porter ?

–     Je vais poser une question au Vent d’Ouest.

–     Fichtre, il te faudra bien du courage, tu n’es pas encore au bout de ton voyage. Mais entre donc et prends un peu de nourriture et de repos.

Yann remercia chaleureusement le paysan, il entra, mangea, se reposa. Le lendemain, au moment du départ, son hôte le sollicita :

–     Puisque tu vas voir le Vent d’Ouest, peux-tu lui demander pourquoi mes pommiers ne donnent plus de pommes ?

Yann promit de transmettre la question de son nouvel ami et reprit la route.

Il marcha longtemps, très longtemps, 49 jours très exactement. Il était affamé, assoiffé, épuisé quand il arriva au bord d’un très grand lac isolé sur lequel nulle barque ne flottait. Il s’assit découragé se demandant comment il allait pouvoir traverser l’immense étendue. Alors qu’il allait se remettre en chemin pour contourner l’obstacle, un serpent gigantesque se dressa devant lui.

–     Que fais-tu dans ces contrées inhospitalières questionna l’animal ?

–     Je vais poser une question au Vent d’Ouest.

–     Tu es près du but. Contourner le lac t’éloignerait de ton chemin et te prendrait plusieurs semaines supplémentaires. Si je t’aidais à traverser, accepterais-tu de demander au vent pourquoi je n’ai ni ailes, ni pattes pour me déplacer ?

Yann promit d’interroger le vent. Le serpent le porta sur son dos et le conduisit en ondulant sur l’autre rive. Yann reprit sa route non sans avoir partagé avec le serpent un frugal repas.

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Yann marcha longtemps, très longtemps, 49 jours très exactement. Mais il n’était ni fatigué, ni affamé lorsqu’il arriva près du grand lac où résidait le serpent. Il se sentait heureux, léger et impatient de voir le bonheur dans les yeux du serpent. Celui-ci ne tarda pas à se montrer.

– As-tu ma réponse ? Lui demanda-t-il

– Le vent d’Ouest te conseille d’ôter la perle qui se trouve sous une de tes écailles. Elle empêche tes pattes et tes ailes de se développer.

– N’ayant pas de mains, ça m’est difficile, peux-tu m’aider à la chercher ?

Le jeune homme entreprit de soulever les écailles émeraude du serpent. Mais il y en avait tant et tant… Le premier jour, il explora tout le dos et les flancs. Selon lui, la perle devait s‘y trouver. Il pensait en effet que c’était le meilleur endroit pour y faire pousser des ailes. Mais elle n’y était pas.

Le second jour, il souleva chaque écaille ventrale. De là pouvaient pousser des pattes. Il n’avait rien trouvé au coucher du soleil. Mais les deux compères avaient beaucoup ri car le serpent, fort chatouilleux, n’avait cessé de gesticuler dans tous les sens en pouffant.

Le troisième jour, Yann entreprit de chercher la perle sur la tête de son ami. Le travail était délicat car les écailles semblaient collées et le serpent grimaçait parfois de douleur. Alors que la nuit commençait à faire son entrée et que le désespoir gagnait les deux amis, Yann vit sur le front une écaille qui brillait d’une étrange lueur. Il la souleva doucement. La perle illumina alors la tête du serpent. Yann la retira sans difficulté. Aussitôt le serpent se mua en un magnifique dragon, aux pattes palmées et aux ailes robustes et scintillantes. Le serpent, devenu dragon, remercia chaleureusement Yann et lui offrit la précieuse perle. Après une petite collation, le fabuleux animal invita Yann à s’installer sur son dos. Il étira gracieusement ses ailes et s’envola pour déposer Yann sur l’autre rive du lac où il disparut ensuite, impatient de tester ses jolies pattes palmées.

Yann reprit sa route, le cœur joyeux.

Il marcha longtemps, très longtemps, 49 jours très exactement. Mais il n’était ni fatigué, ni affamé lorsqu’il arriva devant la maison du paysan. Celui-ci était sur le devant de sa porte et semblait l’attendre.

– As-tu ma réponse ? Lui demanda-t-il

– Le vent d’Ouest te conseille de creuser ton verger et d’y déterrer le trésor qui s’y cache et qui empêche les racines des pommiers de se développer.

Le brave homme qui était très fatigué par les années de labeur demanda l’aide de Yann. Tous deux bêchèrent le champ de long en large, un jour, deux jours. Rien, ils ne trouvaient. Mais ils ne perdaient pas courage et se stimulaient l’un l’autre. A la fin du 3ème jour, alors que la nuit chassait les derniers rayons du soleil, ils aperçurent une lueur étrange au pied d’un buisson aux branches couvertes d’épines et qui bordait le champ. Ils creusèrent à cet endroit, se moquant des branches qui griffaient leurs mains et trouvèrent des vases de fine faïence qui renfermaient des pièces d’or et des pierres précieuses. Le paysan tout heureux remercia chaleureusement Yann pour son aide et lui offrit un sac plein de pièces d’or et de pierres précieuses et un autre de ses pommes les plus savoureuses et qui avaient poussé comme par magie.

Yann repartit, le cœur en fête.

Il marcha longtemps, très longtemps, 49 jours très exactement. Mais il n’était ni fatigué, ni affamé lorsqu’il arriva devant la maison de la femme qui, la première l’avait accueilli alors qu’il avait faim et mourait de fatigue.

– As-tu ma réponse ? Lui demanda-t-elle

– Le vent d’Ouest affirme que ta fille parlera lorsque tu lui donneras la clé qui ouvre la boîte que ta mère – sa grand-mère- lui a donné à sa naissance.

La pauvre femme sembla désemparée. Elle ne savait plus ce qu’elle avait fait de cette maudite clé. Elle demanda à Yann de l’aider à fouiller sa maison et appela sa fille pour les épauler. Le jeune homme ne l’avait encore jamais rencontrée car elle était allée soigner une parente malade lors de son premier passage. Lorsqu’ils se virent, en cette toute première fois, les deux jeunes gens sentirent leur cœur s’emballer délicieusement. Ils s’hypnotisaient l’un l’autre, s’accrochaient des yeux. La mère comprenant ce qui se passait envoya l’un explorer une pièce, l’autre une autre, elle se chargea du salon. Au soir du premier jour, ils n’avaient rien trouvé. Le lendemain ils s’attaquèrent au grenier qui renfermait des coffres et des malles pleins de vieux souvenirs. Leur quête fut vaine. Le troisième jour, ils décidèrent de farfouiller dans la cave. Un faible rayon de soleil passait par le soupirail et ils purent se diriger et retourner les fûts, vider les caisses, puiser dans les sacs de charbon…Ils ne retrouvèrent que bouchons, vieux papiers et chiffons oubliés. Mais alors que le soleil disparaissait de l’unique petite fenêtre, une faible et étrange lueur parut à travers l’ourlet de la robe de la jeune fille. Aussitôt, la mère souleva le bas de la robe et d’un geste assuré, déchira la couture et en retira une petite clé d’or.

– Quelle jolie clé s’exclama la jeune fille et dire que je la portais sur moi !

Tous trois furent surpris d’entendre sa voix qui était douce et chantante. Yann était sous le charme et sa mère qui connaissait la vie et les sentiments humains auxquels on ne pouvait rien, savait aux regards qu’ils se lançaient, qu’ils étaient amoureux. Elle leur donna sa bénédiction et les laissa partir.

Ils marchèrent longtemps, très longtemps, 49 jours très exactement. Mais ils n’étaient ni fatigués, ni affamés lorsqu’ils arrivèrent chez Yann.

Durant l’absence de son fils la vieille et misérable mère de Yann avait pleuré, beaucoup pleuré, tant pleuré qu’elle était devenue aveugle. Elle pleura à nouveau, mais de joie, en reconnaissant la voix de son enfant parti depuis si longtemps.

Yann fut bouleversé de voir sa vieille et misérable mère ainsi diminuée. Il la prit tendrement dans ses bras, puis après l’avoir aidée à s’installer confortablement, il déposa entre ses mains, tous les trésors qu’il avait rapporté : la perle délicate du serpent, les pommes, les pièces d’or et les pierres précieuses du vieux paysan. Il dirigea les mains fripées et rugueuses de sa vieille et misérable mère sur le visage lisse et soyeux de sa fiancée. Le bonheur illuminait la pauvre femme qui sentait son cœur tambouriner dans sa poitrine et ne regrettait pas ses yeux. Elle savait son fils heureux.

Lorsque pour finir, Yann déposa dans le creux de ses mains meurtries par les ans et les travaux, la petite clé d’or, elle n’en put plus et pleura d’un trop plein d’émotion. C’est alors qu’une chose incroyable se produisit… elle recouvra vue.

Imaginez la joie des enfants et de la vieille et misérable mère !

Cette dernière voulut sortir et voir à nouveau la rivière qui avait bercé ses jours et ses nuits de son chant durant la longue attente. Ils s’y rendirent tous les trois.
Yann constata que le fleuve n’avait pas retrouvé ses belles couleurs d’eau limpide. Il s’approcha alors de la rive, prit la perle fabuleuse du serpent devenu dragon, la plus belle des pierres précieuses données par le paysan et la petite clé d’or de la jeune fille. Il les regarda une dernière fois puis les lança dans l’eau trouble de la rivière. Aussitôt, le cours se figea puis bouillonna, explosa en milliers de gouttelettes miroitantes puis s’apaisa et reprit sa route vers l’océan, vers le Vent d’Ouest. La rivière était redevenue claire et limpide comme au premier jour et en tendant l’oreille, on pouvait entendre comme un petit air de flûtiau.

La suite, vous la devinez. Yann vécut longtemps en mari et fils comblé. Il eut des enfants, évidemment, et il n’oublia pas de leur conter son aventure et ses mystères. Pour ces derniers, je laisse chacun les interpréter…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4 réflexions au sujet de « Il était une fois un conte lu par iPagina’Son. »

  1. Comme il est beau ce conte, je ne me lasse pas de le lire. Un grand merci a Liliane Baron de m’avoir permis d’y poser ma voix. Seule la première partie était sélectionnée au moment ou j’ai enregistré, j’ai découvert la suite (tout aussi belle) avec grand plaisir.

    1. Myriam, c’est fort émue, touchée au plus profond de mon être, que j’ai suivi votre voix et redécouvert ce conte, écrit il y a un moment à présent et que votre narration a sublimé. Je vous remercie chaleureusement d’avoir pris de votre temps, d’avoir mis tout votre talent et votre coeur, pour habiller si magnifiquement mes lignes. Je garde précieusement ce cadeau et m’excuse pour la pauvreté de mes remerciements qui ne reflètent pas aussi fortement que je le souhaiterais, ma gratitude.

  2. Merci Agathe, ton commentaire me touche beaucoup. Il m’émeut d’autant plus que je connais ton talent et ta très grande sensibilité. Je me sens véritablement chanceuse d’avoir pu être à vos côtés à toutes deux pour ce voyage conté.

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