Ipagina’Son : La vengeance joue avec le feu et se brûle.

croquis

 

La vie n’est pas un roman à l’eau de rose ni un conte de fée. Les héros ne s’en sortent pas toujours. Il faut l’accepter et ce récit en est la preuve douloureuse… Mais non il n’y a pas de suspension, un point final c’est tout.

Vouloir se venger d’une ignominie, au point de prendre tous les risques et se faire prendre à son tour.  Jouer avec le feu et se brûler… Perdre alors que tout était prévu pour gagner…sortir du plan… C’est l’histoire intense et dramatique d’une jeune femme en quête de vengeance.

Voici lu et mis en son de façon magnifique par Naïade,  un texte somptueux, poignant et fort en émotionnel de Joye3pointO, sélectionné par Véronique Brésil.

 

OCTOPUS’S GARDEN

Joy 3Point0 –

 

Fermer les yeux et laisser la musique s’instiller en moi…Sentir chaque parcelle de mon corps vibrer au rythme sensuel de cette voix sombre et profonde… Me laisser aller à ces mouvements lascifs, sans me soucier du regard des autres… Ressentir, être la musique…

C’est incroyable à quel point se fondre dans la foule permet parfois une intimité à nulle autre pareille.

J’ouvre les yeux. Les referme, rassurée. Bien sûr, personne ne me regarde, petit être invisible et insignifiant au milieu de cette multitude de femmes apprêtées et fardées, moulées dans des robes indécentes, et chaussées de ces futiles talons démesurés.

Je ne leur ressemble pas, avec mes cheveux courts, mes taches de rousseur, mon débardeur blanc, mon jean rapiécé et mes rangers.

Mais je m’en fiche, l’invisibilité me convient, au moins demain matin ils ne trouveront personne pour témoigner de ma présence dans cette boîte.

J’en ai assez de danser, je vais m’asseoir au bar. Je commande une tequila, en faisant au barman mon plus grand sourire. Regarde-moi. Plonge tes yeux dans les miens. Engage la conversation. Moi, ce que je fais ? Je suis journaliste pour un magazine touristique new-yorkais,  je fais un article sur les lieux les plus branchés de Paris. Comment ça je n’ai pas l’air d’une journaliste ? Et ça a l’air de quoi une journaliste, raconte-moi… Voilà, un regard appuyé, mon plus beau sourire, deux phrases accrocheuses et il est ferré.

Bien sûr ses yeux glissent irrésistiblement vers mon décolleté. Avantageux et plantureux, je n’ai rien d’une limande… Ah les hommes, c’est tellement…

Mais dis-moi, puisque nous parlons, tu accepterais de me rencarder sur les lieux intéressants ? Peut-être as-tu quelques anecdotes croustillantes concernant ta boîte, pour mon article ? Non non pas de souci, je t’attends  j’ai toute la nuit… non, je ne bouge pas, promis, le cul vissé sur mon tabouret, je suis à toi pour le reste de la soirée, et même après.

Les heures passent, et j’enchaine les tequilas et les lieux communs avec cet abruti. Il croit qu’il a un ticket. Que je serai soûle à la fin de la soirée et que je finirai dans son lit. Quel con. J’ai envie de gerber, et je me demande si je ne devrais pas laisser tomber. C’est presque trop facile.

Et puis je repense à cette soirée d’Halloween, il y a 5 ans. A ce que ce salaud a fait à ma petite sœur. La séduire, coucher avec elle, l’abandonner au petit matin en lui riant au nez, poster ensuite une immonde sex-tape sur les réseaux sociaux. Oh oui, il y avait de quoi rire.

Elle avait 12 ans ma Petula. Elle était belle et radieuse, elle avait toute la vie devant elle. Elle n’avait jamais fait de mal à personne. Depuis 5 ans elle pourrit dans cet hôpital psychiatrique, nourrie par une sonde. La vie la dégoûte. Elle refuse de manger, elle refuse de sortir, elle a peur, plus jamais elle ne pourra rire.

Dans quelques mois elle mourra, on ne peut vivre ainsi indéfiniment.

A cause de cet immonde salaud, là, derrière son bar, qui attend de me voir soûle pour me réserver le même sort.

J’entre dans son jeu. Je fais semblant d’être ivre, de m’endormir sur le bar.

Il me réveille vers 4h. J’ai du mal à croire que je me sois effectivement endormie. Merde, quelle cruche ! Il aurait pu partir et tout aurait été raté.

Mais non, il tient trop à avoir son nom dans un journal et à tirer son coup.

« Alors New York, tu tiens pas le choc ». Humpf il a le sens de la formule ce crétin.

Tu veux toujours la faire cette interview ? Je connais un resto rue Tiquetonne, où ils servent des mafé jusqu’à 6h du mat, ça te dit qu’on se pose là-bas ?

Je n’ai pas la force de résister. Merde, qu’est-ce que j’ai ? Je me sens toute molle, j’ai mal au crâne, je n’arrive pas à articuler deux mots.

Il me porte quasiment jusqu’à sa voiture. Je ne saurais même pas dire de quelle marque, la bagnole, j’en ai vraiment rien à faire, je veux retrouver mes esprits, je veux reprendre mon plan, je veux lui faire la peau à cet enfoiré, lui couper les couilles et les lui faire bouffer.

Je suis dans le brouillard. Aïe, mais qu’est-ce qu’il fait ? Il vient de m’attraper les cheveux, il me secoue la tête dans tous les sens… ça fait mal ! Et je veux crier, mais je ne peux pas, qu’est-ce que tu m’as fait, bâtard ?

Je le regarde. Il est mort de rire. Je ne comprends rien à ce qu’il me dit, les mots se mélangent. Je sombre de nouveau. J’ai si mal.

Quand je m’éveille je suis dans le noir. J’ai froid. J’ai mal partout. Chaque parcelle de mon corps est douloureuse. J’ai envie de hurler. Aucun son ne sort de ma gorge. Mais putain, mais où je suis ? Je comprends quand je commence à être secouée dans tous les sens que je suis dans le coffre de sa voiture. Nue. Pieds et poings liés. A en juger par la douleur qui me déchire l’entrejambe ce salaud m’a violée, et rouée de coups.

Mais à quel moment me suis-je plantée ?

Je n’ai même plus la force de réfléchir.

La voiture s’arrête. Est-ce que mon calvaire va enfin cesser ? Je ne veux plus me venger, je m’en fous,  je veux juste que la douleur cesse !

J’entends la portière de la voiture qui claque, des pas à l’extérieur.

Eh ! Mais que se passe-t-il !? La voiture bouge toute seule… Non ! Mais non, venez me libérer, je suis là, merde !

Un cahot, et une sensation de chute, longue, infinie… Je comprends. Je suis en train de mourir.

Dans un fracas infernal, la voiture s’écrase sur la surface agitée de la mer, 100 mètres plus bas.

Je ne lutte plus tandis que l’eau s’insinue dans mes poumons. Je pense à Pétula. Je voulais tellement lui rendre justice. J’ai tout gâché.

 

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