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La Grande Année des Goètes, de Searth S. Cabal

La Grande Année des Goètes, de Searth S. Cabal 

Il est mort, le berger des rois, le fanal des peuples, le légat du Ciel parmi les hommes.

À l’aube de l’an 1582, l’Europe est en deuil. Les nations rivales, en guerre contre l’hérésie, les fidèles de Rome attendent le prochain occupant du trône de Pierre.

Mais dans ce bref entre-deux règnes, d’anciennes magies s’éveillent, des pouvoirs anathèmes s’agitent : ceux dont jouissent en secret les maudits, les sorciers, les goètes.

Dans un recoin hanté de l’Angleterre, Angus Grey, jeune nécromant atteint de vieillissement accéléré, met en jeu son âme pour obtenir une puissance remontant au berceau des cultes.

Au cœur de Westminster, Bartley Blyth, moine charitable et timoré, se voit confier une mission sacrée – et une chance de racheter la faute par laquelle il damna toute une nation.

Quand leurs chemins se croisent, avec celui d’un démon mineur évoqué par mégarde, d’improbables liens mettent en balance le destin des âmes d’Europe.

Car dans l’ombre, une force sinistre s’apprête à frapper. Un mage noir de légende, mû par la soif de vengeance, est prêt à tout sacrifier pour réaliser l’ambition d’une vie : réinstaurer, par le fer, le feu et le bas-art, l’ordre païen sur terre.

Profitez des fêtes de fin d’année pour vous évader

Par cet hiver froid et sombre, laissez-vous tenter par une fantasy gothique…

Europe, 16e siècle. Dans un monde entre renaissance et ténèbres, la magie se confond à la superstition. Un jeune homme mourant, aussi brillant qu’insensible, défie les lois pour sauver son destin. Ses actes attisent des brandons près d’enflammer l’histoire : l’obsession d’un sorcier qui trame pour venger mille ans d’oppression, la conscience coupable d’un prêtre, le cœur d’un esprit des enfers.

Plongez-vous dans les ombres de la sorcellerie européenne, et découvrez des pans occultes du passé avec La Grande Année des Goètes, un roman entre histoire et magie noire – disponible dans toutes les bonnes librairies numériques :

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Antonio Vendini, criminel ambitieux – de Thomas Soriano

Antonio Vendini, criminel ambitieux – de Thomas Soriano

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Roman gagnant du concours de polars iPagination 2015.

Antonio Vendini, 32 ans, criminel ambitieux, vient de se faire dérober 200 000 dollars. Rapidement, tous les indices révèlent que le voleur travaille pour l’un des hommes de confiance de Jacob Valverde, un puissant et susceptible parrain de la mafia avec lequel Antonio est en froid.

L’affaire se complique  quand Valverde souhaite reprendre contact avec Antonio en l’invitant à son mariage.

Accompagné de Jack, son fidèle bras droit, Vendini va devoir se battre pour récupérer ce qui lui appartient et découvrir l’identité de celui qui désire le détruire.

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Extrait d’ « Antonio Vendini, criminel ambitieux 

 

Le criminel ambitieux se rua dans l’escalier et grimpa les marches quatre à quatre, pénétrant en trombe dans son bureau. Son arrivée fit sursauter Jack, qui était confortablement assis dans un fauteuil, les pieds posés sur la longue table de réunion, à téter une bouteille de Jack Daniel’s.

— Y a un problème ? s’inquiéta-t-il.

— Où sont les autres ? Ils arrivent bientôt ?

— Ils sont là.

— Hein ? Là ? Où, là ?

— Dessous.

Jack tapota la table. Intrigué, Vendini se baissa et aperçut Franz, Alan, Romuald et Martha à quatre pattes, dissimulés par les chaises et les fauteuils.

— OK. Je me pose deux questions. Qu’est-ce que vous foutez là-dessous, et comment vous êtes parvenus à vous y entasser à quatre ?

— Elle est partie ? demanda Alan.

— Qui ça ?

— Nevena.

— Oui, elle est partie…

Le petit groupe sortit de sa tanière, écartant les sièges et les faisant grincer sur le parquet.

— On t’attendait à la fermeture, quand tout à coup elle a débarqué comme une furie, à hurler qu’elle allait te massacrer et t’éparpiller aux quatre coins de la ville, expliqua Romuald. On a comme qui dirait pris un peu peur et… voilà.

— Et voilà vous avez détalé comme des lapins devant une fliquette qui mesure 1 m 60 et qui pèse même pas 50 kilos alors que vous étiez quatre. J’arrive pas à déterminer si je dois avoir honte pour vous ou être en admiration devant sa force de caractère. Enfin, même vous, Martha ?

— Vous auriez dû la voir, répondit l’intéressée. Elle faisait vraiment peur.

— Je l’ai vue, figurez-vous !

— Non mais là elle s’était calmée.

Vendini ferma les yeux et se pinça l’arête du nez.

— Bon, passons. La nuit a été tellement bizarre que je ne vais plus discuter. Juste, asseyez-vous, j’ai à vous parler.

Ils prirent place dans les fauteuils, laissant à leur chef le soin de s’installer en bout de table. Ce dernier les observa chacun à leur tour.

Franz s’était placé à sa droite. Le vieil homme semblait plus fatigué que d’ordinaire, mais cela était certainement dû à l’heure tardive. Antonio trouvait qu’il ressemblait à un gressin : grand, sec, droit. Un gressin fatigué. Son visage était émacié et son nez courbé, ce qui lui donnait un air de rapace. Un rapace en gressin fatigué.

À côté de lui se tenait Martha. La Géorgienne massait sa main droite, signe qu’elle avait frappé encore tout récemment un petit voyou qui lui avait manqué de respect. Elle était peut-être menue et pas très grande, cela ne l’empêchait pas de corriger ceux qui la prenaient de haut. À la façon dont elle se malaxait les phalanges, Antonio déduisit qu’elle avait administré un sévère crochet dans une mâchoire goguenarde. Tant mieux, cela confirmait sa décision de lui avoir donné plus de responsabilités.

Face à Martha se trouvait Alan. Le grand Afro-Américain semblait, lui, en pleine forme. Dans l’attente du discours de son patron, il avait allumé une cigarette électronique dont le parfum à la bergamote commençait à embaumer. Il s’était très vite remis de ses émotions après la frayeur que lui avait faite Nevena, apparemment.

Enfin, il y avait Romuald qui, comme à son habitude, contemplait sa longue chevelure dans un miroir de poche et la recoiffait avec un peigne en plastique. Ce jeune consacrait ses journées à se mirer et s’admirer. Dès qu’il passait devant la moindre surface réfléchissante, il devait s’assurer que chaque mèche était bien à sa place.

— Avant que tu ne nous annonces ce que tu as à dire, comment ça s’est passé ? questionna Franz.

— Jack ne vous l’a pas dit ?

— Nope, répondit le Fidèle Bras Droit en portant à nouveau la bouteille de whisky à ses lèvres.

— Et il s’en cache même pas, en plus… On a rencontré une complication, pour ainsi dire.

— Une complication ? répéta Alan.

— Une complication d’un calibre 44. Le mec a bien confirmé que c’était lui le coupable, qu’il avait déjà filé l’argent à un complice à Gradene, et que…

— À Gradene ? Mais qu’est-ce qu’il va foutre là-bas ?

— Aucune idée. Il a juste dit qu’il avait été envoyé s’infiltrer chez nous pour s’emparer du fric.

— Donc il a un employeur. Qui ?

— Ça, on le saurait si Jack était moins enclin à descendre tout ce qui bouge, en ce moment. C’est pour ça que Nevena était furieuse.

— Tu m’étonnes…

— Donc au final, non seulement nous sommes fauchés, mais en plus, on ignore pourquoi et à qui ça profite, résuma Martha. J’espère que ce que vous avez à nous dire est un peu plus gai…

Antonio sourit, et agita la lettre à la vue de tous.

— Chuis invité à un mariage samedi, les copains. Et devinez où ça se passe ? Je vous le donne en mille : à Gradene.

— C’est un peu gros, quand même.

— Oui, Martha, c’est un peu gros, mais avouez quand même que c’est bizarre, comme coïncidence. Surtout que ce faire-part de mariage, je l’ai reçu en mains propres d’un coursier alors qu’on était en train de mener notre interrogatoire, avec Jack.

— Effectivement, si vous ne dites pas le truc le plus chelou en premier…

— Attends attends, l’interrompit Franz. Tu dis que quelqu’un est venu te trouver pour te donner un faire-part de mariage alors que tu « t’occupais » d’un traitre ? Et que le mariage en question se célèbre dans la même ville où l’argent a été transféré ?

— Oui, c’est à peu près ce que je viens de dire, répliqua Vendini. C’est même carrément ce que j’ai dit.

— Et qui se marie ?

— Jacob Valverde avec une certaine, euh… Euclarissa.

Le silence se fit, mais Vendini s’y était attendu. Parmi tous, il savait que Franz serait le seul à réagir. Les autres n’étaient entrés que récemment dans le crime organisé. Antonio lui-même n’aurait pas compris l’importance du nom de Valverde s’il ne l’avait pas connu personnellement. Si son père ne l’avait pas connu personnellement. Jacob Valverde. Deux mots qu’il n’avait pas entendus depuis très longtemps. Franz prit la parole :

— Tonio… je peux te parler une minute ?

Le criminel ambitieux et le vieux gangster se levèrent et se mirent à l’écart de la table, dans un angle de la pièce, d’où ils étaient sûrs que personne ne les entendrait.

— Qu’est-ce que tu as fait ? l’admonesta-t-il à voix basse.

— J’ai rien fait, se défendit Antonio. Pas encore.

— Arrête une minute et sois honnête. Qu’est-ce que tu as fait ?

— Mais rien, enfin ! Je…

— Parle plus bas.

— …

— Mais parle encore.

— Je disais, je n’y suis pour rien. Je suis aussi confus que toi. Moi aussi je trouve ça gros que l’argent soit parti à Gradene et que bim je reçoive de nulle part une invitation à un mariage exactement au même endroit.

— D’autant que ce plan alambiqué, c’est bien la marque de fabrique de Valverde.

— Ouais, je sais. Avant il faisait plutôt ce genre de stratégie stupide pour s’assurer de la fidélité de ses hommes. Maintenant…

— Le Hibou ne s’améliore pas avec l’âge, on dirait. Justement, tiens, quel âge a-t-il ?

— Je crois qu’il va sur ses 75 ans.

— Et il se marie maintenant ? Et par-dessus le marché, il t’envoie une invitation deux jours avant l’événement ? Ne me dis pas que tu ne trouves pas ça suspect.

— Si. Cependant, j’ai beau chercher, je ne vois pas ce que j’ai pu faire pour l’offenser. Et même si je l’ai insulté sans le vouloir, il s’est dédommagé en me piquant mes 200 000 dollars.

— Et 1 penny.

— Et 1 pen… tu t’y mets aussi ? Bref, tout ce que je peux dire pour le moment, c’est que Jacob Valverde, c’est un bandit à l’ancienne. Me voler une telle somme, ça revient à me donner une fessée en public. Tel que je l’ai connu, normalement, ça lui suffirait… Je suis sûr qu’il est lié à cette histoire, d’une manière ou d’une autre. Après, comme tu as dit, si ça se trouve, il est trop vieux et devient gâteux, hein. Ça serait même le plus logique.

Franz esquissa une grimace amère. Il n’était pas convaincu par les paroles de son jeune patron. Ils revinrent à table et reprirent leur place respective.

— Voilà le plan : je vais aller à Gradene pour quelques jours, dès demain, enfin, dès aujourd’hui…

— Jeudi, donc, fit Romuald, qui se détachait de son propre reflet pour la première fois depuis le début de la conversation.

— S’il se trame effectivement un truc douteux, je serai vite fixé. Maintenant, le faire-part précise que j’ai le droit d’amener un invité avec moi… Ça sera Jack.

Immédiatement, tous les autres réagirent vivement, criant en chœur un « quoi » d’indignation et d’incompréhension.

— Aaaavant que vous vous laissiez emporter par l’émotion, laissez-moi vous expliquer. C’est un choix stratégique. Ce mariage, en partant du principe que c’est bien un mariage, c’est avant tout de la politique. Les alliés les plus importants de Valverde s’y retrouveront et je pense que s’il m’a invité, c’est avant tout par amitié pour mon père. Donc naturellement, si j’y vais, c’est pour impressionner. Donc, again, naturellement, re-again, j’amène avec moi mon bras droit.

— Ouais, enfin, chacun ici est votre bras droit, rétorqua Martha. À nous six, nous formons le noyau de l’organisation. On gère des dizaines d’autres individus. Vous allez pas me dire qu’on n’a pas autant le droit de venir que Jack. Enfin, sans vouloir vous offenser, Jack…

Le Fidèle Bras Droit ne réagit pas : il dormait. La tête balancée en arrière, la bouche ouverte, le chapeau et les lunettes noires retenus par une force mystérieuse, il serrait la bouteille vide contre lui.

— Il n’argumente pas très bien son cas, poursuivit la jeune femme.

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IpaginaSon vous propose une tasse de thé.

affiche de Bluewriter
affiche de Bluewriter

Votre lectrice du jour : Agathe

Si vous aimez les ambiances feutrées typiquement anglaises, où la vengeance infuse dans deux tasses de thé bien noir, délicatement parfumé avec juste ce qu’il faut de cynisme, installez-vous bien confortablement dans votre fauteuil.

Ipagina’Son et Agathe vous invitent à partager le cérémonial du thé, vu par Amor Fati,  autour d’une partie d’échec.

 » Vous reprendrez-bien une tasse de thé ? »

UNE TASSE DE THE

– Amor Fati –

 

«Vous reprendrez bien une tasse de thé ? » demanda la vieille dame en se penchant vers Monsieur Rodolphe, enfoncé dans le fauteuil moelleux.

L’ambiance était électrique et tendue, comme tous les mardis après-midi. La tension était palpable et épaisse.

Comme chaque semaine, elle avait invité son ancien médecin à venir partager 64 cases noires et blanches et 32 pièces de bois tourné.

Il savait ce que cela signifiait. Elle avait poussé sa dame en E4 depuis trois coups déjà, innocemment, et cela n’avait pas éveillé son attention plus que ça. Mais le jeu d’échecs est ainsi fait. C’est lorsqu’il est trop tard que tu comprends pourquoi ton adversaire a placé sa pièce ici et non ailleurs.

Et cette phrase : « Vous reprendrez bien une tasse de thé ? » était comme un glas. Un signal. Le signal que la messe était dite, que quoiqu’il puisse faire maintenant, son sort était scellé. Elle disait ça sans faire exprès, sans faire attention, au moment où elle savait qu’elle allait gagner et que sa concentration pouvait alors diminuer.

Il regarda l’échiquier, constata que le pauvre roi ne pourrait échapper à son funeste sort, coucha la pièce sur l’aire de jeu et répondit :

« Pourquoi pas ? »

Voilà.

C’était comme ça tous les mardis depuis bientôt trois ans. Trois ans que son André était parti et quelle s’était retrouvée seule dans cette vieille maison qui n’en finissait pas d’être trop grande pour elle. 

Et trois ans qu’elle pensait que Monsieur Rodolphe était responsable de la mort d’André. Certes, il n’avait rien fait pour accélérer les choses, mais elle lui reprochait de n’avoir pas vu arriver la complication, et surtout d’avoir laissé la situation empirer jusqu’au point de non-retour. « Il aurait pu, s’il avait voulu » répétait-elle sans cesse à sa fille.

Mais Monsieur Rodolphe n’avait pas vu, n’avait en effet pas mesuré l’étendue des dégâts et l’un de ses plus anciens patients était parti en deux mois. Balayé, liquidé. Le médecin ne s’était pas vraiment senti responsable, mais il avait été très affecté par ce décès. Il avait quitté la profession pour se consacrer à son jardin, et pour tâcher d’améliorer sa technique aux échecs. 

Elle était une excellente joueuse. Ils en avaient passé des soirées avec son André, face à face sur la table du salon à pousser le bois. Parties simples, parties rapides, blitz, parties à l’aveugle, de mémoire, avec pièces, sans pièces…. Plus de trente ans à jouer tous les deux.

Et lorsqu’elle s’était retrouvée seule, elle avait appris, au hasard d’une discussion, que M. Rodolphe cherchait un ou une partenaire. Elle s’était alors proposée. Et ainsi, chaque semaine, elle le poussait dans ses derniers retranchements, le laissait comprendre, évaluer la situation, se rendre compte que la mort était inévitable, irrémédiable.. Chaque semaine, elle tuait son roi, et chaque semaine elle vengeait son André.

« Au fait, dit-elle à l’adresse du médecin, j’ai reçu ce matin les résultats de mes dernières analyses, pourriez-vous y jeter un coup d’oeil rapide ? »

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L’ancien médecin se saisit de l’enveloppe, ajusta ses lunettes, sortit la feuille, la parcourut rapidement, revint sur certains chiffres.

La vieille dame le regardait, attendant son verdict. Mais elle irait bien sûr voir son médecin traitant pour la lecture officielle de ces résultats. Il replia la lettre avec soin, la remit dans l’enveloppe, referma ses lunettes et les replaça dans la poche de sa veste.

« Alors, demanda-t-elle ?

– Rien de bien méchant, répondit-il. A peu de chose près, tout va bien. »

L’enveloppe à la main, il regarda à nouveau l’échiquier où les dégâts de la bataille étaient toujours là, bien visibles. 

Son regard se posa à nouveau sur l’enveloppe, puis sur le roi, couché au milieu du champ de bataille. Vaincu, humilié comme il l’était presque chaque semaine depuis trois ans.

Alors il posa l’enveloppe, calmement, tranquillement, approcha la tasse de la vieille dame, se saisit de la théière et lui demanda :

« Reprendrez-vous une tasse de thé ? »

http://www.ipagination.com/textes-a-lire/selections/veronique-bresil/une-tasse-de-th-par-amor-fati

 

Ipagina’Son : La vengeance joue avec le feu et se brûle.

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La vie n’est pas un roman à l’eau de rose ni un conte de fée. Les héros ne s’en sortent pas toujours. Il faut l’accepter et ce récit en est la preuve douloureuse… Mais non il n’y a pas de suspension, un point final c’est tout.

Vouloir se venger d’une ignominie, au point de prendre tous les risques et se faire prendre à son tour.  Jouer avec le feu et se brûler… Perdre alors que tout était prévu pour gagner…sortir du plan… C’est l’histoire intense et dramatique d’une jeune femme en quête de vengeance.

Voici lu et mis en son de façon magnifique par Naïade,  un texte somptueux, poignant et fort en émotionnel de Joye3pointO, sélectionné par Véronique Brésil.

 

OCTOPUS’S GARDEN

Joy 3Point0 –

 

Fermer les yeux et laisser la musique s’instiller en moi…Sentir chaque parcelle de mon corps vibrer au rythme sensuel de cette voix sombre et profonde… Me laisser aller à ces mouvements lascifs, sans me soucier du regard des autres… Ressentir, être la musique…

C’est incroyable à quel point se fondre dans la foule permet parfois une intimité à nulle autre pareille.

J’ouvre les yeux. Les referme, rassurée. Bien sûr, personne ne me regarde, petit être invisible et insignifiant au milieu de cette multitude de femmes apprêtées et fardées, moulées dans des robes indécentes, et chaussées de ces futiles talons démesurés.

Je ne leur ressemble pas, avec mes cheveux courts, mes taches de rousseur, mon débardeur blanc, mon jean rapiécé et mes rangers.

Mais je m’en fiche, l’invisibilité me convient, au moins demain matin ils ne trouveront personne pour témoigner de ma présence dans cette boîte.

J’en ai assez de danser, je vais m’asseoir au bar. Je commande une tequila, en faisant au barman mon plus grand sourire. Regarde-moi. Plonge tes yeux dans les miens. Engage la conversation. Moi, ce que je fais ? Je suis journaliste pour un magazine touristique new-yorkais,  je fais un article sur les lieux les plus branchés de Paris. Comment ça je n’ai pas l’air d’une journaliste ? Et ça a l’air de quoi une journaliste, raconte-moi… Voilà, un regard appuyé, mon plus beau sourire, deux phrases accrocheuses et il est ferré.

Bien sûr ses yeux glissent irrésistiblement vers mon décolleté. Avantageux et plantureux, je n’ai rien d’une limande… Ah les hommes, c’est tellement…

Mais dis-moi, puisque nous parlons, tu accepterais de me rencarder sur les lieux intéressants ? Peut-être as-tu quelques anecdotes croustillantes concernant ta boîte, pour mon article ? Non non pas de souci, je t’attends  j’ai toute la nuit… non, je ne bouge pas, promis, le cul vissé sur mon tabouret, je suis à toi pour le reste de la soirée, et même après.

Les heures passent, et j’enchaine les tequilas et les lieux communs avec cet abruti. Il croit qu’il a un ticket. Que je serai soûle à la fin de la soirée et que je finirai dans son lit. Quel con. J’ai envie de gerber, et je me demande si je ne devrais pas laisser tomber. C’est presque trop facile.

Et puis je repense à cette soirée d’Halloween, il y a 5 ans. A ce que ce salaud a fait à ma petite sœur. La séduire, coucher avec elle, l’abandonner au petit matin en lui riant au nez, poster ensuite une immonde sex-tape sur les réseaux sociaux. Oh oui, il y avait de quoi rire.

Elle avait 12 ans ma Petula. Elle était belle et radieuse, elle avait toute la vie devant elle. Elle n’avait jamais fait de mal à personne. Depuis 5 ans elle pourrit dans cet hôpital psychiatrique, nourrie par une sonde. La vie la dégoûte. Elle refuse de manger, elle refuse de sortir, elle a peur, plus jamais elle ne pourra rire.

Dans quelques mois elle mourra, on ne peut vivre ainsi indéfiniment.

A cause de cet immonde salaud, là, derrière son bar, qui attend de me voir soûle pour me réserver le même sort.

J’entre dans son jeu. Je fais semblant d’être ivre, de m’endormir sur le bar.

Il me réveille vers 4h. J’ai du mal à croire que je me sois effectivement endormie. Merde, quelle cruche ! Il aurait pu partir et tout aurait été raté.

Mais non, il tient trop à avoir son nom dans un journal et à tirer son coup.

« Alors New York, tu tiens pas le choc ». Humpf il a le sens de la formule ce crétin.

Tu veux toujours la faire cette interview ? Je connais un resto rue Tiquetonne, où ils servent des mafé jusqu’à 6h du mat, ça te dit qu’on se pose là-bas ?

Je n’ai pas la force de résister. Merde, qu’est-ce que j’ai ? Je me sens toute molle, j’ai mal au crâne, je n’arrive pas à articuler deux mots.

Il me porte quasiment jusqu’à sa voiture. Je ne saurais même pas dire de quelle marque, la bagnole, j’en ai vraiment rien à faire, je veux retrouver mes esprits, je veux reprendre mon plan, je veux lui faire la peau à cet enfoiré, lui couper les couilles et les lui faire bouffer.

Je suis dans le brouillard. Aïe, mais qu’est-ce qu’il fait ? Il vient de m’attraper les cheveux, il me secoue la tête dans tous les sens… ça fait mal ! Et je veux crier, mais je ne peux pas, qu’est-ce que tu m’as fait, bâtard ?

Je le regarde. Il est mort de rire. Je ne comprends rien à ce qu’il me dit, les mots se mélangent. Je sombre de nouveau. J’ai si mal.

Quand je m’éveille je suis dans le noir. J’ai froid. J’ai mal partout. Chaque parcelle de mon corps est douloureuse. J’ai envie de hurler. Aucun son ne sort de ma gorge. Mais putain, mais où je suis ? Je comprends quand je commence à être secouée dans tous les sens que je suis dans le coffre de sa voiture. Nue. Pieds et poings liés. A en juger par la douleur qui me déchire l’entrejambe ce salaud m’a violée, et rouée de coups.

Mais à quel moment me suis-je plantée ?

Je n’ai même plus la force de réfléchir.

La voiture s’arrête. Est-ce que mon calvaire va enfin cesser ? Je ne veux plus me venger, je m’en fous,  je veux juste que la douleur cesse !

J’entends la portière de la voiture qui claque, des pas à l’extérieur.

Eh ! Mais que se passe-t-il !? La voiture bouge toute seule… Non ! Mais non, venez me libérer, je suis là, merde !

Un cahot, et une sensation de chute, longue, infinie… Je comprends. Je suis en train de mourir.

Dans un fracas infernal, la voiture s’écrase sur la surface agitée de la mer, 100 mètres plus bas.

Je ne lutte plus tandis que l’eau s’insinue dans mes poumons. Je pense à Pétula. Je voulais tellement lui rendre justice. J’ai tout gâché.

 

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