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Le baiser de la cigogne, de Hélène Laly

Le baiser de la cigogne, de Hélène Laly

Lorsque Sunny Herling arrive à Blue Morning Glories, un manoir isolé en dehors de la ville, elle n’imagine pas un instant être plongée au cœur d’une lutte sans merci.

C’est en compagnie des jumeaux Erno et Anja, des chiens Zafar et Indra, des Lilydoll, délicates fleurs-filles et des Toggle, fleurs-mères aux pouvoirs extraordinaires, de Klok, l’intendant baroudeur, de l’inquiétante Purple et surtout d’Idriss Gallander, le maître des lieux, que vont éclater des forces prodigieuses qui ouvriront les portes d’un monde fantastique auquel elle ne pourra plus échapper.

Duel de toutes les libertés face aux desseins maléfiques : l’heure a sonné.

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A propos d’Hélène Laly

Titulaire d’une maîtrise de Lettres Modernes, Hélène LALY écrit depuis l’enfance.  

Parallèlement à son parcours professionnel, elle prend part à des ateliers d’écriture et anime un cours de théâtre pour enfants.  

Elle est lauréate de plusieurs concours de nouvelles, de haïkus et de poésie (Thiberville, Viry-Chatillon, Palaiseau, Ville de Castres/L’encrier renversé, Les éditions oléronaises, Cnous-Crous, Kukaï de Lyon…)  

Nombre de ses poèmes ont été mis en musique par le compositeur Rémi Guillard, et ont donné lieu à la création de mélodies pour soprano et piano et d’une cantate, La Caryatide, pour soprano, récitant et orchestre. 

Dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine 2014, elle a écrit pour La Compagnie le Vieil or de la dernière syllabe une série de lettres imaginaires, Huit lettres du soldat Paul à ses proches. 

En 2014, les éditions Lacour éditent son recueil de nouvelles fantastiques, Si Einstein était une fille 

Le baiser de la cigogne est son premier roman. 

 Extrait du livre :

Ne cherche pas à me voir, petite. Je suis entouré d’un anneau d’invisibilité comme tous les esprits. La lumière se dévie pour ne pas me croiser. Tu ne me vois pas, mais je suis là. Ne sois plus triste en pensant à moi. Je ne t’ai jamais quittée et je t’accompagnerai jusqu’au jour où tu me rejoindras. 

— Grand-père ! Grand-père ! cria Sunny. 

De ses yeux coulèrent des larmes qui, sous l’effet de la vitesse et du froid, se firent cristaux. Elle sentit que Yaël les rassemblait et les emportait. Elle se retourna pour fouiller l’indiscernable. Mais l’équipage avait déjà franchi la barrière des brumes sèches. Au loin un panache volcanique dressa ses nuées ardentes puis s’évanouit brusquement. Sunny reconnut la constellation du Lion. Je n’y crois pas ! Les pensées de Töğ tonitruaient dans le casque comme une houle démontée. Mademoiselle Herling, mademoiselle Herling, regardez donc sur votre droite ! Un postiche ! La catin porte un pos-ti-che ! Je n’en reviens pas ! Effectivement, Bérénice venait d’être surprise dans sa toilette et, aux cris de son ennemie, tentait d’ajuster sa perruque argentée qui fléchissait dangereusement. Ce n’est pas aujourd’hui que tu me montreras tes fesses, poupée Barbie ! hurla Töğ quasi hystérique. La réponse de Bérénice se perdit en gouttes de brume. 

La vallée bleue fut très vite atteinte puis dépassée. Elles entrèrent alors dans une zone inconnue de Sunny. Elle en eut le souffle coupé. Jusque-là s’étaient succédé des dunes sableuses balayées par un fort vent d’est que dominaient les neuf collines d’épicéas dressées en sentinelles aux aguets. Au-delà de la frontière marquée par le sillon rouge, l’attelage pénétra dans un autre monde. Tout y était uniformément blanc. 

— Non, ce n’est pas de la neige, fit Töğ, mais de la craie micacée. 

— Vous lisez dans mes pensées ! s’écria Sunny, légèrement outrée. 

La fleur-mère eut ce petit rire saccadé dont elle usait régulièrement. 

— Maître Gallander a raison… vous êtes vraiment susceptible, jeune fille ! Et je vous rassure. Effectivement, je lis dans vos pensées, mais seulement quand vous portez le casque. Une fois enlevé, vous pourrez me critiquer autant que vous voudrez ! 

— Je n’ai aucune raison de le faire… je me suis habituée à vos manières. 

— Hum ! Voilà une excellente nouvelle. Que diriez-vous d’un survol du territoire pour fêter ça ? 

Les Toggle piquèrent au sud-ouest. D’une stupéfiante beauté, le plateau s’étirait à perte de vue comme une somptueuse draperie de taffetas changeant dont les plis et les replis dessinaient des gorges miroitantes sous la lune. On aurait dit un immense cœur virginal palpitant au rythme des étoiles. 

— Peut-on s’arrêter ? demanda Sunny. 

— J’allais vous le proposer. 

Elles se posèrent sur un méplat rehaussé. Les Toggle défripèrent leurs pétales, étirèrent leur tige engourdie par la course et déboutonnèrent leur capuchon. Sur leur plastron, la salive se mit à couler comme du petit lait. Puis elles déplièrent leur cornet acoustique, firent cercle autour de la fleur qui ne s’en laisse pas conter, et commencèrent à jacasser dans un silence fiévreux, secouées de temps en temps d’un rire incoercible. Sunny s’était éloignée, s’enfonçant légèrement dans les strates fragiles. Elle remarqua que les empreintes de ses pas se refermaient au fur et à mesure qu’elle progressait. Rien ne resterait de son passage. Peut-être que cet endroit apparemment si désertique est traversé par des milliers d’êtres vivants ? songea-t-elle. Peut-être sommes-nous observées ? Elle était soulagée d’avoir quitté son casque. Ses pensées pouvaient se donner libre cours sans être capturées par Töğ qui n’aurait pas manqué d’en rire, évidemment. Peut-être existe-t-il un monde parallèle que je ne soupçonne même pas ? Tout en réfléchissant à cette éventualité, elle continua d’avancer. Quand elle se retourna, les Toggle n’étaient plus qu’une tache sombre dans l’immensité laiteuse. Elle remarqua sur la gauche une protubérance, une sorte de mamelon aux courbes féminines. Peut-être verrai-je plus loin si je l’atteins ? Elle constata que tout n’était fait que de peut-être dans cet univers étrange. Elle se déplaçait avec une certaine difficulté, s’enfonçant parfois jusqu’au genou dans cette soie plus molle que du coton, avec la bizarre impression de nager plutôt que de cheminer. Elle parvint enfin au sommet du monticule et fut prise d’un haut-le-cœur. À quelques mètres à peine, un abîme s’ouvrait en déclinaisons vertigineuses. Ni la lune, ni les étoiles n’en éclairaient les pentes, accentuant l’hostilité des lieux. Indécise, Sunny regrettait finalement de ne pas avoir pris son casque qui lui aurait permis d’appeler Töğ. Continuer ? Retourner en arrière ? Elle n’imaginait pas s’enfoncer seule dans le gouffre quand soudain le ciel s’illumina d’un scintillant triangle isocèle. Vega, Altaïr et Deneb, les trois constellations qui l’animaient, saluèrent Sunny d’une pétillante révérence. Leur scintillation projetée vers le précipice l’éclaira comme en plein jour. Incroyable ! La craie blanche avait fait place à une roche rose qui flamboyait sous le feu des trois corps célestes. Conséquence de l’érosion probablement, elle s’était façonnée, polie, arrondie, construisant tout un peuple pétrifié de cônes, colonnes, champignons, cheminées, posés là, comme prisonniers d’un charme. Le triangle se dérouta en balayant de son faisceau les chapeaux des cheminées. Impossible ! se dit Sunny. J’ai trop d’imagination. Je vais attendre la rotation du faisceau. Dans cet univers hors de tout – pas un bruit, pas un animal, pas un élément de sa vie habituelle auquel se raccrocher –, Sunny eut l’impression d’épier le retour de la source lumineuse pendant un temps infini. Ses sens étaient en alerte, ses muscles contractés, ses yeux larmoyants à force de crispation. Quand le pinceau irradiant eut achevé sa circonvolution et revint se poser sur les chapeaux face à elle, elle poussa un cri strident. Chacun était marqué de plusieurs signes. Elle distingua très nettement « Љ » répété en écho, puis repéra « Ж ». Elle attendit plusieurs spires. Combien ? Dix ? Trente ? Cinquante ? Elle ne les compta pas, mais quand elle repartit en sens inverse pour rejoindre les Toggle, elle n’avait plus aucun doute. Tous les symboles de la formule que lui avait confiée Idriss Gallander se trouvaient réunis au fond du gouffre. Elle en était certaine. Elle l’avait apprise par cœur pour éviter de conserver le papier sur elle. Il ne manquait que trois éléments : 

« Щ », « Σ », « → ». 

— Je me demandais ce que vous faisiez, lui dit Töğ quand elle eut enfin rejoint le groupe. Mais… regardez-moi ! Par toutes les fleurs de la planète, auriez-vous croisé Baal-zebûb, le prince des démons ? Vous êtes plus blême que cette craie ! 

— S’il vous plaît, répondez à ma question. Avez-vous en tête la formule que maître Idriss m’a remise ? 

— Je vous avouerai que non. Vos recherches ne commençant que demain, et avec elles la réquisition des Toggle, je ne m’en suis pas encore préoccupée. Pourquoi cette demande ? 

Sunny lui raconta sa découverte du gouffre, et son absolue certitude que la formule s’y trouvait inscrite en ordre dispersé. Son émotion était si forte, elle avait tellement de mal à la contrôler, qu’elle tremblait. 

— Accompagnez-moi jusqu’à là-bas. Avec l’aide des Toggle, nous n’en aurons que pour une minute en survolant l’endroit. Je voudrais vous montrer que je n’ai pas rêvé. 

— C’est impossible, répondit Töğ. Dans moins d’une heure, le soleil va se lever. Il est indispensable que nous soyons rentrées avant le réveil de Purple. Et elle est debout de bonne heure, cette sorcière. Je ne veux pas courir le risque qu’elle nous voie. Allons ! Ne soyez pas déçue. Je vous promets que nous reviendrons. Nous sonderons l’endroit que vous m’indiquez. Mais il faut agir avec prudence. Vous avez l’âme innocente, mademoiselle Herling… et ce n’est pas une moquerie, au contraire. Il faudra que vous preniez vite conscience que ce n’est pas le cas de tous les hôtes de Blue Morning Glories. Mais dépêchons-nous. L’horizon commence à blanchir. 

Le voyage de retour se fit beaucoup plus rapidement. Les Toggle obéissaient aux ordres directionnels de Töğ qui avait choisi manifestement de prendre des raccourcis. Elles ne croisèrent ni Bérénice ni les nuages frileux. Quand elles atteignirent les toitures de Blue Morning Glories, il faisait presque jour. Atterrissage derrière les chênes rouges, ordonna Töğ. Puis se rapprochant de Sunny, elle précisa : 

— Je ne prends pas le risque d’arriver à proximité de la serre. Regardez à l’est. L’aube est déjà là. Faites attention en rentrant dans la maison. Si vous croisez Purple, prévoyez une bonne raison de vous trouver debout à cette heure-là. C’est tout à fait votre droit, mais cette fine mouche n’ignore pas que ce n’est aucunement dans vos habitudes. 

— Et vous ? 

— Nous ? Ne vous inquiétez pas. Nous avons des ressources illimitées, y compris celle de nous glisser par les conduits de cheminée ! 

Elle rit. 

— Pressez-vous… et n’oubliez pas. Je vous ai fait une promesse. Or je tiens toujours mes promesses. 

Quand elle passa devant la chambre de Purple, il sembla à Sunny que la porte se refermait doucement. Illusion ? « 

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Les femmes des Huxos, de Suzanne Bertel-Desprein

1u00E8re COUV LFDHuxos ebook red 134X204+5MMRésumé :

Lisa fait une fugue, et son errance la mène dans un monde étrange où tout semble facile… trop facile pour cette jeune fille curieuse et perspicace. Sous les apparences trompeuses de sa prison dorée, elle découvre un monde cruel, peuplé de créatures inquiétantes. Dès lors, elle rassemblera toute son énergie pour changer le destin réservé aux jeunes filles captives comme elle, et échapper à l’emprise des Huxos et des Okas.

Entre peurs et sentiments, ce roman, 1er prix du concours « Lisez jeunesse », s’adresse aux grands adolescents et aux jeunes adultes. Suzanne Bertel-Desprein livre une œuvre pleine d’émotion, qui alerte sur la barbarie dont certaines femmes, dans le monde, sont encore victimes.

En savoir plus sur l’auteur :
Ce n’est que tardivement que l’écriture s’est imposée à Suzanne Bertel-Desprein. Avec une frénésie qu’elle n’aurait jamais soupçonnée, elle a écritTawa, son premier roman, inspirée par sa passion, la plongée sous-marine.
Grâce à Les femmes des Huxos, son deuxième roman, l’auteure a remporté le premier prix du concours littéraire Lisez jeunesse, piloté par iPagination.
Suzanne Bertel-Desprein affectionne les récits qui extraient le lecteur de son quotidien pour l’entraîner dans des mondes fantastiques, nés de son imagination.

Extrait long :

Lisa attendait. Elle écoutait le souffle tranquille de sa compagne assoupie.

Elle patienta encore un peu, et, doucement, avec des gestes mesurés, chercha, à tâtons, ses vêtements, la lampe à piles et un paquet de biscuits repérés dans un vide-poche. Elle sortit silencieusement dans la nuit. Elle referma la portière sans la claquer, exerçant une forte pression pour la repousser. Un déclic se fit entendre.

Elle tendit l’oreille. Pas de bruit à l’intérieur. Elle souffla. Opération réussie.

Et maintenant, se dit-elle, je fais quoi ?

Elle hésita. Où était-elle ? Il lui faudrait peut-être marcher durant des heures avant de rencontrer âme qui vive. Elle était partagée entre la frayeur de se retrouver seule au milieu de nulle part et celle d’être remise aux mains des autorités.

Non, il n’était pas envisageable que Dolores la conduise à la police. Elle prit une inspiration, s’éloigna, et alluma la lampe. Peine perdue. Le brouillard était si épais que le faisceau ne lui renvoya qu’une image laiteuse et sans relief.

Elle décida de marcher pour mettre un peu de distance entre elle et le camion. Elle attendrait ensuite que le jour se lève pour reprendre la route.

Elle fit quelques pas et sentit brusquement le sol se dérober sous ses pieds. Elle perdit l’équilibre, tomba en avant, tenta de se raccrocher à quelque chose de stable, mais ne trouva rien à sa portée.

Elle roulait, entraînée par son propre poids, sur un terrain en pente. Elle se protégeait la tête avec les mains, de son mieux, les yeux clos, attendant avec angoisse que cette chute prenne fin.

Après un temps qui lui parut une éternité, la pente s’adoucit et elle s’arrêta. Enfin.

Un peu sonnée, elle se releva. Il n’y avait plus de brouillard. La lune éclairait le paysage d’une manière fantomatique.

Le cri lugubre d’une chouette déchira le silence. Son pouls s’accéléra.

Elle alluma la lampe qui, par miracle, était restée dans sa main crispée. Elle avança prudemment sur un terrain accidenté, repéra une sorte de sentier et s’y engagea. Elle marchait depuis quelques minutes, quand elle crut entendre un bruit derrière elle. Terrorisée, elle accéléra le pas, sans se retourner. Son cœur battait la chamade. Elle regretta, l’espace d’un instant, la chaleur rassurante de l’habitacle du camion.

Elle courait maintenant. À plusieurs reprises elle perdit l’équilibre, chuta et se releva aussitôt, avec le sentiment d’avoir le diable à ses trousses.

Elle arriva au pied de ce qui lui parut une falaise. Le sentier ne s’arrêtait pas. Il pénétrait dans la roche par une galerie étroite.

Elle y entra sans hésiter. L’espace restreint la rassura. Elle fit quelques mètres, se retourna, éclaira l’entrée, et se figea.

*****

Un être étrange la fixait.

De la taille d’un garçon de dix ans, il n’en avait pas les traits. Seuls ses immenses yeux couleur d’ambre reflétaient quelque chose d’innocent et d’enfantin. Ses longs cheveux blancs étaient réunis sur sa nuque, en une tresse qui lui descendait jusqu’à la taille. D’aspect chétif, il était vêtu d’une simple tunique vert sapin, et ne semblait pas souffrir du froid.

Lisa était tétanisée, mais n’avait pas vraiment peur. Il n’émanait de la créature aucune agressivité. Elle éprouvait un sentiment partagé, dérangeant, devant ce regard insistant et silencieux.

— N’y va pas, dit-il, d’une voix douce.

— Tu es qui ? Tu veux dire quoi ?

— Mon nom est Evo. Ne t’engage pas dans ce tunnel.

— Pourquoi je n’irais pas ? Une plainte étouffée, effrayante, comme un angoissant appel au secours se fit entendre à l’extérieur. Les yeux immenses d’Evo s’agrandirent encore. Ils exprimaient la terreur.

— Il est trop tard… Souviens-toi, mon nom est Evo.

Il tourna les talons et disparut dans une excavation. Lisa resta un instant perplexe.

La plainte se fit de nouveau entendre, plus proche. Un moment calmé par la présence rassurante d’Evo, le cœur de Lisa se remit à cogner dans sa poitrine. Elle ne savait pas quelle décision prendre. Courir dans le tunnel ? Rebrousser chemin ?

Troublée par les paroles de la petite créature, elle décida de sortir de la galerie.

Elle fit un pas et son cœur s’arrêta.

Dans le faisceau de sa lampe, à l’entrée du tunnel, un animal monstrueux lui barrait la route. Il ouvrit la gueule, leva la tête, étendit le cou et fit entendre une longue plainte qui lui glaça le sang.

La bête du Gévaudan. Cette image traversa son esprit. Elle avait, quelques mois auparavant, vu un film sur ce thème, qui l’avait fortement impressionnée.

Le monstre noir retroussa les babines, menaçant. Ses yeux jaunes exprimaient quelque chose de diabolique.

Épouvantée, Lisa fit volte-face et s’engagea plus en avant dans le tunnel. La peur lui donnait des ailes. Elle ne courait pas, elle volait. Ses pieds ne touchaient plus le sol. Elle était prise dans une sorte de tourbillon qui l’entraînait toujours plus loin.

*****

Le moment était arrivé. Gao l’avait fait savoir à Lisa. Il régna, tout au long de la journée, une effervescence inhabituelle dans les ruelles. Les Princesses restèrent invisibles. Les muses, affairées, confièrent leurs filles aux Zamas, pour des séances inhabituelles de bien-être, et des promenades bucoliques.

Le soir venu, tout devint étrangement calme. Les filles dormaient profondément, à mille lieux du drame qui se jouait.

Dans le silence oppressant, les hurlements sinistres des Okas déchiraient l’air, par intermittence. Puis ces cris devinrent appuyés, rapprochés, lourds. Lisa, allongée dans son lit, attendait le bon moment pour s’échapper. Les longues plaintes des monstres lui glaçaient le sang. Elle avait peur.

Après une longue hésitation, elle se fit violence, se leva, et rejoignit la ruelle déserte. Le cœur battant, se sentant horriblement seule sans Gao, elle avança à pas de loup. À chaque hurlement d’un Okas, elle s’arrêtait, malgré elle, et se tapissait contre un mur. Le chemin jusqu’à l’amphore fut un calvaire.

La tension baissa d’un cran quand elle récupéra son élixir perturbant. Elle en laissa tomber quelques gouttes devant l’entrée du couloir sombre, puis reprit son chemin. Le stress et le manque de lumière troublaient sa mémoire. Elle se trompait dans les repères qu’elle avait cru enregistrer.

Son cœur battait maintenant la chamade. Elle était perdue. Elle tenta de se calmer, ferma les yeux un instant et inspira longuement. Quand elle les rouvrit, elle vit la grotte à quelques pas seulement. Elle s’y précipita. Evo laissa échapper un soupir de soulagement.

— Je suis heureux de te voir, Lisa. Ne perdons pas de temps, il est impératif que nous arrivions les premiers dans la crypte de l’Hyménée. Nous allons traverser des passages difficiles pour ta corpulence. J’espère que nous y parviendrons.

Evo était dans son élément. Il conduisit Lisa dans un labyrinthe de tunnels, quelquefois si étroits, que la jeune fille en frôlait les parois. Je serais incapable de revenir seule par le même chemin, pensa-t-elle.

Evo s’arrêta et tendit l’oreille. Les plaintes des Okas semblaient de plus en plus proches. Il fit signe à Lisa de rester silencieuse et versa quelques gouttes d’élixir. Il s’engagea, en rampant, dans un passage étroit. La jeune fille le suivit avec inquiétude. Passerait-elle ?

Ce fut une épreuve. Sa tunique entravait sa progression. À plusieurs reprises elle se trouva coincée, et dut faire des efforts considérables pour se dégager. Dans le noir complet, elle commença à souffrir de claustrophobie. Elle sentait de temps en temps la main d’Evo lui tapoter la tête pour l’encourager.

Enfin, la galerie s’élargit un peu, et elle progressa avec plus d’aisance. Elle aperçut une lueur vers laquelle Evo se dirigea. Il se hissa dans une sortie verticale, et Lisa le vit disparaître. Il lui tendit la main pour l’aider. Avec soulagement, elle put enfin se tenir debout. Tout son corps était douloureux, et sa tunique dans un état lamentable.

Evo caressa des mains la paroi rocheuse. Un petit déclic se fit entendre, et celle-ci glissa en silence. Ils se retrouvèrent dans une vaste salle. Son architecture baroque était déconcertante. C’était ostentatoire et surprenant.

C’était donc cela la crypte de l’Hyménée ? Cela ne ressemblait en rien au raffinement des muses. Il y flottait un parfum lourd et entêtant. Chaque mur était tapissé de tentures d’un rouge différent, mais toujours agressif. Des sculptures inattendues, sortes de gargouilles grimaçantes comparables à des vaches grotesques, en ornaient les quatre angles. Du plafond pendaient des voiles aux couleurs criardes. Le sol, noir, sinistre, était lisse et brillant. Dix sofas rouges à deux places représentaient le seul mobilier de la crypte. C’était angoissant. Comment se sentir détendu dans un endroit pareil ?

Elle suivit Evo dans le fond de la salle. Il s’approcha du mur le plus rouge, dégrafa et repoussa une tenture. Une petite niche creusée dans la paroi y était dissimulée.

— Ne crains rien, Lisa. Personne ne soupçonne cette cavité. Ce sont les Zamas qui l’ont creusée, dit-il en chuchotant. Lors du dernier transfert, les Okas ne m’ont pas laissé le temps d’arriver jusque-là. Aujourd’hui, nous allons savoir. Quoi qu’il se passe, quoi que tu voies, tu devras rester silencieuse. Il y va de notre vie.

Deux tentures se chevauchaient à cet endroit précis, ce qui permettait, en les écartant légèrement, de voir sans être vu. Ils s’installèrent, le plus confortablement possible, et l’attente commença.

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« La prisonnière du Castel » par Benjamin Limonet

roman fantastique jeunesse

Disparitions, vengeance et terribles prophéties sur la propriété du Castel…

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Résumé :

En 1960, Sylvain Febvre hérite d’une vieille propriété bourguignonne, le Castel, siège de nombreuses rumeurs à travers les siècles. Vingt-quatre ans plus tard, son épouse disparaît mystérieusement, lui laissant la lourde tâche d’élever seul leurs cinq enfants. Une vie bien réglée jusqu’à ce que survienne une nouvelle disparition…

David, Virginie, Nathanaël et Stéphane – le plus jeune mais aussi le plus curieux –, vont être entraînés dans une aventure où se mêlent vengeance et terribles prophéties. Perceront-ils les mystères qui planent autour de l’imposante propriété du Castel ? Échapperont-ils aux nombreux pièges et dangers qui les guettent ? À coup sûr devront-ils faire preuve de courage et de détermination !

Ce roman passionnant, conseillé à partir 16 ans, ne laissera aucun répit aux plus intrépides lecteurs…

Concernant l’auteur :

À tout juste trente ans, Benjamin Limonet est l’auteur d’une grande saga familiale contenant plus de 20 000 pages réparties en 400 histoires de 50 pages chacune. Mêlant le fantastique, l’aventure, l’Histoire, l’espionnage, la science-fiction et la romance, s’étalant sur plusieurs générations sur tous les continents, sur d’autres planètes et dans d’autres dimensions, l’univers de cet auteur fait cohabiter des hommes, des monstres et des dieux. Parmi eux, des Cape Rouge, des Cape Blanche et des Cape Bleue : des individus masqués, ennemis de la famille Febvre, justiciers ou conspirateurs. Il n’y a pas de héros, chaque vie a la même importance, tout peut arriver car nul n’est épargné dans cette fresque gigantesque où les destins se croisent au fil des pages, où l’amour est plus fort que tout et où la mort elle-même peut être vaincue. Benjamin Limonet ne s’en cache pas : il veut écrire la plus longue histoire jamais rédigée par un unique auteur. Un défi extraordinaire qu’il pourrait bien réaliser pour notre plus grand bonheur…

Extrait Long :

— Je vais chercher Papa, dit Stéphane.

Nathanaël le Blond ne resta étourdi qu’une poignée de secondes puis, chancelant, il se leva.

— Non, dit-il (son sang tachait à présent le sol marbré). Dieu seul sait comment Papa réagira s’il nous trouve ici.

Sylvain, mieux que quiconque, savait se faire respecter. Aussi Stéphane jugea-t-il plus sage de laisser à son frère le soin de prendre les initiatives concernant la suite des événements.

— Très bien, dit-il. Très bien… Faisons comme vous voulez…

Alors les trois enfants pénétrèrent dans la pièce interdite…

Il y faisait un noir quasi total. Dans un premier temps et du bout des doigts, Stéphane ne distingua aucun objet intéressant. Toutefois, il soupçonna d’emblée la Salle de Musique d’être une pièce gigantesque. À juste titre…

Après un moment, ses yeux s’habituèrent à la pénombre et il crut deviner les contours d’un instrument de musique caché sous un drap.

— Un violoncelle ! supposa-t-il. Oui, c’est sûrement un violoncelle…

Mais peut-être se trompait-il.

Qu’il est difficile de voir des objets dans le noir, pensait-il sans savoir qu’il touchait là le cœur de l’énigme qu’il aurait à résoudre trois ans plus tard.

Pour l’heure, la forme dont il effleurait les contours pouvait tout aussi bien être celle d’une contrebasse. En revanche, il aurait parié qu’à sa gauche se trouvait une harpe. Stéphane n’avait aucun mérite à le savoir. Tout d’abord parce que l’instrument avait une forme aisément reconnaissable, même sous un drap, même dans le noir. Ensuite, parce que le garçon en possédait une qui était rangée dans un coin de sa chambre. Stéphane n’y avait jamais touché, ne savait donc pas en jouer et considérait la chose comme un banal objet de décoration.

À sa droite se trouvait un piano, ça, il aurait pu mettre sa main à couper…

Pendant ce temps-là, Virginie errait comme ses frères, les bras tendus devant elle.

— Stéphane ! dit-elle. Tu devrais fermer la porte avant que quelqu’un ne s’aperçoive que nous sommes là.

Cette idée n’enchantait pas le benjamin de la famille. La Salle de Musique n’était pourvue d’aucune fenêtre mais le couloir que le trio venait d’emprunter était éclairé par des meurtrières qui laissaient passer la clarté d’une nuit de pleine lune qui créait, tout près de la porte, des ombres effrayantes. Stéphane refusait de s’en approcher.

— Nathanaël le Blond a mis du sang partout ! fit-il remarquer à Virginie. Que je ferme la porte ou non, Papa saura que nous sommes venus ici.

Stéphane n’avait pas parlé fort mais Nathanaël le Blond avait entendu sa réplique. Ces paroles le mirent hors de lui. En colère et sans prêter l’oreille aux supplications de sa sœur qui devinait ce qu’il allait faire, Nathanaël le Blond revint sur ses pas. Il avança bruyamment, soupirant, marmonnant, tapant du pied. Révéler sa présence à leur père était pour lui maintenant secondaire. Nathanaël le Blond marcha aussi vite qu’il le put et lorsque enfin, il arriva devant la porte entrouverte, il plaça sur elle ses deux mains posées à plat. Ensuite, il recula de quelques pas afin de prendre son élan et courut en tendant les bras. La porte se ferma en claquant.

Et le vacarme que cela fit résonna dans tous les couloirs du château.

Et le vacarme que cela fit résonna jusque dans le fumoir.

Et Sylvain, dressant l’oreille, devina sur le champ ce qui venait de se produire.

Il sut tout de suite quelle punition il infligerait à celui qui errait dans les couloirs sans son autorisation. Les domestiques n’avaient plus accès au Castel, passé minuit, Dieu exclut d’emblée l’hypothèse que cela puisse être l’un d’entre eux. Aussi, la seule question qu’il se posa fut : Lequel des mes enfants m’a désobéi ?

Nathanaël le Blond réalisa la stupidité dont il avait fait preuve mais il était trop tard ; son destin et celui de ses complices étaient d’ores et déjà scellés.

*****

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