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ipagina’Son peint la couleur des sentiments…

affiche de Bluewriter
affiche de Bluewriter

L’équipe d’ipagina’Son se dévoile ici

Quand le pinceau de Missmytic remplace la plume pour refléter des  sentiments  peints touche à touche sur la toile de la vie…

Quand cette peinture est une poésie qui se sent au lieu de se voir…

Quand la douce voix de Naïade décline la palette des harmonies de l’âme…

Cela donne ce très joli tableau aux couleurs changeantes, tour à tour sombres et lumineuses, sélectionné par Bluewriter.

 

PARCE QU’ON PEINT TOUS… A SA MANIERE

– Missmytic –

 

Combien de temps j’ai passé à peindre ce tableau que j’ai si souvent agité devant vos yeux ? Je ne le sais plus. Je crois que je l’ai toujours fait, en fait.

C’est vrai que c’est beau  et plein de détails qui enchantent le cœur et l’esprit. On y voit l’herbe verte et grasse d’une prairie sans fin, le ciel bleu et sans nuage, le sourire sur les lèvres de mon portrait, le vent agitant gaiment mes cheveux autant que ma jupette et le petit couple de rouges-gorges sur la branche du cerisier en fleur. Ça vous met le sourire aux lèvres et je le sens, je le sais que vous êtes heureux de voir ma vie ainsi et ça me va. Après tout, je l’ai peint pour ça non ? Pour que vous souriez, pour ne pas vous inquiéter, et pourtant…

Et pourtant, peu à peu, le ciel se couvre, l’herbe jaunit, le vent s’amplifie. J’entends vos remarques, j’essaye de repeindre par-dessus, de remettre les couleurs, de remettre la joie et la beauté. Oui, je sais, j’ai l’air heureuse, je dois le rester. Je dois rajouter du vert par-ci, du bleu par-là… Vous pensez que ce n’est qu’un simple coup de pinceau et que pour une vie heureuse, je peux bien le faire, seulement…

Seulement moi, je sais qu’il ne faut pas un simple coup de pinceaux mais tout un pot de peinture. Là où vous voyez l’herbe grasse, je vois les cadavres qui nourrissent la terre. Là où vous voyez le ciel bleu, je vois l’océan de larmes qui lui donne sa couleur. Là où vous voyez le rouge sur mes lèvres souriantes, je vois le sang que j’ai eu envie de faire couler.

Pourtant, encore une fois, d’une main tremblante, pendant que vous ne regardez pas, je répare encore ce tableau. Combien de temps encore arriverai-je à cacher sous les artifices la toile blanche et vide de mon cœur ? Combien de fois j’ai rêvé de la passer au lavage, de tous vous envoyer balader pour dessiner dessus mes rêves et non les vôtres ? J’aimerais y voir le Nord qui me manque, des aller-retours vers des êtres inconnus juste par envie de les connaitre sans craindre de tout y perdre, faire le tour du monde avec comme seule compagnie une jument aussi blanche que la neige, et avoir une liste des choses que j’aurais faite pour pouvoir les décrire à mes enfants avec fierté, nostalgie et véritable sourire aux lèvres !

Je sens le pinceau s’enfuir de mes mains et tomber a terre. Je l’observe un instant avant de me pencher pour l’attraper mais elle est plus rapide que moi. D’un coup de sabot, elle me l’a cassé, callant sa tête dans mes bras, harnachée et prête à voyager. Glissant une main dans sa crinière, je dépose un baiser entre ses oreilles, la remerciant d’un murmure avant de me hisser sur son dos.

J’ai laissé le tableau et je suis parti. Il s’est assombri, dévoilant le corps mort, le sang et les larmes avant de ne laisser que le vide aux yeux de tous. Promis, à mon retour, je le peindrai de nouveau mais cette fois, avec les images de la vérité et des voyages, le bien autant que le mauvais.

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Aujourd’hui Ipagina’Son s’invite à l’heure du thé…

affiche de Bluewriter
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L’équipe d’ipagina’Son se dévoile ici

Si vous aimez les ambiances feutrées typiquement anglaises, où la vengeance infuse dans deux tasses de thé bien noir, délicatement parfumé avec juste ce qu’il faut de cynisme, installez-vous bien confortablement dans votre fauteuil.

Ipagina’Son et Agathe vous invitent à partager le cérémonial du thé, vu par Amor Fati,  autour d’une partie d’échec.

 » Vous reprendrez-bien une tasse de thé ? »

 

UNE TASSE DE THE

– Amor Fati –

«Vous reprendrez bien une tasse de thé ? » demanda la vieille dame en se penchant vers Monsieur Rodolphe, enfoncé dans le fauteuil moelleux.

L’ambiance était électrique et tendue, comme tous les mardis après-midi. La tension était palpable et épaisse.

Comme chaque semaine, elle avait invité son ancien médecin à venir partager 64 cases noires et blanches et 32 pièces de bois tourné.

Il savait ce que cela signifiait. Elle avait poussé sa dame en E4 depuis trois coups déjà, innocemment, et cela n’avait pas éveillé son attention plus que ça. Mais le jeu d’échecs est ainsi fait. C’est lorsqu’il est trop tard que tu comprends pourquoi ton adversaire a placé sa pièce ici et non ailleurs.

Et cette phrase : « Vous reprendrez bien une tasse de thé ? » était comme un glas. Un signal. Le signal que la messe était dite, que quoiqu’il puisse faire maintenant, son sort était scellé. Elle disait ça sans faire exprès, sans faire attention, au moment où elle savait qu’elle allait gagner et que sa concentration pouvait alors diminuer.

Il regarda l’échiquier, constata que le pauvre roi ne pourrait échapper à son funeste sort, coucha la pièce sur l’aire de jeu et répondit :

« Pourquoi pas ? »

Voilà.

C’était comme ça tous les mardis depuis bientôt trois ans. Trois ans que son André était parti et quelle s’était retrouvée seule dans cette vieille maison qui n’en finissait pas d’être trop grande pour elle. 

Et trois ans qu’elle pensait que Monsieur Rodolphe était responsable de la mort d’André. Certes, il n’avait rien fait pour accélérer les choses, mais elle lui reprochait de n’avoir pas vu arriver la complication, et surtout d’avoir laissé la situation empirer jusqu’au point de non-retour. « Il aurait pu, s’il avait voulu » répétait-elle sans cesse à sa fille.

Mais Monsieur Rodolphe n’avait pas vu, n’avait en effet pas mesuré l’étendue des dégâts et l’un de ses plus anciens patients était parti en deux mois. Balayé, liquidé. Le médecin ne s’était pas vraiment senti responsable, mais il avait été très affecté par ce décès. Il avait quitté la profession pour se consacrer à son jardin, et pour tâcher d’améliorer sa technique aux échecs. 

Elle était une excellente joueuse. Ils en avaient passé des soirées avec son André, face à face sur la table du salon à pousser le bois. Parties simples, parties rapides, blitz, parties à l’aveugle, de mémoire, avec pièces, sans pièces…. Plus de trente ans à jouer tous les deux.

Et lorsqu’elle s’était retrouvée seule, elle avait appris, au hasard d’une discussion, que M. Rodolphe cherchait un ou une partenaire. Elle s’était alors proposée. Et ainsi, chaque semaine, elle le poussait dans ses derniers retranchements, le laissait comprendre, évaluer la situation, se rendre compte que la mort était inévitable, irrémédiable.. Chaque semaine, elle tuait son roi, et chaque semaine elle vengeait son André.

« Au fait, dit-elle à l’adresse du médecin, j’ai reçu ce matin les résultats de mes dernières analyses, pourriez-vous y jeter un coup d’oeil rapide ? »

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L’ancien médecin se saisit de l’enveloppe, ajusta ses lunettes, sortit la feuille, la parcourut rapidement, revint sur certains chiffres.

La vieille dame le regardait, attendant son verdict. Mais elle irait bien sûr voir son médecin traitant pour la lecture officielle de ces résultats. Il replia la lettre avec soin, la remit dans l’enveloppe, referma ses lunettes et les replaça dans la poche de sa veste.

« Alors, demanda-t-elle ?

– Rien de bien méchant, répondit-il. A peu de chose près, tout va bien. »

L’enveloppe à la main, il regarda à nouveau l’échiquier où les dégâts de la bataille étaient toujours là, bien visibles. 

Son regard se posa à nouveau sur l’enveloppe, puis sur le roi, couché au milieu du champ de bataille. Vaincu, humilié comme il l’était presque chaque semaine depuis trois ans.

Alors il posa l’enveloppe, calmement, tranquillement, approcha la tasse de la vieille dame, se saisit de la théière et lui demanda :

« Reprendrez-vous une tasse de thé ? »

http://www.ipagination.com/textes-a-lire/selections/veronique-bresil/une-tasse-de-th-par-amor-fati

 

Coup de coeur à David Villamejeanne

DAVID VILLAMEJEANNE

 David Villamejeanne est un touche-à-tout, poète et romancier – « Les yeux noirs » en  janvier 2007, « L’amour n’a pas d’odeur » en  novembre 2007 – il est aussi titulaire d’un diplôme universitaire qui lui permet d’enseigner le français. Depuis quelques années, il veille jalousement sur ses enfants dans son sud natal et se consacre à l’écriture et à la composition musicale.

Il commence la musique à 10 ans, apprend la guitare au conservatoire et dans les écoles de jazz et de rock de Montpellier. Après plusieurs années en tant que guitariste chanteur, il devient auteur-compositeur-arrangeur et met son talent au service des autres dans son studio d’enregistrement.

Des goûts éclectiques, une grande qualité de composition, et surtout une extrême sensibilité, voilà les qualités que je vous invite à découvrir à travers deux poèmes magnifiques de Rimbaud et de Baudelaire sur lesquels il a posé ses notes et sa voix.

Ces poèmes sont extraits d’un CD « L’invitation au voyage », recueil de poèmes mis en musique,  qui verra prochainement le jour.

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Le Dormeur Du Val (Arthur Rimbaud)

C’est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons

D’argent, où le soleil de la montagne fière

Luit, C’est un petit val qui mousse de rayons

Un soldat jeune bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort, il est étendu dans l’herbe, sous la nue,

Pale dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme

Nature berce le chaudement, il a froid.

Les parfums ne font plus frissonner sa narine,

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

L’invitation au voyage

(Charles Baudelaire)

 Mon enfant, ma soeur


Songe à la douceur


D’aller là-bas vivre ensemble !


Aimer à loisir,
 Aimer et mourir


Au pays qui te ressemble !


Les soleils mouillés

De ces ciels brouillés


Pour mon esprit ont les charmes


Si mystérieux


De tes traîtres yeux,


Brillant à travers leurs larmes.


 
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,


Luxe, calme et volupté.



 

Des meubles luisants,


Polis par les ans,


Décoreraient notre chambre ;


Les plus rares fleurs


Mêlant leurs odeurs


Aux vagues senteurs de l’ambre,


Les riches plafonds,


Les miroirs profonds,


La splendeur orientale,


Tout y parlerait


À l’âme en secret


Sa douce langue natale.



 Là, tout n’est qu’ordre et beauté,


Luxe, calme et volupté.


 


Vois sur ces canaux


Dormir ces vaisseaux


Dont l’humeur est vagabonde ;


C’est pour assouvir


Ton moindre désir


Qu’ils viennent du bout du monde.
-

 Les soleils couchants
Revêtent les champs,


Les canaux, la ville entière,


D’hyacinthe et d’or ;


Le monde s’endort


Dans une chaude lumière.



 Là, tout n’est qu’ordre et beauté,


Luxe, calme et volupté.