Archives par mot-clé : Actus

Ipagina’Son lit la liberté et s’insurge contre la haine…

 

affiche de Bluewriter

Deux scènes tragiques à soixante-dix ans d’écart, deux situations nées de la même haine de l’autre et de la même intolérance, l’homme victime qui torture à son tour. A travers des faits historiques, Néo exprime un cri intérieur, un cri pour la liberté, un cri d’humanité.

Ce texte poignant, inducteur des émotions les plus vives, brillant  d’une écriture intense  a été sélectionné par Amaranthe et je ne pouvais faire autrement que le lire à voix haute pour vous.

Puisse t-il forcer nos réflexions sur les valeurs de la vie…

 

( Agathe :  «  pardon pour la prononciation des noms propres… » )

LA GLOIRE N’EST PAS LE SOLEIL DES MORTS

– Néo –

J’aimerais être invisible ! Je cours devant moi sans trop me demander où je vais. L’important est de fuir pour rester en vie. Je descends la rue Twarda au pas de course. Au numéro 6 j’avise la synagogue Noźyk. Elle est fermée. Les murs sont badigeonnés d’étoiles de David. Je continue. La rue Próżna me rappelle d’heureux souvenirs. Si les vieux immeubles de briques rouges pouvaient parler, ils raconteraient la joie de nos batailles enfantines, les jeux de billes. Mon grand-père qui s’emporte contre Monsieur Benguigui qui ne veut admettre les intentions nazies. Et puis Rebecca, mon premier amour de jeunesse.

Je comprends que des chiens se rapprochent, je hais ces bergers allemands !

J’arrive bientôt à l’extrémité nord-est du grand ghetto, à l’angle de Bonifraterska et Przebieg. J’aperçois la passerelle. Je sais qu’elle permet de relier les bâtiments situés le long de Bonifraterska aux numéros 25 et 27, vers un immeuble au 31 rue Bonifraterska. Le 31 est mitoyen du dépôt de tramways de Muranów qui donne accès sur le passage OŻliborska. Je dois trouver le côté est, et sauter dans la partie aryenne. Tant pis si je me romps le cou. J’ai un point de côté, un goût de sang dans la bouche, mais l’envie de vivre n’est pas ankylosée. Tout vaut mieux que de vivre dans la peur.

Je vais réussir.

Merde ! Je dérape. Impossible de me relever, à bout de souffle. Je crochète mes mains dans la terre, je rampe vers l’avant et je recommence. Je suis un homme-serpent.

Je vais réussir.

Les chiens sont sur moi. Ils mordent mes jambes comme s’ils n’avaient rien avalé depuis deux jours. La douleur est intense, elle irradie puis éclate dans tout le corps. Après les crocs, les coups de crosse. J’entends distinctement : « Dreckiger Jude… DRECKIGER JUDE ! » Les nazis me traînent sur le sol. Je sens que ma peau s’effiloche et que l’on me désarête comme un Gefilte fish – carpe farcie –, puis je m’évanouis.

 Je reprends mes esprits sur l’Umschlagpaltz – d’où s’en allaient les convois de déportation des Juifs, en 1942 et 1943 –, à coups de pied dans les côtes. Deux hommes qui me ressemblent, me redressent et m’aident à monter dans un camion. Nous sommes tassés comme des sardines et résignés. Au coup de sifflet, nous partons.

Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu…

Le sifflet strident d’un policier me déchire les oreilles. Apparemment, la police n’apprécie pas notre intifada ! Le bus Egged a les vitres brisées, nous envoyons encore deux trois pierres sur les voyageurs qui sont descendus et nous filons à toutes jambes. Je garde une dernière image à l’esprit, un homme en complet-veston noir dont le crâne est rouge. Il fait chaud ce jeudi 3 juillet 2014 à Jérusalem, mais je suis quand même là. Rien ni personne n’aurait pu m’en empêcher. Je connais le danger, mais si on ne dit rien, si on ne réagit pas, on cautionne. Je m’appelle Tarek et mon cousin est mort il y a deux jours, tué par l’armée israélienne.

 Nous courons comme des dératés, j’ai les poumons en feu. J’entends toujours le sifflet. Houmar et Aziz me devancent. Ils sont rapides. Aujourd’hui, la rue Jaffa est noire de monde en prévision du shabbat qui approche, et les passants nous gênent. Curieux comme mes yeux photographient tout ! Les petits commerces de prêt-à-porter bon marché vendent des tee-shirts de joueurs de football. Un vieil Arabe achète des olives et des fruits à un épicier. Devant une boutique d’électroménager, j’aperçois un jeune couple qui entame les palabres d’une discussion commerciale.

Ils sourient.

J’accélère.

Moi, j’ai le cœur à pleurer. Nous, les jeunes palestiniens, avons tous le cœur déchiré. Si seulement on pouvait nous foutre la paix. La violence est une spirale maudite, sang pour sang maudite, mais c’est notre lot quotidien.

Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu…

Le sifflet se rapproche. Faut plus penser, juste courir. J’ai un point de côté et mes pieds me font mal… mes baskets sont fichues, pourquoi j’ai pas acheté le modèle d’Ussein Bolt !

Je vais m’en sortir !

Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu…

C’est fini pour moi !

Je suis le plus lent des trois. Foutu pour foutu je décide de sauver mes amis en occupant les deux policiers qui nous pourchassent.

Je ralentis.

Ils fondent sur moi comme des rapaces en chasse. Je comprends « Sale arabe ! » et « Tu vas payer l’addition ! », puis, plus rien. Juste les souffles rauques, et le bruit des coups contre mon corps mou. Ils pleuvent, une pluie drue et serrée s’abat sur ma tête, mes épaules. Je tombe. Maintenant les matraques me brisent les côtes, les jambes. Je vomis de la bile. Je suis étonné par le peu de douleur que je ressens. Est-ce que cela veut dire que j’ai passé le mur des souffrances comme l’on passe le mur du son : au-delà du bang, la perception de la réalité est changée ? J’ai l’impression de flotter entre deux mondes.

Ou alors je suis mort ?

 

 

http://www.ipagination.com/textes-a-lire/selections/amaranthe/la-gloire-n-est-pas-le-soleil-des-morts-par-neo

 

 

iPagina’Son ou les délectations du Diable…

 

affiche de Bluewriter
affiche de Bluewriter

L’équipe d’iPagina’Son se présente ici.

Un poème comme un don, des alexandrins tristes et désespérés, dont le voile sombre ne demande qu’à être soulevé.. Le Diable, les Diables étriqués dans les replis de notre société, l’inertie des opprimés courbant l’échine, tel est le triste constat pourtant bien réel, d’une déshumanité de notre société, gravement repris par l’actualité de ces jours-ci.

 

 » On peut geindre ou prier, c’est vivant qu’on succombe

A cette humanité que peuplent tant de tombes.

Il a beau se remplir de rêves étoilés,

L’homme meurt déserté du ciel qu’il a quitté… »

 

L’homme, incapable de vivre en paix avec ses semblables, est au centre de ce profond chant empli de désespérance de Sébastien Broucke, lu par Myriam (Maboulunette) et sélectionné par Patryck Froissart.

Nous aussi, nous irons…

 

MOI J’IRAI !

Sébastien Broucke

Le diable allait zélé sans ménager la peine,

Et faisant son travail décimait à la chaîne ;

On lacérait des chairs, on fracassait des os,

On brisait des amours, on parlait dans le dos…

 

Le sang n’était pas tout, c’était bien plus cruel,

Les armes abondaient pour briser les mortels ;

Ils gisaient comme une outre, emplis de leurs douleurs,

Les fracasser, au fond, les vidait du malheur !…

 

Ce qui comblait le monstre : inventer l’engrenage,

Ces détails fins, subtils, engendrant le carnage.

Il se plaisait aussi à savourer l’effroi,

A déguster la peur jusqu’aux veines des rois…

 

L’ignoble côtoyait l’horreur, l’inavouable,

Et partout le bonheur jouxtait le lamentable.

Vivre était un périple, et trépasser le port,

Mais chacun redoutait le repos de sa mort…

 

Le mal courait partout, jusqu’aux sangs des meilleurs,

Et le pauvre attendait qu’un moins riche se meurt !

Ah ! Tout était misère, et dessous le soleil,

On n’avait pour tout bien qu’une mère qui veille…

 

Dieu descendait parfois dans les plaines herbeuses,

Où fleurit la prière et ses plaintes nombreuses,

Et bénissant sans cesse et rythmant la nature,

Cadençait toute vie en battant la mesure.

 

Mais que pouvait-il faire au sein des mécréants,

La peine s’éteint-elle au murmure du vent ?

Ah ! Quel était ce jeu, quel était ce délire,

Fûmes-nous tous idiots, vaniteux, sourds, martyrs ?…

 

Ce soir je me souviens, je m’avançais, sincère,

Car mon âme d’enfant émouvrait Lucifer ;

Je ne pouvais songer, vu de ma position,

Que le mal en ce monde était sans solution !

 

J’allais comme tout ange oublier cet instant

Qui nous pousse à crier : « A mon tour maintenant ! »,

Et me jetant des cieux dans le corps d’un poupon,

Espérais fermement terrasser le dragon…

 

Mais lorsqu’on se réveille, on est ce petit d’homme,

Qui vient faible et vient nu, et dont l’âme va comme

Un fantôme esseulé dedans sa tour hantée,

Le regard implorant quelques nues dépeuplées…

 

On peut geindre ou prier, c’est vivant qu’on succombe

A cette humanité que peuplent tant de tombes ;

Il a beau se remplir de rêves étoilés,

L’homme meurt déserté du ciel qu’il a quitté.

http://www.ipagination.com/textes-a-lire/selections/froissart-patryck/moi-j-irai-par-sbastien-broucke

Ipaginason frappe les trois coups au théâtre de la vie…

affiche de Bluewriter
affiche de Bluewriter

L’équipe d’iPagina’Son se dévoile ici.

 

PAM, PAM, PAM !

Le rideau s’ouvre… et Rodes nous propose à travers un sonnet poignant, une allégorie du monde contemporain.

Face à la barbarie quotidienne, nous sommes spectateurs impuissants, souvent indifférents.

Des alexandrins criants et forts repris par la voix expressive de Christian.

Ce sonnet est un sélection de Patryck Froissart

http://www.ipagination.com/textes-a-lire/selections/froissart-patryck/thtre-sonnet-par-rodes

THEÂTRE

– Rodes –

Sourire à découvrir au palais, au palan,

Serti de clous rouillés, de bruyantes crécelles,

Vieux rideau de velours aux pisseuses dentelles,

Mal cousu, mal foutu, trop voyant, trop clinquant,

 

Caillebotis véreux, mélodrame branlant,

Quelques rats d’opérette aux pendantes mamelles

Tombent en pâmoison comme des demoiselles.

La claque au poulailler se réveille en baillant.

 

Bourreau, frappe trois coups car mon crâne est solide.

Dans le heaume étouffant de sa rondeur gravide

Mon cri cogne et se tait dans ce moite bûcher.

 

Balai, fais ta besogne il reste sur la scène

Un enfant dépecé sur l’autel de la cène 

Des cadavres de clowns gisant sur le plancher.

un coup de coeur musical à Elodie Frégé

Capture d’écran 2014-09-14 à 19.01.56

Bercée depuis son enfance dans le monde de la danse et de la musique, Elodie Frégé a trois albums à son actif. Trois albums personnels au cours desquels Elodie prouve qu’elle n’est pas simplement une jolie fille formatée par la star académie qu’elle a remportée en 2003.

Après ce succès, elle enchaine les rencontres artistiques et sort  » Le jeu des sept erreurs » un album plus sombre et subversif écrit par Benjamin Biolay (toujours lui), dans lequel elle apporte une dimension poétique à des paroles volontairement froides, évoquant l’amour charnel sans sentiment avec « la ceinture », l’inceste avec « le velours des vierges » ou la descente aux enfers avec « Dolce vita ».

Son chemin est tranquille comme les mélodies qu’elle gratte sur sa guitare, sa voix posée souvent comparée à celle de Françoise Hardy. Tranquille mais suivi. Pour preuve son troisième album  » La fille de l’après-midi » qui sort le 4 octobre.

Elodie Frégé s’investit également dans plusieurs oeuvres caritatives et récemment a fait partie de « la bande à Renaud », avec à la clé un CD en l’honneur du chanteur  et poète maudit.

J’ai choisi de vous faire écouter « Il pleut », une merveilleuse chanson de Renaud à sa fille.

168968_859199165_68_H150607_L1285359414

IL PLEUT

Tu peux pas t’casser, y pleut
Ça va tout mouiller tes ch’veux
J’sais qu’ tu s’ras jolie quand même
Mais quand même tu s’ras partie
Moi, y m’restera à peine
Que ma peine et mon envie
De te coller quelques beignes
Et quelques baisers aussi

Fais gaffe, dehors c’est pas mieux
Y’a d’la haine dans tous les yeux
Y’a des salauds très dang’reux
Et des imbéciles heureux
Je suis mille fois meilleur qu’eux
Pour soigner tes petits bleus
Tu peux t’casser, y pleut
Ça va tout mouiller tes ch’veux
T’aurais pu attendre un peu
J’allais bientôt être vieux
Tu peux pas t’casser, y pleut
Ça va tout mouiller tes ch’veux

Tu peux pas t’casser parc’que
T’as pas l’droit c’est pas du jeu
On avait dit que tous les deux
On resterait près du feu
T’aurais pu attendre un peu
J’allais bientôt être vieux
Tu peux pas t’casser, y pleut
Ça va tout mouiller tes ch’veux

Tu peux pas t’casser, je t’aime
A m’en taillader les veines
Et pi d’abord ça suffit
On s’casse pas à six ans et d’mi
Allez, d’accord, t’as gagné
Je te rallume la télé
Mais tu n’peux pas t’casser, y pleut
Ça va tout mouiller tes ch’veux

Tu n’peux pas t’casser, y pleut
Ça va tout mouiller mes yeux

Coup de coeur à EMILIE SIMON

EMILIE SIMON

Émilie Simon, née en 1978 à Montpellier,  est une auteure compositeur interprète française de musique synthpop.

emilie_simon

Depuis 2003,  à travers 5 albums, elle nous fait voyager dans son univers électronique,  joue avec les mots, les sonorités organiques ou aquatiques, et utilise différents modes de jeux instrumentaux.

Son style musical, en ce qui concerne ses influences musicales anglo-saxonnes, a souvent été comparé à celui de Björk et  Kate Bush, en passant par David Bowie et Iggy Pop. La richesse inventive de ses mises en scène et de ses clips vidéos en font une artiste à l’originalité toute particulière

Elle a écrit aussi des musiques originales de cinéma et de télévision, (« La marche de l’empereur », « Franky Knight ») mais aussi la musique du film français « Quand j’étais petit », dont est extraite la chanson « je t’aime » que je vous propose de découvrir ou de réentendre aujourd’hui.

(À l’occasion d’un voyage, Mathias, 40 ans, croise par hasard un enfant qui lui fait étrangement penser à lui au même âge. Profondément troublé, il se lance dans une quête insensée sur les traces du petit garçon qui risque bien de bouleverser son existence et son équilibre familial …Fêlures, secrets, pertes irréparables…
Et si l’on pouvait revivre son enfance, pourrait-on alors changer le cours des événements ?)

http://www.youtube.com/watch?v=JBh1CV4YF7o

Je t’aime Je t’aime Je t’aime

Voilà les seuls mots qui me viennent

Le long des heures je sème ce doux poème, cette prière.

Je t’aime Je t’aime Je t’aime

Des jours et des semaines

Des mois ont passé et puis des années

Je te cherche quand même dans ce royaume où tu m’as laissé.

Le long désert,

Je sème pour toi ce doux poème

Je t’aime Je t’aime Je t’aime

Je t’aime Je t’aime.