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Ipagina’Son lit la liberté et s’insurge contre la haine…

 

affiche de Bluewriter

Deux scènes tragiques à soixante-dix ans d’écart, deux situations nées de la même haine de l’autre et de la même intolérance, l’homme victime qui torture à son tour. A travers des faits historiques, Néo exprime un cri intérieur, un cri pour la liberté, un cri d’humanité.

Ce texte poignant, inducteur des émotions les plus vives, brillant  d’une écriture intense  a été sélectionné par Amaranthe et je ne pouvais faire autrement que le lire à voix haute pour vous.

Puisse t-il forcer nos réflexions sur les valeurs de la vie…

 

( Agathe :  «  pardon pour la prononciation des noms propres… » )

LA GLOIRE N’EST PAS LE SOLEIL DES MORTS

– Néo –

J’aimerais être invisible ! Je cours devant moi sans trop me demander où je vais. L’important est de fuir pour rester en vie. Je descends la rue Twarda au pas de course. Au numéro 6 j’avise la synagogue Noźyk. Elle est fermée. Les murs sont badigeonnés d’étoiles de David. Je continue. La rue Próżna me rappelle d’heureux souvenirs. Si les vieux immeubles de briques rouges pouvaient parler, ils raconteraient la joie de nos batailles enfantines, les jeux de billes. Mon grand-père qui s’emporte contre Monsieur Benguigui qui ne veut admettre les intentions nazies. Et puis Rebecca, mon premier amour de jeunesse.

Je comprends que des chiens se rapprochent, je hais ces bergers allemands !

J’arrive bientôt à l’extrémité nord-est du grand ghetto, à l’angle de Bonifraterska et Przebieg. J’aperçois la passerelle. Je sais qu’elle permet de relier les bâtiments situés le long de Bonifraterska aux numéros 25 et 27, vers un immeuble au 31 rue Bonifraterska. Le 31 est mitoyen du dépôt de tramways de Muranów qui donne accès sur le passage OŻliborska. Je dois trouver le côté est, et sauter dans la partie aryenne. Tant pis si je me romps le cou. J’ai un point de côté, un goût de sang dans la bouche, mais l’envie de vivre n’est pas ankylosée. Tout vaut mieux que de vivre dans la peur.

Je vais réussir.

Merde ! Je dérape. Impossible de me relever, à bout de souffle. Je crochète mes mains dans la terre, je rampe vers l’avant et je recommence. Je suis un homme-serpent.

Je vais réussir.

Les chiens sont sur moi. Ils mordent mes jambes comme s’ils n’avaient rien avalé depuis deux jours. La douleur est intense, elle irradie puis éclate dans tout le corps. Après les crocs, les coups de crosse. J’entends distinctement : « Dreckiger Jude… DRECKIGER JUDE ! » Les nazis me traînent sur le sol. Je sens que ma peau s’effiloche et que l’on me désarête comme un Gefilte fish – carpe farcie –, puis je m’évanouis.

 Je reprends mes esprits sur l’Umschlagpaltz – d’où s’en allaient les convois de déportation des Juifs, en 1942 et 1943 –, à coups de pied dans les côtes. Deux hommes qui me ressemblent, me redressent et m’aident à monter dans un camion. Nous sommes tassés comme des sardines et résignés. Au coup de sifflet, nous partons.

Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu…

Le sifflet strident d’un policier me déchire les oreilles. Apparemment, la police n’apprécie pas notre intifada ! Le bus Egged a les vitres brisées, nous envoyons encore deux trois pierres sur les voyageurs qui sont descendus et nous filons à toutes jambes. Je garde une dernière image à l’esprit, un homme en complet-veston noir dont le crâne est rouge. Il fait chaud ce jeudi 3 juillet 2014 à Jérusalem, mais je suis quand même là. Rien ni personne n’aurait pu m’en empêcher. Je connais le danger, mais si on ne dit rien, si on ne réagit pas, on cautionne. Je m’appelle Tarek et mon cousin est mort il y a deux jours, tué par l’armée israélienne.

 Nous courons comme des dératés, j’ai les poumons en feu. J’entends toujours le sifflet. Houmar et Aziz me devancent. Ils sont rapides. Aujourd’hui, la rue Jaffa est noire de monde en prévision du shabbat qui approche, et les passants nous gênent. Curieux comme mes yeux photographient tout ! Les petits commerces de prêt-à-porter bon marché vendent des tee-shirts de joueurs de football. Un vieil Arabe achète des olives et des fruits à un épicier. Devant une boutique d’électroménager, j’aperçois un jeune couple qui entame les palabres d’une discussion commerciale.

Ils sourient.

J’accélère.

Moi, j’ai le cœur à pleurer. Nous, les jeunes palestiniens, avons tous le cœur déchiré. Si seulement on pouvait nous foutre la paix. La violence est une spirale maudite, sang pour sang maudite, mais c’est notre lot quotidien.

Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu…

Le sifflet se rapproche. Faut plus penser, juste courir. J’ai un point de côté et mes pieds me font mal… mes baskets sont fichues, pourquoi j’ai pas acheté le modèle d’Ussein Bolt !

Je vais m’en sortir !

Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu… Tuuuuuuuuuu…

C’est fini pour moi !

Je suis le plus lent des trois. Foutu pour foutu je décide de sauver mes amis en occupant les deux policiers qui nous pourchassent.

Je ralentis.

Ils fondent sur moi comme des rapaces en chasse. Je comprends « Sale arabe ! » et « Tu vas payer l’addition ! », puis, plus rien. Juste les souffles rauques, et le bruit des coups contre mon corps mou. Ils pleuvent, une pluie drue et serrée s’abat sur ma tête, mes épaules. Je tombe. Maintenant les matraques me brisent les côtes, les jambes. Je vomis de la bile. Je suis étonné par le peu de douleur que je ressens. Est-ce que cela veut dire que j’ai passé le mur des souffrances comme l’on passe le mur du son : au-delà du bang, la perception de la réalité est changée ? J’ai l’impression de flotter entre deux mondes.

Ou alors je suis mort ?

 

 

http://www.ipagination.com/textes-a-lire/selections/amaranthe/la-gloire-n-est-pas-le-soleil-des-morts-par-neo

 

 

Ipagina’Son brise le silence de la mer…

affiche de Bluewriter
affiche de Bluewriter

 

Une femme assiste, témoin impuissant, à une scène sur la plage qui lui rappelle ses propres souvenirs douloureux. L’enfance réapparait à travers les yeux d’adulte de Ladynight et le passé ne cesse de ressurgir  au gré des vagues,  malgré la mer qui a gardé le secret de la violence du traumatisme.

La petite fille d’aujourd’hui s’échappe et sourit à la vie…une note d’espoir …la cicatrisation ?

Firenz’ lit ce récit très émouvant et plein de pudeur, sélectionné par Bluewriter.

 

Le silence de la mer

 – Ladynight –

 

La même plage, vingt ans après. Retour aux sources, là où tout commence, l’enfance… Je revois tout comme si c’était hier. Nos jeux dans le sable, nos courses-poursuites avec de l’eau à mi-mollets, l’étourdissement qui nous gagnait après plusieurs roulades dans les dunes et puis surtout le bruit du ressac qui couvrait tous nos cris, surtout les plus étouffés… Je ne veux pas repenser à tout cela, revivre ces instants douloureux qui me firent brusquement basculer dans l’âge adulte, celui des secrets jamais révélés et dont la seule évocation me donnait la nausée… Pourtant ici rien n’a changé, comme si la nature se jouait des drames se déroulant sous ses yeux. Je m’arrête un instant et m’allonge sur le sable. Le soleil m’éblouit m’obligeant à fermer les yeux; Je me laisse bercer par la ronde des vagues qui mangent la plage doucement, grignotant mètre par mètre l’étendue livrée aux promeneurs…

« Louise, tu es là ? Tout le monde te cherche tu sais ! » Il a plaqué sa main sur ma bouche, pour être sûr que je ne me manifesterai pas. Il sait pourtant que je ne bougerai pas, que je ne crierai pas. Enfant docile et soumise, petite fille apeurée mais tellement éprise. Je sens son souffle sur ma peau, son haleine quand il m’embrasse, ses mains qui me caressent en me faisant frémir de plaisir et de honte…

Je me réveille en sursaut et vais me mouiller la nuque pour chasser ce rêve. J’aurais du pourtant me douter qu’en revenant ici, tout ressurgirait de plein fouet, que la violence de mes souvenirs viendraient à nouveau me hanter. La blessure est encore à vif… Je fais quelques pas au bord de l’eau et des rires d’enfants me parviennent depuis les dunes. Une petite fille d’une dizaine d’années court en faisant un nuage de sable. Elle est poursuivie par un jeune adolescent. Il lui dit de l’attendre, la supplie de ralentir un peu. Elle l’écoute un moment, se baisse pour ramasser un coquillage… Et soudain, il est là, tout près et la serre contre lui. Elle se laisse faire car elle se sent en confiance. Elle ne dit rien non plus quand il la fait tomber dans le sable et pose son corps d’homme sur elle.

Je regarde cette scène et reste hypnotisée. Cette enfant, est-ce moi ? Suis-je en train d’observer ce que j’ai vécu, il y a vingt ans maintenant ? Je me sens incapable de faire le moindre geste, de signaler ma présence derrière cette dune… J’assiste impuissante au viol d’une enfant.

Mais des cris viennent briser le silence de la mer. C’est l’enfant qui refuse d’être meurtrie comme je l’ai été à son âge et se défait de son agresseur. Elle court à perdre haleine vers la plage et se jette à l’eau rejoignant ses camarades qui ne s’étaient même pas rendus compte de son absence.

J’ai du dormir deux bonnes heures. Le soleil a tourné, laissant ses derniers rayons inonder l’horizon. J’aperçois des enfants qui rient en s’éclaboussant au bord de l’eau. Une petite fille blonde me sourit quand j’arrive à leur hauteur. Sa maman l’appelle depuis les dunes :

« Louise, nous te cherchions, tu exagères quand même ! Dépêche-toi de te sécher et rejoins-nous à la voiture ! »

Elle obéit, comme une enfant aimante. Son regard est très clair, presque transparent. Aucune ombre ne vient l’assombrir. Je lui fais un signe de la main et la regarde s’éloigner, enfant insouciante, épargnée par la vie…

http://www.ipagination.com/textes-a-lire/afficher/le-silence-de-la-mer-par-ladynight#.U3_Qa15N0Qc

« S’il te plait, dessine-moi un auteur : Picasso64 »

Affiche de Bluewritter
Affiche de Bluewritter

 

iPagination et iPaginablog, deux sites en connexion étroite, puisque animés par les mêmes équipes, dans un même esprit et pour une même passion de l’écriture.

Écrire … qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça fait ? Comment ça vient ? Pourquoi ? Quand ? Où ? ….

Sur iPaginablog, nous avons invité les auteurs d’iPagination à nous dévoiler un peu de leur intimité de plume.

Cette semaine, nous suivons Picasso64 à travers ses univers…

Portrait d’un auteur : Picasso 64

Le peintre :

Photos Peintures YG 003

 

A début était le verbe. Mais pour Yves, même si écrire l’a toujours démangé, c’est le dessin puis la peinture qui ont occupé ces temps artistiques. Pendant de longues années. Et qui restent comme un regret ou un projet. Dans tous les cas une manière d’appréhender le monde de le représenter.

Photos Peintures YG 002

Les thèmes  littéraires;

Les couleurs et les sensations colorées

Les goûts et les parfums des nourritures

Les senteurs et les atmosphères

Les bois, les bois flottés , ou ternis par les soleil

Châtaigniers ou peupliers

Les bois emplis d’huile et de parfums

Olivier ou santal

Les pierres poreuses, les calcaires

Les schistes soient les pierres ouvertes aux schismes

 

Les formes et les structures

Les nuages et la métamorphose

Les anamorphoses et la métempsychose

La géographie et les temps qui passent

 

Les femmes et les félins

Nageuses ou panthères

 

Le style ;

Les mots pour leur sonorité

Les rythmes comme respiration des textes

Les mots pour leur sens

qui dérapent et glissent dangereusement

au point de changer d’essence

 

La polysémie et les jeux de mots

 

Trop de Polysémie

Trop de Polynésiennes aux hanches qui balancent

et aux sourires fugaces

Trop de sémiologie

Trop de lavandières aux poitrines offertes

Aux échines courbées et aux sourires fendus.

La rigueur et le soin dans la construction

Le soin typographique

 

Et les couleurs du silence ?

 

Jaunes absolument sans un soupçon d’orange

sans un soupçon d’orage

blanches et duveteuses comme les neiges d’antan

 

Les pays :

La corse et toutes les Italies.

Les pays occitans, la Serbie, l’Iran, les indes, le Cambodge, la Cochinchine l’Éthiopie les marquises les îles sous le vent qui soulèvent les jupes de filles. Tous pays où je ne suis jamais allé et qui sont, d’autant mieux, connus.

Toutes les Pyrénées où je vis..

 

La méthode :

Pour calmer et canaliser un imaginaire qui ne demande qu’à déborder de la méthode et de la précision avant toute chose.

Sauf en poésie où les rythmes et les sonorités s’engendrent sans un soupçon d’effort.

 

Le romancier :

Deux romans totalement aboutis mais non publiés dont beaucoup extraits sont apparus sur Ipagination en même temps qu’ils s’écrivaient et dont les personnages sont référencés sur la toile.

En suivant les hermines :

A titre d’illustration, les premières ébauches ne sont pas tellement différentes du résultat final. Une manière de préciser la méthode

Une histoire romantique, sexuelle, cruelle et exaltée

23 années après le début de la guerre

169 indices

13 femmes assassinées

961 chats blancs éventrés

Une femme un homme dans la corse de 1963

Une histoire blanche et rouge dans un pays bleuté

 

13 scènes de crime :

1) Ajaccio………………………………….

2) Col de Vizzanova

3) Girolata

4) Figari

5) Zonza (canton d’Eboli)…

6) Col de Bavela…….

7) Solenzara

8) Ghisonaccia…

9) Corte…..

10) Bastia (furiani)

11) Olmi cappela ( pieve de Giunssani)

12) le gouffre de Cartaghjesi

13) le retour par Calvi

 

Une course éperdue et métaphorique après l’amour et la vérité

Jérôme de Kréville une histoire moderne :

Un texte complexe et foisonnant sur l’affaire Kerviel… Une sorte d’autocommande sinon un roman de circonstance… Un roman à clefs qui ouvre des portes sur des univers très obscurs…

Yves Garcelon Autoportrait.4odt

 

Un récit qui commence pourtant de manière très classique presque mezzo voce… on dirait le grand Meaulnes ou voyage au centre de la terre.

Le Noël de cette année 1995 allait rester, pour la tribu des Kréville, une de ces dates terribles qui scandent l’histoire des familles. Une date phare qui fonde les mémoire inconscientes et modèle les caractères.

Dans la nuit Guillaume Hubert le père, qui avait à peine dépassé ses 48 ans, venait brusquement de décéder alors qu’il s’en revenait à pied de la messe de minuit.

Il avait été foudroyé par une thrombose cérébrale Peut-être était-ce la conséquence de ce froid et de la neige si inhabituelle dans cette bonne ville de Quimper. Une ville connue pour son humidité, mais aussi pour la clémence exceptionnelle de son climat. Cette neige duveteuse qui illuminait si joliment les austères toits d’ardoise et qui faisait la joie des enfants, avait entraîné ou, du moins, avait été concomitante à ce décès subit que rien ne laissait présager. Même si le garçon avait toujours de santé plutôt fragile et disposait d’une très faible constitution… Peut-être en sa qualité de représentant d’une fin de race aux sangs insuffisamment mêlés.

Sophie, sa robuste et très charmante épouse, qui tenait un salon de coiffure sur les quais de l’Odet au débouché de la rue de pont l’abbé n’était pas  présente. Elle avait travaillé, très tard, pour coiffer toutes les dames du quartier. A 11 heures du soir elle était encore dans sa boutique pour tout nettoyer et la rendre impeccable pour les lendemains de Noël où ses clientes viendraient se faire coiffer en vue de la nouvelle année.

Pour la corporation estimable des coiffeurs pour dames, comme pour celles des pâtissiers ou des marchands de volaille, la période des fêtes reste une course contre la montre. Il’ n’est pas envisageable, dans ces quelques deux semaines qui closent l’année, de ne pas rattraper les difficultés qui, en ces années de crise, tendaient à grever les chiffres d’affaire du petit comme du grand commerce.

A près cela s’énerve un peu…

Le poète :

Là, toutes les œuvres récentes se retrouvent sur Ipagination et, in extenso, sur les sites de référencement Des textes vite saisis et repris dans le week-end. On doit laisser couler les images directement venues de l’imaginaire et il faut le reconnaître d’une présence (d’une prégnance?) érotique qui tend à déborder beaucoup… C’est comme cela… C’est parfois très violent voire porcin…

C’est souvent trop en tous cas un peu beaucoup… On n’y peut rien :

Trop de paroles au mitan de leurs lèvres

Trop de sécheresse dans nos lèvres muettes

Trop de matière visqueuse au bord de nos lèvres

Trop de palpitations dans nos cœurs distendus

Trop de fissures dans leurs désirs aigus

Et une reprise en deux ou trois fois, pas plus, comme une chanson vite troussée. Beaucoup sur le fond mais moins sur la précision, la musique et le rythme. la typographie et la taille des paragraphes aussi… Et la longueur des phrases. Ce qui permet, plutôt moins que plus, de celer les images trop précises ou mal venues.

 

Tabac blond de Virginie

Tabou brun de Chesapeake

Humés et sucés goulûment

Sur la crête violacée de Mauricette

Boursouflée de cannelle et de girofle

Sur son mont de Vénus

Son haut mont aux sangsues

En contrepoint des image religieuses et christiques comme un retour au calme vers les christ jaunes où les vierges mariales qui montent aux cieux.

 

Eloge du jaune

Eloge du christ jaune

Notre seigneur crucifié et serein

 

Entre l’ocre et le rouge

Entre l’ardeur du soleil

Et l’absolu néant du blanc.

La blancheur de sa lune

Et sa chevelure de Fébus.

L’or éclatant de Phoebus

Mais au palmarès et de beaucoup (il n’y a pas photo 647 contre 254) c’est un texte plus calme sur les goûts, les parfums et le désir de nourriture qui emporte les faveurs du public ipaginaire et donc virtuel mais pas du tout imaginaire

 

Et les plus beaux goûts de la terre  ?

Le goût des pêches de Juin

blanc râpeux avec, encore, un soupçon d’acidité

noyé dans l’intense verdeur de la pulpe

avec cette enveloppe duveteuse

d’un vert si tendre à peine illuminé de cramoisi

doux comme un océan

ou râpeux et urticant comme des joues de requin

Mais aussi celui des pèches de vigne 

gorgées, jusqu’à plus soif, par les chaleurs de l’été 

couvertes des prurits de la lune et du soleil

comme les ailes brisées des papillons

Butterflies ou schmetterlings

ou le sperme laiteux des chauves-souris

qui copulent sous la lune.

 

Et dans une bien moindre mesure l’hommage à cette coquine de Garbiñe

impossible gamine / impassible princesse..

 

Garbiñe en quart de finale

 

Garbiñe en quart de jupette

orange sanguine innervée de violette

 

Mauve pâmée de vieux rose

suivant les caprices des cieux

ou l’éclat de ses yeux .

 

 

Gamine impossible

Garbiñe impassible

 

Il est vrai qu’il y a la lumière des couleurs les jeux de mots et l’image juvénile et féminine. Beaucoup de thèmes d’Yves et de Picasso64.

Mais sans doute pour finir l’image de la campagne emperlée, à peine, d’un soupçon de lubricité .

 

Une poule au jardin

Une poule sur le lit

Une poule dans mon lit

Une poule au mitan des roses

 

Un lit de roses pour mes poules

Un nid de fiente pour mes roses

Un nid d’amour pour mes poules.

En mode écriture : Astrov

« S’il te plait, dessine-moi un auteur : Astrov »

Affiche de Bluewritter
Affiche de Bluewritter

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Cette semaine, c’est Astrov qui nous invite à le suivre entre scène de théâtre et scène de ménage … 

theatre-curtains

Six personnages engueulent l’auteur

(En hommage à Luigi Pirandello)

De Astrov (Edouard Huckendubler)

« Engueulent ». Oui, le mot est juste. Je me suis fait engueuler par mes personnages. Et chez moi, en plus ! Voilà comment :

L’écriture me vient à tout moment : un sujet me fait signe. Dès que j’ai mon clavier sous la main, j’y vais. Atmosphère, musique, environnement, cela n’a pas beaucoup d’importance. Les mots se proposent et le bonheur s’invite.

Or, depuis quelques temps, c’est l’écriture théâtrale qui me tenait. Six pièces depuis 2006, dont deux jouées en Compagnie Amateur. Cela fait donc pas mal de personnages créés par mes neurones. Et j’écris aussi des poésies (dont des sonnets).

C’est cela qui a tout déclenché :

Hier soir, pas très tard, après mon sobre dîner, on sonne à ma porte. Je vais ouvrir, sourire aux lèvres. Qui vois-je, serrés en un groupe compact et sévère ?

Six de mes personnages. Je les ai reconnus dans l’instant : un ou une représentant(e) pour chacune de mes pièces.  Principalement des femmes, et plutôt teigneuses (ben oui, je les ai créées ainsi). Je leur offre bon accueil :

– « Eh bé, la surprise ! Bonsoir, que me vaut … »

Sans répondre, le groupe est entré, direction le salon où chacun/chacune s’est assis dans fauteuils ou chaises. Ona, une Louve assez agressive, s’est lovée sur le canapé. Il restait une chaise, je l’ai prise.

Le silence se faisant un peu lourd, j’ai plaisanté : « Je vous ai faits plus bavards, non ? ». L’une d’elles (les hommes semblaient un peu discrets) a commencé :

– « Justement ! Tu nous as créés, donné existence, sentiments, parole. Tu te bats pour que nos mots (les tiens), nos dialogues, tes didascalies, soient lus, que nous soyons joués sur scène.  C’est bien. ».

Une autre a enchaîné : « Alors pourquoi nous fais-tu ça, depuis un moment ? »

– « Mais, ça, quoi ça ? » J’étais un peu perdu…

– « Ton infidélité. »

Infidélité ? Je ne pigeais pas bien. J’ai eu droit à une explication :

– « Depuis quand n’as-tu pas écrit pour le théâtre ? Depuis quand n’as-tu pas sculpté des personnages qui auraient pu venir avec nous ? Tu le sais, nous sommes une sorte de Famille.».

– « Eh ben, oui, depuis un  moment, j’écris aussi des poésies ! »

Ona a pris ma réponse, comme un os, à la volée. « Exact. C’est ce qu’on te reproche. Des poésies… Des sonnets… Il n’y a pas de personnages, là-dedans, pas de dialogues, pas de jeux de scène. Les mots, seuls. Pas de spectateur, mais des lecteurs qui comprennent ce qu’ils veulent, alors que nous, ce sont nos âmes que nous exprimons avec tes mots. Tu nous abandonnes ! »

Et tout le groupe, tel le chœur antique, a psalmodié : « Tu nous abandonnes, tu nous trahis ! ».

J’ai eu la révélation, le flash, la compréhension.

– « Vous… Vous êtes en train de me faire une scène de jalousie parce que j’écris quelques poésies ? »

– « Il y a de quoi, non ? Nous avions confiance en toi, et puis, te voilà à poétiser, à rimer…  D’ailleurs tu n’as écrit aucune pièce en vers. On aimerait bien parler en alexandrins… »

Je songeais (modestement) à Pirandello, qui avait lancé des personnages cherchant un auteur. Et là, ce soir, des personnages venaient faire une scène de jalousie à leur auteur. Pour quelques escapades poétiques extra-théâtrales !  Je n’avais trompé personne, c’était juste une attirance poéti…  Et puis zut !

Tout soudain j’ai senti  la rogne venir en moi.  Des disputes amoureuses, j’avais vécu ça.  Mais des reproches sur mes goûts en écriture, et venant de mes propres créations, non, mais, on va où ? Je me suis levé, en respirant à fond.

– « Non, mais, on va où ? Alors vous allez m’écouter. Je ne suis pas infidèle. »

Ona, vive et en alerte, a fait mine de protester. D’un geste, je l’ai renvoyée sur le canapé. Qui c’est le boss ?!

– « Pas infidèle. Toutes et tous, qui vivez dans mes pièces, je vous aime. Compris ? Je vous aime.  Vous existez, vous serez sur scène, en tapuscrit, en recueil. Oui, je me battrai pour vous. Et mes poèmes ne retirent rien à l’amour que je vous porte. Ce sont des expressions, des émotions que je souhaite faire ressentir aux lecteurs et lectrices. Pour les atteindre au cœur, au corps, afin de les emmener ici, là, en rêve, en découvertes, en sourires et soupirs ».

Les personnages étaient attentifs. La tension s’est bien relâchée. J’ai continué :

– « Et vous ! Mais vous en faites autant, auprès des spectateurs ou des lecteurs ! Car c’est vous qui leur portez mots et émotions. Vous êtes indispensables. Vous m’êtes indispensables. Je n’abandonnerai jamais le théâtre. Je suis sur une nouvelle pièce. Dès qu’elle sera au point, vous serez avertis. J’ai un peu de mal avec l’intrigue, mais rien de grave ! ».

Elles et ils se sont levés, souriants, et m’ont entouré. Leurs mains ont effleuré mon visage. Ils m’ont dit : « Merci ! Nous voilà rassurés. Bonne chance avec l’intrigue. Nous sommes toujours près de toi. A très bientôt ! ». Et ils sont partis tranquillement. J’ai remarqué qu’ils passaient à travers la porte sans l’ouvrir.

Je suis allé me coucher, tôt. Car le lendemain, j’avais un poème  et une pièce à sculpter.

 Theatre-Swatch

Avoir toujours un oeil sur ses personnages …

Mes six pièces auxquelles je fais allusion sont lisibles sur  ipagination  (pseudo Astrov) pour certaines,  et sur le site de théâtre  leproscenium.com  sous mon nom  Edouard HUCKENDUBLER.

Ona est un des personnages de ‘’La hiérarchie des Louves’’.

 

 

 

En mode écriture : Christophe Dessaux

« S’il te plait, dessine-moi un auteur : Christophe Dessaux »

Affiche de Bluewritter
Affiche de Bluewritter

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Écrire … qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça fait ? Comment ça vient ? Pourquoi ? Quand ? Où ? ….

Sur iPaginablog, nous avons invité les auteurs d’iPagination à nous dévoiler un peu de leur intimité de plume.

Cette semaine, c’est Christophe Dessaux qui se met à table … 

calligrammeLa vie est un calligramme

J’écris…

En mode diurne, le ventre plein.

En mode nocturne dans ma cellule de moine.

En mode insomniaque au chaud dans mon lit.

En mode hypnotique au volant de ma voiture.

En mode liquide sous la douche.

En mode fainéant dans les restaurants.

En mode inconscient, façon surréaliste.

.

En mode manuscrit comme en mode azerty.

En mode cahier comme en mode clavier.

En mode araignée qui fait vibrer sa toile.

.

En mode monomaniaque, mais pas graphopathe.

En mode à petits pas, entre deux jours de boulot.

.

En mode solitaire, mais pas désespéré.

En mode détaché, mais pas misanthrope.

En mode éparpillé, mais pas sans cohérence.

En mode réfléchi, mais pas désincarné.

En mode amoureux, mais de moins en moins.

En mode très habillée, mais pas élitiste.

En mode humoristique, mais pas ironique.

En mode léger, mais pas superficiel.

En mode fragmentaire, mais pas éclaté.

En mode actuel, mais pas à la mode.

En mode exubérant, mais jamais futile.

En modulations absurdes, mais jamais grotesques.

En mode au long cours, mais je me cogne toujours.

En mode respectueux, mais faut pas me chercher.

.

En mode poétique, ça c’est mon noyau.

En mode poétique, mais pas seulement.

.

En mode sérieux et je m’en excuse.

En mode dilettante et je m’en veux.

En mode éclectique et je vais en crever.

En mode inattendu, c’est une constante.

.

« En mode majeur », regrette l’enfant que je fus.

« En mode mineur », affirme mon prétentieux.

En mode contraint, vous en avez la preuve.

En mode ludique, « la vie est un calligramme ».

En mode miroir, moi qui lis si peu.

.

En mode j’y pense et puis j’oublie.

.

 

D’ailleurs… en notant j’y pense et puis j’oublie, un texte me revient à la mémoire. Un texte écrit il y a presque dix ans, à une époque où j’allais pas bien fort. 
Ce texte se trouve quelque part à la frontière poétique entre un comment écrire et un pourquoi écrire. Comme je me suis beaucoup éloigné du rapport à l’écriture que j’y décris, je l’ai laissé au fond de mes tiroirs USB, mais je le crois de circonstance ici. Certains d’entre vous s’y retrouveront peut-être, et même si ce n’est pas le cas, j’espère que vous verrez du beau dans ce type d’écrit que j’appelais à l’époque de l’omicron noir, un matériau assez sombre 🙂

.

Je ne parle pas à n’importe qui, mais…


(En hommage à Léo Ferré)

Je hurle aux quatre vents qui, tous, me frappent froid.

J’aboie aux chiens de mer qui m’enragent.

Je beugle aux entrailles de ma jeunesse qui se tire.

Je susurre à l’oreille des âmes bâtées, mes semblables.

Je confie aux sourds les vomissures de mes lèvres écoeurées.

Je martèle mollement mille et mille maximes usagées.

Je roucoule noir à mes conquêtes affadies par mes caresses nauséeuses.

Je solfie quelque rengaine poussiéreuse sortie de ma mémoire décomposée.

Je déclame des vers qui s’échappent tout droit d’un cadavre de poème.

J’affirme que, que, et que, au bout de quatre.

Je dévoile l’indécence du rire des étoiles.

Je rugis l’air des libertaires du murmure.

Je nomme « caduc » l’alignement mégalithique des mots sur une ligne : la vie est un calligramme !

J’imprime la morsure des mots dans la tête des lourdauds.

J’explique à qui veut l’entendre la quadrature du cercle d’Amour et de Raison.

Je détache les mots de leurs cons de textes et j’en fais des phares, verges de ma toute-puissance.

 

Je dégoise, je dégoise, je dégoise, ça n’en finit plus, c’est une hémorragie, une saignée purgative. Mon encre coule, précieux liquide, je la donne à qui veut la prendre, mais c’est une transfusion sans guide.

écrivain à sa table
La feuille froissée fleurit bien au jardin de l’écrivain…