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Michel et les transporteurs d’âmes, de Bernard Saada

1re COUV ebook Michel et les...

Résumé : 

Roman fantastique – Alors que Michel, jeune orphelin, se promène dans la forêt normande, un orage éclate et la terre se dérobe sous ses pieds. Au fond de l’abîme dans lequel il est entraîné, il découvre un nouveau monde. Qui sont les êtres qui peuplent cette contrée ? Pourquoi les Transkiâmes et les Goulacs se livrent-ils une guerre sans merci ? Et pourquoi Michel est-il proclamé l’Élu tant attendu ?

Concernant l’auteur :

Autodidacte, Bernard Saada s’est familiarisé avec les Lettres au hasard des acquisitions de la bibliothèque dans laquelle il exerce. Ses yeux se sont arrêtés sur de belles phrases, de belles tournures, de celles qui vous émeuvent. Il s’est laissé influencer par des auteurs à forte personnalité et a dû se rendre à l’évidence : il portait en lui un amour tendre pour les écrits. Ses nombreuses lectures ont enchanté et stimulé son imagination, il avait mémorisé tellement de flux verbal qu’il ne lui restait plus qu’à coucher, à son tour sur le papier, les mots tant cultivés.

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Facebook : Jaspeer Zaporogues

Twitter : @jaspeer7

et sur son blog : http://skika3.wix.com/jaspeer

 
Extrait du livre : 

Michel n’avait plus rien, il avait tout laissé sur place lors de ce terrible orage, il se rappelait vaguement le tremblement de terre, sa chute, les drôles de méduses lumineuses, puis plus rien.

— Où suis-je ? se demanda-t-il, quel est cet endroit ? Que s’est-il passé ? Il marcha, guidé par le flou de ses pensées un long moment, puis cédant la place à la clarté il vit une cité, à ses yeux inconnue. Il passa devant des colonnes ouvragées, de belles façades blanches, de grandes constructions rondes. Puis, dressé comme la statue d’Hérode, se trouvait un magnifique palais. Il continua à marcher, quand il vit devant lui une foule de gens amassée devant un homme qui vociférait des paroles incompréhensibles.

Quel était ce langage qu’il ne comprenait pas ? Soudain l’orateur dirigea son doigt vers lui en grommelant des mots avec véhémence.

La foule fixa Michel et on pouvait lire l’étonnement sur chaque visage, les murmures d’interrogations montaient crescendo, deux hommes apparurent, le saisirent et l’emmenèrent.

 Il se trouvait à présent dans une grande salle. Impressionné par la beauté du lieu, il observa avec curiosité ce palais orné de végétaux qui évoluaient comme dans un patio andalou. Un homme se présenta à lui avec grâce, le salua avec dignité.

— Je me nomme Enar, je suis le gouverneur de cette province.

 Voyant que l’enfant ne réagissait pas à ses paroles, Enar reformula sa présentation un peu plus fort, l’incompréhension sur le visage de Michel était lisible, Enar se retira. Michel avait observé cet homme à l’allure princière mais ne comprenait aucun de ses mots. Enar se présenta devant deux grandes portes vertes qui soudain s’ouvrirent et se refermèrent aussitôt derrière lui.

 Il actionna le champ de polarisation des lumières gravitationnelles des planètes pour que son langage puisse être compris.

De retour, le gouverneur s’adressa à nouveau au garçon, cette fois-ci Michel comprit avec étonnement les mots émis par l’homme.

 — Je te souhaite la bienvenue dans notre royaume, que la paix soit avec toi, nous sommes les transporteurs d’âmes !

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Vitraux de Songes, de Francis E. Sicard Lundquist

Poésie - Vitraux de songesRésumé :

Comme si l’œil se glissait dans un kaléidoscope de mots, ce recueil, composé de deux parties, plonge le lecteur dans un univers de sables mouvants qui enlisent les sens. L’expression poétique est stricte. C’est celle du sonnet classique obéissant aux rigides lois de la composition. Chaque souffle est mesuré, chaque syllabe pesée, chaque image choisie. Et pourtant, sous cette maille d’acier, se révèle instantanément la puissance esthétique d’un art poétique dont la souplesse ne laisse aucune place à l’illusion littéraire. Bien loin d’être un accessoire, le titre lui-même s’impose non seulement comme une dimension indispensable à la rigidité de la structure mais encore comme une expansion de la densité créative.

Étrangement classique, ce recueil tisse, page après page, une toile infinie de miroirs dans un labyrinthe d’idées dont le luxe et la richesse éblouissent l’esprit et envoûtent l’âme. Sans aucun doute « Vitraux de songes » ouvre-t-il un nouveau courant poétique contemporain.

 

A propos de Francis E. Sicard Lundquist :

Né à Prades en 1952, Francis Étienne Sicard Lundquist se passionne dès l’adolescence pour la littérature, en particulier pour Marivaux et Marcel Proust. Des études en Lettres Classiques le conduisent à Lyon où il complète sa formation d’enseignant. Il n’exercera ce métier que brièvement puisqu’il rejoint Berlin en 1977 pour y résider pendant plusieurs années. Il y écrit son premier texte en prose, Le Voyage Bleu, qu’il ne publiera cependant qu’en 1986 aux Nouvelles Éditions Debresse.

Après plusieurs séjours à Antibes et à Nice, il quitte Berlin pour se mettre au service d’une famille aristocratique allemande avec laquelle il voyage en Europe, en Asie et aux États-Unis. Il en rapporte une importante correspondance, caractéristique de son goût pour l’épistolaire.

En 1983, il s’installe à Londres d’où il publie trois recueils de poèmes : Écritoire Vécu aux Éditions Saint-Germain-des-Prés, Ariane aux Nouvelles Éditions Debresse, et Car je suis l’oiseau magnifiquement guindé aux Éditions du Méridien. Il rencontre des artistes et travaille à la refonte d’un monumental projet d’écriture, Nuage de bois sec. Devenu proche d’un éminent exégète d’Oscar Wilde, il se consacre alors à l’étude de l’esthétisme.

Il rejoint le Languedoc en 1998. Il publie quelques textes dans la presse et répond à des appels à écriture, notamment à ceux de France Musique (Contes du jour et de la nuit de Véronique Sauger). En 2011, il crée un blog d’écriture consacré au sonnet de forme classique : Lettres de soie rouge. Proche de l’image, il publie aussi sur la toile ses photographies accompagnées de textes brefs.

Lauréat du concours Charles Trenet en 2011 dans la catégorie Poésie de forme classique, il entre en 2013 dans l’anthologie mondiale et plurilingue du sonnet avec Le Phénix renaissant de ses cendres, ouvrage édité par Richard Vallance chez Friesen Press (USA).

II élargit aujourd’hui son champ d’écriture à la nouvelle et se lance un défi : la rédaction d’une partie de ses mémoires.

 

Quelques extraits :

 

Mille fois il s’endort comme un bout de cristal

Repoussant le silence aux portes du mensonge

Et mille fois le temps se gorge de ce songe

Comme un soupir forgé de bouches en métal.

 

De riches velours noirs froissés sur un étal

Boivent le ciel sucré d’une goutte d’éponge

Que le parfum du musc sous chaque mot prolonge

D’une perle de lèvre au cœur d’un récital.

 

L’or presque craquelé d’une longue bougie

Fond sur de la dentelle à la maille rougie

D’une épine de sang suspendue au rosier.

 

Le parc emmitouflé dans un tulle de brume

Dorlote le soleil d’une douceur de plume

En berçant un ruisseau sous un jupon d’osier

 

.(Impressions sans couleur)

*****

 

En touchant de son doigt le cœur d’une hirondelle

Le vent espiègle et fou trouble de son élan

Les barques de pêcheur friandes d’éperlan

Assises sur l’étang comme un pan de ridelle.

 

Sur la berge endormie une vieille haridelle

Somnole dans le soir près d’un beau chambellan

Dont les yeux de velours puent aussi le merlan

Car l’amour a le don de tirer la ficelle.

 

Des moulins invaincus tendent toujours leur main

Triomphant d’un héros au pouvoir surhumain

Et tournent en silence au cœur de la légende.

 

Puis des ombres de lance au redoutable effet

Longent un cimetière où la mort vilipende

Les hommes ignorants qui brûlent un défet.

 

(Charade d’oiseleur)

*****

ou

Les femmes des Huxos, de Suzanne Bertel-Desprein

1u00E8re COUV LFDHuxos ebook red 134X204+5MMRésumé :

Lisa fait une fugue, et son errance la mène dans un monde étrange où tout semble facile… trop facile pour cette jeune fille curieuse et perspicace. Sous les apparences trompeuses de sa prison dorée, elle découvre un monde cruel, peuplé de créatures inquiétantes. Dès lors, elle rassemblera toute son énergie pour changer le destin réservé aux jeunes filles captives comme elle, et échapper à l’emprise des Huxos et des Okas.

Entre peurs et sentiments, ce roman, 1er prix du concours « Lisez jeunesse », s’adresse aux grands adolescents et aux jeunes adultes. Suzanne Bertel-Desprein livre une œuvre pleine d’émotion, qui alerte sur la barbarie dont certaines femmes, dans le monde, sont encore victimes.

En savoir plus sur l’auteur :
Ce n’est que tardivement que l’écriture s’est imposée à Suzanne Bertel-Desprein. Avec une frénésie qu’elle n’aurait jamais soupçonnée, elle a écritTawa, son premier roman, inspirée par sa passion, la plongée sous-marine.
Grâce à Les femmes des Huxos, son deuxième roman, l’auteure a remporté le premier prix du concours littéraire Lisez jeunesse, piloté par iPagination.
Suzanne Bertel-Desprein affectionne les récits qui extraient le lecteur de son quotidien pour l’entraîner dans des mondes fantastiques, nés de son imagination.

Extrait long :

Lisa attendait. Elle écoutait le souffle tranquille de sa compagne assoupie.

Elle patienta encore un peu, et, doucement, avec des gestes mesurés, chercha, à tâtons, ses vêtements, la lampe à piles et un paquet de biscuits repérés dans un vide-poche. Elle sortit silencieusement dans la nuit. Elle referma la portière sans la claquer, exerçant une forte pression pour la repousser. Un déclic se fit entendre.

Elle tendit l’oreille. Pas de bruit à l’intérieur. Elle souffla. Opération réussie.

Et maintenant, se dit-elle, je fais quoi ?

Elle hésita. Où était-elle ? Il lui faudrait peut-être marcher durant des heures avant de rencontrer âme qui vive. Elle était partagée entre la frayeur de se retrouver seule au milieu de nulle part et celle d’être remise aux mains des autorités.

Non, il n’était pas envisageable que Dolores la conduise à la police. Elle prit une inspiration, s’éloigna, et alluma la lampe. Peine perdue. Le brouillard était si épais que le faisceau ne lui renvoya qu’une image laiteuse et sans relief.

Elle décida de marcher pour mettre un peu de distance entre elle et le camion. Elle attendrait ensuite que le jour se lève pour reprendre la route.

Elle fit quelques pas et sentit brusquement le sol se dérober sous ses pieds. Elle perdit l’équilibre, tomba en avant, tenta de se raccrocher à quelque chose de stable, mais ne trouva rien à sa portée.

Elle roulait, entraînée par son propre poids, sur un terrain en pente. Elle se protégeait la tête avec les mains, de son mieux, les yeux clos, attendant avec angoisse que cette chute prenne fin.

Après un temps qui lui parut une éternité, la pente s’adoucit et elle s’arrêta. Enfin.

Un peu sonnée, elle se releva. Il n’y avait plus de brouillard. La lune éclairait le paysage d’une manière fantomatique.

Le cri lugubre d’une chouette déchira le silence. Son pouls s’accéléra.

Elle alluma la lampe qui, par miracle, était restée dans sa main crispée. Elle avança prudemment sur un terrain accidenté, repéra une sorte de sentier et s’y engagea. Elle marchait depuis quelques minutes, quand elle crut entendre un bruit derrière elle. Terrorisée, elle accéléra le pas, sans se retourner. Son cœur battait la chamade. Elle regretta, l’espace d’un instant, la chaleur rassurante de l’habitacle du camion.

Elle courait maintenant. À plusieurs reprises elle perdit l’équilibre, chuta et se releva aussitôt, avec le sentiment d’avoir le diable à ses trousses.

Elle arriva au pied de ce qui lui parut une falaise. Le sentier ne s’arrêtait pas. Il pénétrait dans la roche par une galerie étroite.

Elle y entra sans hésiter. L’espace restreint la rassura. Elle fit quelques mètres, se retourna, éclaira l’entrée, et se figea.

*****

Un être étrange la fixait.

De la taille d’un garçon de dix ans, il n’en avait pas les traits. Seuls ses immenses yeux couleur d’ambre reflétaient quelque chose d’innocent et d’enfantin. Ses longs cheveux blancs étaient réunis sur sa nuque, en une tresse qui lui descendait jusqu’à la taille. D’aspect chétif, il était vêtu d’une simple tunique vert sapin, et ne semblait pas souffrir du froid.

Lisa était tétanisée, mais n’avait pas vraiment peur. Il n’émanait de la créature aucune agressivité. Elle éprouvait un sentiment partagé, dérangeant, devant ce regard insistant et silencieux.

— N’y va pas, dit-il, d’une voix douce.

— Tu es qui ? Tu veux dire quoi ?

— Mon nom est Evo. Ne t’engage pas dans ce tunnel.

— Pourquoi je n’irais pas ? Une plainte étouffée, effrayante, comme un angoissant appel au secours se fit entendre à l’extérieur. Les yeux immenses d’Evo s’agrandirent encore. Ils exprimaient la terreur.

— Il est trop tard… Souviens-toi, mon nom est Evo.

Il tourna les talons et disparut dans une excavation. Lisa resta un instant perplexe.

La plainte se fit de nouveau entendre, plus proche. Un moment calmé par la présence rassurante d’Evo, le cœur de Lisa se remit à cogner dans sa poitrine. Elle ne savait pas quelle décision prendre. Courir dans le tunnel ? Rebrousser chemin ?

Troublée par les paroles de la petite créature, elle décida de sortir de la galerie.

Elle fit un pas et son cœur s’arrêta.

Dans le faisceau de sa lampe, à l’entrée du tunnel, un animal monstrueux lui barrait la route. Il ouvrit la gueule, leva la tête, étendit le cou et fit entendre une longue plainte qui lui glaça le sang.

La bête du Gévaudan. Cette image traversa son esprit. Elle avait, quelques mois auparavant, vu un film sur ce thème, qui l’avait fortement impressionnée.

Le monstre noir retroussa les babines, menaçant. Ses yeux jaunes exprimaient quelque chose de diabolique.

Épouvantée, Lisa fit volte-face et s’engagea plus en avant dans le tunnel. La peur lui donnait des ailes. Elle ne courait pas, elle volait. Ses pieds ne touchaient plus le sol. Elle était prise dans une sorte de tourbillon qui l’entraînait toujours plus loin.

*****

Le moment était arrivé. Gao l’avait fait savoir à Lisa. Il régna, tout au long de la journée, une effervescence inhabituelle dans les ruelles. Les Princesses restèrent invisibles. Les muses, affairées, confièrent leurs filles aux Zamas, pour des séances inhabituelles de bien-être, et des promenades bucoliques.

Le soir venu, tout devint étrangement calme. Les filles dormaient profondément, à mille lieux du drame qui se jouait.

Dans le silence oppressant, les hurlements sinistres des Okas déchiraient l’air, par intermittence. Puis ces cris devinrent appuyés, rapprochés, lourds. Lisa, allongée dans son lit, attendait le bon moment pour s’échapper. Les longues plaintes des monstres lui glaçaient le sang. Elle avait peur.

Après une longue hésitation, elle se fit violence, se leva, et rejoignit la ruelle déserte. Le cœur battant, se sentant horriblement seule sans Gao, elle avança à pas de loup. À chaque hurlement d’un Okas, elle s’arrêtait, malgré elle, et se tapissait contre un mur. Le chemin jusqu’à l’amphore fut un calvaire.

La tension baissa d’un cran quand elle récupéra son élixir perturbant. Elle en laissa tomber quelques gouttes devant l’entrée du couloir sombre, puis reprit son chemin. Le stress et le manque de lumière troublaient sa mémoire. Elle se trompait dans les repères qu’elle avait cru enregistrer.

Son cœur battait maintenant la chamade. Elle était perdue. Elle tenta de se calmer, ferma les yeux un instant et inspira longuement. Quand elle les rouvrit, elle vit la grotte à quelques pas seulement. Elle s’y précipita. Evo laissa échapper un soupir de soulagement.

— Je suis heureux de te voir, Lisa. Ne perdons pas de temps, il est impératif que nous arrivions les premiers dans la crypte de l’Hyménée. Nous allons traverser des passages difficiles pour ta corpulence. J’espère que nous y parviendrons.

Evo était dans son élément. Il conduisit Lisa dans un labyrinthe de tunnels, quelquefois si étroits, que la jeune fille en frôlait les parois. Je serais incapable de revenir seule par le même chemin, pensa-t-elle.

Evo s’arrêta et tendit l’oreille. Les plaintes des Okas semblaient de plus en plus proches. Il fit signe à Lisa de rester silencieuse et versa quelques gouttes d’élixir. Il s’engagea, en rampant, dans un passage étroit. La jeune fille le suivit avec inquiétude. Passerait-elle ?

Ce fut une épreuve. Sa tunique entravait sa progression. À plusieurs reprises elle se trouva coincée, et dut faire des efforts considérables pour se dégager. Dans le noir complet, elle commença à souffrir de claustrophobie. Elle sentait de temps en temps la main d’Evo lui tapoter la tête pour l’encourager.

Enfin, la galerie s’élargit un peu, et elle progressa avec plus d’aisance. Elle aperçut une lueur vers laquelle Evo se dirigea. Il se hissa dans une sortie verticale, et Lisa le vit disparaître. Il lui tendit la main pour l’aider. Avec soulagement, elle put enfin se tenir debout. Tout son corps était douloureux, et sa tunique dans un état lamentable.

Evo caressa des mains la paroi rocheuse. Un petit déclic se fit entendre, et celle-ci glissa en silence. Ils se retrouvèrent dans une vaste salle. Son architecture baroque était déconcertante. C’était ostentatoire et surprenant.

C’était donc cela la crypte de l’Hyménée ? Cela ne ressemblait en rien au raffinement des muses. Il y flottait un parfum lourd et entêtant. Chaque mur était tapissé de tentures d’un rouge différent, mais toujours agressif. Des sculptures inattendues, sortes de gargouilles grimaçantes comparables à des vaches grotesques, en ornaient les quatre angles. Du plafond pendaient des voiles aux couleurs criardes. Le sol, noir, sinistre, était lisse et brillant. Dix sofas rouges à deux places représentaient le seul mobilier de la crypte. C’était angoissant. Comment se sentir détendu dans un endroit pareil ?

Elle suivit Evo dans le fond de la salle. Il s’approcha du mur le plus rouge, dégrafa et repoussa une tenture. Une petite niche creusée dans la paroi y était dissimulée.

— Ne crains rien, Lisa. Personne ne soupçonne cette cavité. Ce sont les Zamas qui l’ont creusée, dit-il en chuchotant. Lors du dernier transfert, les Okas ne m’ont pas laissé le temps d’arriver jusque-là. Aujourd’hui, nous allons savoir. Quoi qu’il se passe, quoi que tu voies, tu devras rester silencieuse. Il y va de notre vie.

Deux tentures se chevauchaient à cet endroit précis, ce qui permettait, en les écartant légèrement, de voir sans être vu. Ils s’installèrent, le plus confortablement possible, et l’attente commença.

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Autopsie sentimentale de Véronique Brésil

Autopsie sentimentale - Veronique Bresil

ROMAN :

Maltraitée et incomprise par son mari, une femme cherche le bonheur avec d’autres hommes. Elle le découvre enfin dans les bras d’un amant bien particulier qu’elle suivra jusqu’au bout.

À travers cette histoire prenante et déroutante de par les rapports humains qui sont mis en jeu, Véronique Brésil prend comme support l’éternelle énigme du couple et de sa pérennité. Ses mots justes mais jamais vulgaires nous plongent au cœur d’une relation passionnée qui interpelle quant à la puissance que peuvent revêtir les rapports fusionnels. Jusqu’où peut-on accepter l’oubli de soi et la dépendance à l’autre lorsque la perversion s’invite au festin ? Et comment s’extraire d’une spirale infernale que plus personne ne maîtrise ?

La bande annonce :

Extrait du roman :

Pour la troisième année consécutive, je prenais, chaque mardi, des cours de dessin. Mon inscription relevait d’une pulsion aussi brutale qu’inexpliquée. J’ai été parachutée dans une salle municipale avec ses murs nus, son sol en dalami, son plafond tacheté, ses trois portes des années soixante, ses quatre tables rectangulaires et ses chaises bancales. Avec ses personnes aussi, un groupe hétérogène composé avant tout de femmes au foyer. Deux messieurs à la retraite, qui se déplaçaient clopin clopant avec leur matériel de dessin sous le bras, complétaient le tableau.

Dès la première séance et sans aucune forme de théorie, nous avons été placés en situation. Le professeur avait disposé, sur un drap plissé, un vase au long cou de cygne dans lequel s’épanouissait un arum. Sur la droite, à une vingtaine de centimètres du vase, se dressait un bougeoir à trois têtes. Un violent projecteur, placé sur le côté, éclairait la scène. La composition était parfaite, les jeux d’ombre et de lumière splendides. Aussitôt, le groupe s’est approprié le sujet et chacun y est allé de soncoup de crayon. Moi, je suis restée plantée devant, les bras ballants, ne sachant quoi faire ni par où commencer. On m’a donné une feuille de papier, de quoi dessiner, une gomme mie de pain et l’on m’a jeté à la figure le nombre d’or censé venir à bout de n’importe quelle hésitation. Il s’en est fallu de peu que cette première séance fût aussi la dernière.

Mon mari m’a incitée à persévérer. Pourquoi s’est-il intéressé à mes talents artistiques ? Avait-il besoin de liberté ? Pourtant et du fait de mon travail, il disposait de quatre nuits par semaine pendant lesquelles il pouvait découcher à loisir alors pourquoi, précisément, le mardi soir ? Je savais bien qu’il avait déjà pris une maîtresse, il est des indices qui ne trompent pas : un chouchou, quelques pinces à cheveux ainsi qu’un tube de rouge à lèvres usagé trouvés sous le siège arrière de sa voiture m’avaient ouvert les yeux mais je ne m’en étais pas offusquée, ayant pour ma part goûté à la haute technicité d’un hardeur. Depuis que j’avais déposé les objets compromettants, sans commentaire aucun, sur l’écritoire de l’entrée et qu’ils avaient disparu le jour même, sans davantage de commentaire, Didier ne me faisait plus aucune remontrance quant à l’irrégularité de mes horaires. Je pouvais aller et venir comme bon me semblait. Au mois de décembre et à l’occasion des fêtes toutes proches, notre professeur a introduit dans le programme la peinture à l’huile. Nous avons utilisé des planchettes de bois sur lesquelles quantité d’angelots ont vu le jour. J’avais pris de l’assurance vis-à-vis des nouvelles techniques. L’un des deux seniors, celui qui boitait le plus, m’a gratifiée de ses compliments.

— C’est votre première huile ? Félicitations, ce sera sans doute la meilleure.

Je ne songeais plus du tout à quitter le cours. En février, nous avons découvert la peinture acrylique. Le procédé en est fort différent, il faut étaler la couleur très vite sinon tout prend en masse, il ne reste plus qu’à jeter les pinceaux et recommencer. Au mois d’avril, je me suis lancée dans le mélange des genres. Je voulais combiner les deux types de peinture dans un même tableau. J’avais apprécié l’acrylique pour sa rapidité de séchage et l’huile pour la luminosité de ses couleurs. C’est ainsi qu’un certain jeudi – j’avais déplacé mon cours en raison d’une panne de voiture le mardi précédent –, je campais debout, devant mon chevalet, en blouse de coton, faisant face au mur. La semaine précédente, j’avais déjà ébauché les contours d’un paysage désertique de l’Arizona et badigeonné les grosses masses à l’aide de couleurs acryliques. Ce soir-là, je travaillais à l’huile, tout en finesse. Il est entré. Un homme, la quarantaine, les cheveux légèrement grisonnants, qui n’avait rien à faire dans cette pièce, s’avançait. J’apprendrai qu’il avait pris rendez-vous avec ma monitrice pour lui présenter plusieurs dessins au crayon qu’il avait réalisés en dilettante. J’apprendrai aussi qu’il espérait lui extorquer des éloges.

L’homme était un habitué du centre culturel puisque tous les lundis, il suivait des cours de poterie dans la salle qui jouxtait la nôtre. Jamais nous n’aurions dû nous croiser. Pourtant, notre rencontre nous est tombée dessus. Immédiate, saisissante, fulgurante. Tandis qu’il ouvrait son carton à dessin et en sortait ses productions, il parlait beaucoup, commentait tout, plaisantait sans cesse, racontant comment il avait réussi à écouler un nu pour cent cinquante euros à des touristes américains venus se perdre au pied de la cathédrale d’Évreux. Il ne pouvait pas se taire. Il vantait son génie qui l’incitait à se lâcher, à laisser libre cours à ses pulsions les plus folles et c’est ainsi qu’à l’occasion d’un cours de poterie, une forme tordue et noueuse avait vu le jour sous le regard attendri, ahuri, horrifié, condescendant, désespéré et inquiet de son professeur, peu habitué à voyager hors du spectre des pots, vases, cruches et autres récipients creux prévus au programme annuel. Face à ce manque d’enthousiasme, il avait préféré déserter le centre culturel pour n’y plus revenir. Pauvre homme, personne ne le comprenait ! À plusieurs reprises, j’ai essayé de concentrer mon attention sur les mélanges de couleurs mais ses mots, fluides et envoûtants, m’ont transportée bien loin des Amériques. J’ai laissé sa voix descendre au plus profond de moi pour y graver quelques touches que je savais indélébiles.  Je buvais son rire.
— Pourquoi l’Arizona ? J’ai sursauté.
— Euh…

Il avait ouvert le bal.

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Merde, je vis…, par Philippe Ducourneau chez iPagination Editions

Merde, je vis de  Philippe Ducourneau

Présentation :

Fables d’un nouveau genre, les textes de ce recueil constituent un concept à part dont chaque séquence se compose de trois parties. La première porte un regard admiratif et volontairement naïf sur la vie qui sait tout et peut tout faire, jusque dans les moindres détails. La deuxième renvoie à la vision étriquée de l’homme lorsqu’il se laisse prendre au piège des « appâts rances ». Et la troisième, avec son regard moqueur et frondeur, tourne le tout en dérision, en choisissant de jouer des maux qui nous blessent.

Selon le ton employé, « Merde, je vis… » peut donc exprimer aussi bien l’admiration que la consternation, tout étant affaire « d’état d’âme ou d’esprit » et du regard porté sur la vie.

Les illustrations sont signées Jason Akos Sollar.

La bande annonce :

Extrait :

Le papillon

Toi qui au bout de tes contorsions as trouvé des ailes, révèle-moi l’art de ta métamorphose. Raconte-moi le secret des ténèbres et la percée de ta prison de soie. Faisait-il doux avant que tu t’y sentes à l’étroit ? Derrière le battement de tes ailes, te souviens-tu encore de tes reptations de chenille, quand la pesanteur te faisait ramper sous sa loi ? As-tu connu comme nous l’angoisse de n’être, entre ciel et terre, qu’un être larvé, riche d’un hypothétique et céleste devenir ?

Et nous chrysalides d’homme, oublierons-nous un jour notre cocon de matière, nos rampantes pensées de nabots disgracieux, pour découvrir dans le miroir de notre esprit
la grâce de notre céleste énergie ?

Merde papillon recadré

Merde, que ne m’a-t-il pas fallu me vautrer par terre avant de pouvoir m’envoyer en l’air !

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