Archives de catégorie : iPagina’Son : les textes audio

Quand iPagina’Son fait corps avec la Nature…

affiche de Bluewriter
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C’est une déclaration d’amour..

Un amour très sensuel puisque dans chaque strophe, Josette Hersent nous invite à explorer un sens. On la croirait presque femme cette Normandie à la beauté gourmande, qui mêle élégance et souvenirs de famille.

Firenz’, autre normande, associe sa voix au poème de Josette, et nous fait partager l’amour de cette belle région. Un texte sélectionné par Véronique Brésil.

Et maintenant ..l’ouïe…

NORMANDIE

Josette Hersent – 

Elle nous pénètre sans un mot

Par les yeux et par notre peau

La Normandie on la respire

Histoire de mieux la retenir.

 

Peintres capteurs de lumière

Ecrivains aux jolies manières

Ils en ont fait leur paradis

Côte de Grâce Côte Fleurie.

 

Le roi des ciels au bord de l’eau

Eugène Boudin et ses pinceaux

L’impressionniste  immortalise

Le frissonnement d’une brise.

 

Belles villas sur la corniche

Ces élégantes qui s’affichent

Résistent aux embruns et à l’âge

Dans leurs habits de colombages.

 

Plus loin… vallons, tourbières, forêts…

Coteaux crayeux, landes, marais

Blanches falaises aux pieds dans l’eau

Côte d’albâtre… Pays de Caux.

 

Les champs…des tapis de verdure

Vaches ruminent à la pâture

Chapeau de paille sur la chaumière

Douillons de pommes et camembert.

 

Grand-mère le loupiot à la main

Et le vélo de l’autre main

Souffle d’amour sur la blessure

Vite rentrons à la masure.

 

Sans les vacances chez la grand-mère

Manquerait de l’eau au moulin

De la douceur sur les embruns

Ma Normandie, mon bout de terre

Je te choisis dernier lopin.

http://www.ipagination.com/textes-a-lire/selections/veronique-bresil/ma-normandie-par-josette-hersent

iPAGINA’SON vous emporte sur les ailes du désir….

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iPagina’Son et son équipe se dévoilent ici

 

Une merveilleuse promenade dictée par le Désir….Une intense communion avec la Nature…Une passion joyeuse et aveugle, « car il faut si peu pour tout basculer dans la tristesse « .

Renaissance nous offre ici une réflexion philosophique sur les arcanes du bonheur où Désir fou et Audace s’épousent pour le meilleur.

Nous vous proposons du Plaisir, sélectionné par Véronique Brésil et mis en voix par Naïade.

 

 » IL Y A D’ABORD LE DESIR « 

– Renaissance-

 

« Il n’y a pas d’idée derrière le désir, il y a d’abord le désir. »

J’en étais là de mes réflexions et je ruminais cette assertion depuis quelques heures. Je goûtais l’essence de ma joie de toutes mes papilles et je prolongeais ce plaisir aussi longtemps qu’il m’était possible. Il m’en avait fallu du temps, de l’énergie et de la sueur de méninges pour ce paroxysme. Mais reprenons depuis le début.

Le marais breton-vendéen était totalement inondé cet hiver là. Blanc, le marais était blanc comme se plaisaient à dire les plus vieux maraichins qui en avaient vu bien d’autres. Avant ! De leur temps…Cela catastrophait les jeunes générations très angoissées de voir les routes et chemins coupés, la disparition de la géographie si balisée, bornée de nos jours. En effet, il n’y avait plus de prés, de champs, de frontières perceptibles, plus de repères rassurants. La mer semblait avoir reconquis son ancien territoire et régnait de nouveau. Moult promeneurs et photographes en herbe tentaient maladroitement de s’aventurer dans ce milieu hostile aux étrangers et potentiellement dangereux pour qui n’assurait pas ses pas.

J’étais de ceux là ! Poussé par la seule envie de faire ce fameux cliché photographique unique, essentiel et rare, je démarrais donc une balade que j’espérais payante à très court terme. Mais afin, de rendre ces inévitables œuvres encore plus émouvantes, j’optais pour le fameux « coucher de soleil sur le marais blanc ». La seule évocation de ce titre me faisait frémir de plaisir. Garant ma voiture le plus loin possible sans risquer de tomber dans un étier, j’inaugurais l’aventure par un sentier en surplomb dominant ainsi l’immensité des lieux. Très vite, j’avais pu profiter de la chute progressive du soleil, entre les rares arbres, vers cet océan magnifique mêlant l’avant et l’après, l’immense et l’infiniment petit, la musique des flots et le silence mystérieux. Mon appareil numérique se gavait de cette aubaine et présentait tous les symptômes d’une insatiabilité gargantuesque. Alors, je lui obéissais aveuglement et marchais, marchais encore. Je courais même par moment, alternant mes appuis sur tantôt des monticules et des buttes hors de l’eau, tantôt sur des bouts de ce sentier disparu. Sous les eaux !

Arrivé dans un espace moins submergé, mon chemin se dessinait plus nettement pendant que la lumière solaire s’affaiblissait indubitablement. Loin d’être saturé du bruit si caractéristique du déclic de l’obturateur et toujours en attente du moment où les couleurs allaient passer de l’ocre brumeux à l’orange-chrome si cher à William Turner, je m’enfonçais définitivement dans l’inconnu. Là enfin tout était réuni pour saisir des instantanés inoubliables, pour voler au mystère un peu d’inespéré, pour assister, seul, au crépuscule des lieux. Cependant, un premier plan me semblait soudain nécessaire et un vieux mur au loin, me séduisait de toutes ses vieilles pierres. Hâtant le pas pour l’atteindre au plus vite, je pataugeais sérieusement dans la boue et ses circonvolutions. Toutes les positions étaient nécessaires pour mes prises artistiques et ma jouissance était proche de l’acmé. J’assistais ainsi en direct à la mort du soleil dans le marais. Et probablement à …celui de mon retour !

Le Canon s’était tu. Mon cerveau surexcité prenait lentement conscience de la situation qui pouvait d’ailleurs se résumer très simplement : il faisait quasiment nuit noire dans le marais blanc ! Je n’avais aucune possibilité maintenant de rebrousser chemin sans risquer de me noyer. Le soleil complice de mon escapade m’avait d’abord loyalement guidé vers lui mais il n’était plus. Il m’avait abandonné dans cet univers que je devinais très hostile, la nuit. Et la lune semblait très en retard au rendez vous. Sans moyen de prévenir, de faire appel, j’étais donc perdu quelque part dans l’immensité et riche probablement d’un trésor inestimable dans mon appareil photo. Comme stupéfait, je remontais machinalement la fermeture éclair de ma veste, remontais le col et tentais une incursion dans ma lucidité. C’est alors que le vieux muret me tendit sa crête supérieure, érodée et lessivée. Je m’asseyais en le gratifiant d’une pensée.

La perspective d’une nuit d’hiver dehors, en plein marais inondé, probablement sous la pluie qui ne manquerait pas de s’inviter, sans abri et sans possibilité de m’allonger aurait dû me paniquer, m’effrayer. Est-ce par inconscience ou par insolence vis-à-vis de la mort ? Je n’étais certes pas serein mais disons…optimiste. Après tout je n’étais pas vraiment seul car le vieux mur m’avait tout de même offert aimablement son flanc. Ma bonne santé ne pouvait qu’intimider la faucheuse qui rôdait probablement en quête d’organismes affaiblis et vieillissants. Que pouvait la nuit sur moi ? M’envahir de sa froideur et de sa torpeur, me saisir dans ses doigts de frayeur, me glacer de ses requiem, me pétrifier de ses brumes invisibles ? Au fur à mesure de ces questions, un mot bouclier commençait à se formuler dans mon esprit, dans mes oreilles, dans mes yeux et sur ma peau. Je ne l’avais pas senti se dessiner et pourtant il prenait forme, lentement, doucement, irrémédiablement. Conatus…

Avais-je d’autre choix que de vivre ? Le sacro saint réflexe de survie, sans doute. Mais je ne voulais pas vivre pour subir passivement toutes ces adversités. Non ! Vivre intensément cette expérience unique, activement, en l’acceptant comme épreuve complémentaire à mes préliminaires photographiques. Une vie de quelques heures d’une rareté absolue que je n’avais certes, pas anticipée, mais qui s’imposait à moi comme autant d’occasions de me dépasser. Il me fallait mobiliser toute ma volonté non pas pour résister mais bien pour braver puissamment les éléments. Puissance ! Voilà bien le moteur existentiel qui se mettait en route sourdement en moi. Une puissance d’exister. Une force qui me venait de je ne sais où et qui, j’osais le penser, me rendait euphorique. Comme de la joie. Conatus…

Bien-sûr, il y avait la souffrance physique liée au froid, à l’humidité et au vent. Ayant fini par délimiter un périmètre d’action sans danger, je m’activais régulièrement en marchant, en gesticulant, en me fouettant de mes bras pour lutter contre tout risque d’ankylose et de blessure du froid. De plus, le mur avait fini par me prêter un coin d’abri du vent. Mais là n’était pas l’essentiel. Ce qui m’avait conduit ici n’était autre qu’un désir fou. Pas un manque, naturellement. Une envie irrépressible de saisir une folie de la nature, d’embrasser un instant de grâce, d’étreindre une lumière surréaliste, de pénétrer un corps abstrait mais Ô combien amoureux. Si beau, si fort, si fou était ce désir qu’il m’emplissait encore de joie malgré le contexte. Un accès de libido. C’est bien de cela qu’il s’agissait. Conatus…

Ce mot me revenait sans cesse et de plus en plus fort à l’esprit. Spinoza, bien que disparu, semblait venir à mon secours et soutenir l’ordre de mes pensées. « On ne désire pas une chose parce qu’elle est bonne, c’est parce que nous la désirons que nous la trouvons bonne ». Ces mots résonnaient en moi maintenant. Ce marais si beau le jour par ses lumières, ses reflets et ses couleurs m’offrait cette nuit là, ses mystères et son intimité. Je l’aimais donc à la hauteur de la majesté du cadeau et en retour lui donnais ma joie d’être. Lui concéder ma tristesse aurait été assurément une offense et de ce fait, ma perte.

L’aurore vint en son temps. Avec elle, d’autres images, d’autres lumières dont une qui me tirait par la main vers un passage salvateur. J’avais vaincu bien des démons durant ces quelques heures et une grande fierté me gagnait. Mon corps était éprouvé mais un halo de bonheur, j’allais dire de chaleur, m’entourait. « Il n’y a pas d’idée derrière le désir, il y a d’abord le désir. » Cette autre phrase du philosophe, compagnon nocturne, chantait en moi à chacun de mes pas. Nul doute qu’elle avait encore besoin de réflexion, de maturation mais j’en mesurais déjà son étendue lorsque je grimpais dans ma voiture. Heureux !

Quand iPaginaSon fait « sonnet » les mots…

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Quand poésie rime avec nature, voici « FANES D’ORAGE »

 un sonnet classique lu par Christian Carpentier, une sélection de Bluewriter.

 

FANES D’ORAGE

Francis Etienne Sicard Lundquist –

 

Sous la fourrure d’or d’une feuille en papier

Le soleil s’est caché pour jouer à l’automne,

Et tacher de son sang les notes d’un trombone

Par toute la forêt qui rit de pépier.

 

Les pampres d’une vigne auprès d’un arbousier

Mêlent leurs baisers fous à des yeux de gorgone

Dont les cils d’araignée ourlent de la cretonne

Sur le ciel émaillé d’ombres de bénitier.

 

Un ruisseau paresseux se replie en vitesse

Entre les draps du soir qui d’un souffle caresse

Sa peau d’argent troublée à ce frisson de chair.

 

Puis la lune se glisse au museau d’une étoile

Recouvrant des trésors de son morceau de voile,

Et tisse l’horizon du long fil d’un éclair.

***

La nature fait place à l’espace, pour un second sonnet du même auteur lu par Naïade

une sélection de Patryck Froissart

ESPACE

– Francis Etienne Sicart Lundquist –

Dans un temps décharné, près d’une sépulture,

Des oxydes de mots grouillent comme des rats

Que les riches parfums des pulpes de cédrats

Emprisonnent d’une encre utile à l’écriture.

 

Sous des taches d’émail, par petite bouture,

Des ongles de vitrail, déchirant de grands mats,

Ouvrent des flots de sang aux reflets incarnats

Que des lunes de pierre ôtent de leur rature.

 

A la plume de sable, un peintre de pastels

Trace des lignes d’or sur des linges d’autels

Où se couchent des trous barbouillés de silence.

 

Puis l’horizon se vide à la bouche de vents

Dont le souffle de verre aux goûts de quérulence

Mâche un bruit de machine à la fosse des dents.

Un pique-nique estival et ipaginatif ? La notice !

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Pour vos pique-niques d’été entre amis, je vous propose un mode d’emploi agréable, placé sous le signe du bio, des achats responsables, du partage de lectures sur des thèmes de nature, dans la  gaieté, avec le sourire…et pour pas cher puisque les dépenses seront divisées au prorata du nombre de convives !
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Pour démarrer le projet, il faut un jardin, une vingtaine de convives, 3 à 4 nappes si possible en tissu vichy, une pile de livres dont vous n’avez plus l’utilité et que les convives pourront emporter en partant, une ou deux tables et quelques chaises, un ou l’autre parasol pour se protéger du soleil !
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Pour la nourriture, tomates, concombres, carottes, poivrons rouges, fromage de chèvres frais, framboises et melons, pain de seigle. Vin blanc, vin rosé, eau pétillante et eau plate ! Vous aurez acquis le tout aux espaces bios de vos supermarchés où aux épiceries bios du coin où vous vivez.
Les assiettes pique-niques seront préparées avant l’arrivée des convives : fourrez simplement les sandwiches avec le fromage de chèvre, recouvert des légumes coupés fins, arrosé de sauce vinaigrette aux poivrons. Un délice ! Melon et framboises seront servis après les lectures.

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Dès maintenant identifiez quelques amis pour lire les textes que vous choisirez ensemble, où que chacun aura choisi. Les textes, d’une manière ou d’une autre, se doivent d’honorer la terre-mère. Vous pourrez également puiser dans ceux que je vous propose ! Chaque lecteur portera un signe de reconnaissance, à ‘mon’ pique-nique chacun portait un chapeau de paille!
Le jour J, vous étalerez les nappes sur votre pelouse en laissant un minimum d’espace entre chaque nappe. Les convives y seront installés en quatre groupes (ou trois ou six !). Les nappes maintenues au sol par les livres que vous avez rassemblés (voir plus haut !)
Et le moment venu, le pain distribué, le verre bien rempli, le premier lecteur pourra lire :
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Colette

…A la première haleine de la forêt, mon coeur se gonfle. Un ancien moi-même se dresse, tressaille d’une triste allégresse, pointe les oreilles, avec des narines ouvertes pour boire le parfum. Le vent se meurt sous les allées couvertes, où l’air se balance à peine, lourd, musqué… Une vague molle de parfum guide les pas vers la fraise sauvage, ronde comme une perle, qui mûrit ici en secret, noircit, tremble et tombe, dissoute lentement en suave nourriture framboisée dans l’arôme se mêle à celui d’un chèvrefeuille verdâtre, poissé de miel, à celui d’une ronde de champignons blancs… Ils sont nés de cette nuit, et soulèvent de leurs têtes le tapis craquant de feuilles et de brindilles…(extrait de La vrille de la vigne.)

Pendant que près de la nappe suivante, un deuxième lecteur entamera mezzo vocce :
Quand le dernier arbre
Aura été abattu
Quand la dernière rivière
Aura été empoisonnée
Quand le dernier poisson
Aura été pêché
Alors on saura que
L’argent ne se mange pas
Go Khia Yeh dit Geronimo

Tandis que le troisième entame la merveilleuse nouvelle de Jean Giono que vous pourrez écouter dans son intégralité ci dessous …Ou lire ici!

…Le berger qui ne fumait pas alla chercher un petit sac et déversa sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l’un après l’autre avec beaucoup d’attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais ma pipe. Je me proposai pour l’aider. Il me dit que c’était son affaire. En effet : voyant le soin qu’il mettait à ce travail, je n’insistai pas. Ce fut toute notre conversation. Quand il eut du côté des bons un tas de glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il éliminait encore les petits fruits ou ceux qui étaient légèrement fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui cent glands parfaits, il s’arrêta et nous allâmes nous coucher.
La société de cet homme donnait la paix. Je lui demandai le lendemain la permission de me reposer tout le jour chez lui. Il le trouva tout naturel, ou, plus exactement, il me donna l’impression que rien ne pouvait le déranger. Ce repos ne m’était pas absolument obligatoire, mais j’étais intrigué et je voulais en savoir plus. Il fit sortir son troupeau et il le mena à la pâture. Avant de partir, il trempa dans un seau d’eau le petit sac où il avait mis les glands soigneusement choisis et comptés.

Je remarquai qu’en guise de bâton, il emportait une tringle de fer grosse comme le pouce et longue d’environ un mètre cinquante. Je fis celui qui se promène en se reposant et je suivis une route parallèle à la sienne. La pâture de ses bêtes était dans un fond de combe. Il laissa le petit troupeau à la garde du chien et il monta vers l’endroit où je me tenais. J’eus peur qu’il vînt pour me reprocher mon indiscrétion mais pas du tout : c’était sa route et il m’invita à l’accompagner si je n’avais rien de mieux à faire. Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur.
Arrivé à l’endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c’était une terre communale, ou peut-être, était-elle propriété de gens qui ne s’en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.

Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d’insistance dans mes questions puisqu’il y répondit. Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu’il y a d’impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n’y avait rien auparavant…

Et qu’à la quatrième nappe, retentit la voix du quatrième lecteur lisant le discours du chef Seattle, (même s’il a été revu et corrigé par l’écrit, il reste profondément émouvant) dont vous pourrez écouter la lecture ci-dessous où lire sa version écrite ici!

Discours prononcé par le grand chef Seattle devant l’Assemblée des tribus d’Amérique du Nord en 1854.

« Le Grand Chef de Washington nous a fait part de son désir d’acheter notre terre.
Le Grand Chef nous a fait part de son amitié et de ses sentiments bienveillants. Il est très généreux, car nous savons bien qu’il n’a pas grand besoin de notre amitié en retour.
Cependant, nous allons considérer votre offre, car nous savons que si nous ne vendons pas, l’homme blanc va venir avec ses fusils et va prendre notre terre.
Mais peut-on acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? Etrange idée pour nous !
Si nous ne sommes pas propriétaires de la fraîcheur de l’air, ni du miroitement de l’eau, comment pouvez-vous nous l’acheter ?
Le moindre recoin de cette terre est sacré pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque grève sablonneuse, chaque écharpe de brume dans le bois noir, chaque clairière, le bourdonnement des insectes, tout cela est sacré dans la mémoire et la vie de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres porte les souvenirs de l’homme rouge.
Les morts des hommes blancs, lorsqu’ils se promènent au milieu des étoiles, oublient leur terre natale. Nos morts n’oublient jamais la beauté de cette terre, car elle est la mère de l’homme rouge; nous faisons partie de cette terre comme elle fait partie de nous.
Les fleurs parfumées sont nos sœurs, le cerf, le cheval, le grand aigle sont nos frères; les crêtes des montagnes, les sucs des prairies, le corps chaud du poney, et l’homme lui-même, tous appartiennent à la même famille.
Ainsi, lorsqu’il nous demande d’acheter notre terre, le Grand Chef de Washington exige beaucoup de nous.
Le Grand Chef nous a assuré qu’il nous en réserverait un coin, où nous pourrions vivre confortablement, nous et nos enfants, et qu’il serait notre père, et nous ses enfants.
Nous allons donc considérer votre offre d’acheter notre terre, mais cela ne sera pas facile, car cette terre, pour nous, est sacrée.
L’eau étincelante des ruisseaux et des fleuves n’est pas de l’eau seulement ; elle est le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous souvenir qu’elle est sacrée, et vous devrez l’enseigner à vos enfants, et leur apprendre que chaque reflet spectral de l’eau claire des lacs raconte le passé et les souvenirs de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père.
Les fleuves sont nos frères; ils étanchent notre soif. Les fleuves portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous souvenir que les fleuves sont nos frères et les vôtres, et l’enseigner à vos enfants, et vous devrez dorénavant leur témoigner la bonté que vous auriez pour un frère. …

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Des écrivains qui ont peint la terre, des poètes qui l’ont chantée, vous en trouverez des dizaines y compris chez nos chers ipaginauteurs…Le plaisir de les chercher pour préparer ce pique-nique éthique et littéraire démultipliera votre plaisir ! Comptez une vingtaine de minutes de lecture maximum par lecteur. Quand l’un d’entre eux a fini la lecture de ses textes, une tournante s’opère… Ce qui, dans le cas exposé, revient à profiter d’une grande heure de partage de beauté !
Et après me direz-vous, mais après, chantez, échangez, amusez-vous et que les vacances vous soient jolies !
La concrétisation de ce pique-nique a eu lieu à Liège ce 22 juin, et si les textes que je vous ai proposé en lecture ne sont pas ceux que j’ai entendu (à l’exception du discours du chef Seatle), la partition  est bien le reflet de ce moment très sympathique organisé par les Parlantes et cetera.

Les photos sont miennes à l’exception  de la photo de Colette. Les photos avec personnages ne sont pas utilisables ailleurs que sur ce site. Les autres sont libres de droit.

Les beaux voyages d’IpaginaSon

Cette semaine, nous vous emmenons en voyage… 

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Quelques lieux et un pas de plus 37, d’Albéric, sélectionné par Amaranthe, lu par Lisa

à Mariana

C’est l’enfance du monde qui vit ces deux êtres, qu’elle affirma divins, s’installer dans la Quebrada. L’un était l’esprit du vent, l’autre, celui de l’eau. Les deux se plongèrent dans une compétition, une extase, créatrice qui transforma tout ce qu’ils touchaient en féerie, même pour la plus blasée des créatures.

On dit que les oiseaux la racontèrent sur les routes de leurs migrations. On dit que des hommes les entendirent, les comprirent et qu’ils essayèrent, maladroitement, de recréer cette beauté colportée. On dit que c’est ainsi que sont nés le Machu-Picchu, Pétra, l’Alhambra et le Mont saint Michel…

Hélas, même dans la pureté de leur cœur, la jalousie et l’envie réussirent à s’installer. C’est ainsi qu’un jour, l’un saccagea une fleur de pierre taillée par l’autre. Cette fleur avait une splendeur qui ternissait toute autre œuvre. À la jalousie succéda la colère. À la colère succéda la fureur. À la fureur succéda la haine. Il ne restait plus qu’à attendre la destruction qui de déluges et de tornades ravagea les gorges, mais échoua à y effacer toute trace de ces merveilles.

Un couple de marcheurs, les premiers hommes qui foulèrent ce bout du monde, l’arrêta. La femme s’agenouilla, caressa l’eau, parla à son esprit. L’homme tendit les bras, caressa le vent, parla à son esprit. Les éléments retrouvèrent leur place, les esprits abandonnèrent leur rêve ruiné. Le couple s’installa entre rivière et montagne. On dit qu’aujourd’hui encore, on les entend chuchoter quand l’eau et le vent se déchaînent.

D’autres personnes vinrent. Elles admirèrent, nommèrent ces restes. Le château, la gorge du diable, l’amphithéâtre et tant d’autres sont toujours là, dans ce paysage rouge, minéral, où s’infiltre la verdure. Ils balisent le cours paresseux, parfois rageur, de cette rivière qui de courbes en coudes alimente les terres de la Pachamama. Enfin, ils attendent celui-là dont ils bouleverseront la vie, forçant son cœur à s’ouvrir pour recevoir cette surprise qui l’attend à Cafayate.

Buenos Aires, 12 octobre 2013

 

 Coup de tête, récit de Véro D, sélection d’Amaranthe, lu par Agathe

Paris, le 30 novembre 2013

Ma chère Isabelle,

J’espère que tu vas bien. Tu seras sans doute surprise de recevoir cette lettre, à l’heure où l’on ne s’envoie plus que des mails ou des SMS. Mais ce que j’ai à te raconter est long, et je préfère écrire à la main plutôt que de confier mes sentiments à un ordinateur. Il m’est arrivé quelque chose que je dois absolument raconter à quelqu’un. Toi seule, qui me connais depuis l’école primaire, peut me comprendre.  Tu sais que je suis une personne raisonnable et responsable. C’était vrai jusqu’à hier.

Ce matin, comme d’habitude, j’allais partir au travail. Tu sais bien que mon emploi de secrétaire ne me passionne pas beaucoup, mais il a le mérite de me faire vivre. J’attendais le bus 721, qui serait bondé comme d’habitude de sa cargaison de travailleurs usés par le quotidien.  Il faisait encore nuit, le froid me mordillait les mollets. J’attendais mais le bus ne venait pas. L’impatience commençait à gagner les personnes qui patientaient, comme moi.

Alors, je ne sais pas ce qui m’a pris. Je suis partie. Sans but précis. Droit devant moi. Au début, j’avais marché pour me réchauffer, mais j’ai continué, pendant un moment, au hasard des rues.

Je me suis retrouvée devant la gare de l’Est. Un flot de personnes y entrait, l’air pressé et absent, se jeter dans un train en partance pour l’ennui. J’ai regardé le tableau d’affichage des départs des grandes lignes. Un train partait dans un quart d’heure pour Prague. Sans réfléchir, j’ai acheté un aller simple.

Je n’ai bien sûr aucun bagage, et je ne connais pas du tout cette ville. D’ailleurs, je n’ai jamais voyagé à l’étranger. Quand le train s’est mis en marche, je me suis sentie vivante pour la première fois de ma vie.  Pourquoi suis-je partie comme ça ? Pourquoi Prague ? Je ne le sais pas moi-même. Inconsciemment, ce projet avait dû mûrir depuis longtemps dans ma tête. Tout quitter, larguer les amarres. Vivre enfin une vie qui m’appartient.

Que vais-je faire à Prague ? Je vais y vivre quelques jours, quelques semaines, puis repartir ailleurs, plus loin vers l’est. Je vais aller là où mes envies me guideront. Vivre au jour le jour, découvrir de nouveaux lieux, de nouvelles personnes, d’autres façons de vivre. Vivre ma vie, ma vraie vie.

Voilà, je t’ai tout dit. Je t’écris du train, j’ai le temps, le voyage dure treize heures. Je ne sais pas quand je rentrerai, ni si je rentrerai un jour. Mais je t’enverrai régulièrement de mes nouvelles.

 

Ton amie qui t’aime.